‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 183 sur 450 · GENÈVE · texte numérisé non relu

GENÈVE

(Tirée do monastère de la Visitât, de la TaldotlaJ

Le Saint km annonce qu'il Ta choisi poarétreMB

grand-vicaire.

ThonoD, 8 Mptembre Mil.

J'ai regretté dès-hier au soir que nous avons faite, moucher notre bon monsieur le vicaire; car j'en sus la nouvelle par une lettre de monsieur le premier président. L'amitié fraternelle que ce pauvre défunt nous portoit à tous mV blii^era à jamais de chérir et honorer sa mémoire, et de prier souvent pour son aine, comme j*ai fuit dès aujourd'hui. Il y a long-temps que je prévoyois cet accident, en la mauvaise conduite qu'il tenoit pour sa santé, et ayant pensé, depuis que j'ai su plus particulièrement qu'il étoit en état do nous quitter bientôt, qui je pourrois rendre successeur en sa charge; enfla, après plusieurs considérations, j'ai ré-

(1) H. Je«D-François de Salei. frère da salol éfêqaai qui éioitd'ane humeur austère se Jeta dans Tordre d« capucins, et porta leur babit pins de dix mola ; mala sa sauté ne lui permit pas d'7 rester. En étant lorii. H fat fait chanoine de St.-Pierre«de-GeneTe. Fuis 8. Fraafotoée Salei la aoBma aon g rand-Tioalra.

lohi de TOUS y appeler; et ce seul motif vous suffira pour Taccepter, et à tout le [Donde pour l'approuver, que de cette charge dépend une grande partie du bien te ce diocèse et de mon honneur, dont votre proximité vous pressera d*avoir plus ie soin et de jalousie que nul autre n'en aaroit prendre ; ni vous ne devez pas aléguer au contraire que vous n*avez pas a oonnoissance des choses des procès, car ^'cst la moindre des fonctions du grand-viaiire, et pour le bon succès de laquelle il mffit qu'il ait de la vigilance et du zèle, x>ar faire que les autres officiers fassent ûen leurs devoirs, etquMl établisse un bon substitut et de bons assesseurs. Mais de sela, nous en parlerons à mon retour. Dieu lidant : cependant, faites pour moi comme H déjà vous étiez établi ; et sera bon de mettre la cure de Boussi au concours au plus tôt. Je pense partir d'aujourd'hui en boit jours, et d'arrêter trois ou quatre jours en chemin , étant prié par monsieur d'Angeville de passer à la Roche, pour voir certain différend qu'il a avec ses chanoines.

La contagion ne fait nul progrès, grates à notre Seigneur, sinon dans Genève, où elle moissonne rudement. Dieu vous bénissey et je suis tout en lui votre, etc.

LETTRE CCXCVL

8. FEANÇOIS DE SALES, A UNE ABBBSSB DE L'ORDHE de SAINTE-CLAIRE.

Uf religieuses doiTent renoncer à loale propriété. L'oraison doit être pratiquée dans les coinmu- Mutés religieuses, et l'usage de la confesAion •tde la communion y doit être fréquent. Importance desconfesseursextraonlinaires; objecliou lirifole sur ce sujet, arec sa réponse. Utilité des eommonioations spirituelles: la manière d'en bieoiiscr.

TbonoD , 11 septembre 161S,

Né. pensez jamais , ma très-chère sœur, (jDe je puisse oublier votre personne, ni les nécessités temporelles de votre monastère, que j*ai trouvées, certes, encore plus grandes qu'on ne m'avoit dit. Je prévois seulement qu'il nous faudra attendre que les soupçons de contagion cessent pour faire faire plus fructueusement la quête, et cependant je ferai faire les patentes requifes. Au reste, mon cœur amoureux de la «ûiteté de votre assemblée, quoique Je ne

l'aie vue qu'en passant, et plutôt entrevue que vue, ne me permet pas de partir sans vous exhorter enN. S., de poursuivre constamment l'exécution de la sacrée inspiration que Dieu vous a donnée de perfectionner de plus en plus cette vertueuse compagnie, par une pure et simple privation de toute propriété, par les exercices de la sainte oraison mentalo, et par uno fervente fréquentation des divins sacremens.

