‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 242 sur 450 · PBANCOIS DE SALES , A UNE RELIGIEUSE SUPÉRIEURE DE LA VISFTATION · texte numérisé non relu

PBANCOIS DE SALES , A UNE RELIGIEUSE SUPÉRIEURE DE LA VISFTATION

Le Saint Texhorte A régler son séle, en le rendant

doux et paisible, en supportant les dérauts

' d'autmi , et en s'éloignant du télé amer, inquiet

et empressé.

If décembre iSlf.

O ma fille ! Dieu vous a fait une grande

miséricorde, d'avoir rappelé votre cœur au gracieux support du prochain, et d'avoir saintement jeté le baume de la suavité de cœur envers autrui dans le vin de votre zèle. Voyez-vous, enfin je réponds, quoique tard, à la lettre que vous m'écriviez après mon passage ; et réponds courtement, simplement, amoureusement, comme à ma trè^hère fille, que j'ai aimée presque dès le berceau, parce que Dieu l'avoit ainsi disposé.

Il ne vous falloit que cela, ma très-chère fille : votre zèle étoittout bon ; mais il avoit ce défaut d'être un peu amer, un peu pressant, un peu poiniiiieux. Or le voilà purifié de cela ; il sera désormais doux , bénin, gracieux, paisible, supportant. Hé!

qui ne voit le cher petit enfant de Bethléem, duquel le zèle pour nos âmes est incomparable? car il vient pour mourir, afin de les sauver. Il est si humble, si doux, si aimable.

Vivez joyeuse et courageuse, ma chère fille, je dis en la portion supérieure de votre ame; car l'ange, qui préconise la naisnance de notre petit Mattrc, annonce en chantant, et chante en annonçant qu'il publie une joie, une paix, un bonheur aux hommes de bonne volonté ; afin que personne n'ignore qu'il suffit , pour recevoir cet enfant, d'être de bonne volonté, encore que jusqu'ici on n*ait pas été de bon effet ; car il est venu bénir les bonnes volontés, et petit à petit il les rendra fructueuses et en bon effet, pourvu qu'on les lui laisse gouverner, conune j'espère que nous ferons les nôtres, ma très-chère filles Ainsi soi tril.

Je suis ensuite tout entièrement vôtre.

LETTRE CCCCXXV.

s. FRANÇOIS DE SALES, A UNE DEMOISELLE.

Le Saint l'engage A suivre l'inspiration de Dieu* qui l'invitoit A se consacrer A loi.

leif.

Mademoiselle, vous me le fîtes promettre, et je le fais soigneusement. Je prie Dieu qu'il vous donno sa sainte force, afin que vous rompiez généreusement tous !es liens qui empêchent votre cœur de suivre ses célestes attraits. Mon Dieu, il faut dire la vérité; c'est pitié de voir une aimable avette embarrassée parmi les viles toiles

des araignées, liais si un vent favorable h)mpt cette chétive trame et ces fâcheux filets, pourquoi est-ce que cette chère aveltc ne prend cette occasion pour sedémôlerct déprendre de ces pièges, et pour aller faire son doux miel ?

Vous voyez, ma très-chère fille, mes pensées : faites voir les vôtres à ce Sauveur qui vous scmorid. Je ne puis n'aimer pas votre ame que je connois ùtrc bonne, et ne puis ne lui souhaiter le très -désirable amour de la généreuse perfection, me ressouvenant des larmes que vos yeux répandirent, lorsque vous disant adieu , je voud désirois à Dieu; et que pour être plus à Dieu , vous disiez adieu à tout ce qui n'est pas pour Dieu. Je vous assure ce[K'ndnnt, ma très-chère fille, que je suis grandement votre serviteur en Dieu.

LETTRE CCCCXXVI.

a. FBANÇOIS Dfi SAL£S, A BADASÈ DE CIIANTAL, A PARI^.

