SON FRÈRE
CBANOIHB de L'£GLI8B CATDÉDRALK de V.-PIEERB DE GENÈVE, VILAIRE-CENÉKAL DU DIOCLSE.
(Tiré* du DODtslère de l« ViiiiaUon de U me Saiot-
Antoloe.)
Celte lettre traite d'un ^rand nomore d'aiïaires domestiques et autres.
16 décembre I619.
Mon très-cher frère , le bon poissonnier qui m'a apporté vos lettres de Rivole nous assura do venir dans la huitaine prendre les nôtres et vos habits; mais la quinziiine passe, et il no vient point: c'est pourquoi je vous envoie tout à coup mes vieilles letr très , et celle-ci par laquelle je réponds à celles que j'ai reçues depuis par le sieur Trulard , et |)ar autre voie.
M. le doyen ne veut point aller à la cour, sa dévotion le tirant ailleurs, où il prétend se rendre dans sul semaines ou deux mois;
(1) D'Annecy.
(«)C'e«taoe allMionau iwlriarvhe Jacob, qui, ayant taué pendant tonte la nuit avec on «nfe, en foi toocfcè à li «iiffi •! «a «enaut boitaio.
mais il désire qu*on ne le sache pas , np s'en étant découvert qu'à moi et au supérieur claustral du lieu où il aspire , sur le rivagede ce lac.
Je verrai a Lesorches M. l'abbé de Seysérieux , et saurai en quelle disposition i| se trouve: et quant à M. Duchâtelard, il me dit l'autre jour qu'en l'avertissimt un mois aupqravant il se tiendra prêt,
Reste M. Favre , qui désire d'attendre M. de Chamossay. Si quelqu'un de votrp connaissance vouloit entrer au premier quartier, en m'avertissant dans quinze oi| dix-huit jours , afin que je n'en fis&e pas tenir prêt l'un des susnommés, ce|a seroj^ bon , comme je pense. Je pense aussi quo In division de l'aumône sera à propos, ainsi que vous Pavez projeté.
M. de Drum aura réponse par les ci-join* to>,queM. de la Sulleaura cent mille francs de son père , et trente mille de sa mère, ainsi que M. de Médio m'assure.
M. Favre m'écrit que M. de Forax n'est pas encore hors do pri>on, par l'opiniâtreté de ses parens qui funt le pis qu*ils peuvent. J'écris à M. de Monlclon, pour voir si os le pourra détourner de la fausse créance qu'il a de mon procédé, dont je ne me repcas point, ni n ai sujet aussi de me repentir.
Je ne savois pas aussi que les livres da visites fussent à Paris , car on me l'a celé: mais il y a apparence que monsieur le pré* sident en aura soin. Je les lui demandai l'autre jour, et il m'écrivit qu'il en avoit un peu aiïaire pour encore , et qu'il me les enverroit par après.
Je vous envoie le projet que monseipiseur le prince me commande de fîiire pour la réfornuition des monastères de deçà, m'ayant ï>cmblé à propos qu'il lui îùt remis parmi les fêtes, en temps auquel telles pensées bont de saison. Vous lui pourrez dire que j'ai été apn s avoir conféré avec M. de Mod> touxetM. l'abbé d'Abondance, etqu'ilscn expédient que les mémoires soient dressés en italien ou en latin , mais plutôt en italien de quelque bonne main.
Vous verrez que nous n'avons pas oublié nott-c Église, pour laquelle il se présente encore une ocx^sion , dont le chapitre m'a prié de vous donner avis , ahn que dextrement vous sachiez si on en pourroil réussir. C'est que monsieur le révérendissime du Mont-Denis a , ce dit-on , un prieuié
pr^ d^ Piolée , qui s*ap|)elle GoQsier, (auquel s'il Youloit se défaire on faveur de notre Église, on lui assureroil une bonne pension, pourvu qu'elle n'excédât pas tous les fruits ; et après on pourrpit traiter avec le chapitre de Bellay , du doyenné de Seyserieux. Or, je vois en cela une eitréme difficulté, à cause du place t du roi , qui trèsmal volontiers ordonnera pour unir à un corps qui est hors du royaume. Néanmoins parce qi^e le chapitre a cela en désir, vous pourrez avec dextérité savoir ce qui se pourra foire par delà avec monseigneur du Mont-Denis.
M. le prévôt goAta merveilleusement la bonne pensée que vous avez faite , de voir si on pourroit loger mon neveu de la Ponge diez monseigneur le prince cardinal ; et 8*11 se peut, ce sera une très-grande charité.
