‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 244 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES, A MADAME DE CHANTAL · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES, A MADAME DE CHANTAL

€rite dans l'octave de l'Epiphanie. M. l'é- ) de Genève est fait roi de la fève dans le nt de la VisitaUon. Les sœurs lui font leur tialion de soumission , et lui demandent ues nouvelles lois qu'il leur promet. 11 a iraUon de se renouveler dans la ferrear me revue de sa vie, pour se préparer à liiè. Il blâme l'entêtement d'une lllle scrose. Il parle de monsieur son frère, qui k la cour, et que Ton veut faire son coadjo- La cour, école de raortiflcaUon Le Saint

ne reapire qae la croii, et fait estime singulière de là paavreté.

• JtavIerltlO

0 ma très-chère mère I Dieu par sa bonté soit à jamais au milieu de notre cœur, pour y vivre et régner selon son bon plaisir. Que dirai-jeàce commencement d'année? Je suis roi de bon jeu en votre maison, et nos sœurs en sont fort contentes , et m'ont envoyé par écrit une grande protestation de leur soumission et obéissance , et m'ont demandé quelques nouvelles lois, selon lesquelles elles vivront : et je les méditerai pour leur en porter , quand je pourrai leur faire une exhortation que je m'essaierai de faire dans cette octave le plus gracieusement que je saurai ; car j'ai déjà une idée agréable pour cela.

Sur le commencement de la semaine qui vient , je ferai ma revue pour un renouvellement extraordinaire , que notre Seigneur m'invite de faire ; afin qu'à mesure que ces années périssables passent, je me prépare aux éternelles.

La sœur N. nous a donné bien de l'exercice, et ne veut encore pas cesser : car elle a un moule à part , auquel elle fait des péchés mortels, et opiniâtre qu'elle ne peut se communier pour cette occasion. Je lui fis une bonne correction , avec autant de vinaigre que d'huile , que je répéterai en changeant les mots si souvent , qu'elle opérera, moyennant la grâce de Dieu.

Tout le reste va bien, surtout les jeunes sont gracieuses.

Monsieur N. est toujours à la cour, oii il apprend la mortification de la propre volon • té excellemment , et encore plus celle de rimpatience , activité et soudaineté ; car il faut demeurer trois heures et quatre à attendre les heures du service ; beaucoup plus certes, que quand il trouvoit quelqu'un à l'autel de la Visitation. Mais au reste , c'est la vérité qu'il fait des merveilles : et nonseulement notre chère Madame , mais son Altesse et tous les princes et princesses , seigneurs et dames , le chérissent et l'estiment grandement , et dès maintenant, sans que j'en aie parlé en sorte quelconque , on le va jeter dans la coadjutorerie, si Madame est de croire , afin que son premier aumônier soit évéque.

0 ma mère, soit que la providence do Dieu me fasse changer de séjour, soitqu'elle

Si

me laisse ici(car cela m'eBt luit un}, M ierai'je pm mieux de n'avoir pas tant de diarge,aGD que je puisse un peu respirer . en lacroixde notre Scignei]r,etëcrirequcli qu« chose à sa gloire? Mon saint, c'est S. iFrun^oisavec l'amour de la pauvreté :mais je m sais comme l'aimer celte aimable pauvreté; car je ne la vis jamais de bien piès: néanmoins, en ayant ouï dire tant de bien à notre Seigneur, avec lequel elle naquit, vécut , fut cruciriéc , et rossuscita, je l'aimeetl'honore infiniment. Vive Jésus.

LEmiB CCCCXXX.

B. FIANÇOIB DB ULE9 , A UKS KSLI8IBCSX.

Bur la Mluuoc du S*u>oar.

0 ma chère fille I empUiyons bien cette nouvelle année pour acquérir l'éternité. Je vousvois, ce me semble, autour de l'enfnnt de Bethléem , que lui bnisant ses petits pieds, vous le suppliée fjU 'il soit votre roi. DemcuWï-lâ , ma très-chère Tillo , et appre nez de lui qu'il est doux , humble , simple et amiable.

QtJG jamais votre ame, comme une abeille myaliquc, n'abandonne ce cher petit roi, et qu'elle fnsse son miel autour de lui , en lui, et iwiir lui , et qu'elle le pi 'nne sur lui , duquel les lèvres sont toutes détrempées de grâces , et sur lesquelles bien plus heureusement que l'on novitsurcellosdcS. Ambroi!« (1), les saiiitesuvettes, amassées en essaim , font leurs doux et );racieiix ou- Tntt;cs. Ma fille , je suis de plus en plus parfaitement votre, etc.

