‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 181 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES, A M. DESHATES · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES, A M. DESHATES

(TMa da moiust«re <le la Visitation de U ▼llle de

Rouen. )

àion retour de Lyon, il TaveriildequoIquespeUts deraniceroens de son flis dans le collège, el lui conseille de le retirer puur lo mettre dans un colleicc plus resserré, ou de lui donner un précepteur Terme; il lui rend pourtant ce témoi- Knapt* qu'il adiiëroit A ses conseils, et montre DDO grande tiU'eciion pour cet enfant.

Annecr, B Juillet 1618.

Monsieur, convié par monseigneur l'archevêque de Lyon, j'ai été ces jours passés

(1) Feodanl que lo rot Louis XIII étoii à Béslrrs. on fit li procès à un gentilhomme nommé Deshayes de Courne- ■ia, doot le père ètoit Kuuverneor de Moniarg is. et qui tfott la turvirance de ce fouvernemenL Apres afoir été paie de la chambre du rui, il s'éloit rais a voyai;pr dans sa limamê9 ; U se fil connaître dans les cours de Suède et de ■•scof ie : Il y fut môme employé par le rui dans des alTat- Hf da pea da eonséqoenee.

Il t'Iasafina que perMnne n'étoit plus capable qno lui da tnliar avao la roi da Suéde; mais la cardinal da ftl-

auprès de lui , où je pensoîs trouver le loisir de demi-heure pour vous écrire; mais je ne sus oncques gagner cela sur la multitude des visites et de quelques autres occupapallons qui ne furent données , outre quelques prédications : maintenant je répare la faute, et vous dirai hardiment le mal après la guérison*

Notre fils a eu fort à faire à se ranger à la discipline du collège , et lui étoit bien avUr^ que cela étoit contraire à sa réputation . La racine de son mal est une certaine grâce qu'il a de gagner les esprits , et tirer (es cœurs à soi , lesquels par après le tirent à eux, et lui donnent telles impressions qu'ils veulent. Il a eu pour cela prou de disputes avec ses maîtres, qui le vouloient empêcher do sortir et prendre des libertés contraires aux règles du collège ; et je l'ai encore plus souvent réprimandé , en quoi il m'a extrêmement obligé par le se-'. 'i ment qu'il a témoigné d'être marri de me déplaire , si que enfin, pour l'amour do moi, il commence fort à se bien ranger; et par ce moyen il tircroit encore mon cœur à soi , s'il ne lui éloit déjà tout acquis.

S'il persévère , nous aurons occasion de nous en contenter; s*il ne le fait pas, il faudra user de l'un de ces deux remèdes :

ebelleu, qui le rerardolt eomma un esprit lever, ne Jofraa pas à propos de le charfer d'une néKOcialion ti considérable. Il fut si piqué de Toir donner cette commission U nn autre, que, pour se renrer de la cour, 11 sa rendit à Bruxelles, où II offrit sss serfloas à Marie de Médlcit et aa duc d'Orléans.

Ils l'envoyèrent en Allenaitne pour j emprunter da rarrent sur les pierreries de la reina-mère, el pour damander quelques secours à l'empereur. Le baron da Cbarna^sé, plus habiie que Deshayes, trouva le moyaa de le faire arrêter. Il fut conduit à Mets , d'où on la transféra en Languedoc, oà la cour éloit alors. On lut *prlt tous ses papiers, qui contenolent la preuve da ses Intrigues.

Son père . qui étoit fort Agé . accourut an Pont-Saint- Esprit pour demander sa grâce, n alla descendre chai 11. de Brienoe. qui étoit son ami, et la pria de dira ao cardinal qu'il étuit venu pour solliciter la frace da soo flis, et qu'il l'espéroit des bontés de son éminence.

M. de Brienue fut trouver le cardinal , et il eut la courage de lui parler du flU par l'amiilé qu'il avait pour la père. Le cardinal lui demanda d'un air sévère pourquoi sa maison avolt servi de retraite à Desliayes. Brienoe lui répondit sans s'étonner qu'il l'aurolt offensé d'en prendra une autre, et que son éminence avoit l'ime trop belle et trop généreuse pour ne pas approuver sa conduite. La cardinal se radoucit, et dit seulement qu'il falloit conseiller an vieux I>esbayes.de s'en retourner à Paris: mais Il ne s'expliqua point sur la grAce qu'on lui demandait poor le flis.