Mon frère , ledit sieur, vous écrit de la lettre que les gens de bien font voir par-ci par-là à la dérobée. 11 y a apparence qu'ils feront ce qu'ils pourront pour ravaler le peu de faveur qu^ils voient naître pour nous ; mais il ne faut pas que vous vous eo remuiez , ains que vous répondiez seulement par bienfaits à leur médire : c'est le vrai moyen de les fâcher et combattre , méprisant leurs efforts par l'assurance que BOUS témoignerons d'avoir dans notre innocence et inviolable affection aux services d^ nos princes.
M. lemarquisde Saint-Damian s'en rêva, qui m'est venu voir avec beaucoup de démonstration de nous aimer; il faut donc corrisspondre, aGn que de toutes parts nous laâsions paroître que nous sommes nousmêmes.
M. de Cormans a fiancé la bonne mademoiselle de la Croix , et crois que l'on est après de poursuivre la dii%pense. M. de Leaval s'étoit chargé de retirer la dépêche du sieur Menyer. S'il ne va pasi>ienLdt en Piémont , madame de Gharmoisy vous prie de procurer qu*on le fasse , et de donner avis de l'argent qif il feut pour la retirer , afin qu'on l'envoie soudain. Je crois bien ^ae pour celui de naturalité de M. de Benmères, il faudroit donner quelque dipse en chancellerie ; mais il n'y a remède si c'est peu de fait , il faudra avancer.
Les sœurs de Sainte-Glaire de Demun me ronjorent fort de vous recommander leur ■fliJre, en ta<|^ueUe If. le marquis de Salins '
les aidera fort : ce portcyur est l'un de leurs religieux.
Je suis grandement aise de savoir que madame de Saint-George demeurera, sachant combien elle a de pouvoir et de vouloir pour le bien de Tesprit de notre maîtresse, et par conséquent pour le contente* ment plus désirable de son altesse et de monseigneur notre prince , et le bonheur de cet Etat. La connoissance que j*ai des qualités de cette dame , m*a toujours fait souhaiter qu'elle demeurât, et loue Dieu de tout mon coDur que cela soit. Saluez-la chèrement de ma part, et l'assurez de mon service très-humble , et de même toutes les dames qui me font l'honneur de m'aimer: mais comme vous saurez bien faire, metteiE à part la signera dona Genovefa ma trèschère fille; je ne saurois lui écrire, ni quasi plus à personne : ce sera au premier jour, et a notre très-cher frère le père dom Juste, duquel j'ai reçu la boite et la lettre du Père Justin.
Les deux dames qui vous ont écrit de France sont mesdemoiselles de Grevant, qui s'appelle Anne de Bragelonne , et dû Verson,qui s'appelle Marie de Bragelonne.
Nous avons achevé Tannuel de M. de Gharmoisy ce matin ; et la bonne madame de Gharmoisy se sent grandement obligée à votre amitié, et pour le soin que vous avez de son Henri.
Monseigneur de Turin me recommande le père Sommier pour la prébende de Tabbaye d'Aul|)s ; mais c'est là , et non ici ou il faut faire l'office : vous le ferez, s'il vous plaît , envers monseigneur le prince cardinal , et puis en rendrez compte à monseif gneur l'archovèque.
Las et recru de tant écrire , J3 prie Dieu qu'il vous comble de contentement, et suid votre , etc.
LETTRE CGCCXXIL
s. FRANÇOIS DE SALES, A LA HÈRE ANG^LIQUIl ARNAULD , ABBBSSB DE PORT-ROYAL.
ype ^rando perfection ne s'acquiert pas jour. Le Sainl s'abandonne à la FroK
en nn jour. Le Sainl s'abandonne à la Frovidrnuo pour le temporel : ii ne veut pas retourner A Paris, maigre l'espérance qu'il avoit d'en éira ikyéque. S^ couipassiOD pour les a mes.
le décembre 1619.
Je commence par où vous finissez , ma irè»-€hàreet trè»>véritablemeBt bien-eiuiée
LETTRES
fille ; car volro dernière lettre entre celles que j'ai reçues finit ainsi ; Je crois que vous me connoissez bien. Or il est vrai , certes, je vous connois bien, et que vous avez toujours dedans le cœur une invariable résolution de vivre toute à Dieu, mais aussi que cette grande activité naturelle vous fait sentir une grande vicissitude de saillies.
0 ma fille ! non, je vous prie , ne croyez pas que Tœuvre que nous avons entrepris de faire en vous puisse être sitôt faite.
