LA HÈRE DE CHASTEL, AS. FBANÇ0I8DB8ALBB
(Tirée d« la vte de U mère de Chasiel, yw la aAndi
Changl. )
Lt mère de Chastel , Jogetnt qae mi Inflintéi habitoeUefl ne lui permettoient pas dei'aeqiitter de sa charge de supérieure, demande aa
Saint sa déposition.
Vert le iBols de BaiftiL
Monseigneur, l'infirmité dont je suis accablée m'abat de telle sorte, que j'en yiens quelquefois jusque dans l'ennui et le dégoût de ma vie. Dieu , m'ayant donné une si grande aversion naturelle pour les cha^ ges, me fait assez connoitre par ce châtiment qu'il ne me les a point destinées. Je ne crois plus pouvoir en conscience tenir une place que je ne mérite pas. C'est faire une injustice à mes sœurs , qui sont les épouses de Jésus-Christ,de leur laisser plus long-temps une supérieure incapable de les servir, à cause de ses infirmités, aussi bien que de les instruire, et indigne de les gouverner par son défaut de conduite. Ce reproche me ronge continuellement le cœur; ot ce ver s'attachant immédiatement à cette première et maîtresse partie, tout le reste de mon corps se rend à la douleur, et demeure sans force et sans courage, etc.
LETTRE CCCCLXXXI.
s. FRANÇOIS DE SALES, A LA MÈRE DE CHASTEL.
(Tirée de la vte de la mère de Chaitel , |»ar la mire d*
Cbangl. )
Réponse à la lettre précédente.
Vers le mots de mal ISSI.
Je le crois bien , ma très-chère fille, que ce seroit votre avis que nous voulussions
vous ôler la cnarge et qualité de mère, mais ce n*est aullement le nôtre.
Hélas ! ma chère fille, croyez-vous que Motre-Dame fut moins la mère de notre Sauveur lorsqu'elle parut outrée de doueur, et qu'étant accablée d'ennuis, et toute submergée d'affliction , elle respiroit cette )arole , Oui , mon fils , parce qu'il vous 9la£i ainsi (4), que lorsque, d'un accent nagnifique et d'un cœur tressaillant de oie , elle chanta le céleste cantique de son yagnificat? Ne craignez point de mal édiier nos sœurs. Dieu y pourvoira. Votre «Bur est naïf, rond et sincère, votre cheoin est bon, et je n'y trouve rien à redire, inon que vous considérez trop scrupuleuement vos pas par la crainte de tomber. )e quoi vous mettez-vous tant en peine? )ieu est si bon ! ne vous empressez point BOt pour lui, car il en reprit Marthe; ne euillez point être si parfaite.
S. Paul vous aiveriïiquHlnefautpas ire plus sage quHl ne faut (2). N'examiez point tant votre ame de ses progrès ; I vous est utile d'ignorer vos grâces et les ichesses que vous avez acquises devant Heu : soulagez votre pauvre cœur, que je héris paternellement devant Dieu, et Dieu eut que j'aie de la consolation à le dire, demeurez donc paisible, ma trèsK^hère fille; oyez mère, etbonne mère, tout autant que )ieu vous l'ordonnera.
LETTRE CCCCLXXXn.
s. FRANÇOIS DE SALES, A MADAME LA COMTESSE DE DALET.
« ?œa de chasteté doit être gardé , aa préjudice néme de la conservation de sa postérité. Quelle sorte d'assistance les enfans qui sont mariés et qui ont famille doivent à leurs parens. La retraite est nécessaire aux personnes dévoles pour eoosenrer leur pureté , et elle contribue à leur union avec les personnes du monde qui ne s'accommodent pat volontiers des exercices de la vie dévote.
11 mi isti.
Madame, c'est en la présence de Dieu lie je vous dois particulièrement écrire îtte lettre , puisque c'est pour vous dire i que vous devez faire pour sa plus grande ioireès choses que vous m'avez marquées.
(1) lia , Pater^ quonUiai slo fuit placltom anle t«.
iTTB., C. XI, T. 26.
(S) Dleo.... omniboi qoi tant Intar fot, non ploa safe qaàni oporlat lapere. sed sapera ad sobriatatan. m., c. XII, V. s.
j Après donc avoir invoqué son Saint-Esprit* je vous dis que je ne vois nulle juste occasion en tout ce que vous me dites, et que madame votre mère me dit, pour laquelle vous deviez violer le vœu que vous avez fait de votre chasteté à Dieu : car la conservation des maisons n'est pas considérable, sinon pour les princes, quand leur postérité est requise pour le bien public; et si vous étiez princesse, ou celui qui vous souhaite prince, on vous devroit dire : Contentez-vous de la postérité que vous avez ; et à lui : Faites de la postérité d'une autre princesse. En sonmie, le Saint-Esprit a fait redire clairement qu'il n'y a rien d'estimable en comparaison d'une ame continente (4). Demeurez donc là, puisque Dieu vous a inspiré de le vouloir, et vous donne la grâce de le pouvoir. Ce grand Dieu bénira votre vœu, votre ame et votre corps, consacrés à son nom.
