‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 257 sur 450 · FRANÇOIS DB SALES , A LA MÈRB D£ CHAS- TEL, A GRENOBLE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DB SALES , A LA MÈRB D£ CHAS- TEL, A GRENOBLE

Cette lettre est relative au dilTérend qui t'étoit élevé entre la comtesse de Dalet et sa mère, au sujet de l'entrée en religion de la première, et de quelques discussions d'intérêt entre la mère, qui étoit peu riche, et la fille, qui Téloit beaucoup.

t8 avril I6ti.

En somme, ma très-chère fille, il est vrai , ainsi que je vous Tai souvent dit , que la discrétion est une vertu sans laquelle , au rapport de S. Antoine , nulle vertu n'est vertu , non pas même la dévotion , si toutefois la dévotion véritable peut être sans une véritable discrétion.

Cette bonne dame , des belles et rares qucilités de laquelle vous m'avez la première rendu amateur, se plaint admirablement de madame sa fille , do quoi ayant tiouvé un essaim d'abeilles avec leur miel , elle s'amuse trop avec elles , et mange trop de ce miel , contre renseignement du sage, qui a dit : As-tu trouvé du miel , manges^ en discrètement (i ). ^

(1) Mel liiTenliUt oonedo qaod sulBcU tU»L Pmvikbk,

c ISV, f . If.

Elle vous aura dit toutes oes ralaaiii e^ meilleurs termes que je ne nurob toob lei présenter, hormis peut-être celle-là, que votre religieuse maison lui a une trà8«gnii> de obligation , ainsi que voue même an'arez écrit. Voyez, ma très-chère fille, de con* tribuer au contentement de cette mère ce que vous pourrez auprès de cette fille , laquelle, à la vérité , est obligée de quitter, je ne dis pas un peu, mais beaucoup de ses consolations, pour spirituelles qu'elles soient, pour en laisser beaucoup à st mère.

Je confesse que je ne sais comnient il se peut faire qu'une mère de tant d'esprit, de perfection et de piété , et une fille de grande vertu et dévotion , ne demeurent tout à fait unies en ce grand Dieu , qui est le Dieu d'union et de conjonction : mais je sais bien pourtant que cela se fait, et que même tes anges , sans cesser d'être anges , ont de contraires volontés sur un même sujet , saoe : pour cela être en division ni dissension , i parce qu'ils sont parfaitement amottroux ^a de la volonté de Dieu , laquelle, soudain i qu'elle parolt , est embrassée et adorée de U tous. Ah 1 mon Dieu , n'y n-t-il pas moyen i que l'on aide ces deux dames à la connotuv* i cotte sainte volonté? car je suis assuré ^ qu'elle les rangeroit toutes deux à son obéis- -â sance. p

Cette bonne dame qui est mère me parie i \ d'un vœu de chasteté fait par sa fille etdit ?& que c'est précipitamment. A cela je ne \\' touche pointi; car il y va bien des coosidé- -t rations pour juger qu'un vœu de chasteté puisse ou doive être dispensé ou dispead»- ."^ bie , puisqu'il n'y a point d'estime coffips* ^ rablo à l'ame chaste. |^

Mais elle parle, cette mère, d'autre |P chose, qui est qu'elle aimerait mieux qoe ' sa fille fût religieuse tout à fait, puisqu'eD ce ras-là on ne la lui demandera plus pour j caution , et que l'administration des bietf ' des enfans lui sera confiée. Mais je ne sais : non plus que dire sur cela, ne sachant > pas quelle est la vocation du ciel , et voyanl \ les enfans de cette bonne dame si petite ' cette seule chose me touche plus que les autres. ;

Tout ce de quoi cette dame se plaintf à c'estqu'elleditque safillefaitbourseàpsrt, j * parmi tant de peines et travaux qu'elle vnit I % ù sa mère, sans la soulager de son

tance. Or cela , ma très-chère fille , est tout à fait contraire à mes sentimens. S. François ne pouvoit goûter Tamas des fourmis : mais il me semble qu'une fille qui a des moyens ne doit jamais les épargner pour fia mère, je dis même pour son repos et juste contentement.

Je vous écris la tète pleine d'affaires, et entre plusieurs tintamarres. Et de plus, je vous écris à tâtons; car je sais bien que pour bien parler en cette occasion , il faudroit ouïr bien au long les parties : mais tandis que cela ne se peut, il faut parler pour la mère : il y a toujours un juste préjugé pour elle.

Au reste , elle ne désire de vous sinon que vous employiez votre entremise pour modérer le zèle que sa bonAe fille a à ses retraites, qui est chose qui ne se peut ni doit refuser, la modération étant toujours bonne en tous les exercices , hormis en celai de l'amour de Dieu , qu'on ne doit point aimer par mesure. Employez-vous donc bien à cette modération, à laquelle il sera Inen aisé de réduire cette bonne fille , puisn que sa bonne mère lui permet qu'elle aille Jouir de la dévotion en paix, toutes les grandes fêtes de l'année , et , outre cela , de six semaines en six semaines trois jours , qui est beaucoup.

C'est assez; je m'assure, ma très-chère fille, qu'après avoir invoqué le Saint-Esprit, fl vous donnera de la clarté pour bien faire cm conseiller cette modération.

Je suis en notre Seigneur parfaitement vôtre. Je le supplie de régner toujours en votre ame , en votre chère congrégation , et qu'il vous inspire toutes de prier souvent pour moi. Amen.

LETTRE CCCCLXXIX.

s. nULNCOIS DE SALB8, A MADAMB LA COMTESSE DE DALBT.