M. de Brienne et son ami jugèrent dès lors que Cour- ^ nemin périroit sur on échaf.iud , et ils ne furent pas trompés dans leurs oonje<.'tnr<'i. car il eut la tête tranchée peu de Jours après. Il témoirna beaucoup de foiblesse, il reçut la coup da la mort au tarsaat an tonaat dalarmas.

ou bien lé retirer dans un collège uii pru pIU8 fertné que rolui-ci , ou bien lui don- Dcr un muitrcpiirticulierqui soit homme, et nuqucl il rcndo ol)éis?ance. Cnr enfin cet enfant est votre unique , et, certes , grandement aimable , néanmoins le voilà en ses années iK^rilleuses , que la nourriture de pa.i;o rend (;ncore plus dangereuses; mais il no 80 faut point lu:3ser do bien cultiver cette plante , car elle rendra sans doute de trô:»»bon5 fruits.

li ne se peut dire combien nous sommes grands ami-;, ni comhi''n il me n^specte , cela avec, un maître parlirnller suflini pour le bien conduire, si par aventure il ne persévéroit pas; mais j'espère qu'il le fera , ma les ptTes barnabites et M. Pey-^sard in*as:^urent grandement qu'il obs^erve maintenant fort exactement ce qu'il m'a promis. Je TOUS supplie do lui écrire que je nous ai témoicné du contentement de lui , afin de lui donner courai^e do continuer.

La grande [loinu que j'avois de lui , n'est à cause de l'eau , sur laquelle il se plait extn^mement; et je craii;nois qu'il ne se pliU encore de se metli'e dedans pour so baitmer en quelque endroit dan{;ereux , piif ce ipie toules les années il s'y i>enl quel-

LiVtftes

LETTRE OCXdL as vnAifçois De s.\le8, a vkm ikamb.

(Teftun grand bonticur A la Jeunctsed'afolrqailqu'ub pour irclllvr sur elle, parce qu'en cet Ifi ramour-propre aveugle U raisoD.

» jiniet HlL

Cette fausse estime de nous-mêmes, ma chère filiez est tellement favorisée par Timour-propre, que la raison ne peut liA contre elle. Hélas 1 c'est la quatrième chose difficile à Salomon , et laquelle 3 dii lui avoir été inconnue , que le chemin de riiommo en sa jeunesse. Dieu donnai M. N. beaucoup de grâce d'avoir 11. sn {;rand-p(>re qui veille sur lui. Que longQ^ ment puissc-t-il jouir de ce bonheur!

0 ma fille ! croyez que mon cŒuratteU le jour de votre consolation avec aotait d'ardeur que levdtre. Mais attendez, ita très-chère sœur ; attendez , dis-je , en th tendant (1); afin (jne je me serve des pi- ■ rotes de rfCcriturc. Or , attendre en êtteàdant, c'est ne s'inquiéter |K)int en attendant; car il y en a plusieurs qui en attendant ' n'attendent pas , mais se troublont et s'eipressent.

Nous ferons prou , chère fille , Diea ai

qu'un. iMiiis il m oblii^u inlinimcnt en cela, i dant : et tout plein de petites traverses et t

car il ne s'y met point. En loniuie, sachez, secrètes contradictions qui sont survenues *" je vous supplie, mon-ieur, que cet enfant ^ ma tranquillité , me donnent unesidoacf ' m'c^t cher comme uii*s yeux; elquede >on et suave tranquillité que rien plus, et me

côté II pnternisc excellemment à ni'aimer; i présai^enl,cc me semble, le prochain étaet si , j'e.-i.cnî que , pa?>é ces année.- jéril- blissenient de mon anie en S(m Dieu , qui J leuses, on le verra encore ]»alorniKT en est certes, non-seulement la grande, mal*, i

plu^ieura autres conditions, Dieu aidant. ; â mon avis, l'unique ambition et passion ]

Nous avons la pîiix, grâces à noin* Seigneur : plaise â sa divine majesté qu'elle dure, et (preHe donne ouverture à (juelquo bonne intelligence et alliance pour le prince de riémont , qui est le plus >a:je , le pluscourap'ux ei le plus 'JévoL prince qui ait été il y a longUMnps. J'écris sans aucun loisir, c'e>l pouniuoi je prendrai la confiance de ne \)OÏu\ écrire à madame ma très-chiMO fille, à laquelle indivisément avec voua , monsieur, je souhaite mille et mille bénédictions, demeuiunt pour jamais votre , elc

de mon cœur : et quand je dis mon ame, je dis de toute mon ame , y comprenant celle que Dieu lui a conjointe inséparablement.

