LETTRE DLXXXVII
ou COPIE D'UN MANUSCRIT.
fTlré« da montitèr* de la Visitation de la rue Sainl-
Antoine.)
Avii que le Saint a laissé aux supérieurea de Tiostiiui pour leur coiiduile, et sar U prix et le mérite de la supériorité bien excercée.
Puisque c'est le haut point de la perfec*
tion chrétienne de conduire lesametà Dieu, l'aimant qui a attiré JésusnChrist du cid on terre pour y travailler et consommer son œuvre dans la mort et par la croix , il est aisé déjuger que celles qu'il emploie à eette fonction se doivent tenir bien honorées, s'en acquittant avec un soin digne des épouses de celui qui a été crucifié et est mort comme un roi d'amour, couronné d'épines parmi la troupe de ses élus, les encourageant à la guerre spirituelle qa'il faut soutenir ici-bas , pour arriver à la céleste patrie promise à ses enfans.
Ainsi , mes chères filles , celles que Dieu appelle à la conduite des âmes , se doivent tenir dans leurs ruches mystiques , où sont assemblées les abeilles célestes, pour ménager le miel des- saintes vertus; et la sspérieure, qui est entre elles comme iesr roi , doit être soigneuse de s'y rendre {fféscnte , pour leur apprendre la façon de le former et conserver ; mais il faut travailler cette œuvre et cette sainte besogne a\'ee une entière soumission à la sainte Profidence , et un parfait encouragement à as bien exercer à l'humilité , douceur et débonnaircté de cœur, qui sont les deux chères vertus que notre Seigneur recommandoit aux apôtres destinés à la supériorité de l'univers , puisant dans le sein du Père céleste les moyens convenables à cet emploi.
Car ce n'est pas de votre lait, ni de vos mamelles, que vous nourrissez les enfans de Dieu ; c'est du lait des mamelles du divin époux , no faisant autre chose que les leur montrer, et dire • Prenez , sucez , tirez, vivez , et il vous secondera de son secours, et fera votre besogne avec vous , si vous faites la sienne avec lui : or, la sienne est la sanclification et la perfection des âmes, pour lesquelles il n'a pas trouvé juste de fuir le labeur requis à la glorification du nom de son père.
Travaillez-y donc humblement, simplement , et confidemment : il ne vous en arrh vera jamais aucune distraction qui voussoil nuisible ; car ce divin maître , qui vous emploie à cet ouvrage , s'est obligé de vou» prêter sa très-sainte main en toutes les occasions do votre ofiice , pourvu qu3 vous correspondiez de votre part, par une Irèshumblo et courageuse confiance en sa bonté. « 11 appelle à son service les choses qui » ne sont point, comme celles qui sont, et
DE S. FRAIfÇOfS 0K SALES.
rien oomme de beaucotip pour 0 son nom. »
quoi vous dey^ faire de totre nion la chaire et la chaîne de iorité, vous rendant en votre mment humble et humblement celui qui fit le grand coup de »ance en Thumilité de sa croix, destiné un secours, une aide , d très-suffisante et abondante soutien et appui. Pensez- vous i père comme Dieu voulût vous rrice de ces filles, sans vous ndancede lait, de beurre, et B 9ei}2;neur a mis dans vos bras giron CCS âmes , pour les rendre re ses vraies épouses , on leur à regarder seulement ses yeux )erdre petit à petit les pensées re leur suggérera d'elle-même, ire penser uniquement en tui« »tinée au gouvernement d*un est chargée d'une grande et impaire, surtout quand c'est pour tablir. liais Dieu étend son bras nt à mesure de l'œuvre qu'il imiii prépare do grandes bénédic-* cultiver et gouverner la sacrée
•s les mères , les nourrices , et le»
X)ur de ces filles du roi. Quelle ;tte dignité 1 Quelle récompense, tes cela avec Tamour et les mamères 1 C'est une couronne que façonnez, et dont vous jouirez icité. Mais Dieu veut que vous la ite dans votre cœur en cette vie, I mettra sur votre tête en l'autre.
es anciennement ne iX)rtoient )uronnes et de chapeaux de fleurs l'eussent elles-mêmes liées et ensemble. Ne plaignez point , mes es , la perte de vos commodités Sj et des contentemens particu^ vous recevriez en vos dévotions, cultiver ces chères plantes, ne mt nullement d'être mères, quoi- BVaux et les soucis de la maternigrands : car Dieu vous eu récomlu jour de vos noces éternelles , ronnant de lui-même, puisqu'il ironne de ses saints.
SUITE DU MÊStft SlJJET.
06 te Saint enseigne les moyens de se bien aeqtrHtcf de cet oltlce.
Puîsfjue vous tenez , mes chères filles , la place de Dieu dans la conduite des amod . vous devez êfro fort jalouses de vous y conformer, observer ses voîcs , et non les vôtres, soutenant fortement son attrait Jans chacune , en leur aidant à le suivre avt^c humilité et soumission , non à leur façon , mais à celte do Dieu , que vous connoitrcj? mieux qn'efles, tant que Tamour-propre ne sera pas anéanti ; car il fait souvent prendre [échange, et tourner fattrait divin à nos manières et suites de nos inclina* tions.
Portez toujours à cet effet sur vos lèvres, et par vos îangues, îe feu que votre ardenjf époux a apporté en terre dans leurs cœurs, à ce qu'il consume tout lliommo extérieur, et en reforme un inférieur tout pur^ tout amoureux , tout simple , et tout fort 4 bien soutenir les épreuves et exercices queson amour lui suggérera en leur faveur,pour les purifier, perfectionner et sanctifier; et , afin de Tes y animer, montrez-leur qu'il n'est pas des rosiers spirituels comme des matériels : en ceux-ci les épines durent , et les roses passent; en ceux-là les épines passeront, et les roses demeureront :
qu'elles n*bnt des cœurs que pour être les '; enfans de Dieu , en l'aimant, le bénissant, . et le servant fidèlement en cette vie mortelle ; etqu'il les a unis ensemble, afin qu'ils soient cxtraordinairement braves , hardis, courageux , constans, et soigneuï d'entreprendre et d^accomplir les grandes et difficiles œuvres.
Car regardant meshui vos maisons comme l'a pépinière de plusieurs autres, il faut y enraciner les grandes et parfaites vertus d*une dëvotion mâle , forte et généreuse, de l'abnégation de l'amour-propre, l'amour de son abje-ction, la mortification des sens , et la sincère direction ; leur ôtant cette petite douilletterie et mollesse qui trouble le repos, et fait excuser et flatter les humeurs et inclinations , à quoi serviront les changemens continuels que l'on exerce en votre ordre , même des rangs , cellules , et offîceries dans l'année , pour les affranchir d'être att^ichées à cet emploi ou à cet autre, et do l'imperfection <l'une vaine et jalouse imilutiun , et les affermir
LETTRES
ù ne vouloir pas faire tout ce que les autres font, ains seulement tout ce que leurs supérieures leur ordonneront, les faisant marcher dans cette unique et simple prétention de servir la divine majesté d*une même volonté, même entreprise, même projet , afin que notre Seigneur et sa trèssainte mère en soient glorifiés.
