LETTRE DU
t. RANÇOIS DE SALB8, A ITNB MBLIQUOSB DE LA VISITATION.
Le Saint se plaint de la tendresse désordonnée des mères. Il faut avoir une parfaite confiance en Dieu pour le temporel. Sentiment du Saint fur les grands et les petits esprits, sur ceui qui sont propres à la religion , sur les ? ertus et les vices naturels.
Je compatis infiniment à cette bonne dame. Elle n'est que de trop bon naturel, ou du moins son bon naturel n'est pas assez dompté par le surnaturel en elle. Hélas 1 ces pauvres mères temporelles ne regardent pas assez leurs enfans comme ouvrages de Dieu ; et les regardant trop trop comme enfans de leur ventre, elles ne les considèrent pas assez comme enfans de la Providence éternelle, et des amos destinées à l'éternité; et les considèrent trop comme enfans de la production temporelle, et propres au service de la république temporelle. Or bien , si je pujf ,
LETTRES
je lui écrirai maintenant , si j'en ai tant soit peu le loisir.
Puisque vous voilà montée en votre non* velle maison * j'ai confiance en Dieu que vous dites : Ah! mon amo, vole au mont comme un passereau (4). Mais vous regardez trop vos pensées. Que vous importe-til si votre cœur reçoit des atteintes des appréhensions anciennes du temporel? Moquez-vousde CCS appréhensions, et demeurez ferme sur la parole de notre maître. Cherchez premièrement le régne de Dieu etsa justice, et toutes les choses nécessaires à cette chétive vie vous seront ajoutées (2). Cest là le port de notre assurance ; et ne permettez point do répliques ni de mais sur cela.
Qu'appelez- vous grand esprit , ma trèschère fille, et petit esprit? H n*y a de grand esprit que celui deDieu, qui est si bon qu*il habite volontiers en'nos ])etits esprits; il aime les esprits des petits cnfans, et en dispose à son gré mieux que de vieux esprits.
Si la fiile du procureur dont vous m'écrivez est douce, maniable, innocente et pure, ainsi que vous le dites, mon Dieu ! gardezvous bien de la renvoyer : car, sur qui habite l'esprit du Seigneur, sinon sur les pauvres et innocons qui aiment ot craijînent sa piirolo (3) V Ici nous uvuns des filles du voile noir «i^sociées qui font ln\s-bion : mais qu'importe-t-il que cellcKM soit associée jusqu'à ce qu'elle soit capable du chœur? C'est pour de telles filles que ce rang de sœurs a été mis es constitutions.
0 quand les lillcs ont le ca^ur bon et le désir bon , encore qu'elles niaient pas ces grandes ardeurs de résolutions , il n'im- I>orle : les ardeurs viennent quelquefois de la condition naturelle des esprits, comme quelquefois aussi les indilîérenc4?s ; et Dieu sait bien enter sa grâce sur l'un et sur l'autre dans les vergers de religion.
Mais pour toutes telles occurrences, vous avez AJoïse et les prophètes. Vous avez votre très-bon |)ère spirituel. Ayez-le, écoulez-le, et le saluez chèremont de ma part. Vivez, ma très-chère lille, de cotte vie divine toute remise es mains de notre !
(1) In Domino oonfldo. qanmodô hCttls anime mes : TnnomiKra InmontfU sii m pas>or. P.*. x. t. 1.
(2) Quvrilepriniuni rcvnuiu Dciet Jtistiiiiin <'Jus et liac Oicnin A(Jj (->fnuii- v< Iiis. M m m., c vi. v. X).
(3) Ad (|uoiri jiiiu-vj respUiain nisi ad paupcnuluu cl ooniriluot apiritu, U Ueucuit'oi serutuisos uicu»? la., c.
WTÎ, ▼. t.
Seigneur. Je suis de plus eo plus tièrement tout vôtre.