FBANÇ0I8 DB SALE8, A MADAME LA PRII«CE£SB DB PIÉMONT
I.6 Saint la félicite sur la grare de son baptême et de son anirée en Piémont.
AaaeqTt MJiBTlflr 16M.
Madame , puisque , grâces à Dieu , vous Toilà enfin arrivée au lieu auquel vous deviez achever le voyage de votre bienheureuse venue en ces états, il m*a semblé que je puis meshui présenter de mes lettres à votre altesse , tandis qu'elles ne lui seront point désagréables. Et j'esi)ère que celle-ci aiun ce bonheur, comme écrite seulement pour contribuer, à la façon que je puis, mon sentiment à la joie publique et générale que toutes les provinces de la sujétion de votre altesse reçurent en ce jour anniversaire, qui vous représente celui auquel par votre naissance Dieu vous donna à la France , et treize ans après , par votre mariage , il vous donna à cet état, dans lequel chacun bénira et louera à l'envi cet agréable jour.
Mais moi, madame, comme le plus obIi[:é du monde , je le bénis et bénirai incomparablement par les plus ardens souhaits que mon ame puisse faire, que ce jour soit à jamais compté entre les jours que Dieu a créés pour sa gloire ; que ce soit un jour d*élite entre les jours qui sont destinés aux humains pour les acheminer à Pétemité.
Que le jour auquel , madame , vous fûtes foites chrétienne, fasse jour à la consolation de toute la chrétienté ; et fasse ce même jour, auquel vous avez été faite notre trèshonorée dame et princesse, reluire la sérénissime maison de Savoie en une heureuse et toujours auguste postérité de votre altesse.
Ce sont les vœux , madame , que je fais ,
rosteméen esprit devant la divine bonté , laquelle , selon le rang qu'il vous a plu me donner au service de votre allese, j'oilre et consacre tous les jours votre précieuse vie , afin que par sa divine providence il lui plaise de la multiplier une longue suite d*années , la sanctifier p)ar une sainte fertilité d'actions chrétiennement royales , et
(1) Xarle-Cbristloe de Franre . nile de H^nri rv et de Marie de Médlcis. née lo 18 février IGM. et mariée a l'èfe de treiio aiii. le It (éfrier 1619» au prloce de Fiémunt, Vlclor>ABédé«.
u'à la fin elle la glorifie pw I9 eouoiM c rimmortalité. Je fais en toute humilité la révérence à votre altesse , de laquelle, madame, je suis trèfr-humble, etc.
LETTRE CCCCXXXVI.
s. FRANÇOIS DB SALES, A 11. LB BAH0!f DE LA TOURNELLB.
COStSEILLEl d'état DE 8011 ALTESSE LE KC M 8AY0IE, ET SON AMBASSADECft EM SUISSE.
(Tirée do premier moMitcrt d« It tUIs éê Lyos.)
Le Saint lui lémoiime le regret de a'sTOir pu tûn •voir une chapelle à son lils, etluita dilisi raisons, etc.
Annecy. tMTricriett.
Monsieur, je loue Dieu et vous remercie humblement de la part et douceur q«e vous avez doonce à votre curé , qui , je m'assure , remploiera à rendre meilleur service à TEglise , et ne puis que recevoii à beaucoup do faveur la mémoire qu'il vous plait d'avoir de la ferme et réciproque amitié de nos pères, laquelle de ma part je cultiverai fort affectionnément en toutes ks occasions èsqueiles mon pouvoir s*étendra de vous rendre service.
Que si la chapelle dont vous m*écriTei étoit en ma main, très- volontiers je lacootribuois à votre contentement pour la retraite du monsieur votre iils; religieux en Suisse ; mais monsieur le doyen la possédera %core toute Tannée de son noviciat, après laquelle il en veut disposer en faveur dun parent qui lui est si proche , et à vous, monsieur, que quand il me Ta eu nommé et dit SCS raisons , il m'a ôtc tout à fait le courage d'intercéder pour tout autre , et même que M. de Monthon , de la nomination duquel est ladite chapelle , préférera aussi celui-là à quiconque pourruit vunif) puisqu'il lui est aussi proche qu'à vous, monsieur, qui sous la faveur de S. Â. ne tarderez pas, œmmo j'es()ère beaucoup i sans avoir des aussi bonnes commodités pour monsieur votre ^Is ; et moi je désire* rai toujours le moyen de m'y pouvoir cm" ployer.