I*e Saint lui témoigne son déKoûl pour le léjour de la cour et la condition de courtisan 11 place bien au-dessos de tout cela la vie chrétienne et religieuse.

Mdécembreieif.

Je VOUS assure , ma très-bonne et trèschère mère , que la vue des i^randeurs de ce monde me fiiit paroître plus grande la grandeur des vertus chrétiennes, et me fait estimer davantage leur mrpris. Quelle différence, ma très-chère mère, entre cette assemblée de divers prélondans (car la cour est cela et n'est que cela ) , et l'assemblée dosâmes religieuses, qui n'ont point de prétention (ju'au ciel ! Oh ! si nous savions en quoi consiste le vrai bien.

Ne croyez pas, ma très-chère mère, qu'aucune faveur de la cour me puisse engager. 0 bien ! que c'est chose bien plus désirable d'être pauvre en la maison de Dieu , que d'habîter dans les grands palais des rois (1) î le fais ici le noviciat de la cour; mais jamais je n*y ferai profession. Dieu aidant. La veille de Noël, je prêchai devant la reine, aux Capucins, où elle fit sa communion ; mais je vous assure que je ne prêchai ni mioux. ni de meilleur cœur devant tuus cps prinreset princesses, que je fais

(t) EIcKi abJeciDs eMe lo dumo Del ftiel , nonfli qamn baliiiara la lakamaciUis pecvatoram... FâAi.. :;jLiiiii, T. lU

LETTRES

eh notre pauvre piétîte Visitalkm d*Ali1iéé} 0 Dieu ! ma tr<軫hèrc iiière, il faiilbièi mettre son cœur en Dieii, et né point jà mais Ten ôter. Il est lui sedi notre paix notre consolation et notre gloire : qi» reste-t-il sihon que nous nous finissions di plus en plus à ce Sauveur « afin que BOtt IX)rtions bon fruit (4)? Ne sommes-noo!

pas bien heureux , ma très-chère mère, di pouvoir enter nos ceps sur téiùl dit SAqveur, qui est enté sur la Divinité? Gai ainsi cette souveraine essence est la n* cinë de Tarbre duquel nous softimes les bnlnches, et nos amours les fruits : ç'àM le sujet de ce malin.

Ciourage, ma chèrement unique mère, ne cessons point d'élancer nos cœurs €n t)ieu ; ce sont ces pommes de senteur qafû se plaît à manier; laissons-les-lai manMr â son gré. Oui , Seigneur Jésus, faites iobt à votre gré de notre cœur ; car nous B^f prenons ni part , ni portion ; ains le vous donnons, consacrons et sacrifions pour jamais. 0^ sus, demeurez toujours bien en pâit entre les bras du Sauveur qui dobs aifùe chèrement, et duquel le seul amour nous doit servir de rendez-votis général pour touK^s nos consolations; ce saint amour, ma mèro, sur lequel le nôtre est fondé, enraciné, cru, nourri, sera éternellement paffait et pcrdurable.

Je siiluo chèrement nos sœurs. Je suis marri que notre sœur N. ait la fantaisie de changer de maison. Quand sera-ce que nous ne voudrons rien , ains laisserons entièrement le soin à ceux à qui il appartient de vouloir pour nous ce qu'il faut? Mais il n'y a remède : la propre volonté est bridée per l'obéissance^ , et toutefois on ne peut l'etnpêcher de regimber et faire des caprirts. Il faut porter cette infirmité : il y va bien du temps avant que nous soyons du loal dépouillés de nous-mêmes , et du prétendu droit déjuger ce qui nous est meilleur, et de le désirer. J'admire le |)etit enfant de Bethléem, qui savoit tant, qui pouvoit tant, et, sans dire mot quelconque, «c laissoit manier, et bander, et attacher, cl envelopper comme on vouloit. Dieu soit à

(1) Eko »um Titis T«ra...nianolein me. et effu In '"k'*" Sirul piilmrs tiou )iolc-&t fi-rre fruilum a wmclipM. ni»' niniistrril in riln ; sir no in» u\s\ m me nl>1ll^c^il■#. E'** auin vilis, fo« paimites : (pii manet in nie, et eru inf*> hic fert rructam iubUuui : quia aine ne aihil H**^**' facer«. Joam., c. x? , t. 1, V et 5.

