LETTRE DU
$» PB4IfÇ0Ift DR SALES, A UN MUGIBUX. Bar U fraternité et la paternité spirituelles.
Monsieur, je vous ai témoigné par mes lettres, que je prendrois à faveur de me nommer votre frère , qui est le mot du plus franc et désirable amour de tous ceux que la nature nous a donnés , et que la grâce noua ordonne. Mais quand je parle avec vous, aousoe titre defrère, c'est avec un très-singulier sentiment de fraternité : et .toutefois VOUA me demandez encore que je tois votre père et que vous soyez mon fils. Certes , je ne saurois refuser mon consentement à VOS désirs : mais usons un peu 'd'un temf)érament , je vous supplie , qui B^te le blâme d'être un peu trop facile en un sujet où il y a danger d'outrecuidance.
Les frères aînés sucoédoient aux pères anciennement dans les familles, etétoient eomme vice-pères de leurs frères , de sorte qne c'étoient des fi:^res-pères et des pèresfrères : et les puînés étoient des enfansfrères et des frères-enfans. Or sus, soyons comme cela : il est vrai , l'affection que j'ai pour vous tiendra rang, puisqu'il vous plaft, de paternelle , è cause de sa force et constance ; et de fraternelle , pour sa confiance et privauté : et comme que ce soit la charité égale ceux qui l'ont, avec tant d*art qu'ils sont entre eux frères , pères , mères , enfans. Or, c'est cela dont vous me parlez, mon très-cher frère; c*cst pourquoi je vous dirai encore mon très-cher fils , et mon trèscher père encore : et moi , ne pouvant sans préjudice du porteur écrire plus longuement , je demeurerai d'un cœur paternellement firaternel, votre, etc.