Cependant, monsieur, cette même amitié ancienne qu'il vous a plu de me marquer, mobiige à vous communiquer l'honneur queS. Â. a fait cc*s jours passés à mon frère, qui est auprès de Madame, l'ayant nomiu^ son coadjuteur et successeur en cet évécbc
m s. FR\NÇ
avec une gratification d'autant plus honorable , que ç*a été sans que je Taie jamais ni denuindé , ni fait demander , de sorte , monsieur, qu'à mon manquement vous aurez un autre évéque qui , étant mon frère , sera ensuite comme moi, votre très-hum- Ue,etc«
LETTRE CCCCXXXVl!.
I FRANÇOIS DE SALES, A LA MÈHB ANGÉLIQUE ARNAULO , ABBiJSS£ DE POBT-AOYAL
(Tlrto de I* MCrfiUe in Salat^lcotai tf« Cbardonirat.)
CompUment do condoléance sur la mort de son pére(i) Il la loue sur son eiaefitude è observer M régie. U l8t propose des remèdes aux pensées de vanite. Le secret doit élre inviolable dans les
KBrsonnesqai gouvernent et diri};enl les autres, emédes aux distractions durant Toraison.
Annecy, k féTrier 1620.
0 ! ma très-chèce fille , que vous puis-je dire sur ce trépas l Notre bonne mère (2) de la Visitation m*en a donné l*avis ; mais en mémo teiçps elle m'écrit qu'elle avoit vu madame votre mère et ma très-chère fille votre sœur Catherine de Gènes, braves, résolues et vaillantes , et que M. du Belley avoit reçu de vos lettres , par lesquelles voi^ lui témoigniez votre assurance en cette occasion.
Je n'en doutois pas , ma très-chère fille , que Dieu n*çût soin de votre cœur en ces occurrences , et que s il le blessoil d'une main , il n'appliquât son baume de l'autre ; U frappe el guérU (3) ; iUnortifie eê vivifie (i) ; et tandis que nous pouvons lever les yeux et regarder dans la providence céleste , l'ennui ne nous sauroit accabler, liais c'est donc assez , ma très-chère ûlle , Dieu et votre bon ange vous ayant consolée, je n'y mots plus la main ; votre amer- Utme trJs-amére est en paix (5) Qu'est-il beoin d'eaplus parler ? à mesure que Dieu tire a soi , pièce après pièce , les trésors que jBOtre cœur avoit ici-bas , c'est-à-dire ce que nous y affectionnions, il y tire notre cœur même ; ei puisque je n'ai plue de père en terre , dit S. François , je dirai
(i) Ver«B la laurs do u mal lalvant. écrite à la ■éme afebeasa, on le Saint perle ezpreMément de celte Borl , airivée Iet9 décembre 1819.
(!) La nkèredeClianitl.
(S) Ipae vuloerat et medetnr; percatlt et maans ejas ■aabant. Job., g. xt, t. 18.
(4) DoDinni Bortlfleet et ? IviOeat ; dednelt ad iaferot el redmclL I. Bxe., u. u, t. 6.
(I) Ecce In pace tnuritudu mea amarlMlma. la., o. sxxviu, V. IT.
plue librement, notre Pire qui ut i$
deux. Ferme, ma très-chère fille » tout est à nous , et nous sommes à Dieu.