Mais si quelques-unes se rendoient contraires à cette conduite, vous pourriez, prenant sujet de les y exercer, leur faire voir leur ignorance , leur peu de raison et de jugement , de s*amuser aux présomp-' tions et fausses imaginations que produit la nature dépravée , combien Tesprit humain est opposé à Dieu , dont les secrets ne sont révélés qu'aux humbles ; qu'il n'est pas question en la religion de philosophes et de beaux-esprits , mais de grâces et de vertus , non pour en discourir, mais pour les pratiquer humblement, leur faisant faire et ordonnant les choses difficiles à faire et comprendre , et qui soient humiliantes , pour les détacher insensiblement d'elles-mêmes, et les engager à une humble et parfaite soumission à l'ordre des supérieures , lesquelles aussi doivent avoir une grande discrétion à bien observer le temps, les circonstances et les personnes.
Car c'est une chose bien dure , de se sentir détruire et mortifier en toute rencontre : néanmoins l'adresse d'une suave et charitable mère fait avaler les pilules amères avec le lait d'une sainte amitié , montrant continuellement à ses filles une poitrine spirituelle pleine de bonnes vues et de joyeux et gracieux abords, afin qu'elles y accourent en gai té , et se laissent tourner par ce moyen comme des boules de cire , qui s'amolliront sans doute au feu de cette ardente charité. Je ne dis pas qu'elles soient flatteuses, mais douces, amiables , et afiables , aimant leurs sœurs d'un amour cordial , maternel , nourricier et pastoral, se faisant toutes à toutes, mères à toutes , secourables à toutes , la joie de toutes , qui sont les seules conditions qui suffisent, et sans lesquelles rien ne suffit.
Tenez la balance droite entre vos filles , et que les dons naturels ne vous fassent point distribuer iniquement vos affections et vos bons offices. Ciombien y a-t-il do personnes maussades extérieurement, qui
sont trè&«gréable8 aux yeux de IMniT La beauté, bonne grâce, bien parler, donnent souvent de grands attraits aux peraonnes qui vivent encore selon leurs mdinatioDS ; et la charité, regarde la vraie vertu et la beauté intérieure , et se répand cordialement sur toutes sans particularité.
Ne vous étonnez point de vous voir contrôlées en votre gouvernement : vousdevei doucement tout ouïr , et puis le propoeer à Dieu , et vous en conseiller avec voscoadjutrices ; après quoi faire ce qui est estimé à propos , et avec une sainte confiance que ladivine Providence réduira toute sa gloire. Mais faites cela si suavement , que vos ioférieures ne prennent point occasion de perdre le respect qui est dû à vos charges; ni de penser que vous avez besoin d'eUes pour gouverner, ains pour suivre la règle de la modestie , humilité , et ce qui est porté par les constitutions. Car, voyez* vous , il fout, autant qu'il est possible, ftire que le respect do nos inférieurs enven nous, ne diminue point l'amour, ni l'amoar ne diminue point le respect ; et si quelque sœur ne vous craignoit et traitoit pas avec assez de respect , remontrez-lui à part qu'elle doit honorer votre office , et coopérer avec les autres à conserver en dignité la charge qui lie toute la congrégation en un corps et en un esprit.
Tenez bon pour l'étroite observance des règles , pour la bienséance de vos personnes et de vos maisons. Faites observer un grand respect aux lieux et aux choses sacrées. Ne disputez point du plus ou moins du temporel , puisque cela est plus conforme à la douceur que notre Seigneur enseigne à ses enfans. L'esprit de Dieu est généreux ; ce que l'on gagneroit en ce rencontre , on le perdroit de réputation : enfin la paix est une sainte marchandise , qui mérite d'être achetée chèrement. Conservez la douceur avec l'égalité d'humeur et suavité de cœur entre les tracas et la multiplicité des affaires. Chacun attend de vous le bon exemple joint à une charitable débonnaireté ; parce qu'à cette vertu, conune à rhuilc de la lampe , tient la flamme du bon exemple , n'y ayant rien qui édifie tant que la charitable débonnaireté.
Servez-vous volontiers des conseils lorsqu'ils ne seront point contraires au projet que nous avons résolu de suivre en tout
l'esprit d'une suave douceur, et de penser plus à l'intérieur des âmes qu'à l*extérieur: car enfin , la beauté des filles du roi est aiMMaiM(4), qu'il faut que les supérieures cultivent , si elles n'ont eUes-mèmes ce soin, crainte qu'elles ne s'y endorment dans leur chemin , et ne laissent éteindre leurs lampes par négligence ; car il leur seroit dit indubitablement comme aux vierges folles se présentant pour entrer au festin nuptial : Je ne vous eonnaiê point (%), Ne me dites point que vous êtes imbéciles ; la charité , qui est la robe nuptiale, couvrira tout. Les personnes qui sont encet état , excitent ceux qui les connoissent à un saint support , et donnent même une tendresse de dileclion particulière pour elles, pourvu qu'elles témoignent de porter dévotement et amiablement leur croix.
Je vous recommande à Dieu pour obtenir ses saintes grâces dans vos conduites , afin que, tout à son gré et par vos mains , il façonne les âmes , ou par le marteau, ou par le ciseau , ou par le pinceau , pour les former toutes selon son bon plaisir , vous donnant à ce dessein des coeurs de pères , solides , fermes , et constans , sans omettre les tendresses de mères , qui font désirer les douceurs aux enfants suivant Tordre divin , qui gouverne tout avec une force toute suave et une suavité toute forte.
LETTRE DLXXXVnL OU COPIE D'UN MANUSCRIT.
(Tké« 4« soBUtèr» 4« ta VlstUtion de U rM StlBl-
AotolM)
Gitpie 4e quelques avis spiritaels donnés i>ar le Saint à U mère Claudb AcMts Jolt de La RocBB, neoTiéme religieuse de l'ordre de la Visitation de Sainte-Marie, et première supé- Tieare du monastère de Rennes, écrits par elle- ■êOM, dans un petit livre pour son usage partieaUer. Elle commence ainsi :
Iseaeil des aTis particuliers que monseigneur m'a donnés pour mon amendement.
rai jugé qu'il vous seroit extrêmement utile de tâcher de tenir votre ame en paix et en tranquillité ; et pour cela il faut que le matin en vous levant vous commenciez cet exercice , faisant vos actions tout dou-
(1) ObbIs floria «lus lllla refit ab Intis. Pi. uir,
v.tk
(I) Mswiefee. MAfta., o. xsv, t. It.
cément , pensant à ce que vos avez à faire dans l'exercice du matin , prenant garde de ne point laisser épancher votre esprit le long de la journée : observez toujours si vous êtes en cet état de tranquillité ; et sitôt que vous vous en trouverez dehors , ayez un grand soin de vous y remettre ,< et cela sans discours ni effort.
Je ne veux pas dire pourtant que vous vous bandiez continuellement Tesprit pour vous tenir en cette paix; car il faut que tout ceci se fasse avec une simplicité de cœur tout amoureuse , vous tenant auprès de notre Seigneur comme un petit enfant auprès de son père , et quand il vous arri* vera de faire des fautes , quelles qu'elles soient, demandez-en pardon tout douce* ment à notre Seigneur, en lui disant que vous êtes bien assurée qu'il vous aime bien, et qu'il vous pardonnera ; et cela toujours simplement et doucement.
Ceci doit être votre exercice continuel ; car cette simplicitéde cœur vous empochera de penser distinctement ( car nous ne som* mes pas maîtres de nos pensées , pour n'en avoir que celles que nous voulons) qu'à ce que vous aurez à faire et à ce qui vous est marqué, sans épancher votre ame, ni à vouloir , ni à désirer autre chose ; et fera que toutes ces prétentions de plaire , et ces contraintes de déplaire à notre mère , s'évanouiront , réservant le seul désir de plaire à Dieu , qui est et sera l'unique objet de notre ame.
