‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 232 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES, A MADAMB DE CUANTAL · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES, A MADAMB DE CUANTAL

Réponse à la précédente. Avantage da ptrraft r»* noncement à soi-roéme. Quel eit ton fouverain degré.

f août itlf .

Je vous donne très-affectionnément le bonsoir, ma très-chère mère , priant Dieu que vous ayant réduite à l'amiable trèssainte pureté et nudité des enfans , il vous prenne meshui entre ses bras comme S.

Martial (2) , pour vous porter à son gré à l'extrême perfection de son amour.

Et prenez courage : car s'il vous a dénuée de consolations et sentimens de sa pré- .sence , c est afin que sa présence même ne tienne plus votre coeur, mais lui et son plaisir, comme il fit à celle qui, le voulant embrasser et se tenir à ses pieds, fut renvoyée ailleurs. iVe me touche point, lui dit-il, mais va, dis-le à Simon et à mes frères (3). Or sus , nous en parlerons. Bienheureux sont les nus; car notre Seigneur les revêtira. Cette bonté no veuille pas permettre que j'aie si peu de sainteté en une profession et en un âge où j'en devrais tant avoir. Ma mère, vivez toute gaie devant Dieu, et le bénissez avec moi es siècles des siècles. Ainsi soit-il.

(I) C'est MU doala la ffta da rAMoaptIoa da la trèa- MlaUt Viarf e.

(1) S. Martial. tpAtre d'AqelUlaa. al pramiar évéqiia 4a Limofea. aaloa na* ancianoa tradliion. c«t cet enfant qiia notre SelRoenr prit antre se« bras lorsque lea apôtres par on motif d'ambition, lot deinandérent qnl seral^le pins fraad dans le royanme des cieui (a). Jésus leur dit t Si vons ne f ons convertisses, et si toos oe doTenet semblables a des peliu enfants . tous n'eoirerei point dut la royaume des deux.

(I) Conversa llla (Varia-Uag dalana) dlclt et (Jesn> : Rabbonl. quud dicitar Mag Isier. Dait et Jcsus : Noili me tanfera ; nondnm anim ascendt ad Patram menm ; vadeanlani ad fralras mecs, et die eis. Jo4n., o. xx, t. 16.

(a) € Aee0ê$erunt diteipuli ad J^um , dietntêi :

• Qniê, pnfos, WMJor e»t in r€gno ealorwn/ Ht adm voeans j0iuê parrulum, êtaluil in medio torum, et p dûoU: Amen dico vobiê. nis» conDersi fueritiê. et af-

• fieiamini «tcnf ponmii. non inirabitiê in regnnm m assiomm. Qmienmqme ergo kumttiuverit êê êicut jNirv

• anfiu tsfe.Aic me^fomt in ngnocmU>rum. • lUTta. mvni, f . 1, i; t al 4b

LETTRES

LETTRE CCCCIIL

B. FRANÇOIS DE SALES, A HADAUE DE GIIANTAL.

Icte héroTque de renoncement à soi-même et

d'abandon A Dieu. Conseils d'une haute perfec^

lion, et disposition du cœurdu Saint au sujeide

cette vertu.

17 août 1610.

Tout cela va fort bien , ma très-chcro mère : c*08t la vérité , il faut demeurer dans cette sainte nudité jusqu'à ce que Dieu vous révèle. Demeurez là , dit notre Seigneur à ses apôtros , jusqu^à ce que d'en haut vous soyez revêtus de vertu (\). Votre solitude ne doit point être interrompue jusqu'à demain après la messe.

Ma très-chère mère . il est vrai , votre imagination a tort de vous représenter que vous n*avez pas ôté et quitté le soin de vous-même , et Taffection aux choses spirituelles : car n'avcz-vous pas tout quitté et tout oublié ? Dites ce soir que vous renoncez à toutes les vertus , n'en voulant qu'à mesure que Dieu vous les donnera , ni ne voulant avoir aucun soin de les acquérir, qu'à mesure que sa bonté vous emploiera A cela pour son bon plaisir.

Notre Seigneur vous aime, ma mère ; il vous veut toute sienne, n'ayez plus d'an très bras pour vou.'? porter que le sien , ni d'autre sein pour vous reix)ser que le sien et sa providence . n'étcnilcz votre vue ailleurs . et n'arrêtez votre esprit qu'en lui seul : tenez votre volonté si simplement unie à la sienne, que rien no soit entre deux .

