‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 231 sur 450 · LETTRE CCCC · texte numérisé non relu

LETTRE CCCC

s. FBANÇOIS DE SALES, A UADAMB UE

CUANTAL.

Snr le même suiet. Combien le Selht étoft porté aa

fenonccoient à toi-même. Avantage de celto

vertu. Divers exemples de depouiUement i

exhortation et pratique.

f août me.

0 Jésus ! que de bénédictions et de consolations à mon ame de savoir ma mère dénuée devant Dieu' Il y a long- temps quo j'ai une suavité nonpareille quand je chante CCS répons (1) : l>^ujesui8 sorti du ventre de ma mère , et nu je retournerai là. Le Seigneur me Va donné, le Seigneur me la ôté: le nom du Seigneur soit béni (2).

Quel contentement à S. Joseph et à la glorieuse Vierge allant en Egypte, lorsqu'on la plupart du chemin ils ne voient chose quelconque, sinon le doux Jésus I C'est la fm de la transfiguration , ma très chère mère , de no plus voir ni Moïse , ni Èlie , mais Jésus-Christ. C'est la gloire lie la sacrée Sulamito , do pouvoir étro seule avec son seul roi, pour lui dire : Afon bien

(l) Ce «ont des répons de roOIce divin.

(1) Nudus egressus moi d« uiero malrl* revertar lUac

Donilnoi* dédit. Dominos abstullt • tli beoediclum Joa, o. i, v ti*

, eftMdoi nvariol

LETTRES

aimé e$t à moi^ et moi j$ êHii à lui (4). 11 faut donc demeurer à jamais toute nue, ma très-chère mère , quant à Taffection , bien qu*en effet nous nous revêtions ; car il faut avoir notre affection si simplement et absolument unie à Dieu que rien ne s'attache à nous. 0 que bienheureux fut Joseph l'ancien, qui n'avoit ni boutonné, ni agrafé sa robe, de sorte que quand on .le voulut attraper par icelle , il la lâcha en un moment (2).

J'admire avec suavité le Sauveur de nos ' âmes, sorti nu du ventre et du sein de sa mère, et mourant tout nu sur la croix , puis remis dans le giron de sa mère pour être enseveli. J'admire sa glorieuse mère qui naquit nue de maternité , et fut dénuée de cette maternité au pied de la croix, et pouvoit bien dire : Nue j'étois de mon plus grand bonheur quand mon fils vint en mes entrailles ; et nue je suis quand mort je le reçois dans mon sein. Le Seigneur mê la donné, le Seigneur me l'a ôté;lenomdu Seigneur soit béni. Je vous dis donc , ma très-chère mère , que béni soit le Seigneur qui vous a dépouillée. 0 que mon cœur est content de vous savoir en cet état si désirable ! et je vous dis comme il fut dit à Isaïe (3) : Marchez et prophétisez toute nue ces trois jours persévérez en cette nudité de demeurer auprès de notre Seigneur, il n*est plus besoin que vous fassiez des actes s'il no vous vient au cœur , ains que seulement vous chantiez, si vous pouvez , doucement le cantique de votre nudité : Ane je tuis née du ventre de ma mère, et ce qui s'ensuit.

Ne faites plus aucun effort; mais fondée sur la résolution d'hier, allez, ma très^hère fille , et oyez et inclinez votre oreille; oubliez toute la peuplade des autres affections, et la maison de votre père: car le roi a convoité (i) votre nudité et simplicité. Demeurez en repos là , en esprit de

(1) Dilrcivf ncas nihi. cl tfo llll Caht., c h, t. is.

(t) Acridii ul Intrarei Josrpli domum , cl operis quippiaoi •bsqoeirblino faccrcl; cl lll« (liera rju») apprchrnkA U- Ciuià fCftilmcoU rjo», dlofrct : D« nnl DiCtutii. Qui relicio lu manu fjuf palUo, fiicU. et egrcMus c»! fura». Chu., c. XXIX. f. llellf.

(9) l.fHuiu» est DoDinos in mano Im'« OUI Amof. dU CCD» . Viidp, cl ftoUc Mrcum de lurobis lalt, cl caicca- Biciita tulle de peUibus tuU. EKeilt sic, Tauent nudiwct dttralceatas. la , c. xx, t. t.

(4) Attdt, Alla, et Tlde. et locllu aarem taam, et oblUlacere pupalum laum, el domun paliis lui t et cuDcvpiacet Iti decMtiB Uiwn. P». xuv* t- 11 1 1t.

très-simple confiance, sans sealencnt r^ garder où sont vos vêtemeoB;Je d», i^ garder avec attention ou soin quelconque.

Bonjour , ma très-chère mère. Vive Jésus dénué de père et de mère sur la croix : vive sa très-sainte nudité ' vive Marie dénuée de fils au pied de la croix.

Faites doucement les insensiblesacqnie»

cemens de votre nudité ; ne faites plos d'ei^ forts, soulagez votre corps suavement. Tift Jésus 1 Amen.