2. Il est tout vrai que vous n'êtes nullement obligée par droit de justice d*assister de vos moyens la maison de monsieur votre père, puisque vos moyens et ceux de vos enfans, par l'ordre établi en la république, sont séparés et indépendans de la maison de monsieur votre père, et qu'il n'est point en nécessité effective; et d'autant plus qu'en effet vous n'avez rien reçu de votre dot, promise seulement, et non payée.
3. Au contraire, s'il est véritable que vous ruineriez vos enfans et ce qui est à eux; et que vous vous ruineriez vousmême , si vous vous chargiez des affaires de votre maison paternelle, sans pourcels^ l'empêcher de se ruiner, vous êtes obligée, du moins par charité, de ne le faire pas; car à quel propos ruiner une maison pour en laisser encore ruiner une autre, et donner un remède contre un mal irrémédiable, aux dépens de vos enfans? Si donc vous savez que votre secours sera inutile au soulagement de monsieur votre père .
vous êtes obligée de ne l'y point employer au préjudice des affaires de vos enfans.
4. Mais , madame , si vous pouvez l'aider sans endommager vos enfans , comme il semble apparemment que vous le puissiez faire , puisque vous êtes unique ; et que tout ce que vous pourrez empêcher d'être
(1) Oaoli pondaratlo non est digoa eooliBenlia aaimoi
BOCLL, Q. XXVI, ▼. 10.
LETTRES
vendu, demeurera enfin à vos enfans, mon- | sieur votre père et madame votre mère ne pouvant avoir d'autres héritiers , il m'est avis que vous le devez faire , car ce ne seroitqu'abandonner vos moyens d'une main, et les reprendre de l'autre.
5. Et quand même vous incommoderiez vos affaires pour contenter madame votre mère, pourvu que ce ne fût pas avec trop de perte de vos enfans , encore me sembteroitil que vous le devriez faire , par le respect et l'amour que vous êtes obligée de lui porter.
6. Et quant au reste , je pense qu'il seroit plus à propos , pour votre repus et par suite de Télcction que vous avez faite d'une perpétuelle pureté , que vous demeurassiez à part en votre petit train , à la charge que vous vissiez souvent madame votre mère , laquelle , si j'entends bien sa lettre , ne seroit point marrie que même vous fussiez religieuse , pourvu que vous lui communiquassiez vos moyens pour la retenir en possession des biens de la maison.
Et véritablement , ne vous voulant point ranger à un second mariage, ni ne pouvant pas seconder le courage que je vois en cette dame à tenir grand train et portes ouvertes à toutes sortes d'honnêtes conversations , je ne vois comme ce ne scroit pas pluàù. propos que vous demeurassiez à part , n*y ayant rien d'égal à la séparation des séjours pour conserver l'union des cœurs entre ceux qui sont de contraires , quoique bonnes, humeurs et prétentions. Voilà mon opinion , madame, sur la connoissance que j'ai de l'état de vos affaires. Oh I s'il eût (Ru à Dieu que je vous eusse vue à Lyon , que de consolations pour moi , et combien pluscertainementet plus clairement j'eusse pu vous expliquer mon sentiment I Mais puisque cela n'a pas été , je m attendrai à recevoir vos répliques, s'il vous semble que j*ai manqué à comprendre le fait que vous m'avez proposé , et je m'essaierai à en réparer les manqucmens. Et je vous supplie , madame , de ne point vous mettre en aucune considération qui vous puisse ôter la liberté de m'écrire , puisque je suis et serai désormais tout à fait et sans ré- ' serve volie très-humble et très-affectionné ! serviteur, qui vous souhaite le comble des ; grâces de notre Seigneur , et surtout un ! progrès continuel en la très-bainte douceur
de charité , et la sacrée humilité de la trèsaimable simplicité chrétienne , ne me pouvant empêcher de vous dire que J'ai trouvé parfaitement douce la parole que vous mettez en votre lettre, disant que votre maison est des communes, et rien plus : car cela est chérissable en un âge où les enfans do siècle font de si gros brouas de leurs maisons , de leurs noms et de leurs extractions. Vivez toujours ainsi , ma très-chère fille, et ne vous glorifiez qu'en la croix de notre Seigneur (4), par laquelle le monde vous est crucifié , et vous au monde. Amen. Je me dis de rechef de tout mon cœur , madame, votre , etc.