Lorsqu'il vous arrivera de faire quelque chose qui pourroit fâcher ou mal édifier les sœurs , si c'étoit chose d'une grande importance, excusez-vous , en disant que vous n'avez pas eu mauvaise intention , s'il est vrai ; mais si c*est chose légère et qui ne tire point de conséquence , ne vous excusez point , observant toujours de faire cela avec douceur et tranquillité d'esprit , comme aussi de recevoir les avertissemens.
Et si bien votre partie inférieure s'émeut et se trouble , ne vous en mettez pas en peine , tâchant è garder la paix emmi la guerre ; car peut-être ne sera-t-il jamais en notre pouvoir de n'avoir pas du senti* ment étant reprise ; mais vous savez trèsbien que les sentimens, non plus que toute autre tentation , ne nous rendent pas moins agréables à Dieu , pourvu que nous n'y consentions pas.
LETTRES
Vous vous trompes en croyant que vous devriez faire (les actes vif^ , pour vous défeire de ces sentimens et troubles do la partie inférieure ; c'est au contraire, il n'en faut faire nul état, mais passer simplement chemin , sans los regarder seulement. Que 8*ils vous importunent trop , il faut se mo^ quer de tout cela , comme seroit de leur faire la moue ; et cela par un simple regard de la partie supérieure ; après quoi il n*y faut plus penser , quoi qu'ils veuillent dire.
Et tout de même en est-il des pensées de ' jalousie ou d'envie, et même de ces attendrissemens que vous avez sur vos commodités corporelles, et semblables tricheries, qui vont ordinairement roulant autour de nos esprits , retranchant à votre ame tout autre soin que celui de se tenir en paix et en tranquillité , je dis même celui de votre propre perfection ; car*" je remarque que ce trop grand soin de vous perfectionner vous nuit beaucx)up , d'autant que dès qu'il voua arrive de faire des fautes , vous vous en inquiétez, parce qu'il vous semble que c'est toujours contre la prétention que vous avez do vous amender.
Tout do mémo , si Ton vous montre quelque défaut en vous , vous entrez en découragement ; et tout ceci , il ne le faut plus faire , ains vous affermir à cela , de no point vous laisser troubler pour quoi que ce soit. Que si néanmoins il vous arrive de le faire , nonobstant votre résolution , no vous fâchez pas pourtant ; ains remettez-vous en tranquillité tout aussitôt que vous vous en apercevrez , et toujours do la mémo façon que je vous ai dit , tout simplement , sans effort ni secousse d'esprit.
Et no pensez pas que ceci soit un exercice de quelques jours ; oh 1 non, car il y faut bien du temps et du soin pour parvenir à cette paix. Il est vrai pourtant que, si vous vous y rendez Odèle , notre Soi* gneur bénira votre travail. Sa bonté vous attire à cet exercice, c'est une chose tout assurée, c'est pourquoi vous êtes grandement obligjôe à voua y rendre fidèle, pour oorrespondre à aa volonté : il vous sera diffidlOt d'tttUiU que vous avez l'esprit vif, et qu'U s'arrête «ia'amuse à chaque okijet qu'il rencontre; mais la difficulté ne doil paa faire entrer en décourage-
ment, pensant de ne pouvoir parvenir nu but de votre prétention. Faites tout bonnement et tout simplement ce que voua pourrez, sans vous mettre en peine d'autre chose.
Et tout de môme, quand voua arrêtez quelque chose qui ne sera bien pris selon votre intention, paseez outre, pensant à ce que voua avez à faire. Regardes notre Seigneur, et tâchez d'aller an Dieu de toutes choses , multipliant le plus que voim pourrez les oraisons jaculatoires , les vues intérieures, les retours, les élans ferveas de votre esprit en Dieu, et je vous assure que ceci vous sera fort utile.
Dieu vous veut toute et sans aucune réserve, et toute fine, nue et dépouillée; c'est pourquoi il faut que vous ayez grtnd soin de vous défaire de votre propre voloeté; car il n'y a que cela seul qui vous nuise, d'autant que vous l'avez toujours extrême^ ment forte, et vous êtes fort attachée à voaloir ce que vous voulez.
Embrassez donc bien fidèlement cet exercice, puisque je vous le dis avee la cJiarité de Dieu et la connoissanoe que j'ai de votre nécessité, qui est que vous regardiez la providence de Dieu aux contradictions qui vous seront faites, Dieu les permettant afin de vous détacher de toutes choses, pour vous mieux serrer à sa bonté, et unir à lui ; car je sais qu'il veut que vou> soyez sienne , mais d'une façon toute particulière.
Rendez-vous donc bien indifférente, si on vous accordera , ou non , ce que vous demanderez, et ne laissez pas de demander toujours avec confiance ; et demeures en l'indifférence d'avoir des biens spirituels, ou non ; et quand vous sentirez que la confiance vous manque, pour recourir à notre Seigneur, à canse de la mnltiuidede vos imperfections, faites alors jouer la partie supiérieure de votre ame, disant des paroles de confiance et d'amour â notre Soigneur, avec le plus de ferveur, et le plus fréquemment qu'il se pourra.
Ayez un grand soin de ne vous point troubler lorsque vous aurez fait quelque faute, ni de vous laisser aller à des attendrissemens sur vous-même , car tout cela ne vient que d'orgueil ; mais humilie^vous promptement devant Dieu, et que ce soil (l'une humilité douce et amoureusOi
I flOII j
DE S. FllAISÇOlâ DE SALES.
vous porte à la ooofianco de recourir soudain à sa bonté, vous assurant qu*elle vous aidera pour vous amender.
Je ne veux plus quo vous soyez si tendre, ains que comme une iillo iorle vous servies Dieu avec un grand courage, ne regardant que lui seul ; et partant, quand ces pansées, ai Ton vous aime ou non , vous tfrivent, ne les regardez pus seulement, tous assurant que Ton vous aimera toujours autant que Dieu le voudra ; et que oda TOUS suffise, quo la volonté de Dieu s'accomplisse en vous, qui êtes obligée d'une obligation particulièro de vous pertetionner; car Dieu veut se servir de vous. Faites-le donc, et pour cela tâchez à fort aimer votre propre abjection, laquelle vous anpècbera de vous troubler do vos débats.
Prenez soin de tenir votre esprit en paix et occupé des choses hautes, le tirant ûdôlement de l'attention que vous faites sur TOus-méme, principalement quand vous avez du chagrin, et quo vous n'avez point décourage. Occupez-vous à dire à notre Seigneur que vous en voulez avoir, et que toos ne consentirez jamais à ce que le chagrin nous suggère; vous feriez encore Biîeux de vous divertir, faisant accroire à votre e^Nrit qu'il n'en a point, n'en faisant BOB plus d'état que si vous ne sentiez point l'flfatde cette passion.
Plus vous vous sentez pauvre et destituée de toutes sortes de vertus, ayez de plus grandes prétentions de bien faire. Ne vous étonnez point des mauvais sentimens que vous avez, pour grands qu'ils soient, mis ayes soin en ce temps-là de multiplier lee oraisons jaculatoires, et retours de votre eaprit en Dieu; et, comme voua avez ose grande nécessité de la douceur et de l'humilité, prenez soin de mettre fort souvtat emmi la journée votre coeur en la poitore d'une humble douceur.
Ktquand vous serez reprise ou corrigée de quelque chose, essayez-vous tout doucement d'aimer la correction, et ne vous pe»si hi partie inférieure s'émeut;
lia ftâte» régner la partie supérieure, afin qaa voua fassiez ce que l'on veut de vous
pas tant anrie de votre paix
Tétera par quelque
ou con-
tradiction, vous en demeuriei troublée ; car cette paix qui ne veut point être agitée est recherchée par l'amour-proprc.