J'ai célébré pour cette ame, et célèbre tous les jours avec mémoire particulière d'icello devant Dieu. Mais, ma fille, et nos sœurs Catherine de Sienne, Anne et Marie, que font-elles, les pauvres filles? Elles sont constantes, n'est-ce pas? car elles sont nos sœurs. De M. d'Ândilly et de M. Ârnauld mon fils, il n'en faut pas douter. Certes, quand je me souviens comme M. d*Ândilly me parla de son petit François, j'en suis encore consolé. La paix de Dieu soit toujours au milieu de nos cœurs. Amen.
(4) Je réponds désormais à vos deux dernières lettres du 49 novembre et 4i décembre. Il est vrai je suis merveilleusement accablé d'afiaires ; mais vos lettres, ma fille, ne sont pas des affaires; ce sont des rafraichissemens et allégemens pour mon ame : cela soit dit pour une bonne fois.
C'est beaucoup qu'extérieurement vous soyez plus observatrice (^ la règle. Dieu forma premièrement Vextérieur de l'homme^ puis il inspira le spiracle de la vie au dedans^ et cet extérieur fut fait en homme vivant (2). Les humiliations, dit notre Seigneur, précèdent et introduisent bien souvent l'humilité ; continuez en cet extérieur qui est plus aisé, et petit à petit l'intérieur s'accommodera.
0 Dieu, ma fille 1 je vois vos entortillemens dans ces pensées de vanité; la fertilité jointe à la subtilité de votre esprit, prête la main à ces suggestions : m.iis de quoi vous mettez- vous en peine? Les oiseaux venaient becqueter sur le sacrifice d'Abraham : que faisoit-il? avec un rameau qu'il passait souvent sur Vholocausle^ il les chassoit (3). Ma fille, une petite simple prononciation de quelques '
(t) Ici commeaoe oe qnl eat dais mon euaplaire. Paria. Id^s. i fol. In^. A la salle de» sermont, la leiire 93* ne contient paa te dernier alinéa de cette lettre, ainsi Il ne renferme ni le commencement ni la fin. L'édition de liJ63 la présente di; même ; II 7 manqoo au«tl le commenrement et la fin.
(S) Forma vit Dominas Dent iM>minea de Urne tarns . et Insplravlt In faclem ejua tpiracnlum vit», et factna est homo In animam rUentem. Gim., c u. t. T.
(S) Reapondena Donrinn» Some, lnqnlt,alM Taoeaa trlennem. et capram trlnam. et arietem annomm triom, tnrtnrem qaoqne et colombem. Qnl tolleni nnlTersa base, dlTlslt ea per nwdlnm, et ntraeqne parte* eontrn se altrlnseciis posult, aTM antnm non dlTlsIt; deacendera nique volncfeA Miper cadaiara, ^ akitnhataaa Akcaa* Hàiu, o> ST. T. •, 10 et 11.
paroles de la croix chassera toutes ces pensées, du moins leur ôtera toute nuisance. 0 Seigneur! pardonnez à cette fille du vieil Adam, car elle ne sait ce qu'elle fait. 0 femme ! voilà ton père sur la croix, il faut chanter tout doucement, Deposuit patentes de iede^ et eœaltavit humiles{^). Je dis qu'il faut faire ces rejets tout doucement, simplement, et comme si on les disoit par amour, et non pour la nécessité du combat.
Accoutumez-vous à parler un peu tout bellement, et à aller, je veux dire, marcher tout bellement, à faire tout ce que vous ferez, doucement et bellement, et vous verrez que dans trois ou quatre ans vous aurez rangé tout à fait cette si subite soudaineté. Mais souvenez-vous bien de faire ainsi tout bellement, et parlez tout bellement es occasions où la soudaineté ne vous pressera point, et où il n'y aura nulle apparence de la crainte ; comme par exemple à vous mettre au lit, à vous lever, à vous asseoir, à manger ; quand vous parlerez avec noire sœur Marie ou Anne, ou avec notre sœur Isabelle ; en somme, en tout et partout, ne vous en dispensez point.
Or, je sais bien que parmi tout cela vous ferez mille échappées le jour, et que toujours ce naturel si actif fera des saillies; mais il ne m*en chaut pas, pourvu ((uc ce ne soit pas voire volonté, votre délibération, et que toujours vous aperccvîmt de ces mouvcmens, vous tâchiezde les apaiser.