Le Saint Petborte à feeourir sa mère ; en méma .temps lui inculque que l'amour des parens eiige beaucoup des enfans. Dieu souffle qu'on les aime stcc lui , pourvu que ce soit pour lui.

18 aTTil leti.

Madame , je serois bien en peine de vous écrire sur le sujet qui m'y convie , si je n'élois autorisé de madame votre mère : car à quel propos oscrois-je mettre la main aux afiaires qui se passent entre vous deux , et

vous parler de votre conscience , moi qui sais que vous êtes Tunique digne fille d*une si digne mère , pleine d'esprit , de prudence et de piété? Mais puisqu'il le faut, sous cette si favorable condition , je vous dirai donc, madame, que madame votre mère m*écrit tout ce qu'elle vous a dit et fait dii^ par plusieurs excellons personnages, en comparaison desquels je ne suis rien , pour vous ranger au désir qu'elle a que vous ne Pabandonniez de votre assistance filiale en cette grande presse d'afi^ires temporelles en laquelle les occurrences que vous savez ont poussé sa maison , qu'elle ne peut supporter de voir tomber sous le faix , et surtout faute de votre secours , qu'elle tient y être seul et uniquement nécessaire.

Elle propose trois partis pour cela : ou que vous vous retiriez tout à fait en religion , afin que les créanciers ne vous désirent plus pour caution , et que la disposition des biens de vos enfans lui soit libre; ou que vous vous remariiez avec les avantages qui vous sont offerts ; ou que vous demeuriez avec elle avec une seule bourse. Elle met dans sa lettre vos excuses pour les deux premiers partis ; car elle dit que vous avez voué à Dieu votre chasteté , et que vous avez quatre bien petits enfans , desquels deux sont des filles , mais pour le troisième je ne vois rien dans sa lettre.

Quant au premier, je ne suis pas pour interposer mon jugement, si le vœu que vous avez fait vous oblige à ne point désirer dispense , bien qu'elle allègue une^rande précipitation qui peut prévenir la juste considération ; cac véritablement la pureté de la chasteté est de si haut prix , que quiconque l'a vouée est très-heureux de la garder, et n'y a rien à préférer que la nécessité de la charité publique.

Quant au second , je ne sais si vous vous pourriez légitimement décharger du soin que Dieu vous a imposé de vos enfans en vous rendant leur mère, et eux étant si petits. ^i

Mais pour le troisième , madame , je vous V dis que votre bourse doit être commune à ' madame votre mère en cas de si grande nécessité. 0 Dieu I c*est la moindre communication qu'on doive aux pères et aux mères. Je cuide bien entrevoir quelque raison pour laquelle il semble qu'une telle fille chargée d'enfans puisse ganier sa bourse;

niais je ne sais pas si vous Tavez ; et si , je pense qu'il faut que cette raison soit grande ot grosse , pour la faire voir et considérer tout à fait. Entre les ennemis , Textréme nécessité rend toutes choses cornmuues ; mais entre les amis , et de tels amis comme sont les filles et les mères , il ne faut pas attendre Textréme nécessité; car le commandement de Dieunous presse trop. Il faut en ce cas relever le cœur et les yeux en la providence de Dieu , qui rend abondamment tout ce que Ton donne sur sa sainte ordonnance.

Je dis trop, madame ; car je n'avois rien à dire sur cela, que de renvoyer votre chère conscience , pour ce regard, à ceux auxquels vous vous en confiez.

Au reste, pour vos exercices spirituels, madame votre mère se contente que vous les fassiez à votre accoutumée, hormis pour vos retraites à Sainte-Marie, qu'elle désire d'être limitées aux grosses fêtes de l'année, et cela à trois jours sur chaque quarantaine. Vous pouvez aussi vous en contenter, et suppléer par des retraites spirituelles dans votre maison , la longueur do celles que vous pouvez faire en celle de Sainte-Marie.

0 mon Dieu 1 ma chère dame, qu'il faut faire de choses pour les pères et mères! et comme il faut supporter amoureusement Texcès, le zèle et l'ardeur, à peu que je dise encore l'importunité de leur amour! Ces mères, elles sont admirables tout à fait : elles voudroient, je pense, porter toujours leurs cnfans, surtout l'unique, entre leurs mamelles. Elles ont souvent de la jalousie; si on s'amuse un peu hors de leur présence, il leur est avis qu'on ne les aime jamais assez, et que l'amour qu'on leur doit ne peut être sans mesure que par le démesurément. Quel remède à cela? Il faut avoir patience, et faire au plus près que Ton peut tout ce qui est requis pour y correspondre. Dieu ne requiert que certains jours, que certaines heures, et sa présence veut bien que nous soyons encore présens n nos pères et à nos mères : mais ceux-ci sont plus passionnés; ils veulent bien plus de jours, plus d'heures, et une présence vs)n divisée. Hé 1 Dieu est si bon que, condescendant à cela, il estime les accommodemcns de notre volonté à celle de nos mères, comme faits pour la sienne • pourvu

que nous ayons son bon plaisir pour fin principale de nos actions.

Or sus, vous avez là Moïse et les prophètes, c'est-à-dire tant d'excelleos seniteurs de Dieu : écoutez-les. Et moi, j*ai tort de vous entretenir si longuement, mais j'ai un peu de complaisance de parler avec une ame pure et chaste, et de laquelle il n'y a aucune sorte de plainte que pour l'excès de dévotion ; rare, et si rare, et si aimable, que je ne puis n'aimer pas et n'honorer pas celle qui en est accusée, et n'être pa» à jamais, madame, votre, etc.

LETTRE CCCCLXXX.

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