LETTRE CCCCXXXl.

L* Sllnl Mule de ticconiniadfr u

(I}S. Aiii»roiN.*Uill<

rini'^M tt ta lairr.

niniiiil qiVII'i n' Ml Stl

•01 MrMlHUqBM qil dmftlMI hli» FoMi de II cwtmMia al da II ptMiMllas. Quai M pareni d'âne Bile danoenl ak» dat raiMaaaU^ il neraulpaaantirerditanUfa.LMpéBilaDcn f«1leiconlrc]'«M[tunM*ontaDal«nUU*a,« BB tetrcDl qift Dai

Ma trèfrchëre Glle, je anfessa qwjt n'entends rien à toutes ces conaidéràtioni cérémoniales, parce que je n'y «i jamais pensé. Quatre bonnes fois pouria moins j'ai prêché à Paris pour la réception des religieuses , qu'un simple prêtre a bit l'office : une fois j'ai fait U réception, qu'un pèn jésuite a prêché; et en l'une et l'iutreli- (on je ne laissois pas d'èlré ce que je sais. Quiconque prêche, il tient le lieu et but k fonction de l'évéque : c'est pourquoi a b bonmonsieurN. faitrofnce,jenevoitpM ' qu'un autre ne puisse prêcher, quel qull | soit. Ni monsieur l'évéquo de Nantes, si monscittneur l'archevêque de Bourges n'a font nulle dilliculté à Paris, ni je ne Hli jamais faite ici à Sainte-Claire et à Sainl» Catherine.

Mais avec cela je confesse aussi que c'nt une vraie humanité aubon monsieur N. de croire qu'il importe à sa réputation qa'i] fasse ou no fafse pas l'olTice , el même d'iyunt pas le talcntde la prédication, et croii, quant à moi , que ce soit au contraire : mail apri'-s cela , quel remède? Car, de le divertir, c'est renverser son esprit, llseradoic (I propos que , si notre bon monsieur N. pi lai re que ses parens no le trouvent pas nu vais, ce soit lui quifasso rcxhortalian;^ je ne puisdcviner quelle raison ils pcuvnl avoir de le trouver mauvais, étant um chuso si bonne et si honorable ; et loujoun l'action sera plus autorisée par ce mi qui! pur aucun autre.

Que si cela ne se peut, il faudra prier quelque père religieux ; car, que faire pa^ niic«s imaginations? Lejour est court;»

de dis|>osor monscij^ncur à autre chose, il n'y a pas de raii|hirencc. Je vous assuiti ma Tdle, qu'une Tilk de r-msidératioa n fuient carmélite , je lis l'exhortation , elU. Duval , docteur en théoli^ie , fit l'odiee , qui I eût mieux prêché que moi , el moi mieui fait l'office que lui. 0 Dieu 1 à quoi demeih rons-noiis uccroehés?

Or bien , voilà mon avis. Que s'il ne peiA encore , il fiiudru faire l'ofTice de la réception avant dîné, Otrexhortationaorèa (Une.

DE S. FftANÇOIS DE SALES

An MMe , ma trèfr«hère fille, il est virai , qui a 8Ôn ëœar et sa prétention en Dlëu , il ne le sent point, au moins en la partie supérieure , des agitations des créatures ; et qui l'a au ciel, comme dit S. Grégoire à deux éréques , il n*est point tourmenté des vents de la terre.

Non-senlement je consens, mais l'approuve, ains j'exhorte de tout mon cœur, que quand les parens riches donnent raifionnablement, selon leur condition et moyens, qu'on ne tracasse point pour tirer davantage. Comme, par exemple, en la Ule qui foit son essai , j^imerois cent fois mieux doucement avoir mille écus , que dolize cents avec amertume , long et fâcheux thicas. L'espritdo Dieu est généreux, tuavtd et humble : on gagneroit peut-être deux cents écus en disputant , mais on perdroit dô réputation à quatre cents ; et on ôto encore le courage aux riches de laisser Tenir leurs filles, quand on exige si chichement tout ce qu'on peut. Voilà mon sentiment, voilà ce que je fais pratiquer id.

Elle a raison, certes , la bonne fille, de croire qtie son humeur jeûneuse est une ?raie tentation : ce Ta été , ce Test, et ce le sera , tandis qu*elle continuera de faire ces abstinences , par lesquelles il est vrai qu'elle affaiblit son corps et la volupté d'icelui ; mais par un pauvre échange elle renfbroe son amour-propre avec sa propre volonté : elle amaigrit son c^rps , et surcharge son coeur de la vénéneuse graisse de sa propre estime et de ses propres appétits.

