LETTRE DXXXIV
s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE REUGIEU5B SUPÉRIEURE DE LA VISITATION.
Souhaits de bénédicUon.
19 décembre Ittt.
Dieu, qui voit les désirs de mon cœur, sait qu'il y en a de très-grands pour votre continuel avancement en son très-snint amour, ma très-chère fille, surtout maintenant que, selon la disposition de la sainte providence étemelle, vous voilà mère et conductrice d'une troupe d'esprits consacrés à la gloire de celui qui est l'unique bien auquel nous devons aspirer.
Notre mère a bien raison de vous souhaiter une grande humilité , car c'est le seul fondement de la prospérité spirituelle
d'une mnison rt-lig;ic!iise, qui n'exalte jamais ses brunchcs ni ses fruits , qu'à mE>sure qu'elle enfonce ses racines en l'amour de l'abjection et bassesee.
Je suis plein de lrës4>onno espérance, ma très-chère fille , et vous conjure de prendre de plus en plus tontiancc en la miséricorde de notre Seigneur, laquelle vous tiendra de sa sainte muin , vous protégera de Ba force.
Je ne pars pas encore de cette ville, et comme je pense , j'aurai encore la consolation de vous écrire ; cependant Dieu soit à jamais au milieu de votre cœur ;et de votre monastère, ma très-chère fille, et je suis de tout mon cœur, votre, etc.
UBTTRE DXXXV.
it.pirCb.-ABt, dtSilM.)
Hoiueigiieur, comme par après lo déccs de notre grand etdigneévéquenousétions prêta de lui rendre les derniers devoirs, et rerevoir la première consolation du dépût de son corps en cette viilc, nous avons su que messieurs de la ville de Lyon , avec l'intendant de la justice , n'avoient pas voulu permettre qu'on le transportât ici, voulant priver ce lieu do la dépouille do celui qui a triomphé si glorieusement en toutes sortes de bonnes œuvres pendant sa vie.
La plus grande consolation qui nous reste après une si grande perli-, est d'avoir ce qui reste de lui, et en conséquence d'avoir en cette ville son corps, pour nous rendre plus rccommandabics à son ame qui vitdansleciel. C'est ce qui nous Tait recourir à la bonté du votre alt< ssesérénissimo, aûn qu'il lui plaise inlt^'poser Favorablement son crédit absolu et tout-puissant pour fsirerelàcherlecorpsde ce saint prélat à son diocèse, à son é^'no, et au lieu ordinaire de sa résidence, aiîn que les états de votre altesse sérénirsimerL'couvrcnt cet omcKient , lo peuple celle consolation, et cettu villo piirliculièremenl la continuation des bé&édictiooB et du bonheur qu'elle a
eu pendant la vie et la rétidance d'nn tel évéque.
Noua envoyons à votre alleSM Béréni^ sime cette humble supplicatioD avec )a même recsentiment de douleur quB celui quo noua avons eu do cette perte , dani l'espérance qu'il plaira à sa bonté dé now accorder la grâce que nous lui demandoni, avec l'entière protestation et aoumwnB d'être de toute l'étendue de notra cœur, monseigneur, de votre altesse aéréwMimB, les tréfr-bunibles, etc. (i).
LETTflE DXXXVI.
Otiendil qMnla libi oam apiicapa BucûdoMul (imiliindo iniercedit, st tmicum qnwifUB camDitD(Iii.
Quàm fuerit in usu inter priscos illos Ecclesiffi pastores scriptionis epislolanm oflicium,npmosanèest qui ncsciat; et ta, ruvcrcndissime pater, id omnium minime ignoras : charitas mutua sola acribendi causa, cujns sacrum perfectionis viocolum nulla locorum distantia sol vit.
Ea er|;6 mihi primé causa BCription» làtis esse visa est, quro majoribus unica propemodilm esse solebat; prœserllm cùm non lanlùm dli^nitatis ecclestasticœ , scd etiam afiectionis (contrario licet génère), communione conjungamur.
Kam tu quidem, rêve rend issi me domine, ab ha'reticis , ut nudio , obsidione conclasus. civitiite solâ potiris : ego contra, ib hxrelinsexclustis,so1â propemodiïm cane rivitate. Dissimile , sed non in^equale malum, exilium et carcer, ut me tibi jure rhr* stiano visltalionis , le mihi hospitalitatii ollicin persolvere ait œquum. Meer^U, qiio jiossum modo, per litleras niminln Sidutatus, lœlis, opiner, exctpies ocults, et pi'o tuit chnrituto complccteris.
Acrcdit et alia scriptionis raosa, commendandi scillcet dominum Rodulphum, filium Juannis à Dunghen, tuœ diœo^is virum , qui et ipso primus revercndissims put«rnitatis vcslrœ colends animum injc '
>t dM Mpaiti da tiiipiir* M •■ «ikMnli,
Qter militas laudes, quibusJLe diè praedicat, hanc adjiœrct, mulim suorum civium erga principes tUonem, tuâ tamen praescrtim >ctum quôd urbs illa toties tam quoque stratagematibus tcntata, 1 potestatem nondùm vcnissct; rùm tuum esse eloquiuni, acvim lit cùm bucciao) ciaagorc mûri tini sinteversi, tubae luae evange- 1 Boscoducensia mœnia et proi sarta tecta hue usque per-
;ô discessurus addidisset hic tuatum cultor, existimare se, si alisuae apud nos luudabilitcr actoî im ad te deferret, plurimùm hoc i vilaî génère subsidii allaiurum ; & quû praesentem coinplexiis sum )on potui quin ci disccdondi hoc cium lubens impendercm, eum- [uanto [>ossum studio , commen-
3nnium ferè in domo ac contiiistris et clarissimi viri AntoniiFatùs gebennensis prae.^idis, vixit, isdcm et sermonis ac disciplina : que toto temporc mitto quanta prudentiam et litteras coluerît ; apud me caput est , pietalis et officia semper diligentissimô am- , ut nunc redeuntem sicut omni ît pietatis génère onustam navim /idere liceat.
