LETTRE DXIV
s. FRANÇOIS DE SALES, A UNE RELIGIEUSE DE LA VISFTATION.
Avi» 4 une fille qui rouloit entrer dam Pordre de la VisiiaUon.
Anneey.eiDaniett.
Je ne vous vois jamais , que je sache , ma tn s-chcrc fille , sinon sur la niorilai^nc de Calvaire , où résident les co.'uis < jut? lÉpoux céh.'ste favorise de sosdivinc^ iin^ioi'iv.
(i) Heliora «uul ub«'A tua Tinu. frogrciiiii iin;i:rniis opliœts. Caxt., c. I. V. J. >
(l)Mel et Iftc kuL l'ncuà tuû. /6fii.,c.n . v. li- ^
0 que vous êtes heureuse , ma très-dière fille , si fidèlement et amoureusement voua avez choisi cette demeure , pour en icelk adorer Jésus crucifié en cette vie ! car ainsi serez-vous assurée d'adorer en la fie ét6^ nelle Jésus-Christ glorifié.
Mais , voyez-vous , les habitans de oettfl colline doivent être dépouillés de toutes kl habitudes et affections mondaines, comuM leur roi le fut des robes qu'il portoît qosBd il y arriva ; lesquels , bien qu'elles eussent été saintes , avoient ét^ profanées quand les bourreaux les lui itèrent dans la maison de Pilate.
Gardez-vous bien, ma chère Iule, d'entrer au festin de la croix , plus délicieu mille et mille fois que celui des noces séculières, sansavoir la robeblanche, candide et nette de toute intention , que de plaire à l'Agneau. 0 ma chère fille, que rétemitrf du ciel est aimable, et que les momens de la terre sont misérablesl Aspirez continuellement à cette éternité» et méprisez ba^ diment cette caducité et les momens de cette mortalité.
Ne vous laissez pomt emporter aux appréhensions , ni des erreurs passées , ni dei craintes des difficultés futures , en cette vie crucifiée de la religion. Ne dites point: Comment pourrai-je oublier le monde et les choses du monde? car votre Père céleste sait (4) que vous avez besoin de ce^ oubli, et il vous le donnera , pourvu que , comme une fille de confiance, vous vous jetiez entièrement et fidèlement entre ses bras.
Notre mère, votre supérieure, m'écrit que vous avez de très-bonnes inclinations naturelles. Ma chère fille , ce sont des bienf du maniement desquels il vous faudra rendre compte : ayez soin de les bien employer au service de celui qui vous les a données. Plantez sur ce sauvageon les greffes de rétcrnelle dileclion, que Dieu est près de vous donner, si par une parfaite abnégation (le vous môme vous vous disposez â les recevoir. Tout le reste je l'ai dit à la mère. A vous je n'ai plus rien à dire, sinon que , puisque Dieu le veut, je suis de tout mon oiiur , voire , etc.
(1) S<-it cnim l*a:er vclor qui.i hi« hiimioibot ia^gciis; (vcl) quid opuA tit Tobi.c. Uattb. C ti, t. 81. •* T. 8.