Or, maintenant je vous dis que vous ayez un soin très-particulier de vous rendre égale en vos humeurs, sans jamais laisser parottre en votre extérieur aucun changement.
Quelle apparence y a-t-il de montrer ainsi vos imperfections, puisque cela empêche que Dieu ne soit servi de vous ainsi qu'il le désire? Cetteégalité de votre maintien extérieur manque à l'accomplissement des talens que Dieu vous a donnés. Considérez donc souvent quel déplaisir oe vous sera et ce vous doit être, de voir que vous manquez de correspondre à la volonté de Dieu, puisqu'il a laissé à votre pouvoir d'acquérir cela, qui doit perfectionner et accomplir votre talent.
Travaillez fldèlement pour cela ; bandez toutes les forces de votre esprit pour l'acquérir, et prenez garde que la mortiûcation reluise en votre extérieur ; en sorte que les séculiers trouvent plus de sujet de l'observer, que non pas de bonne mine ni de bonne façon.
Vous devez avoir un très-grand soin de vous pencher tout du côté de l'humilité, puisque vous avez une si grande inclination à l'orgueil et à la propre estime. Ne doutez point qu'ayant acquis cette vertu vous n'ayez quand et quand toutes celles dont vous avez nécessité. Approfondissezvous fort souvent en l'abîme de votre néant devant notre Seigneur et devant Notre- Dame, mais ressouvenez-vous de ce que j'ai dit en l'entretien de l'humilité ; et toutes fois et quantes qu'elle ne produit pas ce fruit, elto est suspecte et indubitablement fausse. Anéantissez-vousen la connoissance de votre petitesse; mais soudain après relevez votre esprit, pour considérer ce que Dieu veut de vous.
Atîs pour la ebiife de sapérieare.
Dieu veut que vous le serviez en la conduitedesames, puisqu'il a arrangé les choses commeelles le sont,et qu'il vous adonné la capacité de gouverner les autres.
Faites une très-grande estime do ministère à quoi vous êtes appelée ; et pour lo bien faire, tous les jours en vous réveill«ini ne manquez jamais de dire cette parole
LETTRES
Vous YOUB trompes en croyant que vous devriez faire des actes vifs , pour vous dé^ faire de ces sentimens et troubles de la partie inférieure ; c'est au contraire, il n'en faut faire nui état, mais passer simplement chemin , sans les regarder seulement. Que 8*ils vous importunent trop , il faut se mo^ quor de tout cela » comme seroit de leur faire ta moue; et cela par un simple regard de la partie supérieure ; après quoi il n'y faut plus penser , quoi qu'ils veuillent dire.
Et tout de même en est-il des pensées de jalousie ou d'envie, et même de ces attendrisscmens que vous avez sur vos commodités corporelles, et semblables tricheries, qui vont ordinairement roulant autour de nos esprits , retranchant à votre ame tout autre soin que celui de se tenir en paix et en tranquillité , je dis même celui de votre propre perfection ; cai^je remarque que ce trop grand soin de vous perfectionner vous nuit beaucoup , d'autant que dès qu'il vous arrive de faire des fautes , vous vous en inquiétez, parce qu'il vous semble que c'est toujours contre la prétention que vous avez de vous amender*
Tout do même , si l'on vous montre quelque défaut en vous , vous entrez en découragement ; et tout ceci , il ne le faut plus faire , ains vous affermir à cela , de ne point vous laisser troubler pour quoi que ce soit. Que si néanmoins il vous arrive de le faire , nonobstant votre résolution , ne vous fâchez pas pourtant ; ains remettez-vous en tranquillité tout aussitôt que vous vous en apercevrez , et toujours de la même façon que je vous ai dit , tout simplement , sans effort ni secousse d'esprit.
Et ne pensez pas que ceci soit un exercice de quelques jours; ohl non, car il y faut bien du temps et du soin pour parvenir à cette paix. Il est vrai pourtant que, si vous vous y rendez fidèle , notre Seigneur bénira votre travail. 8a bonté vous attire à cet exercice, c'est une chose tout assurée, c'est pourquoi vous êtes grandement obligée à voua y rendre fidèle, pour correspondre à sa volonté : il vous sera difficile, d'autant que vous avez Tesprit vif, et qu'il s'arrête et s'amuse à chaque objet qu'il rencontre ; mais la difficulté ne vous doit pas faire entrer en décourage-
ment, pensant de ne pouvoir parvenir ou but de votre prétention. Faites tout bonnement et tout simplement ce que vont pour* rez, sans vous mettre en peine d'antre chose.
Et tout de même, quand yfms arrèlei quelque chose qui ne sera bien pris selon votre intention, passez outre, pensant* ce que vous avez à faire. Reganlez notre Seigneur, et tâchez d'aller an Dieu de tou* tes choses , multipliant le plus que vues pourrez les oraisons jaculatoires y Kesvuei intérieures, les retours, les élaii» iervou de votre esprit en Dieu, et je vous assure que ceci vous sera fort utile.
Dieu vous veut toute et sans aucune fêserve, et toute fine, nue et dépouillée; c'est pourquoi il faut que vous ayez greod soin de vous défaire de votre propre volofi* té ; car il n'y a que cela seul qui toos nuise, d'autant que vous l'avez toujours eztrème* ment forte, et vous êtes fort attachée à voaloir ce que vous voulez.
Embrassez donc bien fidèlement cet exercice, puisque je vous le dis aveela charité de Dieu et la connoissanoe que j*«i de votre nécessité, qui est que vous regardiez la providence de Dieu aux contradictions qui vous seront faites, Dieu les permettant afin de vous détacher de toutM choses, pour vous mieux serrer à sa bonté, et unir à lui ; car je sais qu'il veut que vous soyez sienne , mais d'une façon toute particulière.
Rendez-vous donc bien indifférente, si on vous accordera , ou non , ce que vous demanderez, et ne laissez pas de demander toujours avec confiance ; et demeure! en l'indifférence d'avoir des biens spirituels, ou non ; et quand vous sentirez quo la confiance vous manque, pour recourir à notre Seigneur, à cause de la multitudede vos imperfections, faites alors jouer la partie supiérieure de votre ame, disant des paroles de confiance et d'amour à notre Soigneur, avec le plus de ferveur, et le plus fréquemment qu'il se pourra.
Ayez un grand soin de ne vous point troubler lorsque vous aurez fait quelque faute, ni de vous laisser aller à des attendrissemens sur vous-même , car tout cela ne vient que d'orgueil ; mais humiliez-vous promptcment devant Dieu, et que ce soit d'une humilité douce et amoureuse, qui
vous porte à la ooofianoo de recourir soudain à sa bonté, vous assurant qu'elle voua aidera pour vous amender.
lo ne veux plus que vous soyez si tendre, ains que comme une fille iorte vous serviez Dieu avec un grand courage, ne regardant que lui seul ; et partant, quand ces pensées, si Ton vous aime ou non , vous arrivent, ne les regardez pas seulement, vous assurant que Ton vous aimera toujours autant que Dieu le voudra ; et que cela TOUS suffise, que la volonté de Dieu s'accomplisse en vous, qui êtes obligée d'une obligation particulière de vous perfectionner ; car Dieu veut se servir de vous. Faites-le donc, et pour cela tâchez à fort aimer votre propre abjection, laquelle vous empêchera de vous troubler de vos défauts.