Et ne doutez point , ma chère sœur, que le père Garinus ne vous soit favorable, si vous lui représentez naïvement et humblement vos dignes prétentions; car c'est un docteur de grand jugement et longue expérience, grandement zélé aux constitutions ecclésiastiques, et à l'établissemeht du concile de Trente , comme sont tous les gens de bien. Vous lui pourrez donc confidemment dire ce que vous m'avez touché un mot de vos affaires; car je sais bien qu'il ne le trouvera pas^nauvais, étant, comme il est, de mes meilleurs amis, et qui sait bien que je n'ai pas accoutumé de rien gâter, et que je ne suis point entrepreneur d'autorité, ains homme qui no trouble rien ; et pourrez encore lui dire tout ce que j'ai dit; de quoi, pour vous rafraîchir la mémoire , je vous ferai une répétition.

Premièrement, que le renoncement de toute propriété et l'exacte communauté de toutes choses, est un point de très-grande perfection, et qui doit être désiré de tous les monastères, et suivi partout où les supérieures le veulent : car, encore que les religieuses qui n'en ont point l'usage en leurs maisons, ne laissent pas d'être saintes, la coutume les dispensant , si est-ce qu'elles sont en extrême danger de cesser d'être saintes, quand elles contredisent à l'introduction d'une si sainte observance, tant aimable et tant recommandée par le , père saint François et la mère sainte Claire, et qui rend les religions riches en leur pauvreté, et parfaitement pauvres en leurs richesses.

Le mien et le tien étant les deux mots qui, conmie disent les saints, ont ruiné la charité , et ne sert à rien de dire,^ nôtre voile, notre robe, nos chemisettes, ou nos mutandes, si en effet leur usage n'est pas indifférent et commun à tontes les soBurs;

KETTPES

1(38 paroles étant peu de chose, si les effets ne coiTCSix)n<lont. Et comme pout ôlre dite commune une chose que nul n*cmploic que moi? Or, j'ai vu en un monpslôrc, où j'avois une forte proche pjircnlc, que toute la difliculté de cet article étoit en la douilletterie de quelques sœurs en ce qui regarde les chemisettes et les linges; j'admirai que la lessive ne suffit pas pour co sujet à des fillos de celui qui baisoit tendrement les ladres, et de celui qui baisoit les pieds des &Œurs revenantes de dehors.

Certes, qu'il est douillet de porter un linge ou un drap lavé , parce (ju'il a été auparavant le lavement |M.»rté par son frère chrétien, je ne sais pas comme il ose diro qu'il aiinc son prochain comme soi-même ; et faut qu'il ait un grqnd amour-propre,

3ui le fasse estimer si net en comparaison es autres.

Or, la façon de mettre tout en commun cstbii/n aiïée, quançl tout e^tcnscnll)Ioen un colî're ou en une giirde-robe , el (pi'une distribue à iQutps, selofi leurs nécessités indislinctepient, co qu'jl leur faut, sans avoir égard à autre chose qu'à la nécessité, et à la volonté de la supérieure, en quelques congrégations môme (l)on change les chapelets et tous les petits meubles de dévotion, au sort,à cliaque commencement d'année.

Quant à Toraison et à la fréquence des sacremons, il n*y a point de dilliculté, ce ipe s<'mble, sinon pour lo dernier, do gagner le péro confesseur, afin qu'il ne laisse pas (le faire la charité aux sœurs, lesoyant op confession quand il en sera requis par la supérieure.

Mais il y a un point d'importance duquel je vous touchai un mot, que pour le bien de votre famille vous devez domander à vos supérieurs, e^ qu'ils ne peuv^^nt en bonne conjïcience vous refuser : c'est que doux ou trois fois chaque année ils vous aient à offrir des autres confesseurs e%traordinaires (suivant le commandement du ;?acr6 concile de Trente), qui oyent les confessions de toutes les sœurs. Et la congrégation des cardinaux a déclaré que, les supérieurs étant négligeans en cet article, les évéques le fassent eux-mêmes, et que cela se fasse même plusieurs autres fois de

l'année, s'il est requis. Or, il efttreqifîfti quand la sup<^rieure voit des sœurs grandement troublées et difTiciles ou répugnantes à se confesser au confesseur ordinaire, pourvu que ce ne soit pas lûiijours, ains parfois seulement et sansabiu.

