‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 176 sur 450 · LETTRE CCLXXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXXIV

s. FRANÇOIS DE SALES , A MADAME DE ClIANTAL.

Le Saint lui fait part de quelques consolations qu'il avoiieues.

Le second Joarde carême 1611.

Je VOUS écrivis allant à Sales, ma tri^îchère mère ; et maintenant je vous écris à mon retour. J'y ai eu trois consolations, et vous serez bien aise de les savoir, car ce qui me console vous console aussi comme moi-môme .

; Premièrement , ma chère petite sœur, que je trouve toujours plus aimable, et ..ésinîuse de devenir brave et dévote

' Secondement, qu'hier, jour des cendres, je fus ma matinée tout seul à la galerie et en la chapelle , où j'eus une douce mémoire

(1) iRcomparablN vir plelato, lli«ologiu et diviai Ttrbl I pnMUoalor «ilaiHu.

de DOS aimables et désirables entretiens |)rs de votre confession générale : mais il ne se peut dire quelles bonnes |)ensées et affections Dieu me donna sur ce s\ijet.

Troisièmement , il avoil fort neigé , et la cour étoil couverte d*un bon pied de neige, leao vint au milieu, et balaya certaine petite place parmi la neige , et jeta là de la graine à manger pour les pigeons , qui vinrent tous ensemble en ce réfectoire - là prendre la réfection avec une paix et respect admirable ; et je m'amusai à les rcgV^er. Vous ne sauriez croire la grande 6diûcation que ces petits animaux me donnèrent ; car ils ne me dirent jamais un seul petit mot, et ceux qui eurent plus tôt fait bur réfection, s'envolèrent là auprès pour attendre les autres.

Etquand ils eurent vidé la moiMé de la place, une quantité d'oisillons qui les regardoient vinrent là autour d'eux; et tous les pigeons qui mangeoient encore se retirèrent en un coin , pour laisser la plus grande part de la place aux petits oiseaux , qui vinrent aussi se mettre à table et manger, sans que les pigeons s*en troublassent. J'admirois la charité ; car les piiuvros pigeons avoient si grand'peur de fîicher ces petits oiseaux, auxquels ilsdonnoient l'aumône, qu'ils se tenoient tous rassemblés en (in bout de la table. J'admirai la discrétion de ces mendiants qui ne vinrent à l'aumône que quand ils virent que les pigeons étoient sur la fm du repas, et qu'il y avoit encore des restes à sutHsance.

En somme , je ne sus m'empècher de venir aux larmes, de voir la charitable simplicité des colombes , et la confiance des petits oiseaux en leur charité. Je ne sais si on prédicateur m eût touché si vivement. Cette image de vertu me fit grand bien tout le jour.

Hais voilà qu'on me vient presser , ma très-cbère mère x mon cœur vous entretient de ses pensées , et mes pensées s'entretiennent le plus souvent de votre cœur, qui est, certes, un même cœur avec le mien. Votre oraison de simple remise en Dieu est extrêmement sainte et salutaire. Il n'en faut jamais douter . elle a tant été examinée.-et toujours Ton a trouvé que notre Sei.^neur vous vouloit en cette manière de prière. 11 ne faut donc plus autre chose que d'y coiiUnuer doucement.

Dieu me favorise de beaucoup de consolations et saintes affections, par des clartés et srntimcns qu'il répand en la supi^rieure partie de mon àme : la partie inférieure n'y a point de part. Il en seit béni éternellement. Dieu, qui est l'ame de notre c«eur, ma très-chère mère , vous veuille à jamais remplir de son saint amour. Amen.

Je fais ce que je puis pour le livre (1). Croyez que ce m'est un martyre bien grand de ne pouvoir gagner le temps requis; néanmoins j'avance fort, et crois que je tiendrai parole à ma très-chère mère. Vous êtes , ma très-chère mère , toute précieuse à mon cœur. Dieu vous rende de plus en plus toute sienne. Je salue nos chères sœurs.

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