‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 261 sur 450 · FRANÇOIS DB SALES , A MADAMB DE CHANTAL · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DB SALES , A MADAMB DE CHANTAL

Pensées sur U grandeur et It providence de Dieu. 11 félioiM madâiB* de Ghtalil de ot qu'elle t

pris poiueaion de sa Bowclle biImb dt la m

Saint- Antoine, A Paris. Il lai conseille de rereair en Savoie, dans le dessein de retoarner quand Dieu le voudrs , nuis de ne se pas presser, afin de visiter tous les couvons de son ordre sur la route. 11 déplore la sortie d'une fille. H consent qu'au lieu du capitule, des versets, et del'ofai- . son propre du Jour, qu'on disoit A l'offiee de la Vierge, on dise l'office de Notre-Dame leol entier, avec la mémoire de l'office de cbaqoe jour à la fin. Les choses qui sont boniies eu elles-mêmes n'ont pas besoin d'être autorisées du saint-siège. 11 envoie un plan de monastère, suivant l'idée deS.-Charles, peur servir A toiles les fondations , selon la commodité des licai. Précautions pour les grilles do choeur et dsi parloirs.

0 mon Dieu i ma très-chère mère, que j*ai été aise ce matin de trouver mon Diev si grand que je ne pouvois pas seulement assez imaginer sa grandeur ! Mais puisque je ne le puis magnifier, ni agrandir, je veux bien , Dieu aidant , annoncer partout sa grandeur et son immensité. Cependant, cachons doucement notre petitesse en cette grandeur ; et, comme un petit poussin tout couvert des ailes de sa mère demeure eo assurance tout chaudement, repo^on8 nos cœurs sous la douce et amoureuse providence de notre Seigneur, et abrilons-nous chaudement sous sa sainte protection J'ai bien eu d'autres bonnes pensées , mais plutôt par manière d'écoulement de cœur en l'éternité et en l'Éternel , que par manière de discours.

Dieu soit loué de quoi vous êtes en votre maison. Les diflicultésque vous avez eues d'y aller y affermiront votre demeure, selon la méthode qu'il plaît à Dieu d'employer, en son service.

Je juge qu'il soit à propos que vous reveniez avec une bonne résignation pour retourner là quand le service de Dieu le requerra ; car il faut ainsi vivre une vie exposée au travail, puisque nous sommes enfuos du travail et de la mort de notre Sauveur. Mais vous ne vous devez point hâter, car, comme vous dites, l'hiver ne vous empêchera point votre voyage, étant nécessaire que vous arrêtiez un peu parmi vos filles qui sont en France.

Hélas 1 que je déplore affectionnément cette absolue séparation que cette grande iille fait de nous, pour demeurer à la merci du monde! or néanmoins je n'en puis mais.

Quant à Tollice , on m'a dit qu'on y trou*

DE S. FR.\?iÇ01S OK SALES.

pit à redire de quoi , èd fêtes principales , nmettoitles (isaumes de Notre-Dame avec 9 chapitre , les versets et ToraisoD du jour. ioo Dieu ! que cette plainte est délicate ! £S pères de TOratoire fout bien plus; et o Italie plusieurs évoques ont composé out entièrement les olBces des saints de eoTB églises. Mais il n'y a remède , il faut ooffrir que chacun parle à son gré ; et pour idoucirtout, tant que nous pourrons, il audra donc dire tout à fait Toffice de Noi^-Dame, et à la fin ajouter une commeiiU)ration du jour; car à cela on n*auroit rien à dire.

On a obtenu à Rome la continuation du petit office encore pour dix ans, après les lepi échus que Ton avoitdéjà. Mon solliciteur dit que Ton a tort de recourir à Rome pour les choses èsquelles on s'en peut pas- 9n; et des cardinaux Font dit aussi : car, disent-ils , il y a des choses qui n'ont point besoin d'être autorisées, parce qu'elles sont loisibles, lesquelles quand on veut aotoriser, sont examinées diversement; et le pape est bien aise que la coutume au- Iprise plusieurs choses qu*il ne veut pas autoriser lui-même , à cause des conséquences. Mais de cela nous en parlerons à 70tre retour.