Prenez soin de tenir votre esprit en paix et occupé des choses hautes, le tirant ûdôlement de l'attention que vous faites sur vous-même, principalement quand vous avez du chagrin, et que vous n*avez point de courage. Occupez-vous à dire à notre Seigneur que vous en voulez avoir, et que vous no consentirez jamais à ce que le chagrin nous suggère; vous feriez encore mieux de vous divertir, faisant accroire à votre esprit qu'il n'en a point, n'en faisant non plus d'état que si vous ne sentiez point r^k>rtde cette passion.
Plus vous vous sentez pauvre et destituée de toutes sortes de vertus, ayez de plus grandes prétentions de bien faire. Ne vous étonnez point des mauvais sentimens que vous avez, pour grands qu'ils soient, mais ayez soin en ce temps-là de multiplier \âb oraisons jaculatoires, et retours de votre esprit en Dieu ; et, comme vous avez une grande nécessité de la douceur et de l'humilité, prenez soin de mettre fort souvrat emmi la journée votre coBur en la posture d'une humble douceur.
St quand vous serez reprise ou corrigée de quelque chose, essayez-vous tout doucement d'aimer la correction, et ne vous ttchez pas si la partie inférieure s'émeut; loais faites régner la partie supérieure, afin que TOUS fassiez ce que l'on veut de vous en cette occasion.
Ne soyez pas tant amie de votre paix que, quand on vous l'ôtera par quelque oomBHOidement , ou correction, ou con-
tradiction, vous en demeurieB troublée ; car cette paix qui ne veut point être agitée est recherchée par l'amour-propre.
Or, maintenant je vous dia que vous ayez un soin très-particulier do vous rendre égale en vos humeurs, sans jamais laisser parottre en votre extérieur aucun changement.
Quelle apparence y a-t-il de montrer ainsi vos imperfections, puisque cela empêche que Dieu ne soit servi de vous ainsi qu'il le désire? Cette égalité de votre maintien extérieur manque à l'accomplissement des talens que Dieu vous a donnés. Considérez donc souvent quel déplaisir ce vous sera et ce vous doit être, de voir que vous manquez de correspondre à la volonté de Dieu, puisqu'il a laissé à votre pouvoir d'acquérir cela, qui doit perfectionner et accomplir votre talent.
Travaillez fidèlement pour cela ; bandez toutes les forces de votre esprit pour l'acquérir, et prenez garde que la mortification reluise en votre extérieur ; en sorte que les séculiers trouvent plus de sujet de l'observer, que non pas de bonne mine ni de bonne façon.
Vous devez avoir un très-grand soin de vous pencher tout du côté de l'humilité, puisque vous avez une si grande inclination à l'orgueil et à la propre estime. Ne doutez point qu'ayant acquis cette vertu vous n'ayez quand et quûid toutes celles dont vous avez nécessité. Approfondissezvous fort souvent en l'abîme de votre néant devant notre Seigneur et devant Notre- Dame, mais ressouvenezrvous de ce que j'ai dit en l'entretien de l'humilité ; et toutes fois et quantes qu'elle ne produit pas ce fnût, elle est suspecte et indubitablement fausse. Anéantissesb-vousen Ui connoissance de votre petitesse ; mais soudain après relevez votre esprit, pour considérer ce que Dieu veut de vous.
Af if pour la charge de sopérieure.
Dieu veut que vous le serViez en la conduite des âmes, puisqu'il a arrangé les choses oommeellesle sont, et qu'il vous adonné la capacité de gouverner les autres.
Faites une très-grande estime do minis' tère à quoi vous êtes appelée ; et pour le bien faire, tous les jours en vous réveillant ne manquez jamais de dire cette parole
LETTRES
que S. Bernard disoit si souvent : Q^eê4u venu faire eéani (1)? Qu'est-ce que Dieu veut de toi? Puis soudain après abandonnez-vous totalement à sa divine volonté, afin qu'il fasse de vous et en vous tout ce qu'il lui plaira, sans aucune réserve.
Ayez une dévotion particulière à Notre- Dame et à votre bon ange ; puis, ma fille, souvenez-vous qu*il faut avoir plus d'humilité pour commander que non pas pour obéir. Mais planez garde aussi de ne pas tant subtiliser sur tout ce que vous ferez. Ayez une droite intention de faire tout pour Dieu et pour son honneur et gloire, et vous détournez de tout ce que la partie inférieure de votre ame voudra faire : laissez-la tracasser tant qu'elle voudra autour de votre esprit, sans combattre nullement tousses assauts, ni même regarder ce qu'elle fait ou ce qu'elle veut dire; ains tenez-vous ferme en la partie supérieure de votre ame, et en cette résolution de ne vouloir rien faire que pour Dieu, et qui lui soit agréable.
De plus, il faut que vous fassiez grande attention sur cette parole que j'ai mise dans les constitutions , savoir que la supérieure n'est pas tant pour les fortes que pour les foibies, bien qu'il faille avoir soin de toutes, afin que les plus avancées ne retournent point en arrière. Ayez à cœur le support des filles imparfaites qui seront en votre charge ; ne faites jamais de Tétonnée, quelque sorte de tentation ou d'imperfection qu'elles vous découvrent ; ains tâchez à leur donner confiance à vous bien dire tout ce qui les exercera.
Soyez grandement tendre à l'égard des plus imparfaites, pour les aider à faire grand profit de leur imperfection. Ressouvenez-vousqu'une ame grandement impure peut parvenir à une parfaite pureté, étant bien aidée. Dieu vous en ayant donné la charge et le moyen , par sa grâce de le pouvoir faire , appliquez-vous soigneusement à le faire pour son honneur et gloire. Remarquez que cSlIes qui ont le plus de mauvaises inclinations , sont celles qui peuvent parvenir à une plus grande perfection.
Gardez-vous de faire des affections particulières.
Ne vous étonnez nullement de voir en vous beaucoup de fort mauvaises inclina-
(1} Dtrntrd*, ••! qiiid Teolitir
tiens , puisque , par la bonté de Dieu, vooi avez une volonté supérieure , qui peot être régente au-dessus de tout cela.
Prenez un grand soin de maintenirvolrs extérieur en une sainte égalité. Que si vous avez quelque peine dans l'esprit, qu'elle ne paroisse point au dehors. Hainteoeivous dans une contenance grave, mail douce et humble , sans jamais ètrelégike, principalement avec des jeunes gens.
Voilà , ce me semble , ce à quoi U ftnil que vous preniez garde, pour rendre à Diea le service qu'il a désiré de vous. Mais je désire grandement que vous fassiez attention fort souvent sur l'importance de II charge que vous aurez , non-seulement d'être supérieure, mais d'être au lieu qw vous serez. La gloire de Dieu est jointe i ceci , et la connoissance de votre institat ; c'est pourquoi il faut que vous releviez fort votre courage, en lui faisant entendre l'importance de ce à quoi vous êtes appelée.
Anéantissez-vous fort profondément ei vous-même , de voir que Dieu veuille se servir de votre petitesse pour lui faire on service de si grande importance. ReooDnoissez-vous fort honoré de cet honneur, et vous en allez courageusement supplier Notre-Dame qu'il lui plaise vous offrir à son fils , conune une ci^ature tout absolument abandonnée à sa divine bonté , voos résolvant que moyennant sa grâce vous vivrez désormais d'une vie toute nouvelle, faisant maintenant un renouvellement parfait de toute votre ame , détestant pour jamais votre vie passée , avec toutes vos vieilles habitudes. Allez donc , ma chère fille , pleine de confiance qu'après avoir fa*t cet acte parfait du saint abandonnement de vous-même entre les bras de la trèssainte Vierge , pour vous consacrer et sacrifier do rechef au service de l'amour de son fils, elle vous gardera tout le temps de votre vie en sa protection , et vous présen tera derechef à sa bonté à l'heure de votre mort.
