‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 264 sur 450 · DR PARIS · texte numérisé non relu

DR PARIS

Il lai raconte que madame Angélique Aniaold abbesse de Pori-Royal, voulant se retirer de son ordre pour passer dans celui de la Visitation, le solliciioit avec empressement. Mais, bieo loin d'y conf «ntir, U la renvoie au pape

Arumt, 11 aoTsabri iSlt.

Mon révérend père , avec mille actions de grâces de la peine qu'avez prise à m'é • crire , je vouh dirai pour réponse qu'étant

(1) Elle période ia propre une et d'une retraite.

(S) Frère de M. lovique de Ceoève, et son cua<<JuteBr.

LËTThES

à Paris , je ne voulus jamais acquiescer au désir que madame do Port-Royal m*a témoi«:né de se retirer de Tordre auquel elle avuit si utilement vécu jusqu'à l'heure , et véritablement je n'apportai en ce pays non pi* s morne une cogitation de cela , mais coup etir coup je reçus par lettres force bonnes remonlrunccs, par lesquelles elle m'excitoit à trouver bonnes ses pensées, et à ti]-j,rouv(T ses souhaits.

Je gauchis tant que je pus , et je ne me Cérroijçnai pas seulement froid . mais tout à fuit contraire à ses dispositions, jusqu'à ce qu'après dix-huit mois, une personne do grande considération m écrivit (1 ) , en ' fiorlo que je jugeai convenable de nef point faire lo juge souverain en cette occasion , ains de laisser la décision fînule à l'événentent. Je m'abstins donc de la conseiller, et lui écrivis que puisque son cœur ne trou- Toit pas de repos en tout ce que je lui avois dH , elle pouiToit faire faire la solliciUition de ce qu'elle désiroit ; que si sa sainteté en fuisoit la concession , il y auroit une trèsprrbable apparence que son désir est la voionté do Dieu , attendu que la chose étant de soi-même difficile , elle no pourroit réussir sans un S))écial concours de la faveur divine ; que si au contraire sa sainteté Té- (vmduif^it , il n'y auroit plus aucune occasion de faire autre chose que de s'humilier et abaisser son cœur.

Voilà, mon révérend , jusqu'où j'ai passé. Jo voyois bien que cette prétention étoit extraordinaire, mais je voyois aussi un rœur extraordinaire. Je voyois bien l'inHinalion de œ cœur-là à commander, mais p voyois que c'éloit pour vaincre cette inclination qu'elle vouloit se lier à l'obéis- «unce. Je voyois bien que c'étoit une fille , r '..is je voyois qu elle avoitété plus que fille à commander et gouverner, et qu'elle le pouvoitbien être à bien obcir.

Pour rintérct de la Visitation, certes, mon révérend père, je proteste devant Dieu et devant votro révérence que je n'y p<'nsni nullement; ou si j'y pensai , ce fut si peu, que je n'en ai nulle mémoire. Je r(?nfes5e bien que j'ai une parti".'.i:c're di- . ]( ction pour Tinstitutdo la Visifjcicn ; mais maùamedc Cliantal , votre clr :r j liile et la mier.ne , vous dira que pour co'a ie ne voudrois pas avoir fourvoyé la jiuo excellente

(]) f! y « opparence qvc r'rst maitf:'e do Chantai.

créature du monde, d la plut aoerèditAt, de 'sa juste vocation , eneore qu'elle d^ devenir sainte canonisée en la Vîsitatioii. Je me réjouis quand Dieu y tire de bons sujets ; mais je n'emploierai jamais ni parole ni artifice, pour saint qu'il fût, pour en attirer aucune , sinon quelques foibles prières devant Dieu. L'inconstance des GUes est à craindre; mais on ne peut pas de^ viner, ot la constance en celle-d est également, ains avantageusement , A bien espérer.

Mon Dieul mon père^ que notre an»

cienne amitié me fait exlraordinairemeit apprivoiser et épancher mon ame avec la vôtre 1 C'est trop , je me laisse aller à i'avii d'autrui, je m'en remettrai aussi volontien à l'avis de ceux qui prendront la peine d'examiner cx)tte affaire, mais surtout an vôtre, lequel donc j'attendrai trè--affiM* tionnémont, et recevrai très- chèrement; étant à jamais , mon révérend père , votre très-humble , etc.

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