FRANÇOIS DE SALES, A UNE DAME MARIÉE
11 fexhorte à séparer son caur de tout - amusement de Tanité.
17 décembre leti.
Allant à Avignon, madame ma trèschère fille , j*eus ce bonheur de trouver âotre bonne mère ici , et l'y ai encore rencontrée à mon retour : vous croirez aisément que ce n*a pas été sans parler souvent de vous , non sans beaucoup de consola-
tion que j'ai reçue , de savoir que vous vivez toujours dans la cniinto de Dieu , avec désir de faire progrès en la dévotion Vous savez , ma très-chère fille , combien je suis aisé à contenter, et combien j'ai de facilité à bien espérer des âmes que j'afieclionne : c'est dès votre enfance , que j'ai une infinie passion pour votre salut , et que j'ai conçu une grande confiance que Dieu vous tiendroit de sa main , pourvu que vous veuillez correspondre à ses faveurs. Faites-le donc, je vous en conjure, ma très-chère fille, et séparez de jour à autre votre cœur de toute sorte d'amusement de vanité, et comme vous , je né suis nullement sci*upuleux , et n'appelle pas amusement de vanité , sinon la volontaire inclination que nous nourrissons aux choses qui véritablement nous divertissent des pensées et délibérations que nous devons avoir pour la très-sainte éternité.
Cette chère mère m'a raconté la consolation qu'elle a de vous voir avec un si digne mari , et duquel vous êtes parfaitement chérie : c'est un grand avantage pour votre vertu , ma très-chère fille , faites-le bien profiter. Et , quoique votre âge , votre complexion et votre santé vous promettent une longue vie, souvenez- vous néanmoins qu'aussi pouvez-vous mourir bientôt, et que vous n'aurez rien de plus désirable à la fin , que d'avoir mis un grand soin à recueillir et conserver les faveurs de la bonté divine. Cependant je suis à jamais tout-à-fait , ma très-chère fille , votre , etc.