Ne pensez plus ni à l'amitié , ni à l'unité que Dion a faite entre nous , ni à vos enfans , ni à votre cœur, ni à votre ame , enfin à chose quelconque ; car vous avez tout remis à Dieu. Rcvôtez-vous de notre Seigneur crucilié , aimez-le en ses souffrances, faites des oraisons jaculatoires là-dessus : ce qu'il faut que vous fassiez , ne le faites plus parce que c'est votre inclination , mais purement parce que c'est la volonté de Dieu.

Je me porte fort bien; grâces à Dieu. Ce matin j'ai fait commencement à ma revue, que j'achèverai demain.

Jo sens insensiblement au fond de mon cœur une nouvelle conliance (2) de mieux

(1) Scdete in clfiUilo quoMlu»qac Induamiul virUle ex •Ma. l.ic, u. ixiT. T. 49.

{i) Scr>l.iii.ui illi iik laoctiute M >aili(lù euro;» ipio. ouiùlxitt divl'iiit nuklii^. Luc, G. i, t. 74 cl 75

servir Dieu en sa sainteté et justice toui les Jours de ma vie ; et je me trouve vm nu , grûce à celui qui est mort nu , pw nous faire entreprendre de vivre nos.

0 ma mère, qu'Adam et Eve étoient benreux , taudis qu'ils n'eurent point dliabitsl Vivez toutes heureusement paisibles , ma très-chère mère, et soyez revêtue de Jésoi' Christ notre Seigneur. Amen.

LETTRE CCCaV (4)/

s. FRANÇOIS DE SALES , A LA HÈBB ANOtUffU ABNAULD, ABBESSK DE POET-BOTAL^ALQH A MAUBUISSOiN

11 Ui écrll de Paris au rctoor da ▼oyafed'AodHf, où il avMi béni la Umille da M. Arnaold.

• lapiftHln Mil

Si faiit-il , ma très-chère fille , que je vous dise que nous sommes arrivés td joyeusement. Et comme se ponvoît-il faire autrement, après tant de caresse reçneià Andilly, et par M. votre père en cette ville? Car, à mon avis , il m'a vu et entretenu de bon cœur, et crois qu'enfin j'aurois grand accès en son amitié, si son loisir et mon séjour me permettoient de le vojrsoavcnt. Je vous écrirai sur ce sujet mes pensées, avant que je parte. Cependant cebilletTOOS porto une très-intime et très-chère salutation de In part do mon ame, qui vous voit incessamment , et aime tout uniquemest la vôtre. 0 Dieu étemel , bénissez rûmede cette fille , qu'il vous a plu lier à la mienne, et répandre sur elle votre grâce en afiluenco , afin qu'elle vous serve en Vespiii de la dilcction des épouses éternellement Je salue tendrement nos chères sœurs Marie et Marie-Eugénie, et leur souhaite miOe bénédictions. Amen.

LETTRE CCCCV.

s. FRANÇOIS nB SALES, A UNE DAME MAiltB.

Recommandation de la lecture de VFntroéuettt» à ta vie dévote aux personne* do monde. Em* cicei el vertus qu'elles peuvent pratiquer.

Parla. 4 MptsBkrt m%.

Ma très-chère fille, V Introduction à te

(1) Celle lettre, et quelques-unes plai>i>cs cl^prê», loal tirées d'an rrcucil Intitnlé : Lettres anj? religiense» 4» la riiifalioN du tnonattérede Paris, pour la jnaiification de» religieuses de i'ori'iloyal. contre raiikur de la vie de la I\. mère tlug,fnip Desfcntutne, elc; MBt «om (le Heu u'impreMlun . HIH:\(.VII, i folia» In-it de i\^ pages. ( y oyez lUbUoUiéqua n** 3S.343 . A. )

oUtcjent été faite pour des âmes de indition, je vous supplie de la lire ver au plus presque vous pourrez; vous fournira presque (ous les avis { sont nécessaires. Seulemenl j'a- 1 particulier, que vous devez apà faire vos exercices courts , d'au- ) vous n'avez pas toujours le loisir wur vous dilater en iceux.

Ltln demi pctitquart d'heure suffira.

