FRANÇOIS DE SALES, A MADAME DE GHANTAL
Le Saint renrourage à l'amoar de Diea, el à rendre senrice aux maladei.
Faut-il donc que ce soit toujours en courant que je vous écrive , ma bonne et chère fillo? Il y a , ce me semble , long-temps que « je ne vous écris que comme cela ; et si , ce n'est pas que je n'aie à vous écrire un peu au long sur Tobéissance et l'amour de la volonté de Dieu. Mais quoi faire ? encore est-il mieux que j'écrive peu que rien du tout. Seulement ce soir, conune nous entrions au souper, le porteur m'a dit qu'il partoit demain de grand matin.
Je vous écris donc à dix heures du soir. 0 ma fille , comme prié-je maintenant Dieu pour vous ! Certes , avec une consolation extraordinaire : je m'y sens poussé d*uno ardeur toute nouvelle. Qu'est-ce donc que je demande pour nous? Rien, sinon ce pur et saint amour de notre Sauveur. 0 qu'il nous faut désirer cet amour, et qu'il nous faut aimer ce désir, puisque la raison veut que nous désirions à jamais d'aimer ce qui ne peut jamais être assez aimé , et que nous aimions à désirer ce qui ne peut jamais être assez désiré l
Je suis bien aise , ma fille , que vous fassiez les lits des pauvres malades, et si , je suis bien aise que vous y ayetde la répugnance ; car cette répugnance est un plus grand sujet d'abjection que la puanteur et saleté qui la provoque ; sachez, ma chère sœur, ma fille , que me voici en mon triste temp6;car,depuis les rois jusqu'au carôme, j'ai des étrange» ^ntimens en ecBar;car
LETTRES
tout misérable , je dis détestable que je suis , je suis plein de douleur de voir que tant de dévotion se perde , je veux dire que tant d'ames se relâchent. Ces deux dimanches j'ai trouvé nos communions diminuées de la moitié ; cela m'a bien fâché : car encore que ceux qui les faisoient ne deviennent pas méchans , mais pourquoi cessentils pour rien , pour la vanité? cela m'est sensible. C^est pourquoi, ma très-chère fille, invoquez bien Dieu sur nous, et le remerciez de quoi nous avons résolu de ne jamais faire de même. Non , je ne pense pas que nous eussions le courage de retarder ainsi de propos délibéré un seul pas de noire chemin , pour tout ce que le monde nous auroit présenté. Non pas , ma sœur» ma fille, sans doute non, moyennant la grâce de Dieu.
Adieu, ma très-chère fille : notre amour soit tout en Dieu , et Dieu soit tout en notre amour. Amen. Vive Jésus 1 C'est en lui , par lui , et pour lui que je suis sans fin , sans réserve, et uniquement vôtre.
LETTRE DLVn.
s. FRANÇOIS DB SALB9, A MADAMB DB CRAITTAL.
Le Saint l'exhorte A une grande humilité et A on parfait amour de Dieu.
Mon Dieu, qui voit mon cœur, sait qu'il est plein de beaucoup de grands souhaits pour votre avancement spirilucl, ma trèschère fille. Je suis vraiment comme les pères, qui ne se contentent jamais ni ne se peuvent assouvir de parler avec leurs enfans des moyens de les agrandir ; mais que vous dirai-je pour cela , ma trës^hère fille ? Soyez toujours bien petite , et vous appetissez tous les jours devant vos yeux. 0 Dieu ! que c'est une grandeur bien grande que celte petitesse I c'est la vraie grandeur des veuves, mais bien encore des évèques. Demandez-la , je vous en supplie, continuellement pour moi qui en ai tant de besoin.
Que soyons-nous jamais attachés à la croix , et que cent mille coups de flèche transpercent notre chair, pourvu que le dard enflammé de l'amour de Dieu ait preniiêrcnient pénétré notre cœur! Que cette sagelte nous fasse mourir de sa sainte mort, qui vaut mieux que mille viei. Je
m'en vais en supplier i'areher qui m porti le carquois , par l'intercesaion db S. Sâbntien , duquel nous célébrons aujourdluili fête.
Tenez votre cœur au lai^, ma fille; H pourvu que l'amour de Dieu soit totre désir, et sa gloire votre prétention , vivex toujours joyeuse et courageuse. O Dieu? mais que je souhaite ce cœur du Sauveur poor roi de tous les nôtres.
Je ne puis plus écrire , et suis celui que Dieu a voulu être vôtre en la façon que lui seul sait. A lui soit honneur et gloire éte^ nelle ! Amen.
LETTRE DLVm.