, tibi, reverendissime paler, grafore non ambigo, et hominis pluigendi causam per se acccptissiuid tamen adhœcmeumadjicere Pragium , illud spontè ac lubens t me libi, reverendissime pater, nnibus rationibus ac voluntati- ).
le, etChristumhabetopropitium, us misericordiae precibusprotuâ concilia.
témoigne le désir d'e»iretenir avec loi omnierce d'amitié par lellnst.
pneur, il n'y a personne qui ne c'étoit l'usage des anciens précise, do s'écrire mutuel lemont ., et vous le stivo/, mieux quo qui t. On ne snuroil iî-;:i.:nerd'jMilro ctte pratinue . «iinoii la charité
qu'avoient ces saints personnages les uns pour les autres, ce lien de la perfection que la distance des lieux n'a jamais pu rompre.
Cette seule raison, qui étoit Tunique mo- . tif de nos' pères, ma paru plus que sufRsanté pour entretenir avec votre reverendissime seigneurie ce pieux commerce; d'autant plus qn'il y a entre nous une union particulière, fondée non-seulement sur la dignité ecclésiastique dont nous sommes également revêtus, mais encore sur Taffec • tion compatissante qui naît des disgrâces où nous sommes tous deux exposés, quoi que d'une manière toute contraire.
11 est vrai, monseigneur, que nos peines procèdent d'un même principe, savoir des hérétiques : mais au lieu que vous jouissez de votre seule ville épiscopale, qu'ils tiennent assiégée, et où vous êtes renfermé, à ce qu'on dit, sans en pouvoir sortir; moi, au contraire, je possède presque tout mon diocèse, et ils ne me permettent pas l'entrée de ma ville. S'il y a quelque différence entre l'exil et la prison , ce sont toujours deux maux aussi insupportables l'un quo Tautre, et qui me donnent lieu de faire cetle réflexion : c'est, monseigneur, que, selon l'Évangile , je vous dois des visites, et que vous me devez l'hospitalité. Je m'assure, par cet^ raison-là , qu'en vous saluant et en vous visitant autant et en la manière que je le puis, je veux dire par lettres, vous me recevrez de bon cœur, et vous m'embrasserez avec joie.
Il y a un autre motif qui m^engage h vous écrire : j*ai à vous recommander M. Rodolphe , fils du sieur de Dungcn , votre diocésain , qui , le premier, m'a fait naître Icnvie d'honorer votre reverendissime seigneurie ; car , au grand nombre de choses qu'on publie d'elle , et dont il assure quVilo est très-digne, il ajoute, monseigneur, qu'encore que ces concitoyens fussent trèsattachés à leurs princes (4), leur ville a l'o' bligation à votre vigilance de ce qu'elle n'est point tombée en la puissance des ennemis, nonobstant tous les stratagèmes inouis dont on a usé pour corrompre leur fidélité, parce que votre éloquence, que l'on peut bien nommer une trompette évangélique , bien différente de celles au son desquelles tombèrent les murs de Jéricho, est c^use que les murailles et les fortifica*
(l)LMdaos4«Brtb«M.
LETTRES
lions (le Bois-Ic-Duc subsistent aujourd'hui dîïn> leur entier.
Cet honnête homme , qui a autant àcœur d'imiter que d'admirer vos vertus , étant sur son départ, me fit connoitre que si je lui donnois une attestation do la vie qu'il a menée parmi nous , pour vous la présenter, cela lui seroit d'un, grand secours , dans quelque situation qu'il piU se trouver ; je n'ai pu lui refuser ce plaisir et cette marque de mon amitié dans celte conjoncture, après l'avoir tant chéri pendant qu'il étoit ici. C'est pourquoi je vous le recommande de la manière la plus forte, et avec tout le zèle dont je suis capable.
11 a vécu pendant près de trois années dans la maison et à la table d'un très-illustre et très-excellent homme , mcssire Antoine Fabro , président de Genevois : il a joui de ses entretiens , et a reçu ses leçons. Je vous laisse à penser , monseigneur , s'il a profité avec un si habile homme, et avec quelsoinil s'est appliqué à la jurisprudence et aux belles-lettres : mais ce que j'estime (e plus , sans comparaison, c'est qu'il a embrassé avec ferveur tous les exercices de la piété et les devoirs de la religion , en sorte que vous le verrez revenir avec une provision de toutes sortes de vertus, et comme un navire chargé d'une riche cargaison.
Je ne doute pas, monseigneur , que cela ne vous fasse un très-grand plaisir , etque vous n'accordiez très-volontiers vos bonnes grâces à un homme qui mérite tant d'être aimé. Cependant, si mon suffrage peut ajouter quelque chose à ces considérations, je le lui donne avec la plus grande joie du monde , et je supplie en môme temps votre révérendissime seigneurie de croire trèsfermement que je suis dévoué à son service en tout ce qu'il lui plaira m'ordonner.
Je prie Dieu qu'il vous donne une santé parfaite, et qu'il vous soit toujours propice. Je vous conjure de me recommander aussi à i-a mi?éricorde dans vos saintes prières animées do la plus ardente charité.
J'ai l'honneur d'être, etc.