‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 190 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES, AUX DELIGIEUSES DE LA VISITATION D* ANNECY · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES, AUX DELIGIEUSES DE LA VISITATION D* ANNECY

DlfTi^fenre des personnes qui se sont retirées da tiécle d'avec relies qui y Konl encore. II relève U boubfur delà vie religieuse.

Crenobif, i^ avril iSil.

Sero!t-il bien possible que mon esprit oubliâtjamuis les chers enfuns de ses entrailles? Non, mes trôs-chères filles, ma chère joie et ma couronne, vous le siivez bien, je m'en assure ; et vos cœurs vous auront bien rc(K)ndu pour moi, que si jo ne TOUS ai pas écritjusqu'à présent, ce n*est sinon parce que , écrivant à notre trèstinique et bonne mère, je savois bien que je ne vous écrivois pas moins qu'à elle, par cette douce et salutaire union que vos âmes ont avec la sienne; et encore parce que le saint amour que nous vous |)ortons iîéci|)roquement est écrit, ce me semble, en si grosses leilres, dans nos cœurs, qu'on y peut bien lire presque nos pensées do Annecy jusques ici (1).

Je suis avec un peu plus de monde que quand je suis dans notre séjour ordinaire Quprès de vous ; et plus jo vois de ce misérable monde, plus il m'est à contre-cœur; et ne crois pas que j'y pusse vivre, si lo sei vice de quelques bonnes âmes en l'avancement de leur salui no me donnoit do Tallégement.

Mon Dieu I mes chères filles , que jo trouve bien plus heureuses les abeilles, qui ne sortent de leur^ ruches que pour

lUAeraMBMi

la cuemette du mM, et ne ie Mit

ciées que pour le composer, et n'ont point d'empressement que pour cela , et dont l'empressement est ordonné , et qni ne font dans leurs maisons et monastères, sinon le ménage odorant du miel et de il cire î

Qu'elles sont bien plu9 heoreoses qoe ces guêpes et mcuches libertines, qd, courant si vaîruement et plus voiontim aux choses immondes qu'aux honnêtes, semblent ne vivre que pour importuner le reste des animaux, et leur donner de Is peine, en se donnant à elles-mêmes vm perpétuelle inquiétude et un inutile eSK pressement. ,

Elles vont partout furetant, suçant etplcotant, tandis que leur été et leur automne dure ; et, l'hiver arrivé, se trouvent sau retraite, sans munition et sans vie ; où nos chastes abeilles, qui n'ont pour objet de leur vue, de leur odorat, de leur goût qoe la beauté , la suavité et la douceur des fleurs rangée à leur dessein, outre la noblesse de leur exercice, ont une fort simablo retraite, une munition agréable,e( une vie contente, parmi l'amas de leur travail passé.

El ces âmes amoureuses du Sauveur (1), qui le suivent en notre évangile jusque sur le haut du désert, et y fo t un plus délicieux festin sur l'herbe et les fleurs, que ne firent jamais ceux qui jouissoient de Tirppiireil sompluoux d'A^suénis, où l'abondance étoulfoit la jouissnnce, parce que c'étoit une abondance dos viandes et des hommes.

Vivez joyeuses , mes très-chères filles, entre vos saintes occupations. Quand l'air vous sera nubileux, entre les sécheresses et aridités, travaillez au-dedans de votre cœur par la pratique de la sainte humilité et abjection; quand il sera beau, clairet serein, allez, faites vos spirituelles saillies sur les collines de Calvaire, d'Olives, de Sion et de Thabor. Do la montagne déserte oti notre Soigneur repaft sa chère troupe aujourd'hui, volez jusqu'au sommet de la montagne éternelle du ciel, et voyez les immortelles délices qui y sont préparées pour vos cœurs.

Hé! qu'ils sont heureux ces coMirs bien-

n) Les Minies femiuet q«i raiTinuii notn Seifaeariir toCaliairt.

FX

«imés de mes filles, d *a voir quille cpiekqves années de la fvugne liberté du monde, pour jOMif étecDollam^pt d^ ç^ d(^rat>le o^rla- W^e, auqi^l uu|l^ Wh^né n'c&tàtéc, que ça|U) qui nûu$ çinp^he d'è^r^ yrfiipAent libres.