Maintenant je vous dis : Ne parlez que le moins qu'il se pourra de vous-même ; mais ceci , je le dis tout de bon , retenezle bien , et faites-y attention. Si vous êtes imparfaite, humiliez- vous au fond de votre cœur, et n'en parlez point; car cela n'est que l'orgueil , qui fait que vous pensez en
soup, afin que l'on n'en trouve le vous dites. Pariez peu de vous, ipeu.
md soin de maintenir votre exrmi vos filles en telle médiocrité avité , et la douceur, et l'humion reconnoisse que si bien vous endrement , que vous êtes aussi ire ; car il ne faut pas que Taffakîhe Texercice deFautorité. J'apt que les supérieures soient suse faisant obéir, pourvu que la t le support soient observés.
^ers les séculiers une sainte graindis que vous êtes jeune, il faut ;oigneusement cela. Que votre odéré , et même envers les femesquelles on peut avoir un peu )ililé et de cordialité, tpas entendre par cette gravité, être sévère ou renfrognée ; car iserver toujours une gracieuse )vantles jeunes gens, quoique ion ecclésiastique. Ayez pour vos yeux rabaissés, et soyez )aroIes avec telles gens , obserirs de profiter à leurs âmes , en r la perfection de votre institut, as la vôtre , ains celle de votre )n en paroles , que fort simple- 3 louant que comme on parle un soi-même , ou de ses parens , ) courtement et simplement, "andement les autres ordres et )t le vôtre au-dessous des autres m que vous ne deviez pas caous vivez paisiblement , et did Toccasion s'en présente, le fait simplement, ujours grand cas des sœurs carvous entretenez en leur amitié vous serez, témoignant touous en faites grande estime , et is aimez chèrement, ez-vous fort avec les pères jécommuniquez volontiers avec le aussi les pères de TOratoire ( minimes; prenez conseil d'eux is en aurez besoin , et particules pères jésuites.
pas du tout tant retenue à releles , comme les sœurs carméliourtant usez de discrétion pour it voir , quand vous le lèverez ,
que c'est pour gratifier ceux qui vousparlent, observant de ne guère vous avancer des treillis , ni moins d'y passer les mains, ^ que pour certaines personnes de qualité qui le désirent.
Pour ce qui est de l'oraison, il faut que vous observiez de faire que les sujets sur quoi on la fera soient sur la mort , vie et passion de notre Seigneur : car c*est une chose fort rare que l'on ne puisse profiter sur la considération de ce que notre Seigneur a fait. Enfin c'est le matire souverain que le Père étemel a envoyé au monde pour nous enseigner ce que nous devons faire: et partant, outre l'obligation que nous avons de nous former sur ce divin modèle , pour ce sujet, nous devons grandement être excités à considérer ses œuvres pour les imiter, parce que c'est une des plus excellentes intentions que nous puissions avoir, pour tout ce que nous avons à faire , et que nous faisons , que de les faire parce que notre Seigneur les a laites, c'est4-dire, pratiquer les vertus, parce que notre Seigneur les a pratiquées , et comme il les a pratiquées.
Ce que pour bien comprendre il faut fidèlement peser, voir, et considérer dans ce, parce que notre père l'a fait en telle façon, je le veux faire , en enclosant l'amour envers notre divin Sauveur et père très-aimable, car l'enfant qui aime bien son bon père a une grande affection de se rendre fort conforme à ses humeurs , et de l'imiter en tout ce qu'il fait.
Il se peut faire pourtant qu'il y ait certaines âmes exceptées , lesquelles ne peuvent s'arrêter, ni occuper leur esprit sur aucun mystère , elles sont attirée à une certaine simplicité devant Dieu, toute douce , qui les tient en cette simplicité , sans autre considération que de savoir qu'elles sont devant Dieu , et qu'il est tout leur bien, demeurant ainsi utilement. Cela est bon ; mais il me semble qu'il est assez clairement dit dans le livre de Vjimourde Dieu, où vous pourrez avoir recours , si vous en avez besoin , et aux autres qui traitent de l'oraison.
Mais , généralement parlant , il faut faire que toutes les filles , tant qu'il se peut , se tiennent en l'état et méthode d'oraison qui est la plus sûre , qui est celle qui tend à la réfDrmation de vie et cbangemena de
LtTTRES
moeurs, qui est celle que nous disions prcmièremeDt qui se fait autour des mystères de la vie et de la mort de notre Seigneur.
Et il ne faut pas toujours croire les jeunes filles qui ne font que d'entrer en religion, quand elles disent qu*eUos ont de si grandes choses ; car bien souvent ce n'est que tromperie et amusement. C'est pourquoi il faut les mettre en train et aux mêmes exercices que les autres, car , si elles ont une bonne oraison , elles seront bien aises d'être humiliées, et de se soumettre à la conduite de ceux qui ont du pouvoir sur elles. Il y a tout à craindre on ces manières d'oraisons relevées ; mois l'on peut marcher en assurance dans la plus commune , qui est de s'appliquer tout à la bonne foi autour de notre mattre, pour apprendre oe qu'il veut que nous fassions.
La supérieure peut en quelque grande et signalée occasion , faire faire deux ou trois jours de jeûne à la communauté , ou bien seulement aux filles qui sont plus robustes ; faire quelque discipline plus librement que de jeûner ; car c'est une mortification qui ne nuit point à la santé , et partant , toutes la peuvent faire en la sorte qu'on la fait céans. Mais il faut toujours observer de n'introduire point les austérités en vos maisons ; car ce seroit changer votre institut , qui est principalement pour les infirmes.
La supérieure doit sans doute de temps en temps visiter les cellules des sœurs, pour empêcher qu'elles n'aient rien en propre; mais pourtant il faut faire cela si discrètement, que les sœurs ne puissent pas avoir de juste rait^on de penser que la supérieure ait quelque défiance de leur fidélité, soit en cela , soit en autre chose ; car il le faut toujours observer discrètement, ne les tenant ni trop resserrées ni trop en liberté; car vous ne sauriez croire combien c est une chose nécessaire de se tenir en ccrt entre-deux. ^
Pour moi , j'approuverois fort que vous no tissiez rien que de suivre simplement la rornmnnauto en toutes choses , soit aux roorti(ic4)tionsouen quoi que ce soit. Il me scntbie que codevroit être la pratique principale d'une supérieure, que d'aller devant ses filles en cette simplicité , que de rien faire ni de plus ni de moins qu'elles font.
Car cela fait qu'elle est grandemeiit limée , et qu'elle tient merveiUeuaemeBt l'esprit de ses filles en paix. J'ti grande ment envie que l'histoire de Jao(d> aoittou^ jours devant vos yeux, afin de faire comme lui, qui nevouloitpas seulement s'aooommoder au pas de ses enfans, maia eDOon à ceux-là mêmes de ses agnelets.
Et quant à ce qui est de la oommunioii, je voudrois que l'on suivit l'ayis des confesseurs ; quand vous avex envie de oommunier quelquefois extraordioairemeot, que vous prissiex leurs avis. Pour communier une fois toutes les semaines de plus que la communauté , vous le pouvei hieo faire, et* a votre tour comme les autres; et même pour communier plus souvent extn* ordinairement, vous ferez ce que ceux qui auront soin de vous trouveront bon , cir, il leur faut laisser conduiro cela. Il len bon, ma chère fille, quo vous vous astojettissiez à rendre compte tous les mois, od les deux ou trois mois, si vous voulez, au confesseur extraordinaire , ou même au confesseur ordinaire, s'il est capable ou lel autre que vous jugerez ; car c'est un graDd bien que de ne rien faire que par l'avie d'autrui.
