FRANÇOIS DE SALES, A UNE COUSINE
Le Saint la console tar la mort de gon père.
MJailletieti.
Mon cœur aime trop le vôtre; madame ma très-chère cousine, ma fille, pour ne voir pas et ne sentir pas sa douleur en cette récente et véritablement grande perte que nous venons tous de faire ; mais ma trèschère fille, de mettre la main à votre cœur, et d'entreprendre de le guérir, il ne m'appartient pas, et surtout le mien étant certes des plus affligés de toute notre parenté, comme celui qui chérissoit passionnément ce cher oncle, qui m'honoroit réciproquement, avec beaucoup d'affection, de sa digne et aimable bienveillance.
Je prie Dieu, ma chère cousine, qu'il vous soulage lui-même de sa sainte consolation, et qu'il vous fasse ramentevoir, en cette occasion^ de toutes les résolutions qu'il vous a jamais données d'acquiescer en toutes occurrences à sa très-sainte volonté, et de Testime que sa divine majesté
(1) Quld maniliioablmos . aot qnld MbemasT Matti.. a ? 1, ▼. tl.
vous a donnée de sa très-sainte Trinité, à laquelle nous devons espérer que la chère ame de celui de qui nous ressentons la séparation est arrivée : car, hélas! ma trèschère cousine, nous n'avons de vie en ce monde que pour aller à celle de paradis, à laquelle nous nous avançons de jour en jour, et ne savons pas quand ce sera le jour de notre arrivée.
Or sus, votre père est hors du pèlerinage plein de t^nt de travaux ; il est a^ rivé au lieu do son assurance, et s'il ne possède pas encore la vie étemelle, il en possède la certitude, et nous contribnerons nos prières à l'acception de son bonheur pcrdurable. Ma très-chère cousine, je vous écris ainsi sans art, plein de désir que vous m'aimiez toujours, et que vous croyiez que je serai toute ma vie votre, etc.
LETTRE cccaxxxvn.
s. FRANÇOIS DE SALES, A UN COUSIN.
Consolations sur la mort d'on père fort âgé
ta j«iuet teiL
Monsieur mon cousin, ce porteur va de la part de M. de Chalcédoine et du chevalier, mes frères, comme aussi de lamiennet pour vous offrir notre service en cette occasion de la perte que vous avez faite, laquelle comme elle est extrême, aussi nous la ressentons vivement avec vous, et ne laissons pas pourtant de vous prier de soulager votre cœur de tout votre pouvoir, en considération de la grâce que Dieu vous a faite, et à tous ceux qui ont le bien de vous appartenir, vous ayant laissé la jouissance de ce bon père à longues années, ne l'ayant retiré qu'à l'âge après lequel cette vie ne pouvoit plus guère durer sans beaucoup de peines et de travaux qui accompagnent or* dinairement la vieillesse.
Mais vous devez encore pius vous conso^ 1er de quoi ce bon père a vécu toutes sei* années dans l'honneur et la vertu, en Testime publique, en l'affection de sa parent(^ et de tous ceux qui le connoissoient, eten-* fin de quoi il est décédé dans le sein d© l'Église, et parmi les actions de la piété ; de sorte que vous avez de quoi espérer qu'il vous assistera même en la vie des bienheureux : et tandis, je vous offre derechef mon fidèle service, et à madame la ba-
nmnedeN. ma cousine, qui suis de tout ( LETTRE CCCCLXXXIX
s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE SUPÉRIEURE
mon coeur, monsieur mon cousm, votre, etc.
LETTRE CCCCLXXXVin.
s. FRANÇOIS DE SALES, A UNE SCEURTOURIÈRE DE LA VISrrATION.
11 fait Péloge de son emploi , en montre l'impor- Unce et conclut qu'il n'y a rien de petit au ser- Tice de Dieu.
saofttieti.
Ha très-chère fille , je suis grandement consolé de savoir que vous êtes arrêtée pins particulièrement au service de notre Seigneur, en la maison de la très-sainte mère, en une condition que j'estime de grand profit. J'ai choisi d'être abject, dit le pro{Âiète , en la maison de mon Dieu , plus que d'habiter les tabernacles des grands, qui souvent ne sont pas si pieux (4).
Vous avez été heureuse d'avoir jusqu'à présent servi Dieu dans la personne d'une maîtresse de laquelle Dieu est le mattre, et avec laquelle vous avez eu toutes sortes de sujets de profiter spirituellement; mais vous êtes encore plus heureuse d'aller servir ce même Seigneur en la personne de celles qui, pour le mieux servir, ont quitté toutes choses.
C'est un grand honneur, ma chère fille, d*avoir en charge la conservation d'une maison toute composée d'épouses de notre Seigneur; car qui garde les portes, les tours et les parloirs des monastères , il garde la paix, la tranquillité et la dévotion de la maison , et de plus peut grandement ^fier ceux qui ont besoin d*aborder le i^nastère.