Uf

ieu de votre ooBnr et du mien, 3 mère.

[TRK ccccxxvn.

là SALBS , A UNE PHIBUM DBS GABMÉLITKS.

ibeureuse lUrie de PIncarnation , bonde madame Àcarie, fondatrice

• en France (1).

Janvlar 1619.

ère fille et révérende mère , Jeux lettres avec un contenérité tout particulier, d'avoir

des marques évidentes que le Dieu avoit mise en votre oi , il y a dix-huit ans , étoit it toute en vie, mais avoit pris oissemens avec celle que vous divine bonté, que Texcellente le vous faites a rendue, je «-grande. *

[ualité des amitiés que le ciel de ne périr jamais, non plus i dont elles sont issues no ta-

que la présence ne les nourque Tabsence ne les fait lan

• ; parce que leur fondement puisque c'est Dieu auquel j*ai

ires-humbles de votre voc»elle deg deux chères sœurs à nstttut ; et surtout de quoi il ient avec tant de faveur, que eus y rendez du fruit, et de-

de Salet avoit ronnn M. de Harlllao et éponge d'nn maître des cumptes de Pa- ;e qu'il fli en celte Tille en IfiO*. Ce fat l'oocaolun d'une assemiilf e de pertimnea té, qui se réunissaient chez cette dame, •oit de I introduction des carmélites en Is de Sales fut prié d'écrire an pape pour I ce ftujer. « l,es clioses étant bien eia- I RU >.iini-père. nousairons reconnu afeo desst-iii étoit inspiré de Dieu, et qu'il reilus rr.inde Kloire, et au salât d'un rnod jnn«»?. »

I. de Bénille depuis cardinal, partit pour le l'iiutorl«atioii du pape pour en ameaer ? Thére»e: et Henri IV rh^rirea son amid do traiter de ceite alTaireen son nom ne. Cfl (ui madame Acarie qui rfçnt ces arrifée eu Frnnce . et son lele soflit, noo« odatiuo de la première maUon de cet or* a celles de Pontoise, d'Amiens, de DIJoo, onrs

ome contribua aus^i beaucoup à la fonnes, faite par madame de Sainie-Benre, elllerao parlement de Paris. «Vos soins, Hcarie à reit relicicuseA destinées à réduis mies, coniriburruiit peut-être à la rédes Djœurs. Lrs enfaiis sont plus suas la I leur mcre que suus celle de leur père, ut reçu de bons principes, les transaiat- Un» enlaiu ; at qoaod biaa méma eaax«

venez toutes, lès unes après les autrôi, mères en une si honorable famille, pour l'établissement de lacjtièlle en France votre véritablement sainte tùtta dvoit tant prié et travaillé , codime pour sa finale retraite et votre habitation en cette vie.

0 mon Dieul ma t^ès-chère fille, ma mère , que de bëdédictidhs sur vous ! que ^e fidèles corresporiddhces votre ame doit rendre à là douceur que la divine PrOvi> dence a exe^c^ en votre ccÈîuf? Oserois-je bien parler en confiance à votre coeliir? Certes , je ne pense jamais en Votre bienheureuse mère , que je n*en ressente du profit spirituel , avec mille consolations de voir que ses vœux ont été exaucés en ses trois filles. Or , j*espère que ses trois fils aussi , quoictu'il tarde , recevront quelque bonne afiluence de la miséricorde de celui à qui je sais qu'elle les avoit consacrés. J'ai eu le bien de les avoir tous revus à ce dernier voyage que j'ai fait en France (I), et le contentement d'avoir reconnu en leurs âmes de grandes marques du soin que le Saint-Esprit a d'eux.