LETTRE CCCCLXXXin.
s. FRANÇOIS DE 8ALB8, A MADAIIB LA COMTBSSB nB DALET.
En quelle nécessilé doit être une ramille po« empêcher une personne de prendre le parti tfi cloître. La tenution eat dangereuse dans oei circonstances.
Après le il nal 16tl.
Ma très-chère fille , je vous dirai franchement que quant à l'obligation de votre conscience , je ne varie nullement et perse* vère à ce que je vous ai dit il y a ioo;;temps , et qui est en un mot , que si la nécessité de la personne de ce bon seigneur est lelle que vous soyez requise en présence pour la secourir, vous devez arrêter. Si ce n'est que la nécessité du meilleur état d(»s biens, vous n'y êtes pas voirement obligée; mais pourtant, si cette nécessité étoit extrême et grande , et qu'elle ne pût élro remédiée que par vous, c'est^-dire, qnca vous ne puissiez suppléer par autrui uuk affaires ; vous pourriez librement arréU»r le temps requis à cela , que je remets à votre discrétion et prudence , ne pouvant dissimuler avec vous qu'en cette occ^isioi» je ne voie quelque sorte de tentation.
Car, sans doute, si vous vous fussiez rema-' riée à quelque chevalier du fond de Gascogne ou de Bretagne, vous eussiez tout abandonné , et on n'eût rien dit : maintenant que vous n'avez pas fait à beaucoup près un si grand abandonnement , et que vous avez réservé assez de liberté pour avoir un soin modéré de votre maison et de vos en-
(J) Mlbi abslt glorlari , oisi Id croce Dominl nostn Je»a ClirisU , per quem mlhl nuadvs cruciflias est . el «fo Bundo. G4iukT., 0. ri, v. 14.
fans , parce que ce peu de retraite que vous arez (ait est pour Dieu , il se trouve des gens qui tâchent de le faire estimer mau^ Tais et contre le devoir.
Ce que je ne dis pas pour ce bon chevalier qui vous souhaite auprès de soi , car yraiment il a raison de désirer le bien de YOtfe conversation , qui ne peut que lui être agréable ; mais pour ceux qui en parlent par manière de conscience et de scrupule , qui , à mon avis , ne sont pas bien fondés en cela, bien qu'en la lettre de monsieur N. Je les voie fort doctes et de grand esprit. Mais je reviens à vous dire que votre discrétion vous doit régler , selon ce que je vous en ai dit autrefois , ce que maintenant je répète.
Au demeurant , pendant votre séjour , ces bonnes filles font au mieux qu'elles peuvent, afin qu*à votre retour vous ne trouviez point de décadence en cette heureuse vie en laquelle Dieu les a mises sous votre conduite.
Je vous souhaite mille et mille bénédictions célestes pour Tavancement de votre coeur au très-saint amour du crucifix , auquel il est voué et consacré éternellement.
Je suis, comme vous savez , de toute mon ame , ma très-chère fille , tout parfaitement vôtre » en celui qui pour nous rendre siens 8*est fait tout nôtre , Jésus-Christ , qui vit •( règne es siècles des siècles. Amen.
LETTRE CCCCLXXXIV.
a. FEANÇOIS DB SALES , AUX CONSULS ET BABITANS DB MONTPBRRAlfD.
(Tiré» i« monutèra de It VlsIUUoa 4« la vlUe 4i llO0tfemiad.)
ts Saint leor promet de laisser le plat Iodklempa qu'il pourra la méro Pavre dans le monastère de Sainte-IUrie, nouvellement fondé
dans leur tUIo.
ABB«ej. M mal If tl.
Messieurs, je réponds à cette lettre , et Corresponds, autant que je le puis, à vos <iésirs , vous assurant que je laisserai le
tus longtemps que le service de Dieu me permettra , ma sœur Marie Jacqueline Pavre , au monastère où par votre piété elle se trouve maintenant, et où je suis i;randement consolé qu*ello emploiera les grâces que la divine providence lui départira. Que si je pouvois vous dire que ce
pour toute sa vie, je le ferois volontiers , pour contenter votre xèle et celui de tant d'ames qui se consolent aveo elle , mais vous vous imaginerez bien quellesoccasions peuvent se pràienter pour la retirer et destiner ailleurs, selon que la gloire de celui auquel elle est vçuée le requerra. Je vous le souhaite très^imi, propice, et à toute votre honorable ville, messieurs , je sui^ en lui votre très^humble, etc.
LETTRE CCCCLXXXV.