‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 249 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES, A MADAME DE CHANTAL , A PARIS · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES, A MADAME DE CHANTAL , A PARIS

Loois XIII, ayant dessein d'attacher le Saint i la France, lui fit proposer, dans son dernier voyage en ce royaume, par le cardinal de Reti, archevêque de Paris, la coadjutorerie de celte ▼ille avec une pension considérable. C'est à ce sajet que le Saint marque sa soumission à it conduite de la Providence, et une grande indifférence pour les biens ei les honneurs de la

terre.

ts (éTrier ICIO.

0 ma mère I soit que la providence de Dieu me fasse changer de séjour, soit qu'elle me laisse ici ( car cela m'est tout un ) , ne sera-ce pas mieux de n'avoir pas tant de charge , afin que je puisse un peu respirer en la croix de notre Seigneur, et écrire quelque chose ensa gloire? Cependant nous écouterons ce que Dieu ordonnera à la plus grande gloire duquel je veux tout réduire, et sans laquelle je ne veux rien faire , moyennant sa grâce : car vous savez, ma très-chère mère , quelle fidélité noire cœur lui a vouée. C'est pourquoi sans réserve je la veux laisser régenter au-dessus de mes afièctions, es occasions où je verrai ce qu'elle requiert de moi.

Certes , je me tâte partout pour voir si la vieillesse ne me porte point à l'humeur avare , et je trouve au contraire qu'elle m'affranchit de souci , et me fait négliger de tout mon coeur et de toute mon lame toute chicheté , prévoyance mondaine , et défianee d^avoir besoin ; et plus je vbîi

avant, plus je trouve le monde haïssable, et les prétentions des mondains vaines , et ce qui est encore pis , plus injustes.

Je ne puis rien dire de mon eme , sinon qu'elle sent de plu3 en plus le désir trësardenldo n'estimer rienqueladilection de BOlre Seigneur crucifié ; et que je me sens tellement invincible aux événcmens de ce inonde , que rien ne me touche presque. 0 ma mère 1 Dieu comble de bénédictions votre CŒur, que je chéris comme mon cŒur propre. Je suis sans fin vôtre , en celui qui sera par sa miséricorde, s'il lui plaît, et sans fin tout nûtre.

LETTRE CCOCXUV.

Que vous direi-je? Rien autre , ma trèachëre mère, sinon qu'il me semble qno mon ame est un peu plus solidement établie en l'espérance qu'elle a eue de pouvoir un jour jouir des fruits de la mort et résurrection de notre Seigneur ; lequel , comirie il m'est avis, parmi les jours de la semaine sainte , et jusqu'à présent, nonseuleracnt m'a fait voir plus clairement, mais avec une certitude et con^iation intellcctivc , et loute en la pointe de l'esprit, les sacrés axiomes et les maximes évangéliqups plus clairement et suavement, disje , que jamais; et je ne puis assez admirer comme ayant toujours eu une si grande estime de cesmaximes eldc la doctrine de la crois , j'ai si peu pris soin pour les pratiquer.

0 ma très-chère mère I si je revenois au monde avec mes semimens présens, je ne crois pas que loute la prudence de la chair et des enfans de ce siècle me put ébranler en la certitude que j'ai que cette prudence est une vraie chimère et une véritable niaiserie.

Or BUS , j'ai dit ces quatre mots pour obéira votre cœur, que je chéris incomparablement et comme le mien propre. Je vous écrirai une autre Tois d'autres choses.

La coadjutorerio s'en va être l«ui arrêtée atacGomplieavec tant défaveur, querien

plus , et neae peut «vire oombien mon Mn témoigne d'écrit et de vertu auprès de Madame et de ses grands i»inc«s ; de tord que je commence d'être connu rtaîmé, parce que je suis son frère.

La petite sœur eet allée condnirB sa fib à Vanchy : madame de la Flecbêre Mtto» jours bonne fort solidement , et toqjoon accablée d'affaires et de manTsiss «nU, Ce bon père vous dira tout te reste. Mai Iri^ chère mère , Dieu soit an milieu de toM cœur. Amen.

LETTRE CCOCXLT.

Monseigneur , les faveurs les mtûns airitées sont à la vérité les moins bonotabln, mais elles sont aussi les plus obligeanlM; et quand elles viennent d'un haut lieu >t d'une maison souveraine , elles sont «((t mées parfaites, et étent à ceux qui iet» çoivent le pouvoir d'en faire de dignes itr lion s de grâces.

Pour cela , monseigneur , je ne destin pas ceslignesau très- humble rem erciement que je devrois faire à votre altesse pour II grâce qu'il lui a plu d'eiercer envers Dton frère et moi , le nommant à ma successioa encetévèché;maisjelui enfaisseulemEnt très-humblement la révérence, pour témoignage qu'en cette nouvelle obligatioB je renouvelle et confirme l'hommage eli) fidèle obéissance que je dois à la bonté à» votre altesse.