Il n*y a rien de petit au service de Dieu ; Umis il m'est avis que cette charge du tour ^t de très-grande importance, et grande- Oient utile à celles qui l'exercent avec hut^lité et considération.
Je vous remercie de la participation quo Vons m*avez donnée de votre contentet^oent, et vous prie de saluer mesdames de l^amoignon, et, quand vous la verrez, madame de Villeneuve. Votre, etc.
(1) nefi abjAetiis mm in domo Del met, roatlt qnàm la laberoêcalifl peooaloram. Pe. lxxuii, t. il.
DE LA VISrrATION, QUI TRAVAILLOIT A I A FONDATION d'UN MONASTÈRE.
Il rexborte A se bien acquitter de son office , A
être humole et courageuse , et A mettre toute sa
confiance en Dieu.
iaoûtiMi.
Je VOUS connois assez, ma très-chère sœur, ma fille, pour vous chérir de tout mon cœur en la dilection de notre Seigneur, qui, ayant disposé de vous pour la charge en laquelle vous êtes, s'est par conséquent obligé soi-même à soi-même de vous prêter sa très-sainte main en toutes les occasions de votre ofiice, pourvu que vous correspondiez de votre part, par une sainte et très-humble, mais très-courageuse confiance en sa bonté. Dieu appelle à son service les choses qui ne sont points comme les choses qui sont (4), et se sert du rien comme du beaucoup pour la gloire de son nom.
Demeurez en votre propre abjection comme dans la chaîne de votre supériorité, et soyez vaillamment humble et humblement vaillante en celui qui fit le grand coup de sa puissance en l'humilité de sa croix.
Une fille ou une femme qui est appelée au gouvernement d'un monastère, est appelée à une grande besogne et de grande importance, surtout quand c'est pour fonder et établir ; mais Dieu étend son bras tout-puissant à mesure de l'œuvre qu'il donne. Tenez vos yeux en ce grand Sauveur, et il vous délivrera de la pusillani" mité et de l'orage (2).
Les sœurs qui sont avec vous sont bienheureuses de servir là , par leur bon exemple et humble observance, de fondement à cet édifice spirituel. Je suis à jamais votre très-humble, etc.
LETTRE CCCCXC.
s, FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME.
Le Saint la console sur la maladie de sa fille, et blâme l'amour eicesslf des mères pour leuft
enfans.
Annecy, le Jour de Stini-DomiDiqoe.
k aoat 1621.
Madame, je vous honore et madame
(1) vocal ea<|MB non tant. Unqoaai en qqm <nnt. Rom.,
d. IT, V. 17.
(a) Expectabam eam qai salram ne fecil à pwlllaalailtait ffpirltû* el lempe»taie. Ps. ut, v. •.
LETTRES
votre fille très-parfaitement, etvoudrois bien contribuer tout ce qui seroit en moi pour votre contentement réciproque. A elle, s'il plaît à Dieu , j*en dirai mon avis à part; mais à vous je le dis maintenant , me projiettant que votre bon courage le prendra en bonne part.
Madame, Tamour, quelqu'ilsoitjSico n'est celui de Dieu , peut être trop grand , et quand il est trop grand, il est dangereux : il passionne Tame , parce qu'étant une passion , et la maîtresse des passions, il agite et trouble l'esprit , parce que c'est une perturbation; et trouvant des règles, dérègle toute l'économie de nos affections. Or, ne faut-il pas croire , madame , que l'amour des mères envers leurs enfans ne puisse être de même; ains il l'est d'autant plus librement qu'il semble qu'il le soit lisiblement avec le passeport , ce semble , de l'inclination naturelle, et l'excuse de la bonté du bon cœur des mères.
Nous parlons assez souvent de vous, le bon père N. et moi , et nous en parlons avec respect et dilection : néanmoins vous me pardonnerez^s'il vous platt ; mais quand il me raconte les élans et pressures de votre cœur sur la maladie de madame de N., je ne me puis tenir de dire qu'il y auroit do l'excès. Or sus , mais si vous trouvez que je dise trop librement ma pensée et que j'ai tort , quel moyen y auroit-il de m'excuser? et toutefois je ne désire nullement de rien perdre de votre bienveillance ; car je l'estime trop, et prise infiniment le cœur dont elle vient , et l'esprit de son origine.
Et, en somme, je veux dire en un mot que vous avez tant de puissance à mouvoir les cœurs , que le mien ayant su les traits de votre esprit, en étant tout épris, vous n'avez pas besoin d'être aidée pour mouvoir celui de madame de N. à tout ce qui vous plaira , m'assurant qu'après les forces de l'esprit de Dieu , auquel il faut que tout cède, les vôtres seronten toutesoccurrences les plus grandes. Vivez à Dieu , madame , et à la très-sainte Trinité , en laquelle je suis votre, etc.
LETTRE CCCCXa.