Mais, pour ce dernier point, il somble qu'il ne soit pas convenable de le demander, puisque Tordre mis par le concile suffit pour la satisfaction de votre cûngré,tiition. Et ne faut nullement recevoir les allé-dations au contraire ; car rien ne ^ faiteo ce monde, qui ne soit contrerlit par le$ esprits minces el fâcheux: et de loulcàcluh ses, pour bonnes qu'elles soient, on en tire des incon venions quand on veut picoter. Il se faut arrêter à ce que Dieu onlonne et à son Église , et à ce que les saints et saintes enseignent; ni il ne faut (tas dire que votre ordre soit exempt des constitutions dq liacré concile : car, outre que le concile ert sur tous les ordres, s'il y a aucun ordre qui doive obéir aux conciles et à TÉglise romaine , c'est le vôtre , puisque le përe saint François l'a si souvent inculqué.

Mai-i , ce dit-on. il se pourra faire qu'une fille sachant qu'elle pourra avoir un confesseur extraordinaire, elle gardera srs péchés jusque» à sa venue , là où s'il n'y avoit i)oint d'es|K'>rance d'autre confesseur, elle ne les ganleroit pas.

Il e?t vrai que cela jwurroit arriver ; mais il est vriii aussi qu'une fille qui sera si malheureuse (pie do faire des mauvaises confessions et des communions indignes |:>our atlenùre rexlrncTdinaire, elle ne fera pas grand scru{)ule d'en faire plusieure, et plusieurs mauvaises , |>our attendre la mutation du confesseur, ou la venue du supérieur. Et, en somme, cet Inconvénient n'est pas comparable à mille et mille pertes dames que la sujétion de ne se confesser janiaK qu'à un seul peut apporter, comme l'expérience le faitccmnoître:et,ensomme, c'est une présomption insupportable é qui que ce soit , de penser mieux entendre les nécessités spirituelles des fidèles , et do s'imaginer d'être plus sage que le concile. Il vous faut donc tenir bon à ce point , et ne se laisser [loint enqxirter aux considérations do l'esprit humain.

Restent les cummuniciitions spirituelles, lesquelles aussi je vuiis dis être fort utiles, pourvu qu'elles soient faiten à propoi. £i

DE S. FRMfOlllS »E SALES.

pmulvemDl, nid, mama je pepse, ne les TOUS peut défendre; car, tant que j*ai 8u voir en la règle de S. François et de Ste Claire , il n'y a rion qui les empêche ; ains seulement ce qui y est dit empêche toute sorte d'abus. Et je vousdimi comme on les fait entre les filles de la mère Thérèse , qqi sont k mon avis les plus retirées de toutes ; elles se font donc en cette sorte : La fille qui désire communiquer quelque diese, le dit A la supérieure : la supérieure considère si la personne à laquelle on veut eommuniquer estde bonne qualité, et propre A consoler; et si elle est telle , on la deoiande qu pne de venir; et étant«ve- Doa , on mène la fille qui veut communiquer A la treille, e^ le rjdeaif demeure sur la treille ; et puis on donne tout à l'aise loisir de communiquer, chacun se retirant en lieu d'où on ne puisse ouïr ce que dit celle qui communique , pourvu seulement qu'on la puisse voir. Que si on voit une fille qui veuille trop souvent communiquer avec un même , passé trois fois , on lui refuse , sinon que l'on vit une grande apparence de beaucoup de fruit, et que les personnes bssent hors de soupçon de vanité, mûres d'âge et exercées en vertu.