Il ne me semble pas que vous deviez maintenant faire plus d'attention sur aucune autre pratique , que sur celle de la très-sainte charité à l'endroit du prochain, en le supportant doucement, et le senant amoureusement ; mais en sorte que vous observiez toujours de conserver rautorité et gravité de supérieure , accompagnée d'une sainte humilité. Quand vous aurez jugé que quelque chose se doit faire, ma^ chez sûrement et sans rien craindre, regardant Dieu le plus souvent que vous pourrez : je ne dis pas que vous soyez toujours attentive à la présence de Dieu, mais que vous multipliiez le plus qu'il so pourra les retours de votre esprit en Dieu : c'est ce dernier point que de tout mon cœur j'ai promis à mon Dieu de pratiquer fidèlement, moyennant sa grâce , ayant pris Notre- Dame protectrice de cette mienne résolution.
Ce qui suit fat écrit de ta propre main du Saint, dans le livre de la m^re Claude-Agnés Joly de la Roclie, lorsqu'elle vint en Franco pourU fondaiiou du mouaslcre d'Orléana.
Allez , ma trôs*ohère fille , Dien fotf
iplee : trois vertus vous sont chèreoommandées, la débonnaireté très- , rhumilité très-courageuse, la par- ^nfiance à la providence de Dieu ; Al à régalité de l'esprit, et même itien extérieur , ce n'est pas une articulière , mais rornement intéextérieur de l'épouse du Sauveur, (me ainsi tout en Dieu et pour Dieu, a bonté soit à jamais votre repos.
s cela, ma très-chère fille; à Dieu louange de Texeroice que la Provirous donne par cette affliction de » , que vous rendrez sainte, moyensainte grâce. Car comme vous ne mais épouse de Jésus-Christ glorivous ne l'ayez été premièrement i-Christ crucifié ; et vous ne jouirez du lit' nuptial de son amour triomque vous n'ayez senti l'amour afililu lit de la sainte croix, ndant nous prierons Dieu qu'il soit s votre force et votre courage en la loe , comme votre modestie , douhumiiité en ses consolations.
LETTRE DLXXXIX.
d« la ▼!• da Saint, par la pèra D, Jean da St-Fraoçols. )
Saint sur la vocation i Tétat religieux.
K)nne vocation n'est autre chose ferme et constante volonté que la le appelée a de vouloir servir Dieu lanière et aux lieux auxquels sa di- Bjesté l'a appelée : cela est la meillarque que l'on puisse avoir pour re quand une vocation est bonne, il soit nécessaire que telle ame fasse commencement tout ce qu'il faut 1 sa vocation, avec une fermeté et ice si grande , qu'elle soit exempte e répugnance , difficulté ou dégoût ui est de sa vocation, ni moins enne cette fermeté et constance soit l'elle la rende exempte de faire des ni pour cela elle soit si ferme qu'elle ne jamais à chanceler, ni varier à >riso qu'elle a faite de pratiquer les i qui la peuvent conduire à la per- , attendu que tous les hommes sont i telle passion , à changement, à viles, et que ce n'est que pur ses di-
vers moQvemens et accidens qu'il faut juger; la volonté demeurant ferme au point de ne quitter le bien qu'elle a embrassé, encore qu'elle sente quelque dégoût et refroidissement.
Tellement que pour avoir une marque d'une bonne vocation, il ne faut point une constance sensible, mais qui soitefléctive. Pour savoir si Dieu veut qu'on soit religieux ou religieuse, il ne faut pas attendre qu'il nous parle sensiblement, ou qu'il nous envoie un ange du ciel pour nous signifier sa volonté ; ni moins est-il besoin d'avoir des révélations sur ce sujet. Il ne faut non plus l'examen de dix ou douze docteurs delà Sorbonnepour examiner si l'inspiration est bonne ou mauvaise, et s'il faut la suivre ou non ; mais il faut bien cultiver et correspondre au premier mouvement, et puis ne se mettre point en peine s'il vient des dégoûts et des refroidissemens sur cela.
Car si on tache toujours à tenir sa volonté bien ferme, à rechercher le bien que Dieu nous montre, il ne manquera pas de faire réussir le tout à sa gloire. De quelque part que vienne le motif de la vocation, il suffit, pourvu qu'on ait senti l'inspiration, ou le mouvement dans le coeur, pour la recherche du bien auquel on se sent appelé, et que l'on demeure ferme et constant dans cette recherche, quoique ce soit avec dégoût et refroidissement.
Bt en cela on doit avoir un grand soin d'aimer les âmes, et leur apprendre à ne se point étonner de ces changemens et de ces vicissitudes , et les encourager à demeurer fermes parmi eux , en leur disant qu'elles ne se doivent pas mettre en peine de ces sentimens sensibles, ni les examiner tant; et elles se doivent contenter de cette constante volonté, qui parmi tout cela ne perd point PaffecUon de son premier dessein ; qu'elles soient seulement soigneuses de le bien cultiver, et de correspondre à ce premier mouvement , sans se soucier de quel côté il vient; vu que nôtre Dieu a plusieurs moyens d'appeler ses serviteurs et ses servantee à son service; qu'il se sert ores des prédications, ores de la lecture des bons livres, ores des ennuis, des désastres, des afilictions et des traver^s qui nous surviennent, ou le monde qui nous donne sujet de nous dépiter contre lui
LETTRES
et de l'abandonner ; que de toutes ces sortes il en est réussi de grands serviteurs et servantes de Dieu.
D'autres encore viennent en religion à cause de quelque défaut naturel qui est en leur corps, comme pour être boiteux, borgnes et laids; d'autres y sont portés par leurs pères et mères , pour avancer leurs autres enfans par cette décharge : mais Dieu bien souvent fait voir la grandeur de sa clémence et miséricorde, en se servant de telles intentions, qui d'elles-mêmes ne sont nullement bonnes, pour faire de telles personnes de grands serviteurs de sa divine majesté.
En somme , il fait entrer en son festin les boiteux et les aveugles, pour nous faire voir qu'il ne sert de rien d'avoir des yeux et deux jambes pour aller en paradis. Plusieurs de ceux qui sont venus en religion de cette sorte ont fait de grands fruits, et persévéré fidèlement en leur vocation.
D'autres qui ont été bien appelés, n'y ont' pas néanmoins persévéré ; maisaprès avoir demeuré quelque temps, ils ont tout quitté. Dont nous avons l'exemple de Judas, de la bonne vocation duquel nous ne pouvons pas douter, puisque notre Seigneur mêma i'avoit choisi et appelé comme les autres, et qu'il ne se pou voit tromper en le choisissant, car il avoit le discernement des esprits.
C'est une chose certaine que quand Dieu appelle quelqu'un par prudence et providence divine, il s'oblige de fournir tous les aides requis pour le rendre parfait en sa vocation. Quand il appelle quelqu'un au christianisme, il s'oblige à lui fournir tout ce qui esd requis pour être bon chrétien. Tout de même, quand il appelle quelqu'un pour être prêtre ou évêque , religieux ou religieuse, il s'oblige en même temps à lui fournir tous les moyens requis pour être parfait en sa vocation.