'pus pourrez ouïr la sainte messe, I : quand vous ne pourrez pas aites une demi-licurc de prière, Uotre esprit à In tr65-sainte Église, ration de ce saint 6acr»Qce, et du leur de Dosaraei>quiy est connu.

and soin d'âlrc attentive à toutes res , (le tenir votre corps en révévant Dieu ; en sorte que lo prochain c'est à sa divine m^ijesté que vous ioyezliumble et douce envers tous; i Dieu vous exaltera au jour do Con (t).

auvent pour les âmes dévoyées de bî , cl bénissez souvent Dieu de sa ■■c laquelle il vous a maintenue en

asse , ma très-chère Qllc ; après le •urs de cette vie mortelle qui nous endra l'inGnie éternité. Peu noua ]ue nous ay ons des commoditésou dites, pourvu qu'à toute éternité ms bienheureux, ternité sainte qui nouSattend, soit isolation, et d'élrc chrétienne, iUS-Oirist, ré^nérée en son sang ; la seul gil notre gloire , que ce di- ;ur est mort pour nous.

«,bicn que je m'en aille sans cspparentede jamais vous revoir en dilcction que Dieu m'a donnée e amc ne recevra aucune diminu- I demeurera fcruio, stable et inel ne cesserai jamais de souhaivous viviez saintement en ce ît trÈS-heureuscmenl en l'autre, iant de vous voir pnr sa raisérinc, je serai, ma trèi-chèreruic,

DE 8. nunçOfS DE SALES. t$l

LETTRE CCCCVl.

». raANçois ns bales , a uhb dbmoisgllb

ellul

Ma très-chère GUe, je vous dis de tout mon cœur adieu : à Dieu soyez-vous à jamais an celle vie mortelle , le servant Mèlement entra iea peines que l'on y a do porter la croix eu sa suite, elen la vie étemelJQ le bénissant éternellement avec toute la CDurnéleste. C'est le grand biende dos âmes d'étni à Dieu, et le très-grand bien de n'étro qu'à Dieu.

Qui D'estqu'à Dieu, ne se contriste ja> mais, sinon d'avoir oiTonsé Dieu ; et sa tristesse pour cela se passe en une profonde, mais tranquille et paisible humilité et soumissi )n , après laquelle on se relève en la honte divine, par une douce et parfaite coD&anca , >ans chagrin ni dépit.

Qui n'est qu'à Dieu , ne cherche que lui , et parce qu'il n'est pas moins en la Iribulatien qu'eu la prospÉritÂ, on demeure en paix parmi les adversités.

Qui u'eât qu'à Dieu, pense souvent à lui parmi toutes les occupations de cette vie.

Qui n'est qu'à Dieu , veut bien que chacun sache qui le veut servir ; et se veut etaayer de ^ire les exercices convenables pour demeurer à icelui.

Soyes donc toute à Dieu ; ma très-chère fille, ot ne soyez qu'à lui. De désirant que de lui plaire , et â ses créatures en lui , selon lui et pour lui. Quelle bénédiction plus grande vous puig-je souhaiter? Ainsi donc par ce souhait que je ferai incessamment sur votre ame, ma très^hérefitle, jevous dis adieu ; et, vous priant de me recommander souvent à sa miséricorde , je demeure votre, etc.

tETTRB CCCCVn.

s. FRANÇOIS DE SALB9 , A UNE RBLIGIBCSI. «•I on hAplUl Ipirilial. IL faut Wilf- Remida i Ucrtiaic Jcieipriis.

Ma très-chère fille, depuis (pie j'aItu votre cœur, jorniaimé,ot le ^eTOm•r'9^^^î^J à Dien de tout le miou , et vousconjti»'. «s

LETTRES

flvoir soin. Tûcbez, ma chère fille, à le tenir en pais par l'égalité des humeurs. Je ne (li:^ pus : Tenez-le en paix ; mais je dis : Tûciiez de le fa»re; que ce soit votre prin- Ci|Uil ;ouri El gardez bien de prendre occasion de vous troubhr de quoi vous ne pouvez <i soudainement accoiser la variété des Bcntimens de vos humeurs.