Et puisque je suis sur le projios de moa anu) , je vous on veux donner cette bonne nouvdle, c'crt que je fais et ferai ce que vous m'avez deuuindé [vour elle, n'en doutez i)oint; et vous remercie du zèle que vous avez pour son bien , qui est indivis avec celui de la viMre , si vôtre et mien sa peut dire entre nous pour ce regard. Je vous dirai plus ; c'est que je la trouve na peu plus à mon ^ré que l'ordinaire, pour n'y voir plus rien qui la tienne attachée à ce' monde, et plus sensible aux biens ét«r> ! ncls.

i (t) Expedtllf tipWTl DOBllIB. Pf. tMlSÊf il ICk

DE S. riUflÇOlS DE SALES.

Qiie si J*étoi8àU8si viVenteni et (brtemedt joiQt à Dieu cumme je suis absolument disjoint et séparé du monde , mon cher Sauveur ^ que je serois heureux 1 et vous , ma fille, que vous seriez contcnle ! Mais }q parte pour rintéricur et pour mon sentitbeht : car mon extérieur , et , ce qui est le pis, mes déporlemcns, sont pleins d'une grande variété d'imperfections contraires; èi le bien que Je vous veux , je ne le fais

pas (4) ; mais ie sais pourtant bien ciu'en vérité et sans feintise je le veux, et aune volonté inviolable.

Hais, ma GUd, oora ment donc se peut-il taire que sur une telle volonté tant d'imperfections paroissent et naissent en moi? Non , certes , ce n'est t>as do mH volonté , ni par ma volonté , quoiqu'en ma volonté et sur ma volonté, (y est, ce me semble , oooime le gui , qui croit et paroît sur un arbre et en un arbre, bien que non pas de Farbre, ni par l'arbre. 0 Dieu ! pourquoi vous dis-je tout ceci , sinon parce que mon cœur se met toujours au larjj;e , et s'é|)anche sans bornes quand il est avec le vôtre? Si vous demeurieB de delà, je serois bien aise d'entreprendre le service que le révérend père N. désire de nloi pour cette dame ; mais cela n'étant point, il me ï>emblo qu'un autre, qu'elle aura moyen do iroir plus souvent, sd rendra plu.^ utile ù celte bonne œuvre ; et moi cependant je prierdi notre Seigneur pour elle : car sur les bonnes nouvelles que vous m'en donseE, je commence à Taimer tendrement , la pauvre femme. Hélas 1 quelle consolation de voir reverdir cette pauvre ame, •près un si dur, si lun-; et si âpre hiver. Je vous suisc-e (pie Dieu sait. Amen.

LETTRE CCXCHI.

S» FBANÇOiS DB SALES, A MADAIB DE CHA.NTAL.

Il la (SORSole! ûani «es scclierosscs , et l'encourage k\H «ttpporier tt«Ueiiiiiu*nt4 aiirloiii par une pentétf qui lui tioil surTeiiiie daiiii l'oraison , •ttr ce« paroles du Paior, Que votre twm toii

mméti/U-

Ha très-cbfere fîlle , un Jour Mdgdeleine puioit à notre Seigneur ; et s'esiimant séparée de lui , elle pieuroit et le demandoit,

(D MM «io4 f Ole kOMBi koc a|o. Rmi. o. vu. f . U.

et étoit tant oppressée, ptê 1$ «offtfil , êUe ne le voyoii point (4).

Or sus , courage 1 ne nous empressons point : nous avons notre doux Jésus avec nous ; nous n'en sommes pas séparés ; au moins je l'espère fermement. De quoipleU' rez'vousf ô femme (2)? Non, il ne faut plus être femme, il faut avoir un coBur d'homme ; et , pourvu que nous ayons Tatiie ferme en la volonté de vivre et mourir au serviC/O de Dieu , ne nous étonnons ni des ténèbres, ni des impuissances « ni des barrières. Et à propos des barrières, Magdeleine vouloit embrasser notre Seigneur , et ce doux Maître met une barrière. Non , dit-il , ne me touchez point; car je ne $Uii pas encore monté vers mon Père (3). Là haut il n'y aura plus de barrière : ici il en faut souifrir. Nous suffise que Dieu est notre Dieu, et que notre cœur est sa maison. Vous dirai-je une pensée « que je Gs dernièrement en l'heure du matin que je réser\'e pour ma chétive amo? Mon point étoit sur cette demande de l'oraison dominicale : Ton nom soit sanctifié (i). 0 Dieu, disois^je , qui me donnera ce bonheur de voir un jour le nom de Jésus gravé dans le fin fond du cœur de celle qui ie porte marqué sur sa poitrine (5)? Je me ressoa- \ ins aus.si des hôtels de Paris , sur le frooti^pice desquels le nom des princes auxquels ils appartiennent est écrit ; et je me réjouissois de croire que celui de votre cœur est à Jésus-Qirist. 11 y veuille habiter éternellement.

Priez fort pour moi , qui suis tant et si p«kternellement vétre

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