En quoi toutefois il ne faut pas penser que ce soit nous qui l'obligions à ce faire, en nous faisant prêtre ou religieux , vu qu'on ne sauroit obliger notre Seigneur que comme on s'oblige soi-même par soimême , provoque par son infinie bonté et miséricorde ; tellement qu'en me faisant religieux, notre Seiç;neur est obligé de me fournir tout ce qu'il faut que j'aie pour être bon religieux , non point par devoir.
mais par sa miséricorde ei providence ia^ finie : or la divine majesté ne manque jamais de soin et de providence toodnat tout ceci.
Et pour nous le mieux faire croire, eDe s*y est obligée, en sorte qu'il ne faut jamais entrer en opinion qu'il y ait de sa faute quand nous ne réusaisaona pas bîea; non qu'il ne donne aussi quelquefois lai mêmes aides et secours à ceux-là mèoMi qu'il n'a point appelés, tant est grande m mifléricoitle et sa libéralité.
Et si bien il donne toutes les conditioDi requises pour être parfait en la vocatioa où il nous appelle, ce n'est pas à dire qu'il nous les donne tout à coup , en telle sorte que ceux qu'il a appelés soient parfuli tout à l'instant de leur entrée dans leur vo* cation : car les religions ne seroient poiil nommées des hôpitaux comme dans l'antiquité. Elles étoient ainsi nommées, et In religieux, du mot grec 0«^A7rtvTAi (Thénpeutes), qui veut dire guérisseurs dans kl hôpitaux, pour se guérir les uns les autres. Il ne faut donc pas penser qu'en entranl en religion , on soit parfait tout promplement , mais oui bien qu'on y vient pour tendre à la perfection.
Ce ne sont donc point les mines tnstes, ni les faces pleureuses , ni les personnes soupircuscs , qui sont toujours les mieux appelées ; ni ceux qui mangent plus de crucifix , qui ne veulent pas bouger des églises , et qui sont toujours dans les hôpitaux; ni encore ceux qui commencent avec grande ferveur. Il ne faut point regarder ni les larmes des pleureux, ni les soupirs des soupireux, ni les mines des cérémonies extérieures, pour connoître ceux qui sont bien appelés ; mais ceux qui ont une volonté ferme et constante de vouloir guérir, et qui pour cela travaillent avec fidélité pour recouvrer la santé spirituelle. Il ne faut pas aussi tenir pour marqua d'une bonne vocation les ferveurs qui fool qu'on ne se contente point dans sa vocation, mais qu'on s'amuse à quelques désiiv qui sont pour Fordinairc vains, mais apparents d'une plus grande sainteté de vie; car pendant qu'on s'amuse à rechercherce qui bien souvent n'est pas , on ne fait pas ce qui nous peut rendre parfaits en celle que nous avons embrassée.
DE S. FRAlfÇMS DE SALES.
LETTRE DXC.
rto ém Salnl , |»ar le père D. Jeao 4e SL-Frtnfolt.)
ir la réception eÙaprobaiioD des filles.
r Vétat de postulante,
première réception dans le habit séculier, comme on ne beaucoup les connoitrc, à bonne mine que toutes y appelles se montrent en paroles 3s que S. Jacques et S. Jean cède notre Seigneur, ainsi it bonnement éconduire. Et l'y doit pas faire trop grand s recevoir. Et tout ce qu'on est qu'on peut observer leur la conversation qu'on a avec )ltre quelque chose de leur
i est de la santé corporolle et ités de corps, on n'y doit 1 fort peu de considération ; dans la Visitation on peut y inGrmes et les imbéciles, -tes et les robustes ; et elle a faite pour elles, pourvu que des inflrmilés si pressantes endent tout à fait incapables règle , et inhabiles à faire ce r vocation.
( prise d*habit ou vêture.
cevoir les ûUes à l'habit et au loit y apporter d'autant plus et de considération, qu'on a noyens de remarquer leurs ions et habitudes. Pour être îâ, ou colères, ou sujettes à ssion , cela ne doit point émis soient admises au noviciat, les y aient une bonne volonté * , do se soumettre , et de se decines et médicamens prouérison ; et , bien qu'elles y répugnance, ou qu'elles les )C difficulté grande, cela ne ; , pourvu qu'elles ne laissent ier; ni encore qu'elles aient de et grossière, pour avoir *ies et mal civilisées, cela ne I pêcher leur réception : car, aient plus de peine et diffi-
culté que les autres qui ont le naturel plus doux et plus traitable , si toutefois elles veulent bien être guéries, et témoignent une volonté ferme à vouloir recevoir la guérison , quoi qu'il leur coûte, à celles-là il ne faut pas refuser la voix , nonobstant leur chute : car ces personnes-là, après un long travail , font de grands fruits en la religion , et deviennent grandes servantes de Dieu , et acquièrent une vertu forte et solide ; car la grâce de Dieu supplée au défaut, et d'ordinaire, où il y a moins de la nature, il y a plus de la grâce.
a** Pour la profession.
Quant à ce qui est de recevoir les filles à la profession , il est requis une plus grandeconsidération : il faut observer trois choses.
La première, que les filles soient saines, non de corps, mais de cœur et d'esprit, c'est-à-dire , qu'elles aient le cœur bien disposé à vivre dans une entière souplesse et soumission.
La seconde , qu'elles aient l'esprit bon ; non pas de ces grands esprits qui sont pour l'ordinaire vains et pleins de suffisance, et qui, étant au monde, étoient des boutiques de vanité , et viennent en reliligion, non pas pour s'humilier, mais comme si elles y venoient faire des leçons de philosophie et théologie , voulant tout conduire et gouverner. A celles-là il faut y prendre garde de fort près. Mais un esprit bon est un esprit médiocre, qui n'est ni trop grand ni trop petit ; celles-ci sont à estimer, parce que ces esprits-là font toujours beaucoup, sans pourtant qu'ils le sachent : ils s'appliquent à faire, et s'a* donnent aux vertus solides ; ils sont trai-> tables , et on n'a pas beaucoup de peine à les conduire, car facilement ils comprennent.
La troisième chose qu'il faut observer, c'est si cette fille a bien travaillé dans son année de noviciat ; si elle a bien souffert et profité des médecines qu'on lui a données , propres à la rendre quitte de son mal ; si elle a bien fait valoir les résolutions qu'elle fit en entrant en religion, et depuis en son noviciat, de changer et amender ses mauvaises habitudes, humeurs et inclinations. Si l'on voit qu^elle persévère fidèlement en sa résolution , et
LeYIIIE^
quo sa volonté demeure ferme et constante pour Continuer, ayant remarqué qu'elle se soit appliquée à se réformer et se former selon les règles et constitutions ; si celte volonté lui dure toujours, voire de vouloir toujours mieux faire , c'est une bonne conduite pour être reçue : encore que par-ci par-là elle ne laisse pas de faire de grandes fautes, et même asse:^ souvent, cela ne la doit point faire refuser.
Car, quoiqu'on Tannée de son noviciat elle ait dû travailler â la réformation do ses mœurs et habitudes, ce n'est pas à dire pour cela qu'elle ne dofVe point faire do chutes , ni qu'à la fin de son année elle doive être parfaite ; ainsi que les apôtres, encore qu'ils fussent bien appelés et qu'ils eussent longtemps travaillé en la réformation de leur vie, ne laissaient pas défaire des fautes , et non-seulement en la première année, mais encore en la seconde et en la troisième.
LETTRE DXa.
i» PAA1IÇ0I8 DB 8ALS8 , A UNE RELIGIEUSE ,