‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 320 sur 450 · BUPKRIBURE DB LA VISITATION · texte numérisé non relu

BUPKRIBURE DB LA VISITATION

AnM^f.

Le SainI lui indique la manière de distinguer les fausses révélations d'aveo les bonnos. Le S^int propose ensuite des remèdes à ces illusions. Il parle après cela de la Tocatlon d'une demoiselle que aea parens avoient obli;:èe de renoncer à un mariage, et qui, pour celti; raison avoil pris le parli du couvent. Il dit qu'on peut être appelé de Dieu en bien des manières difTèrenlcs; qu'il y a bien peu de vocations pures; coinnioni on peut connollre ai une Toration est bonne.

Puisque je n'ai su plu> tôt , ma Irèschère fille , je répondrai maintenant aux deux points principaux pour lesquels vous m'avez ci*devant écrit.

En tout ce que j'ai vu de cette fille , jo ne trouve rien qui ne me fusse p"n<iT qu'elle no soit fort bonne fille, et (juc partant il la faut aimer et chérir de fort bon cœur; mais qUantà ses visions, révciations et prédictions , elles me ëont inliniment suspectes, comme inutiles, vaines et indignes de considération : CHr d*un côté elles sont si fréquentes , que la seule fréquence et multitude les rend dignes de soui)ron; d'autre part, elles portent des manifestations de certaines choses que l)i(?u déclare fort rarement, comme l'assurance du salut éternel, la confirmation on ;^i-ace, le de^ré de sainteté de plusieurs personnes ,

et cent autre» cbOBes psrtiliês qui ne aer vent tout à fait rien , de sorte qoB S. Grégoire ayant été interrogé par une dame d'honneur de l'impératrice, qui ft'appeloit Grégoire , sur l'état de son futur salut, il lui répondit : Votre douceur, ma fille me demande une chose qui est également difficile et inutile. Or, dédire qu'à ravenlron connoîtra pourquoi ces révélatiotia se font, c'cbt un prétexte que celui qui les fait prend pour éviter le blûme des inutilités de telles choses.

Il y a plus : que quand Dieu se veut Servir des révélations qu*il donne aux créatures , il fait précéder ordinairement ou des miracles véritables , ou une salnUité très-particulière en ceux qui les reçoivent Ainsi le malin esprit , quand il veut notitblomcnt tromper quelque personne, avant que de lui faire faire des t^vélatiohs fausses, il lui fait faire des présages faux, et lui fait tenir un traiti de vie faussement sainte.

Il y eut , du temps de la bienheureose sœur Marie de llncamation , une fiUe ds bas lieu , qui fut trompée d*une tromperie la plus extraordinaire qu'il est possible d'imaginer. L'ennemi, en forme do notre Seigneur, dit fort Ion jj;- temps ses heures avec elle , avec un chant si mélodieux qu'il la ravissoit perpétuellement. Il la communioit fort souvent sous l'apparence d'une duée argentine et resplendissante , dedans laquelle il faisoit venir une fausse hostiv dans sa bouche : il la fuisoit vivre aans manger chose quelconque. Quand elle pM^ toit l'aumône à la i)orte , il multiplioil le pain dans son tablier, de sorte que si elle ne portait du pain que pour trois pauvres, et il s'en trouvoit trente, il y avoit pour donner à tous très-largement, et du pain fort délicieux, duquel son confesseur même, qui éloitd'un ordre très-réformé , envojoit ça et là parmi ses amis spirituels , pardévotion.

Cette fille avoit tant de révélations, qu'enfin cela la rendit suspecte envers les gens d'esprit. Elle en eut une extrèmemeol danj^erouBo , par laquelle il fut trou\'é bon de faire essai de la sainteté de cette crét* ture , et pour cela on la mit avec la bienheureuse sœur Marie de l'Incarnation, lors encore mariée, oti étant chambrière, cl traitée un peu durenuînt par feu M. Acarie,

OD déoouvrit que cette fille n'étoit nullement sainte, et que sa douceur et humilité extëneure n*étoit autre chose qu*une dorure extérieure que Fenncmi employoit pour faire prendre les pilules de son illusion , et enfln on découvrit qu*il nY avoit chose du monde en elle , qu'un amas de visions fausses; et quanta elle, on connut bien que non-seulement elle no trompoit pas malicieusement le monde, mais qu'elle étoit la première trompée , n'y ayant de son côté aucune autre sorte do faute, sinon la complaisance qu'elle pronoit à s'imaginer qu'elle étoit sainte , et la contribution qu'elle faisoit de quelques simulations et duplicités pour maintenir la réputation de sa vaine sainteté. Et tout ceci m*a été raconté par la bienheureuse sœur Marie de l'Incarnation.

Voyez , Je vous prie , ma très-chère fille, l'astuce et finesse de l'ennemi , et combien ces choses extraordinaires sont dignes de loupçon : néanmoins, comme je vous ai dit, il ne faut pas maltraiter cette pauvre fille , laquelle , comme je crois , n'a point d'autre coulpe en son affaire , que celle du vain amusement qu'elle prend en ses vaines imaginations.

Seulement , ma très-chère sœur, il lui faut témoigner une totale négligence, et un parfait mépris do toutes ses révélations et visions, tout ainsi que si elle racontoit des songes ou des rêveries d*une fièvre chaude, sans s'amuser à les réfuter ni combattrc; ains au contraire, quand elle en veut parler, il faut lui donner le change , c'estrà-dire, changer de propos , et lui parler des solides vertus et perfections de la vie religieuse , et particulièrement de la simplicité de la foi , par laquelle les saints ont marché , sans visions ni révélations particulières quelconques, se contentant de croire fermement à la révélation de l'Écriture sainte, et de la doctrine apostolique et ecclésiastique.