Prenez bien garde à ce qui i)eut offenser Je prochain, et à ne rien découvrir de secret qui lui puisse nuire ; et s*il vous arrive, tâchez à réparer le tort tant que vous pourrez sur-le-champ. Ces menues envies ne sont rien, ains elles sont utiles, puisqu'elles vous font voir clairement voti-e amour-propre, et que vous faites Tacle contraire.
Mais , ma fille , cet amour de la propre excellence n'est-il pas gracieux en cette fille, que je vous ai tant recommandée, et ({ui en vérité m'est chère comme mon ame. Car, qu'y a-t-il de plus gentil que cette petite aversion, laquelle produit d'être appelée fille de cette pauvre mère ; mais demandez-lui, je vous prie, si elle a encore point de sentimens de quoi je l'ap-
(1) n ■ amehé Im tnndt de I«urt Irtnat, el U a élefé | 1m p«UU. Loc» 0. I, V. m. I
pelle ma fille, et si elle vondroH point qw je l'appelasse ma mère. 0 vrai Dieal qall lui a coûté d'efforts pour me dire cette petite niaiserie! certes, ma fille, je ne m pas combien lui coûte, mais je ne vondrois pour rien du monde qu'elle ne me Teùt dit, puisqu'en c«la elle a pratiqué une si profonde résignation et confiance envers moL
Elle est de rechef encore plus agréable, quand elle me défend de dire ceci à cette pauvre mère. 0 ma fille, dites-loi que cet menues communications de son ame à la mienne, entrent en un lieu d'où elles neso^ tent jamais qu'avec congé de celle qui les y met. Au reste, ma très-chère fille, je ne sais pas ce que cette fille m'a fait; mais je trouve ses misères qu'elle me décrit si naïvement, si bien remarquées, que rien pins. Or, dites-lui qu'elle m'écrive toujours simplement , et qu'encore qu*étant là auprès d'elle, elle ne m'eût jamais montré deslet* très qu'elle écrivoit à ses sœurs , maintenant si j'y étois, elle n'en feroit nulle difficulté ; car elle me connottbien mieux qu'elle ne faisoit pas, et sait bien que je ne sois pas d'humeur méprisante.
Pour l'oraison, ma très^hère fille, Je trouve bon que vous lisiez un peu dans votre Théotime (1), afin d'arrêter votre esprit , et que de temps en temps, à mesure que vous apercevrez que vous êtes en distraction, vous disiez tout bellement des paroles contraires à Noire-Seigneur. Mais voyez-vous, ne vous étonnez pas de ces distractions : si j'élois sainte, si je parierois au pape, et semblables ; car pour être fort vaines, elles n'en sont que plus parfaitement distractions; et n'y faut nul autre remède que de ramener doucement le cœur à son objet.
Je vous ai répondu à tout, ma très-chère fille. 0 Dieu ! saluez un peu bien tendrement de ma part la pauvre chère sœur aînée : mon cœur regarde le sien avec compassion. Je sais qu'il est tellement en notre Seigneur, que non pas même ce rude coup n'a su lui ôter la paix intérieure : mais soo ennui et ses appréhensions auront été grandes. Cette sœur m'est chère tout extrao^ dinairement. Dieu soit à jamais notre tout. Amen. Je suis en lui tout vôtre d'une façon que la seule Providence vous peut faire concevoir La grâce, paix et consolation
(t) C'Mt le Traité d§ Famour tU Diw»
DE S. frauçois de mues.
it-Esprit soit avec nous. Amen, frère e«t toujours auprès de Ma-
)seroi5-je saluer le pclit frère Sita chère petite sœur I Mais ma Bile Jigéliquc, certes, je la ^alue de tout ur, et le bon M. Manceau (f), et 'oubJb verrez, votre grande amie et re EŒurdelaCroix, Dieu soit au le votre cœur. Amen.
LETTRE CCCCXXXVm.