Vous avez vu , je m'assure , ce que la bienheureuse mère Thérèse en dit , et cela fofiira pour répondre à tous les inconvéniens qu'on en pourroit alléguer. Et jamais ce ne fut l'inLention des saints de priver les âmes de telles saintes conférences, qui lervent infiniment à beaucoup de vertus, et sont sans danger, étant bien faites. C'est grand cas, comme c'est une subtile tentalion : nous voulons garder la liberté de la propriété qui est contre la porfoction , et ne voulons pas recevoir la liberté dos com- Bonications , laquelle étant bien entendue nous aide à la perfection. Nous trouvons des ÎDCODvénîens où les saints n'en trouvant point , et n'en trouvons point où les feints en trouvent tant.

Or, ces communications ne se doivent pBS faire pour apprendre des divers majûëres de vivre en un monastère , mais pour apprendre à ipiieux et plus parfaitement pratiquer celle à laquelle on est oblige î et si, elles p'empèfhcnt point les conférences publiques . ains elles servent pour les npeuj^ dig^ror, et appliquer une chacun en son particulier*

i*9vois oublié de dire que quand le confesseur extraordinaire vient , il faut que toutes les lillcs se confessent à lui, r.fin que celles qui en ont besoin ne soient pas découvertes , et que le malin no sème point de reproches parmi la maison, àlais celles qui ne veulent pas prendre confiance a l'extraordinaire, pourront, avant que de se confesser à lui , faire leur confession à l'onlinaire , et , par après , dire seulement quelques i)échés jà confessés à l'extraordinaire , pour servir do matière à l'absolution.

J'ai été bien lonîz, ma très-chère sœur; mais j*ai voulu en ceci vous bien déclarer mon sentiment , «.fin (|uo vous lo sussiez bien dislincUment ; et tenez bon hardiment, pour inlrotluire en votre maison la sainte et vraiment n'iigieuse liberié d'esprit, et \Ynir en bannir la fausso et superstitieuse liberié terrestre. Uamenez ces bénites amcs aux observanns des &ainls conciles, et vous sereï bien heureuse. Notre maître Garius, et tous vos supérieurs majeurs, gens discrets et raisonnables, vous aideront, je n'en doute fwint; et même votre bon confesseur, qui est bien vertueux et su.i^û reli|;ieux , ainsi que je puis connoitre, et qui entendra bien la raison, quand clic lui sera bi«'n remontrée.

Je vous Si. lue mille et niiilo fois es entrailles de la miséricorde de notre Seigneur, auquel je vous supplie de me recommander continuellemenf avec toute votre chère et vertueuse compaj;nîc.

LETTiiE CCXCVII.

s. FRANÇOIS ns SALES, A LA MÈRE FAVRE, SUPÉUIEIIRR nnS filles de SAINTE-MARIE, A LYON#

U reogagei porter avec courage, humilité et confiance , la charge de supcrieurc.

4 ociubrt l«il.

Or SUS, ma très-chère fille, puisque vous voilà sous la charge avec un peu d'appréhension , oyez c^ que notre ^eij^neur dit en l'Kvani^ilo aujourd'hui (I) : y/ppr^iiez de moi que je suis doux et humble de ccnift et vous trouverez du repos en vos ameê; car mon Joug est suave et mon fardeau léger (i). Ma très-chère tille , moyennant

<l)L*éfap|ll« 4aiow4a ^ Fraafob (i'AmIm.

(t) Dl«f Ue à m« quia mltis ram ei kaiqllif titrée, al !••

LETTRES

l'aide de Dieu , nous ferons prou : mais il I faut avec une courageuse humililé rejeter toutes les tentations de défiance en la trèssainte confiance que nous avons en Dieu. Certes , vous devez croire que cette charge vous ayant été imjxjsée par le choix de ceux à qui vous devez obéir, Dieu se met- ' ira à votre dextre, et la portera avec vous ; ains la portera , et vous aussi : mais ne vous étonnez point.

Faites cet oflice pour Tamour de ce Sauveur, qui vous y a appelée : vous en serez déchargée quand il lui plaira.

Vous nous reviendrez voir quand il en sera temps. Pour moi , il y a long-temps que je prie Dieu pour vous fort particulièrement , estimant que sa divine providence se serviroit de vous pour l'acheminement de Tédifice spirituel de cette petite congrégation. Dieu soit à jamais au milieu de votre cœur. Amen.

LETTRE CCXCVm.

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