La suppliant en toute humilité de continuer , comme elle a commencé , de me pro téger toujours avec mes frères, sous 11 douceur de sa déboonaireté , puisque nou ne respirons jamais si chèrement et cordialement autre chose quelconque de ce monde , que l'immuable devoir par leqod nous sommessi heureuxque d'être et vivra en la sujétion de votre altesse, à laquelto souhaitant incessamment le comble à»

loute sainte prospérité , je suis , mcmgeigneur , très-humble , trto-fidèle , etc.

LETTRE CCCCXLVI.

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Oldjll

Hadame , si vous mesarez vos faveurs à ce que Dieu a voulu que vous fussiei , il n'y en aura jamais de trop grandes : mais rf elles sont balancées avec le mérite de ceux qui les reçoivent, celle dont il vous ■ plu» gratifier mon frère et moi, en la nomination faite par son altesse , sera sans doute des plus eicessives;elfaudraavouer, madame , qu'elle n'a nul fondement qu'en lagraadeurdevotrebonté;sinonque parmi plusieurs grâces de Dieu vous avez encorr^ celle-là de connaître les cœurs, et que dedans les nôtres votre altesse ait regardé l'inromparable passion que Dieu même y a mise , pour nous rendre infiniment dédiés t votre service, et nous faire résigner âjanaîs Tobéissance de vos commandemens :

ccr.encecas, madame, s'il vous a semblé bon de mettre en considération notre très-bumble soumission, votre altesse aura bien eu quelque sujet do nous départir ce bienfait, duquel je lui rends très-humbles grâces; et lui en faisant révérence avec un extrême respect , je prie la divine majesté qu'elle comble la royale personne de votre altesse de l'abondance de ses bénédictions, qni suis, madame, votre trës^umble,etc.

LîmiE CCCCXLVII.

passionnément, et voudroia bien être li heureux que de vous rwidre quelque service. Mais cependant je voussoubaite tonte sainte bénédiction , et à mademoiselle Hontenet votre femme, que je salue cordialement; et suis, monsieur, votre Irès-hnnjble, etc.

LETIRB CCCCXLVni.

B. FBAKÇOIS DB SALES, A LA MttX FA\M.

Euqyud'anill* «td* MoiidénUoii piitieulièra. tauej, M B)n liM.

Honsienr, cette bonne sœur Jeanne m'a souvent dit que vous conserviez toujours quelque souvenance de moi , continuant à ne faire ainsi que vous me promîtes la dernière lois que j'eus le bien de voua voir. Etj'ai un si giïnd plaisir de savoir cela, que je n'ai pas voulu laisser partir cette sœur Jeanne sans lui donner ce billet , par lequel jevouaremerciede tout mon CŒur,etvou3 aasorequeréciproquementjevoushoaora ,

Embtrrii do «lim éitqae pour IniaTir dei auleli propre, à foraier lei nooteiui iUbJliKiusni de l'ordro da li TiUuiloD

Ma très-chére flile, ce garçon est venu en un temps auquel je n'ai pour tout su le dépêcher que ce matin 27 du mois , accablé je vous assure d'effoires si pressantes , que je n'ai pu m'en échapper. Je vous supplie de donner sûre adresse aux lettres de Paris, et de recommandera notre sœur de Moulins celle de Boutées qui importe â la supérieure de ce lieu-là. Quant à Clermont, je trouve votre réponse toute bonne , puisque vous avez des filles pour fournir celte maison-Iâ . Mais y auroi t-il encore outre cela une fille pour être supérieure ou maîtresse des novices? car je vois que de toutes parla on demande des maisons : et voilà que celle de Turin se va dresser, où il en faudra bien Untpour la qualité du pays que pour satisfaire à madame. Or, Dieu fera des filles, quand il les devrait tirer des pierres , et donnera respritdegnuvernementà mesure — '■' voudra multiplier les maisons. Ma ■chère fille, je suis uniquement vûtre.

J'ai grand désir de savoir cequemonsei- !,'neur l'archevêque fera pour l'exécution du bref apostolique, et espère que l'humilité et douceur ne vous manqueront pas ea toutes occurrences. Je salue chèrement nos sœurs , et très-uniquement votre cœur, ma trôs-chëre fille. Amen.

LETTRE CCCCXLIX.

s. FKAKCniS M SALES , A MADAME LA Btr-

GHBSSB DB NBHODHS.