Vous me demandez par votre première lettre , ma révérende mère , certaines reliques que je fti'essalerai de trouver ; et si ma quête en cela se rencontre heureuse, je vous les enverrai ; mais préparez-vous aussi de m'envoyer alors une image d'un portrait que vous avez , que j'eusse sans cloute fait copier tandis que j*étois à Paris, si j'eusse su qu'il y en eût eu au monde.

> el s'en érarteroleut, ils 7 re? lendroient t^i on lard, parea » que les premières tnpraasions qa'oo a reçues ne s'efla-

> cent pas entièrement >

Madame Acarie, ayant perdu son mari , se flt sœur converse aux carmélites d'Araleos et mudmt en odenr de salaleté dans la maison du même ordre, a Puniolse, en I6I8.

« Le Juiremenl que Ht d'elle, après sa mort , le bienheuk rcux évéque de Genève, dit Auausle «le Saies dans la vie a de son oncle, fat tel, que c'étoit véritablemeni uue ser- • Tante du Selrfteor. de laqvelle M a voit regardé l'hami-

> lité: et, qoant a lai.qa'il ae la revardolt pas comme sa » pénitente, mais comme un vaisaeao d'éleciloii que le

> Seint Esprit arolt consacré pour son Ksaae; et ee sont m ses paroles très expresses i O quelle faute je commis

> quand je ne profitai pas de $a lrè*-$ainte coneenam lion! car elle m'eût hhrement dérouverl toute mon m ame; mais le trè$-grand reêtfect que Je lui porioig, m faiêoit que Je n'o$ot$ pa» m'enquérir de la nwtndre » ehoêe. m

Le clervé de France demande an pape innocent X, en 1651. qu'il abrégeât, en faveur de la Ténérable scBur ilarie de F Incarnation, le éiW de clnqoaniaans prescrit p9ur les béaiincatiuus . mais cette demande ne fut pas arrordée et le «lélai étant expiré. r.tfniire ne fut pas reprUe. Ce n'est qaTen iTitz. que l'assemblée du elerré <îe Prance les relitienses carmélites et ursnlioes, Lodis X VI . madame Louise. et la eliarobre des comptes de Paris, ont renuuTelé aupics dn pape Pie VI la demande de la béetillealion de madame Aearle; alla a été rrononcéc pur aa pape ea tTtu

(1) L*auéa pféeMaaié Mit.

LETTRES

Et pour finir , ma très-chère fille , ce m*est une satisfaction nonparcille , que la supérieure et les sœurs de Sainte-Marie de la Visitation vous aient vue; parce que Je sais que cela les aura toutes encouragées à servir bien le Fils et la mère de Dieu , a qui elles sont consacrées. A la vérité, étant ce qu'elles me sont, elles ne pourront qu'avoir en vous une très-cordiale et très-assurée confiance en votre dilection , en vous rendant toujours , et à tout votre monastère , un véritable honneur et respect , selon la grande estime et amour que toute la maison de cette ville dont elles sont, a conçu de toutes les vôtres. Et puisque je parle avec vous , ce me semble , cœur à cœur, je puis ajouter, et scion la véritable règle que je leur ai souvent inculquée , qu'il falloit que chacun cultivât la vi^ne en laquelle il étoil, fidèlement et très-amoureusement pour Tamour de celui qui nous y a envoyés ; mais qu'il ne falloit pour cela laisser de connoître et reconnoilre franchement la plus grande et excellente des autres, et à même mesure leur porter toute révérence et vénération.

Cest assez pour cette fois , car je me promets de vous écrire souvent; et si vous me le permettez, de joindre toujours le mot de notre ancienne alliance , vous appelant mu fille , à celui que le rang que vous tenez en votre ordre vous a acquis ; et suis de tout mon cœur à jamais , ma révérende mère , votre , etc.

LETTRE CCCCXXVIIL

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