J*ai fait faire ici un beau plan de monastère que je vous enverrai au premier jour; et celui qui l'a fait est très-bon mattre, et l'a fait sur les descriptions que S. Charles a fait faire des monastères , en s'accommodant néanmoins à l'usage de la Visitation , et je pense qu'il faudra faire au plus près QQ il se pourra , selon la commodité des lieux , tous les monastères ainsi ; et toujours kè treilles bien serrées , et les jalousies de bois éloignées des grilles ; car c'est un grand plaisir de parler en assurances es parloirs. D faudra aussi mettre un balustre derrière la grille du chœur, en la même façon qu'au parloir.

J'attends M. Crichant, que je caresserai de tout mon cœur. Dieu vous bénisse , ma très-chère mère, et vous sanctifie de plus en plus ! Je suis pour jamais , ma très-chère iDère , vôtre , comme vous^savez.

LETTRE CCCCXai.

t. FEÀIfQO» Dl SALB8 , A M ADAMI DE CBANTAL.

Le S«int la loae de son désintéressement, et de

ee qu'elle ne rebote pas les personnes disgra -

déei de la nainrt.

lOMptoabratm.

Que voulons-noQS, ma très-chère mère , sinon ce que Dieu veut 1 Laissons-le con duire notre ame , qui est sa barque ; il la fera surgir à bon port.

Je suis bien aise, ma très-chère mère, que vous aimiez les boiteuses , les bossues , les borgnesses , et même les aveugles, pourvu qu'elles veuillent êtro droites d'intention : car elles ne laisseront pas d'être belles et parfaites au ciel ; et si 1 on persévère à faire la charité à celles qui ont ces imperfections corporelles. Dieu en fera venir, contre la prudence humaine, une quantité de belles et agréables, mémo selon les yeux du monde.

Voilà les constitutions. En somme; si ces examinateurs et censeurs sans autorité, qui font tant de questions sur toutoscboscsy se peuvent donner un pou de patience , ils verront que tout est de Dieu.

Nos sœurs d'ici font toujours bien ; nous avons de braves et douces novices que j'ai confessées avec les autres , pour l'extraordinaire d^août, et je les trouve à mon gré.

Il sembloit bon que l'on mit es constitutions que la supérieure puisse changer les offîcières à son gré parmi Tannée. Faitesle , s'il vous plaît , à l'endroit le plus convenable. Dieu vous remplisse de plus en plus de son très-saint amour 1 Amen.

LETTRE CCCCXCin.

s. FBANÇOIS DE SALES, A UNE RELIGIEUSE OB IiA VISITATION.

(Tiii« da moDMtèra d« U VUluUoa de la vlUe de

Lo«dan. )

Tendresse paternelle du Saiiit envurs une religieuse de la VisitaUon, qui sVtoit plainte qu'il ne la regardoit plus comme sa ttlle, sans douie parea qu'il avoit été long-temps sans lui donner

de ses nouf ellea. ^ v..*.^

Annecy, lOMpt«abre 1611.

Oui, certes, il est vrai , ma trèSHîhère , fllle, j'ai tort, mais je dis très-grand tort, i si je ne vous chéris d'une dilection toute I particulière. Votre cœur, qui en a une ' singulière pour le mien , mérite pour le

LETTRES

moins bien ce réciproque. Hélas 1 avec cela, ma trèss-chère fille , le maître et le créateur de rameur a fait celui qu'il m*a donné pour vous , d'une façon que, le recevant, je le dois employer de toutes mes forces. Aussi fais-je , certes , ma très-chère ûlle ; lui-même l'auteur le sait et le voit bien , et je ne doute point qu'il n'en assure votre esprit. Non , non , ma fille, n'ayez point crainte de me surprendre; j'entends très-bien votre langage; vos plaintes ne sont point aigres , ce sont des douceurs d'un enfant envers son père : si elles sont apprêtées au verjus , ce n'est que pour leur donner le haut goût. Faites-en souvent , de ces plaintes , ma très-chère 611e ; je proteste de mon oôté que vous l'êtes et le serez à jamais invariablement , car j'ai un extrême plaisir à répéter cette vérité.

