MADAME DE CHANTAL , A S. FAANÇOB DE SALES
(Tirée des lettres de madame de Cbanlal.)
Elle s'intéresse auprès du Saint pour le desieio qu'avoit la mère An{;éliquc ArnauJd de passer dans Tordre de Sainte-Marie, et lui envoie des lettres de sa part, etc.
Vers le 11 norembre 16S1.
Mon très-cher seigneur et unique père, que faites-vous, et que fait-on dans notre pauvre petit pays? J'avoue que j'en suis bien en peine, et quelquefois il m'en prend d'étranges émotions. Notre bon Dieu vou3 conserve, et réduise ses ennemis sous l'o^ béissance de sa volonté I 1 Voilà des lettres de cette chère fille de ! Port-Royal : véritablement elle est digne
(1) Les Olles de Sainte-Marie ont pov règle 9éOt de & ▲agaeiia.
dB oompaiâioo ; car ses déairs croissant paimi les contradictions , si entièrement qu'il ne se peut dire. Enfin qu'on lui dise ce qoe l*on voudra, et que Ton fasse tel jugement qu'il plaira, cela ne sera que de Thuile jetée sur le feu de son ardent désir ; et s'il la faut faire départir de cette prétention, il n'y a que vous seul qui le puissiez faire; car, comme elle m'écrit encore, à votre seule parole elle quittera tout avec une entière paix : mais tout le monde ensemble ne sauroit faire cela.
Elle me dit encore que, pour je ne sais quoi au delà de tout ce qu'elle peut penser, elle sent que Dieu l'appelle à la Visitation. J'ai ce même sentiment, mais, pour Dieu, mon vrai père, dites-moi franchement si c'est le vôtre; car pourvu que vous nous perliez bien clair, comme ayant seul autorité de le faire, puisque sans réserve elle s'est remise à vous, j'espère qu'on amènera tous les autres là. Dites-moi seulement si vous pensez que ce soit la volonté de Dieu qa*elle sorte de là ; car, pour les difficultés, je n'en fais point d'état. L'on assure , et monseigneur de Nantes me disoit encore hier, que ses vœux sont nuls : elle peut donc en sortir en conscience. Il ne reste à savoir sinon s'il sera plus utile à la gloire de Dieu qu'elle demeure là, contre tous ses sentimens et attraits intérieurs , et la croyance ferme qu'elle a de la nécessité du secours de l'obéissance (qui est ce que je trouve de plus important pour elle , et de plus considérable) , ou qu'elle vienne ici, où il y a mille apparences de profit particulier pour elle. Je ne me saurois tenir d'ajouter que Dieu lui ayant donné si fort l'esprit de cet institut, je crois que c'est pour en tirer sa gloire au service de tout l'institut : môme Û a fallu contenter mon cœur à vous dire tout mon sentiment encore cette fois; et je Vous supplie, mon vrai père, que, le plus tôt qu'il vous sera possible , l'on ait de vos nouvelles là-dessus.
Le très-bon monseigneur de Nantes aime cet institut parfaitement; mais de vous je n'oserois écrire ce qu'il en dit : c'est sa douceur et ses délices que de parler de vous et de vous considérer; mais il le fait avec admiration. Il me témoigna un déplaisir de s'en aller sans vous avoir vu, et de n'avoir profité du temps quand vous étiez ici la dorlûère fois; mais en tout celei il n'y a que
de sa faute et manquement de se déterminer : c'est une ame sainte et innocente.
Cette ville est toujours grandement affiigée par les continuelles pertes qui arrivent tous les jours des meilleurs , des plus braves et des plus gens de bien qu'elle eût , et de toute condition. On ne voit que deuil Les craintes qu'on ne brûle la ville continuent aussi ; mais pou^ cela messieurs de la ville mettent le meilleur ordre qu'ils peuvent , et l'on fait garde générale et continuelle en tous les quartiers, et pour cela l'on fait force prières partout ; et j'espère que Dieu détournera ce malheur.
Je vous écris si expressément que je n'ai pas lé loisir de penser à ce que j'avois à vous dire : il me vient seulement en mémoire de vous demander si vous entendez que l'on se serve de cuillers d'argentà la communauté, ou si c'est seulement pour les malades ; car je le comprends ainsi , que ce n'est que pour finfirmerie.
Mon unique père. Dieu comble votre chère ame et la mienne de son très-saint amour ! Hé mon Dieu ! qu'il y a long-temps que vous ne m'avez rien dit de cette chère am» ! Je m'en vais la semaine prochaine revoir celle (4) que vous avez ici. Notre Seigneur en ait pitié , et me donne lumière et force pour le servir plus fidèlement et utilement.
Je salue très-humblement monseigneur de Chalcédoine (2) , nos bonnes amies que vous connoissez partout, et nos pauvres sœurs. Mon très-cher seigneur, vous savez que je suis vous-même, par la grâce de Dieu , qui soit éternellement béni. Amen.
LETTRE D
8. FRANÇOIS nB SALES , AU PÈRE ÉTIENNS BINET, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS ,
SUPÉRIEUR DB LA M AISOM PROPESSB DR SAINT-LOUIB