Dieu vous bénisse, i|ies tr^-chèr^ Hlles, Youft fuisse de plus en plu^» ^vf^ncer en V^mpur de sa divini éternité, en Inquelle nous ospérons de jouir dp rinftoité dP ^àps faveurs, pour coite petite )npis vr^ic Qviçjité, qu*pq $i peq de ctiose, comme est cette vie pré»eniû, nous voulons u))^rvf r, ipoyçnnsmi s^^ gr^ce. La dilocUon du Pt^rc, du Fils o^du SuintT^pri^ ^\\, o jatpuii^ ^u niilieu de vo$i coeurs, e( qup Iqs mamollus 4e NotrcnPiime ^ient pour to^jo^r$ noMe refiige. Amen*

Pieu ro'a favorisé d^ayoir pu écrire (out 4*une haleine, quoiquQ presque san^ baigner, p^s quîi\tre pe^ts (nots à nioà Irps- Ât^re^ fdles, qui mises enaeml^le , cumme leurs en un ))ouquoi, sont déliocs j^ |u IQère de la fleur de i^^ii (4 ) ui |a Qcur des fHères, Hé 1 Seigneur, que ce soit en odeur de suavité, An^pp. Vive jp;^u^, en qui je ituisvp^e, etc.-

LETTRE CCCXV.

s. FRANÇOIS DE SALES , AU PUC DE ^|EM0ni|S.

(Tlféç du lecood muoatt. do la flsilat. d'Adoecj.^ ^fîGomn^aqd^iion pour un de ses p^r^n^.

Anpecy,8aTrM 16i6.

Monseigneur, jq join§ ipjj trt.'S-huinble ttpplicatjpn à PPlIe que M- ^e baron de Vikttp vous ya faire , puisque celui je bien diiquel p|le rej^ardeesté:;alement ^lon parent cûmmP à lui. Votre grandeur jugera tien que jo vgudrois avoir un p|us agréable Wjei d'implorer sa bonté; mais puisque ^lui-cj nra pressé, jo ne laisse pas de me (Dnij^r i:n ollc, que jo np serai pas écondnit salon l'honneur que j'ai d'^trp^youé, monseijsneur, votre, etc.

LETTRE CCeXVÏ.

I, fR4XÇ0IS PE SALES , A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION.

J||nié|rede coi)np|ire !•» bouc d^'^ifs: ce qu'il faut Cai e lorsque , dans la uieditaiioii,on be iruuve inquiète d imagiiiaiioiis obscènes.

tT avril i€tl.

lia trèsrchère fdle, il y a deux sortes de

fl? M «**• ^ ta flMr da iMié, •«! la salai* Ylarga da SaBTaar, qol est appcM la fleur da Jessa.

bof)^ désirs : Tui)^ decouxqi^(p\)gmentipnt la graçp et la gloirp des serviteurs d^ ^ley, l'autre, de ceux qui n'opèrent rien.

Lesî désirs de la première sorte s^xpri» ment ainsi : Je désrrerois de faire, par exemple, Taupidne; mais je ne la fois pas, parce que jo nVi pas de quoi ; et ces désirs accroissent grandement la chrrité, et sane« tifient Pâme : les âmes dévotes désirent le martyre, les ôpprobr s et la cro x, qu^elles ne peuvent néanmoins obtenir. Les désirs de la seconde sorte s'expriment ainsi : Je désirerois de Taire Taumône, mais je ne la veux pas faire; et ces désirs ne sont pas péché par Timpossibilité, mais par lâcheté, tiéd('ur et défaut de courage \ c*est pourquoi ils sont inutiles, et ne sanctiHent pas Taipe, et ne donnent nul accroissement de grâce ; dont S. Bernard dit que l'enfer en est plein.

n est vrai que, pour Tenlière résolution de votre difficulté, il faut que *vou8 remarquiez qu'il y a des désirs qui semblent être de la seconde sorte qui sont toutefois de la première ; comme au contraire il y en a qui semblent être de la première, et sont de la seconde.

Par exemple, nul serviteur de Dieu ne peut être sans ce désir : 0 que je désirerois bien de mieux servir Qieulllcl^s!

quand le servirai-je n souhait? fit, parce que nous pouvons toujours aller de mieux en mieux, il semble que les eflets de ces désirs no sontempéobÀ que faute de pé^lution : mais il n'est pas vrai, car ils sont empêchés par la condition de cette v je mortelle, en laquelle il ne nous est pas si aire de faire que de désirer : p*est pourquoi pas désirs eu général sont bons, et rpndent meilleure Famé, réobaufTant pt affectionnant au progrès.

Mais quand en particulier il ^e présente quelque occasion do profiter, et, en IJ9u d'en venir à l'effet, on pn (jpnieur^ at^ désir; pomme, ppr pxemplp, il sp prt^sente quelque occasion de pardonnpr ui)p ifijqre^ de renoncer à la propre voloiiU» en quelque particulier sujet, et, en lieu de faire ce pardon ou renoncement, je dis seulement : Je vûudrojs bien parclpnnpr, mais je ne saurois ; je voudrais bien renoncer, mais il n'y a pas moyen : qui ne voit que ce désir est un amusement, nias qu'il me rende plus coupable d'avoir une si fortn

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