0 que notre très-chère sœur Angélique est bienheureuse d'être en cette vocation avec le bon plaisir de Dieu , qui lui donne la clarté et la consolation convenable , et propre à graver profondément son trèssaint et pur amour en son esprit !

M. Flocard , qui vouloit revenir ici à cause de sa femme , avoit raison ; car sa femme est digne d'être aimée , puisqu'elle tâche de tout son cœur de bien aimer Dieu ; et ayant su l'honneur que vous faites à son mari , qui est en Piémont dès il y a cinq mois. Or sus, ma très -chère fille, je suis invariablement et très-singulièrement votre très-humble et très fidèle serviteur , et vous êtes ma très-chère fille en celui qui est notre tout , qui est béni es siècles des siècles.

LETTRE CCCCXaV

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME.

!.e Saint la console dans ses aOllcUons ; la paix du cœur ne se rencontre que dans la grâce et dans la croix de Jésus-Christ.

i it octobre 1611.

Il ne faudroit pas vous avoir au milieu Je mon cœur , ma très-chère fille , pour ne pas avoir avec vous part aux afflictions ; mais il est tout vrai qu'étant tout ce que je vous suis, et à votre maison, je compatis grandement à toutes vos afflictions , et de madame de la N. votre sœur. Mais, ma très-chère fille , il me semble que vous êtes un peu plus susceptible de ces consolations que cette chère sœur : c'est pourquoi je

vous dis que nous avons tort, ai noos regardons nos parens , nos amis , nos satisfactions et contentemeosoommechosessor lesquelles nous puissions établir noscœars. Ne sommes-nous pas , je vous prie, en œ monde avec les conditions des antres hommes , et de la perpétuelle inconstanoe dav' laquelle il est établi ? Il faut s'arrêter, mt très-chère fille , et ne reposer nos attentes qu'en la sainte éternité à laquelle nous aspirons.

0 paix du cœur humain 1 on ne te trouva qu'en la grâce et en la croix de Jésus-Christ Ma très-chère fille , vivez ainsi , et réjouissez saintement votre cœur bien-aimé en la véritable espérance de jouir un jour éte^ nellement de la bienheureuse et invariable éternité. Je suis pressé , ma très-chère fille, et ne me reste de loisir que pour vous dire que je suis à jamais votre , etc.

LETTRE CCCCXCV.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME MARIÉI.

Dieu ne veut pas toujours raocomplissemeni dei bons désirs; en cela il a ses Toet. GoauMOtil faut vouloir les choses.

Annecy, t novembre IML

Dieu sait pourquoi il permet que tant de bon désirs ne réussissent pas qu'avec tant de temps et de peine, etmémeque quelquefois ils ne réussissent point tout à fait. Quand il n'y auroit aucun autre profit que celui de la mortification des âmes qui l'aiment , ce seroit beaucoup. En somme , il faut ne vouloir point les choses mauvaises, vouloir peu les bonnes , et vouloir sans mesure le seul bien divin, qui est Dieu même.

Je sais véritablement, ma très-chère fille, que mes lettres vous sont agréables ; car notre Seigneur , qui a voulu que mon ame fût toute vôtre , me donne connoissance de ce qui se passe en votre cœur , par ce que je sens dans le mien. Il est vrai , ma trèschère fille, Grenoble est toujours en mon cœur ; et vous , ma très-chère fille , au mi lieu de ce même Grenoble. Je suis donc bien consolé quand je sais des nouvelles de cette ville-là , en ce temps auquel on en dit tant et de si diverses.