L*ab5tinence qui se fait contre l'obéissance , ôtc le péché du corp?; pour le mettre dans le cœur. Qu'elle mette son attention à retrancher ses propres volontés , et bientôt elle quittera ces fantômes de sainteté auxquels elle se repose si su|)erstiticusement. Elle a consacré ses forces corporelles à Dieu, ce n'est plus à elle à les ruiner, siiK)n quand Dieu l'ordonnera ; et elle n'apprendra jamais l'ordonnance de DicU que par l'obéissance aux créatures que le Créateur lui a données pour sa direction. Si faut, ma très-chère fille , il la faut faire aider contre cette tentation par les avis de quelque vrai serviteur de Dieu : car il faut plus d'une personne pour déraciner ces persuasions de sainteté extérieure, et chèrement

choisies par la prudence de l'amour-propre. Faites donc ainsi, priez monsieur N. de rinstruire et fortifier contre cette tentation ; et s'il est par lui trouvé bon, que ce soit même en votre présence.

Est-ce tout de bon, ma très^hère fille, quand.vous dites : Nous sommes prou pauvres , Dieu merci 1 0 que s'il était vrai , je dirois volontiers : Que vous êtes donc heureuses. Dieu merci! Mais je n'ose guère parler d'une vertu que je ne connois que par le récit infaillible du roi des pauvres , notre Seigneur : car quant à moi , je n'ai jamais vu la pauvreté de près.

Tenez- vous dans le train de la communion que nous vous dîmes, et dressez votre intention à l'union de votre cœur à celui duquel vous recevez le corps et le cœur tout ensemble Puis ne vous amusez pas à penser quelles sont les pensées de votre esprit pour cela , puisque de toutes ces pensées il n'y en a point qui soit votre pensée , que celle que délibérément et volontairement vous aurez acceptée, qui est de faire la communication pour l'union, et comme une union de votre cœur à celui de l'époux.

LETTRE CCCCXXXn.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE BELIGIEUSE DE LA VISrTATION.

L'obéissance est préférable aux austérités Yolon-

taires, et la morUflcation du cœur A celle du

corps. Le démon ne craint pas Taustérité, mais

l'obéissance.

11 juTler ISM.

J'ai vu les suggestions que l'ennemi de votre avancement fait à votre cœur , ma très-chère fille ; et vois d'ailleurs la grâce que le très-saint esprit de Dieu vous donne, pour vous maintenir fort et ferme dans la poursuite du chemin auquel il vous a mise. Ma très-chère fille , ce malin ne se soucie point que l'on déchire le corps , pourvu qu'on fasse toujours sa propre volonté : il ne craint pas l'austérité , ains l'obéissance. Quelle plus grande austérité y peut-il avoir que do tenir sa volonté sujette et continuellement obéissante I

Demeurez en paix : vqus (tes amatnco de ces volontaires pénitences , si toutefois pénitences se doivent tioitimer les œuvres de l'amour-propre.

Quand vous prîtes rhstbft après plusieurs

LETTRES

prières et beaucoup de considérations , il fut trouvé bon que vous entrassiez en l'école de robéir^sancc et de l'abnégation de votre propre volonté , plutôt que de demeurer obiindonnée à votre propre jugement et à vous-même.

Ne TOUS laissez donc point ébranler ; mais demeurez où notre Seigneur vous a mise. Il est vrai que vous y avez de grandes mortiGcations de cœur , vous y voyant si imparfaite , et digne d'être souvent corrigée et reprise : mais n'est-ce pas ce que vous devez chercher , que la mortification du cœur et la connoissance continuelle de votre propre abjection.

Mais, dites-vous, vous no pouvez pas ftiiro telle pénitence que vous voudriez. 0 ! dites-moi , ma très-chère fille , quelle meilleure pénitence peut faire un cœur qui fait faute , que de subir une continuelle croix et abné;:r«ition de son propre amour? Mais je dis trop : Dieu lui-même vous tiendra de la même main de sa miséricorde avec laquelle il vous a mise en cette vocation ; et l'ennemi n'aura point de victoire sur vous , qui, comme la première fille de ce pays-là, devez bien être éprouvée par la tentation, et bien couronnée par la persévérance. Jo suis tout vôtre , ma très-chère fille.

LETTRE CCCCXXXm.

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