Savez-vcus co que c'est que le monastère? C'est Tacadémie de la correction exacte , où chaque ame doit apprendre à se laisser traiter, raboter et polir ; afin qu'étant bien lissée et explanée, elle Duissc ^tre jointe, unie et collée plus jusU-îiit^nt à la volonté Se Dieu. C'est le signe é* i<! .^1 de sa perfection , de vouloir être cor:i'>r»: Ciir c'est le principal fruit de rhunjiiil::, qui nous fait connoltre que nous en Hvons besoin

Le monastère, c'est un hôpital de mnhules spirituels qui veulent être guéris, et pour l'être , sVxi)Osent à soun*rir la Siuixnet* , h lancette, le rasoir, la sonde , le fer, le ft'U , et toutes les amertumes des médicamens.

Et au commencement de l'Eglise on apix»loit les religieux d'un nom qui signifioit guéris-eur. 0 ma fille ! soyons bien cela , et ne tenez compte de tout ce que l'amour-propre vous dira au contraire; mais prenez doucement, aimablement et amoureuf^emenl cette ré^oIution. Ou mourir, ou guérir, et puisque je no veux pas mourir spirituellement, je veux guérir; et [>our guérir, je veux souflrir la cure et la correction , et supplier les médecins de ne point épargner ce (jue-je dois souIVrir pour guérir.

Au re.-ite , ma très-chère fille , on me dit que vous craignez les esprits. Le souverain esprit de notre Dieu est partout , sans la volonté et permission duquel nul esprit ne se meut. Qui a la crainte de ce divin esprit, ne doit craindre aucun autre esprit. Vous êtes dessous ses ailes comme un petit poussin : que craignez-vous? J'ai, étant jeune, été touché de cette fantaisie ; et pour m'en défaire, je me forçois petit à petit d'aller seul , le cœur armé de la confiance en Dieu, èâ lieux où mon imadnation me menacoit de la crainte : et enfin je me suis tellement affermi , que les ténèbres et la solitude do la nuit me sont à délires , à cause de cette toute présence de Dieu, de laquelle on jouit plus à souhait dans celte solitude.

Les bons anges sont autour de vous I

comme une compagnie de soldats de garde. La vérité de Dieu t dit le Psalme , vovi environne et couvre de son bouelier:

vous ne devez pas craindre les era ntes nocturnes (1). Cette assurance s*acquerra petit a petit , à mesure que la grâce de Dieu croîtra en vous ; car la grâce engendre la confiance, et la confiance n'ul point coth fondue (2).

Dieu soit à jamais au milieu de totre cœur, ma très-chère fille, pour y régner éternellement. Je suis en lui votre , etc.

LETTRE CCCCVra.

CFBTfPrCÀT DB VIE ET DE MOEURS, 1>0!0!É PAR LE SAINT A UN GENTILUOSISIE.

Clirie 4e la maison profecM de» Jénliea, rM M«^

Aniolne.)

Paris. Il Mplaaibra ittli

Franciscus de Sales, Dei et apostolîcB sedis gratiâ episcopus et princeps Gebeancnsis : Notum facimus et testamur dile^ tum nobis in Christo, nobilem viruro, D. Guillelmum de Bernard toto biennio in civitate Anneciasenci , in quâ residentil ecclesiœ nostra est , vixisse , omniaquema- ' nera C4Uholica} pietatis quàm accuratissimè obiisse , quemadmodùm par erat ab eoex* pectare , qui à parentibus (quos olim de facieet moribus cognovimus) piissimisoriginem traxit, et ab incunabulis in domo catholicissimi principisducis Namurcii edo- C4itus fuit, ut et nunc eidem a cubicuk) inservit inter primarios ejus domesticos. b quorum fidem... etsignavimus,etsigiUiiffl nostrum imprimi mandavimus.

Nous , François de Sales , par la grâce de Dieu et du saint-siége apostolique ,évèque.et prince de Genèvo, faisons savoir eC certifions que notre bien-aimé en Jéstis- Christ , noble homme , le sieur Guillaume de Bernard , a demeuré pendant deux années entières dans la ville d*Ânnecy , Uoa de notre résidence et de celle de notre Église; qu'il y a rempli exactement tous les devoirs de la piété et de la religion ca* tholiqiie , comme il étoit juste de Tatlendre d'un homme qui a pris naissance de parens très-pieux , connus de nous très-particu* lièrcment, et qui a été élevé dès le bcrceaa dans la maison de M. le duc de Nemours,

(1 ) Scolo rlrromdablt te Terllas ejos t aon llmafcliàl! ■lora oociarno. Pé. xc. î . t.

(fl) Spcs aataa noa coaraadlt Rom. «. t, t.S.

Page 1