Béni soit Dieu qui conserve la personne du roi, si chère à tout ce royaume et à toute l'Église. Nous faisons ici les prières, et pour les afiaires militaires et pour les nôtres.

le sois bien aise de la possession en laquelle nos sœurs sont de leur monastère , À vous aussi avec elles , puisque , par voire assistance et de ces bonnes dames , les ayant colloquées , vous y êtes en leurs personnes , et elles y sont pour vous , qui, servant le même Seigneur en votre pieuse voeêtkm , êtes un même esprit avec elles.

Bt vous avez aussi été une petite infirmière, puisque vous avez eu tant de malades ces mois passés, et vous avez été infirme de leur infirmité ; car puisque c*étoient même des personnes si dières , comme monsieur votre mari et votre fils bien-aimé , vous avez bien pu dire : Qui est infirme que je neêoiê infirme avec lui (4 )? Dieu soit loué, qui par les alternatives nous conduit à la ferme et invariable tranquillité de Téternel séjour ! Vivez toute en Dieu , ma très-chère fille , et aimez en lui votre très-humble, etc.

LETTRE CCCCXCVL

U MÈBB ANGÉLIQUE ABNAULD , A MADAME DE GHANTAL.

(Tiré* dtt lettret de la mère Aitéllqn* Amaald , de Port-Royal.)

Elle loi rend compte de son ioténear, do dessein qu'elle avoit de passer de son ordre dans celui de la Visitation, de ses dispositions à l'égard de certaines personnes qu'elle voyoii.

■aubalMon (f), avant le il septembre l6tl.

Ma très^chère mère, ma misère est si extrême, et mon embarras si grand , qu'il m'est impossible de trouver une semaine pour faire une pauvre retraite. Celle-ci , que j'y avois destinée , doit être employée à attendre les comptes de cette maison avec les commissaires de l'ordre ( de Gteaux) ; ce qui me sera si déplaisant que rien plus : et avec cela, combien de hasards, de péchés en tant de discours , et peutrètre de murmures avec ces personnes!

' Voyant tout cela , j 'ai essayé de faire une petite revue en la manière que Philotée (3) l'enseigne , et je me suis confessée ce matin à M. Manceau(4), pendant que de bonne

0) Quia Inflrmatnr, et ego non inArmoi*. II. Goa., g. xi ,

(S) La mère Angéliqoe étoit depola 1618 à Maoboiston. ou elle af oit été envoyée pour 7 établir la réforme.

<aj La mère Aoi^éMqae veut Ici parler de V Iniroduetion ^ ia ri« dévote, du Saiot.

(4) Coafeiaear de la mère Angélique et de Pori-Royal . «i% U ■ewot le M BMis itst, àfé de qeatre-f logto «m.

fortune ma guette continuelle s'étoit allée promener à Port-Royal. Je me suis confessée seulement depuis l'Assomption, de sorte que je n'ai rien trouvé que je ne vous aie déjà demandé , excepté que tous les acquiescemens que je fais à la divine volonté pour mon dessein ne sont point véritables, ce me semble , y ayant une certaine propriété dont je ne me défais jamais , et qui fait que dès qu'on me contredit je ressens une douleur extrême, dont j'ai été malade quelquefois , et encore hier.

Je pense souvent que si ce que je souhaite (4) n'arrive pas, il est impossible que je n'en meure, ne me pouvant aucunement résoudre de vivre dans ma condition. Quoique je dise assez que je le veux si Dieu le veut, ce n'est point de bon cœur; et je le dis plutôt de peur que si l'on reconnoissoit autre chose, on ne dise que c'est une tentation , ce que je ne veux nullement croire. U me semble que quand même monseigneur l'évéque de Genève me le diroit , je ne le croirois pas ; et même , quand je pourrois sans lui exécuter mon dessein, je ne voudrois pas pourtant le faire , car j'aimerois mieux mourir que de lui désobéir ; mais cependant je ne pourrai, ce me semble , jamais arracher ce désir de mon cœur.