Les cerisiers portent bientôt leurs fruits, parce que leurs fruits ne sont que des cerises de peu de durée ; mais les palmiers , princes des arbres , ne portent leurs dattes que cent ans après qu'on les a plantés , ce dit-on. Une médiocre vie ne peuts*acquérir en un an ; mais la perfection à laquelle nous prétendons 1 ô Dieu! ma chère fille, elle ne peut venir qu'en plusieurs années, parlant de la voie ordinaire.
Dites bien encore ceci à cette fille que je vous ai tant recommandée, qu'en vérité je ne la puis oublier ni jour ni nuit, mon amo réclamant incessamment la grâce de Dieu sur elle , et dites-lui hardiment que non je ne m'étonnerai jamais de ses foiblesses et imperfections. Ne serois-jo pas un déloyal arrogant, si je no la regardois en douceur parmi les eflbrts qu'elle a faits de s'affermir en la douceur, en l'humililé, en la simplicité? Qu'elle continue fidèlement ses poursuites, et je continuerai sans cesse de soupirer et respirer pour son bien et avancement Le bon père me remercie si bonnement de la dilection que je porte à c^^tte chère fille, sans considérer que c'est une affection qui m'est si précieuse et tellement naturalisée en mon ame, que personne ne m'en doit savoir non plus de gré que de quoi je me souhaite du bien à moimême.
Mais dites-lui, à cette chère fille, qu'en l'exercice du matin elle mette son cœur en posture d'humilité, de douceur et de tranquillité, et qu'elle s'y remette après dîner, pendant grâces, et à vêpres, et le soir ; et que parmi la journée elle se souvienne que je le lui ai dit.
Dites-lui que je demeure ici en mon diocèse, tandis qu'il plaît à Dieu; et que comme rien no m'en peut tirer que quelque particulière occasion que je croirai être à la gloire de notre Seigneur; aussi
cela se présentant je n'aurai non plus de difiicultéde me déprendre maintenant des faveurs que je reçois, qu'auparavant qa*dles me fussent données. Je suis et serai, et veux être à jamais à la merd de la providence de Dieu , sans que je veuille qos ma volonté y tienne autre rang que de soi» vante. Vous avez toujours tout, mais ménagez-le.
On m'invite d'aller de rechef à P. es une agréable condition. J*ai dit : Je nlni point là, ni ne demeurerai ici, sinon ensuite du bon plaisir céleste. Ce pays est ma patrie, selon ma naissance naturdie : selon ma naissance spirituelle, c'est l'Église. Partout oii je penserai mieux servir celle-ci, j'y serai volontiers sans m'attacher à celle-là.
Non, ma fille, ne laissez pas roraison, que pour des occasions qu'il est presque impossible de recouYrer. Il n'y a point de mal, ains du bien, à traiter avec notre bon ange.
Mais disons un mot de nos chères filles. Hélas! la pauvre N. perdra-t-elle aussi le fruit de sa vocation? 0 mon Diepl ne le permettez pas. Sa pauvre sœur est en grand danger, à ce qu'on m'écrit; et je vous assure que mon ame en est tout aiffligée ; et voudrois, si je pouvois, beaucoup faire pour retenir ces deux sœurs pour Dieu, qui les veut, pourvu qu'elles ne résistent
Je n'écris point pour le présent à notre chère sœur Catherine de Gènes. Je crois que l'assemblée de L. n'aura rien pu conu« elle, puisque vous ne m'en dites rien. 0 non ; car Dieu protégera cotte chère ame, et ne permettra pas qu'une si rude tempête la vienne accabler. Qu'elle reprenne cet esprit, et qu'elle vive joyeuse.
Quant à la C, il ne faut pas trouver étrange le refus qu'on en a fait : le bien qui en doit réussir est trop grand pour n'avoir point de difficulté et de contradiction. M. reviendra à soi ; certes, je ne me suis su empêcher de lui écrire bien amplement, encore que je ne le connoisse point, m'étaut avis que je le devois pour le bien des affaires de notre Seigneur.
Demeurez en paix, ma très-chôre fille^ et priez souvent pour mon amendement, afin que je sois sauvé, et qu'un jour nous tressaillions en la joie éternelle, nous ressouvenant des attraits dont Dieu nous a favo-
lises, et des réciproques consolations qo*il a voahi qae nous eussions en parlant de lui en ce monde. 0 ma fille , il soit à jamais l'unique prétention do nos cœurs ! Amen.
LETTRE CCCCXXm.