‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 262 sur 450 · LA MÈRE ANGÉLIQUE ARNAULD, A MADAME DE CUANTAL · texte numérisé non relu

LA MÈRE ANGÉLIQUE ARNAULD, A MADAME DE CUANTAL

(Urée des tottrea d« la mère Anvéllqae Arnaaid, d« Port-Royal. )

Sar ane reuUlantiiie,etsor les bruits qui couroient contre l'ordre de la Visitation.

De Maobalwon, tert noTembre I6tl.

Ma très-chère mère, la supérieure des feuillantines m'écrit, et témoigne fort désirer que nous ayons grande amitié ensemble : c'est mon frère qui est cause de cela. J'honorebicn fort cette mère,la croyant une grande servante de Dieu ; mais ses lettres me sont si fort à charge, que rien plus ; et je ne sais que lui dire, car mon cœur ne peut s^ouvrir de ce c^té-là. Comment faut-il faire? Je vous supplie,ma chère mère, de me le dire. Je vous envoie sa lettre, et ce que jo lui réponds. Si vous le trouvez bon , vous la donnerez , s'il vous plaît , à M. Manceau, qui vous ira voir cette semaine , et il la portera. Voyez- vous, ma chère mère, mon frère aime passionnément cette bonne fille , et il veut qu'elle m'aime et que je l'aime; et je pense qu'il voudroit bien que j'allasse avec elle; mais Dieu ne m'y appelle point du tout.

II faut que je vous dise, ma très-chère mèro, que j'y ai pensé profondément, et à la Visitation aussi. Je fais état, tout au pis, que je no vous y verrai jamais, ni monseigneur; que vous mourrez tous deux bien devant moi (1); que notre chère maîtresse, que j'aime très-fort, mourra aussi. Je m'imagino que notre sœur qui s'appeloit Petit au monde, ce qui me déplaît très-fort,

(1) Cela est arrlrë : S. François do Saleg monrat à la fln de 1622, et madame de Cbantal a la fln de 1641.

sera ma supérieure; et cela ne me peut dégoûter, puisque cela n*emp6cheroitpa5 que je ne gardasse la règle et les constitutions.

Il y a des personnes qui viennent id, qm me parlent de cet institut nouveau avec des mépris étranges, croyant qu'on ne vacha vous que pour être à son aise : cela ne me fait plus de dépit, comme il faisoit devant que je fusse entièrement résolue d'en être. Que Dieu me fasse cette grâce, et déjà je m'en réjouis bien fort, m'étant avis que je dois avoir bien cher de mener une vie inconnue et abjecte au monde.

Encore ce sont des religieux et des personnes d'Église qui me parlent comme je viens de dire. Ils me disent qu'en embrassant cet institut, je perdrai la réputatîoD que j'ai, qui est si vaine, et que j'ai â injustement acquise. Je dis pourtant tout doucement que votre règle a été faite par le plus grand docteur de la sainte £gilse(4), et vos constitutions par un grand et saint évéque; qu'elles ne peuvent donc qu'être bonnes : puis je les écoute avec humilité. Mais à quelqu'un qui me disoit qu'on ailoit demander tous les matins à chacone ce qui lui plaisoit à son dîner, je dis bien rudement que cela étoit bien éloigné de la vérité.

Adieu, ma chère mère, je suis toute vôtre. Dieu soit béni !

LETTRE CCCCXaX.

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