J'ai omis de vous dire dernièrement que tous les jours je ne manque point à regarder ce qui se passe dans le cœur des séculiers , quand on ouvre la grille pour voir notre Seigneur, et durant le sermon j'y suis si attentive que j'en perds l'attention au sermon. Je fais souvent une mine bien chagrine ; et depuis que je vous ai écrit ; je me suis souvent impatientée contre mes sœurs, et je les ai reprises aigrement. J'ai deux ou trois fois fait des actions d'hypocrisie , refusant quelque chose que l'on me donnoit , sous prétexte d'abstinence , quoique ce ne fût que parce qu'il me déplaisoit ; et si c'eût été quelque chose qui m'eût plu , je l'eusse bien pris.

Je parle tous les jours presque tout dik long delà réfection, bien souvent do nouvelles et de sottises ; et je reprends la lec-

(1) La mère Angélique veut ici parler du déalr qu'elle arolt de »e défaire de m charge d'abbe«se de Port-Royàl. S. Françolide Saies s'y opposa. Parmi les lettre» Un saint prélat, on en trouva plusieurs à ia mère Angélique; elle le prit pour son directeur luri»qu'il Tiut a Paris eu idis, «t depuis ce temps-là elle ne flt rien tans son avis, et elle lut éerlTott sMTeoi.

LETTRES

trioe , ou avec moquerie, ou avec impatience. Je ne parle point du tout à mes sœurs , ne trouvant point de temps , parce que j'en perds. J*ai quitté une fois l'oraison à demi-faite par légèreté et indévotion ; et une fois pour le dernier sujet j'omis d'aller à l'office.

La grande circonstance de toutes mes fautes, c'est que pour l'ordinaire, les faisant , je vois actuellement le mal que je fais , et comme je devrois faire pour me bien conduire ; et quoique j'essaie de disputer contre la lumièro , je ne puis la chasser. Cela m'arrive particulièrement quand mes fautes sont contre la charité ; et si , je ne saurois vaincre ma mauvaise humeur.

Je cours toujours , et c'est avec affection , parce qu'il m'a semblé que ma promptitude en cela ne vous déplaisoit pas trop. Enûn, ma très-chère mère , je suis toute imperfection ; et ma douleur , c'est que je ne vois point du tout le moyen de me corriger où je suis ; car tout m'est occasion de faute. Je ne dis pas ceci pour vous importuner , ma très-chère mère ; c'est qu'il m'échappe : pardonnez-le-moi.

Il y a ici un gardien des capucins à notre porto , qui est fort habile et homme de bien, mais d'une humeur je ne sais quelle : il veut que je le caresse , que je lui dise me.s affaires, et que j'aie une fort grande confiance ; et moi , je ne le puis , dont il est si mal édifié qu'il s'en plaint fort, comme si jo lui faisois des mépris insupportables , de quoi j(\suis bien loin extérieurement ; mais en vérité intérieurement j'ai assez do peine à estimer des humeurs badines , et à croire que les âmes qui se repaissent de ces niaiseries aient un grand esprit d'oraison , ainsi qu'on dit de celui-ci. Il a dit qu'il ne viendroit plus dans cette maison si je ne faisois autrement. D'ailleurs, il prêche très-bien , et nos anciennes dames /entendent volontiers, quoique sans fruit.

Ma chère mère , j'ai du respect humain ; je suis embarrassée dans une fâcheuse affaire , et j'ai tout plein d'ennemis. Il ne faut qu'un homme comme cela pour me décrier dans son ordre ; car ils s'entresupportent en ces vaines recherches d'honneur. Or, pour lui dire mon secret , il est iniirossible , et je ne dois pas aussi assurément le faire : mais je le trompe à cette heure , que je veux le tirer de son aliéna-

tkm d'amuierie ; j*y perds Uen du Mlp etoela avec évagation d'esprit ; caroeio des discours en l'air que je lui fais , et e core avec des équivoques et teniUabl tricheries , pour m'en défaire.