LETTRE CCCCI.

MAnAMB DX CnAlVTAL , A 8. FXAlfÇOn M

8ALBB.

(Tiré* des lettrée de Badaae éê GiMkBitL)

Elle Doiifle ta Saint les ordres dn médcdB M sujet de sa ssnip, et lui déclare les vint qi'elli ■ sur le dépoaiilemeDt intériear qaa Diei loit faire en elle.

taetIHilL

Mon unique père, M. de Grandis(l)m1 dit aujourd'hui que nous eussions enoon bien soin de vous ; que vous ne deviez plus faire une si grande diète ; qu'il falloit bici vous tenir et vous garder de près , à caoN de la fluxion qui est à craindre. Je suisbifi aise de toutes ces ordonnances, et de cequo vous garderez votre solitude, puisqu'elle sera encore employée à l'utilité de votro chère ame : je n'ai pu dire notre , car il me semble n'y avoir plus de part , tant je me vois dénuée et dépouillée de tout ce qui m'étoit le plus précieux.

Mon Dieu ! mon vrai père , que le rasoir a pénétré avant! Pourrai -je demeurer long-temps dans ce sentiment 1 Au moins notre bon Dieu me censervera, s'il lui plaît, dans mes résolutions, comme je le désire» Ilél que vos paroles ont donné Une grande force à mon ame 1 Que celles-ci m'ont touchée et consolée, quand vous me dites:

Que de bénédictions et consolations mou ame a reçues^ de vous savoir toute f/énti^e devant Dieu ! 0 Jésus ! Jésus daigne vous continuer, mon père , cette con^Uh tion , et à moi ce bonheur.

Je suis pleine de bonne espérance et de courage bien paisible et bien tranquille : grâces à Dieu , je ne suis pas pressée de regarder ce dont je me suis dépouillée ; je demeure assez simple, je le vois comme une

(i) C'est l« aoiB da nédeclo qui ? oyolt l« Stlac étm it

DE S. FRA.'fÇOKS DE SALES.

éloigiicc ; il ne cosse pas cependant de venir me toucher, mais sur-le-champ je I détourne.

Béni soit celui qui m*n dépouillée : que honte me confirme et me fortifie pour Fesécution, quand il voudra quej*y vienne. Quand notre Seigneur me donnacette douce pensée de m'abandonner à lui , que je vous mandai mardi, hélas 1 je ne m^imnginaipas qti*il commencerait à me dépouiller par moi-même , en me faisant ainsi mettre la main à Tœuvre : qu'il soit béni de tout, et qu'il lui plaise me fortifier.

Je ne vous ai pas dit que je suis avec peu de lumière et de consolation intérieure : je mis seulement paisible partout. Il me semble mémo que notre Seigneur, tous ces jours passés, avoitun peu retiré cette petite douceur que donne le sentiment de sa chère présence ; aujourd'hui encore plus ou moins. Il me reste peu de chose pour appuyer ou reposer mon esprit; peut-être que ce bon Seigneur veut porter sa sainte Bain à tous les endroits de mon cœur, pour 7 prendre tout, et le dépouiller de tout. Que sa très^^inte volonté soit faite.

Hélas! mon unique père, il m'est venu •ttjourd'hui dans la mémoire, qu'un jour vous me commandiez de me dépouiller. Je vous répondis je ne sais plus de quoi ; et vous me répartîtes : Ne vous Vavois-je fOi bien dit , ma fille , que je vous défouiUerois de tout?0 Dieu ! qu'il nous est aisé de quitter ce qui est autour de nous ! Ibis quitter notre peau , notre chair, nos «; et pénétrer dans l'intérieur et jusqu'à h moelle , qui est-ce que nous avons fait , cerne semble , c'est une chose grande, dificile ei impossible à autre qu'à la grâce de IMeu. A lui seul donc est due la gloire , et qu'elle lui soit rendue à jamais.

Mon vrai père , n'est-ce point me revêtir delà consolation que j'ai à vous entretenir,

rie de la prendre sans votre permission ? me semble que je ne dois plus rien faire H que je ne dois plus avoir ni pensée, ni ifirâtion, ni volonté , qu'autant que toutes CBS choses me seront commandées.

Je finis donc en vous donnant mille bonloirs, et vous disant ce qu'il m'est venu dans l'esprit. Il me semble que je vois les deux portions de notre (4) ame n'en faire

(l)BII«parl«defoaMM«l4« etU* 4«fM Mtetpèrt»

plu-; qu'une, uniqu^iuont abandonnée et remisiî à Dieu. Ainsi suit-il , mon très-cher pôro. El que Jésus vive et rc;j;no à jamais. Amen. No vous expo-ez pas à vous lover trop tôt : je crains que cette sainte fête (i) ne vou!=; fasse faire un excès. Dieu vous conduise en tout.

LETTRE CCCCII.

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