ICmtmtv*, p» H. UbU S;n,o„. .iair, 4.». u.*™,

ir II prie de l'InUraMcr juprti de H. le dus mh pour [lire cipMIcr itt dtpécfaei pour

Madame , je pense que votre grandeur aura bonne Eouvenonce que donnant avis à Monsieur de la morL du feu sieur Cliar~ moisy, je lo suppliai très-humblement de continuer sa grâce et ses bimrailâ à la veuve et au lîlâ du défunt ; ce quo sa grandeur m'ac-corda avec une tres-grandc dâmonstmlion de sa volonté et indinntlon à cela , et votre grandeur, madame, ajouta aa toute- puissante faveur à ma ri'cummundation. Maintenant donc, reuouvelant mil euppiication, je recours do rochef à celte même gratiDcatioa qu'il plut à votre grandeur de tomoi;rner, afin qu'il lui plaise d'en commander les dépêches , comme aussi ceux de deux autres grâces que je demandai à Monsieur pour deux autres de mes amis ; puisque , si je ne me trompe , l'uno estde justice pour réparation d'un ton fait â un gentilhomme nourri etenvieilli au service de Monsieur ; et l'autre est de piéiâ pour l'assuDpissement d'un procès que les gens de sa grandeur ont avec deux Gllès pupilles ; et je me garderai Tort bien de jamais rien demander, ni même déiiirer do voire bonté, madame, ni de relie de Monsieur, ((ui ne soit selon les lois do l'honneur «t bonheur que j'ai d'être do votre grandeur, madame, le trËs-humblc, etc.

LEHRE CCCa.

(Tittt d( la lia M U nen da Dlonar , par Cliirlc»-A DïaM

le Kninl rappHIe i ion louvenir Its nrtmiém innées île la iiiFrc de Slanaj, cl » plm i ■>„ «imienlrsussibidnqaeiJuIïmpadeïatiiiMlon.

Je VOUS iwux bien appeler ma trùs-ihÊra fille , car vous m'avez été chère en vériié, je le puis dire ainsi , dés le ventre de voire mère , ou au moins dt^s la mamelle , où ji; TOns ui cent fois bénite , et souhaité In couronne et le loyer des vierges el époiisrs do MMi-i-Girist ; en co temps bienheureux, mil chère (iJle , où iivani d'ètro parleur en chef j'uvois la yrace de courir ehcrclier les brebis de mon maître, et que j'éloiit •.{ coartoisrment et pi nmiablemenl ne. ueiilj

chez-vous (t). MBfraielllls,ilinehii,]t vous assure, grand bien de m'estrelenir avec vous de ces premières années de moD premier service à la trés-saiatâ Église. Cda m'anime en la ferveur, et me bit donnmont souvenir combien ilyalg que «oujt êtes ma fille.

LETTRE CGCCU.

OttiDillU et «tftnUmHuiBMl ta hU

Or SUS , ma mère , je suis dans votre fitloir, où il m'a fallu venir pour écrire to quatre ou rinq lettres que Je vous ewât. Il faut donc que je vous dise que je nepuii avoir opinion quo rien se fasse de ce cétélà , que vous savex , si Dieu ne le veut ia sa volonté absolue ; car premièrement , n fut ce qued'nbord je dis à monsieur le cv dinal, que si je quittois mafemme,ceieroit pour n'en avoir plus- Je vais douctment, quoique avec grand travail , supjw tant les chargesde la mienne, avec laqwlle je suis envioilli : mais avec une toute ni»vello 11 moi, que forois-jc? La seule gloire de Dieu, manifesiéc parmon supérieur le pape, me peut ôlerdo cette démarcbe.

2. Voilà mon frère évéque : cela u m'enrichit pas , il est vrai ; mais cela m'illiige et me donne quelque espérance de me pouvoir retirer de la presse. Cela mnl mieux qu'nn chapeau de cardinal.

.1. Mais vos neveux seront pauvres^ Ht mère, je considère qu'ils ne le sont p» iléjii tant, comme ils éloient quand ils naquirent : car ils naquirent nus ; et puis deui uu trois mille ('■eus, ni quatre même. M nie donneroient pas de qwit les soconrir sans diminulion de la réputation d'u« prélalure en laquelle il fauHant d'auniAnes, d'oeuvres pies, etde frais justes et requis.

i. Voilà son alle^sp qui me mande aTe> tir que de toute nécessité il veut quej'ac comiiagne monseigneur le cardinal son fils A Home : et on effet , Il sera à propos , pour les rvlcrmêmédc l'Ëj^lisc, quejufassece voya^i' ; bien qu'en toiile vérité , ma mère,

DE S. PRÂNiÇ(ttS hE SALES.

u ne 86lt iiullënient selon mon inclitiatioti ; car en somme, c'est toujours aller, et j'aime à demeurer; et c*est toujours aller à la ooiir, et j'âime la simplicité. Mais il n'y a remède ; puisqu'il le faut , je le ferai , et de bon cœur, et tandis les pensées de ce grand prélat de delà auront le loisir de se dissiper. En somme, je ne ferai rieri i)ourcè parti-là que je ne sois gi^ndemetit assuré que Dieu le veuille. N'en parlons donc plus que selon les occurrences , ma mère.

. Je suis à jamais sans réserve et sans t:omparaison , c'est-à-dire au -dessus de toute comparaison, vôtre, et certes, comme vous savez très-bien vous-même, je suis vôtre très-parfaitement.

LETTRE CCCaiI.

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