11 faut que fasse ainsi avec presque tt les reli<deux. Leur conversation m'est ni fois plus périlleuse que celle des lécaliei parce qu'à ceux-ci , quand Je pense un p à moi, je leur dis de bonnes chosi mais par rapport aux autres ce seroit ta la suffisante et la prêcheuse ; et quand les écoute, ils ne me disent que dea ni séries ; et si je ne réponds pas de mêi qu'eux, on dit que je fais la refh>idie, qo' ne me connott plus , que je ne fais pi cas que des évoques , etc. Je paie d prësc les intérêts du temps passé, où j*cntre) nois tout le monde. Ainsi J'ai fait ni connoissances dont je ne me puis défali L'autre jour je fis paroître à une de ces pc sonnes que j'en méprisois d'autres, que savois qu'elle n'estimoit pas; et celap flatterie.

Si Dieu ne m'assiste , ainsi que je l'e père de sa bonté , par votre moyen , d très-chère mère , non , je ne me pourr plus supporter dans ces enlacemens, et( mille autres embarras pour les choses tei porellos do céans {^) qui vont avec ui confusion extrême , et apportent des dé ordres et d'extrêmes incommodités à irn pauvres sœurs , et point de moyen poi les régler. Dieu amènera monseigneur:, le crois parce que vous me le dites, et aura pitié de moi.

Le bon M. de Bclley (H) , qui m'a écrit est venu : je l'aime bien , parce qu'il e bon : mais il me brouille encore l'espi avec ses très-vaines et extravagantes louai ges ; c^r mon méchant esprit s'y plaît, i j'ai peine à déchirer ses lettres, qui soi de si beaux panégyriques. Je ne saura m'empécher de lui répondre et de l'entr tenir , et cependant j'en ai presque du scn pule, m'imaginant que ce n'est pas tai le respect pour son mérite que l'estime qi je sais qu'il fait de moi , qui m'en plaît, ne sais si je le dois prier de venir , ou no Ses sermons émeuvent fort nos ancienne

(1) Ce sont les afTairet de Fabbaye de Maabniaaon . et Yèbbftn, madame d'E«trée, aroli été cbaaaée a caace aes dé»ordrM ; el faisolt tous ses elTorU pour y roair ayaoi obleou au bref à cet effet.

(t) H. Pton« Gam«f , fraud anl du Salai.

pmt mbi » Ui eontentefil pltis la vanité de wm esprit qaMls ne touchent ma volonté.

Mais , à propos de volonté , ma chère mère, je ne sais si ce n*est pas erreur, mais 'fi me semble que rien ne la peut toucher, et que je ne saurois vouloir plus que je TiHix- Je vous supplie, ma très^chèremère, nandez-moi oe que je ferai par rapport à 11. de delley.

Ma pauvre sœur Le Mattre m'écrivoit l'autre jourqu'elleétoit bien fâchée, apprékandant que vous ne crussiez qu*elle ne se aoudoit i^us de vous aller voir, quoiqu'elle n*eût plus peur de sou mari. La raison qu'elle a eue pour s'en dispenser , je vous aopplie très-humblement d'avoir un peu pitié de cette pauvre sœur ; elle est un peu tendre , mais elle est bonne, et fera beaueoup; mais il la faut presser. S'il vous plaisoit de prendre un peu d'autorité sur elle , ol de lui faire rendre compte de ses dispositions intérieures, vous l'obligeriez Infiniment, car elle le fera volontiers étant •kcitée, mais elle n'osera jamaisautrement.

J*ai peur qu'elle ne s'engage à M. de Belley ; je n'aimerois pas cela : car voyezvmiB , ma chère mère , il me semble que ces admirateurs des personnes ne leur font pas faire grand chemin. La mode est à cette heure qu'on se contente de peu ; et il me semble qu'on fait grand tort par ce moyen à plusieurs âmes.

Je suis bien aise que vous avez une maison , mais c'est-à-dire que vous vous en irez bientôt. Oh bien, que la sainte volonté de Dieu soit faite sans réserve en tout. Je vous supplie de prier Dieu pour moi , ma chère mère, et que je sois toujours votre enfant, etc.

Bfa chère mère, tout en vous écrivant, je viens de me mettre en colère , et de parler avec bien du mépris de quelqu'un , et j'ai dit quelque chose afin qu'on fit ma volonté.

LETTRE cœoLcvn.

Lk XÈBlt ANGÉLIQUE ARNAtJLD, A MADAMB DIGHANTAL.

(Tiré* dM lettret d« la mèrt AnKéllqQ* Aiuold , é% Port-Royal.)

Elle lui rend compte de son Intériear, et tonehe qoelqaei mou de m résolnUon de ptseer dans k'ordfe de Sainte-Mtrie.

De HaobolMon , il Mptambro ilîl.

Ifa très-chère mère , hélas ! me voilà

toute rétablie dans mon tracas, où je veux être, puisque Dieu le veut; mais je ne puis m'empècher do jeter les yeux sur le doux repos que j'aurois aux pieds de ma trèschère mère, s'il pinisoit ou Seigneur que j'y pusse vivre et mourir. Je suis en de perpétuelles contestations avec ceux avec qui je vis (4). Ils veulent une chose, et moi d'autres, qui ne sont pas à mon avis, mauvaises; mais je me défends avec mon indiscrétion et mon arrogance ordinaire.

Ma sœur Marie-Angélique (2) continue comme de coutume, mais je ne fais pas semblant de la voir. Il faut, ma chère mère, que je vous dise ma méchanceté. Il arriva qu'en revenant elle dit quelque chose de vous, ma très-chère mère, comme si elle vous eût beaucoup aimée, et eût été bien heureuse avec vous. J*cus si grand dépit, comme je crois par orgueil, m'imaginant qu'elle me méprisoit, que je lui dis : Cest que c^est chose nouvelle. Voyez, ma trèschère mère, la force de mon orgueil, qui me fait ainsi trahir mon cœur.

J'ai parlé trois fois des affaires d'État, et dit une opinion qu'on m'avoit apprise au préjudice de quelqu'un. J'ai montré par vanité une lettre que j'ai écrite, parce qu'elle me sembloit bien. J'en ai bien fait d'autres , dont je ne me souviens pas, ma très-chère mère. Je ne crois pas que je vous ennuie en vous disant ces petites particularités, afin qu'au moins, en la manière que je puis, je sois votre petite novice.

Vos lettres ne sont-elles pas parties, 'jia chère mère? 0 mon Dieu I quand viendront les réponses, et seront-elles favorables? Si le bon père le veut bien, je me promets. Dieu aidant, de venir à bout de toutes le» difficultés. Je ne sais si j'irai au Lys (3). On me fait accroire que j'en ai envie afin de vous voir. Il est bien vrai que j'en ai une envie qui ne sera jamais rassasiée, el je désire que Dieu me fasse la miséri corde de me donner tout à fait à lui sont votre conduite. Mais je n'ai garde , pour me contenter, de vouloir entreprendre indiscrètement une si grande affaire , dont je m'excuse autant que je puis, excepté que

(1) Les pères de Tordre eontredlaolent la mère AoKéllqjat diDf le bien qu'elle toaloil établira ■aabultaon.

(I) C'clotl aiic relif ieuM de Mauboluon.

(S) Monastère près de Melun , rérormé dans lasotlt par les aolns de la loère Angélique.

LETTRES

je dis, comme il me semble que je dois, que si Ton me le commande absolument , j*irai. On ne veut pas cependant que je parle ainsi.

Ma chère mère, pour Tamour de Dieu, aidez -moi toujours, et faites par vos prières et vos soins maternels que je sois toute à lui ; car je suis votre vraie enfant, qui me démets toute entière entre vos mains. Que Dieu vous conserve, et soit béni ! Je salue , s*il vous plaît, ma chère mère, toutes mes chères sœurs, et particulièrement ma chère maîtresse.

LETTRE CCCCXCVra.

Page 1