Inculquant bien souvent la sentence de tto^re Seigneur, qu'il y aura plusieurs faiseurs de miracles et plusieurs prophètes auxquels il dira à la fin du monde : a Re- B tirez-vous de moi , ouvriers d'iniquité : » je ne vous connois point (4). » Mais pour

(t) Multl dlccnt mlhl In IllA dl« t Domine, Domine, MBiM In nomlno tno prophtiâTlmu, •! te nonlm tno temonla cjecimiu, et In nomino lao Tirtotetf malUi £•-

Tordînaire il faut dire à cette fille : Par- Ions de notre leçon que notre Seigneur nous a commandé d'apprendre, disant : c Appre- » nez de moi que je suis doux et humble » do cœur (4). > Et en somme, il faut témoigner un mépris absolu de toutes ces révélations.

Et quant au bon père qui semble les approuver, il ne faut pas le rejeter ni disputer contre lui , ains seulement témoigner, que pour éprouver tout ce trafic de i^vélations , il semble bon de les mépriser et n'en tenir compte. Voilà donc mon avis pour le présent quant à ce point.

Or, quant à la vocation de cette demoiselle , je la tiens pour bonne , bien qu'elle soit mêlée de plusieurs imperfections du côté de son esprit , et qu'il scroit désirable qu'elle fût venue à Dieu simplement et purement, pour le bien qu"il a d'être tout à fait à lui. Mais Dieu ne tire pas avec égalité de motifs tous ceux qui l'appellent à soi ; ains il s'en trouve peu qui viennent tout à fait à son service , seulement pour être siens , et le servir.

Entre les filles desquelles la conversion est illustre en l'Évangile , il n'y eut que la Madeleine qui vint par amour et avec amour : l'adultère y vint par confusion publique , comme la Samaritaine par confusion particulière : la Chananée vint pour être soulagée en son affliction temporelle : S. Paul, premier ermite, Âgé de quinte ans , se retira dans sa spélonque pour éviter la persécution ; S. Ignace de Loyola par la tribulation , et cent autres.

11 ne faut pas vouloir que touscommence:.t par la perfection : il importe peu comme l'on commence , pourvu que l'on soit bien résolu de bien poursuivre et do bien finir. Certes, Lia entra fortuitement et contre la civilité dans le lit de Jacob destiné à Rachel ; mais elle s'y comporta si bien, si chastement et si amoureusement, qu'elle eut la bénédiction d'être la grand'mère de notre Seigneur. Ceux qui furent contraints d'entrer au festin nuptial de l'Évangile ne laissèrent pas de bien manger et de bien boire.

Il faut regarder principalement les dis-

elmnet •! tnno conBlnbor lUU, Oala nnnqnam noTl to^ 41icedlte à me qnl opertmini Inlqolutem. Matti., a. tii, T. ttetflt.

(t) Diidie * ■• fila bUIi ms «i taaUto Hatti-, o. xi, t. t9.

LETTBES

positions de ceux qui viennent à la religion ; pour la suite et persévérance ; car il y a des nmes lesquelles n*y entreraient point si le monde leur faîsoit bon visage , et que l'on voit néanmoins être bien disposées à véritablement mépriser la vanité du siècle. Il est tout certain, ainsi qu'en raconte l'histoire, que cette pauvre fille de laquelle nous parlons n'a voit pas assez de générosité pour quitter l'amour de celui qui la recherchoit en mariage , si la contradiction de ses parens no l'y eût contrainte : mais il nMmporte, pourvu qu'elle ait assez d'entendement et de valeur pour connottre que la nécessité qui lui est imposée par ses parens vaut mieux cent mille fois que le libre usage de sa volonté et de sa fantaisie (lisez en Platus, De Vétat religieux, chap. 36 , la réponse qu'il a faite à ceux qui disent qu'ils ne peuvent connoitre s'ils sont appelés de Dieu), et qu'enfin elle puisse bien dire : Je perdois ma liberté , si je n'eusse perdu ma liberté.

Or , ma très-cbère fille , le moyen d*aider cet esprit, pour lui faire connoitre son bonheur, c'est de le conduire le plus doucement que Ton pourra aux exercices de l'oraison et des vertus , de lui témoigner un grand amour de votre part et de toutes nos sœurs , sans faire nul semblant de l'imperfcction du motif par lequel elle est entrée, de no point lui parler avec mépris de lu personne qu'elle a aimée; que si elle en parle , il faut renvoyer le propos à Dieu , comme seroit de lui dire : Dieu le conduira par le chemin qu'il sait être le plus convenable.

Vous me demandez si on pourra permettre l'entrevue entre eux deux. Je dis qu'à mon avis il ne faut pas reconduire tout à fait, si elle est grandement désirée : mais pour le commencement il faut gauchir et biaiser le refus; puis quand vous reconnotlrez que la fille est bien résolue au parti bienheureux de l'amour de Dieu , vous pourrez permettre deux ou trois entrevues, pourvu qu'ils pormeltent la présence de deux ou trois témoins ; et si vous en êtes l'une , il faut avec dextérité les aider à se dire adieu , et à louer leurs intentions passées, leur donner le change, et dire qu'ils sont bienheureux de s'être arrêtés au chemin dans lequel la raison les a conduits , et qu'une once de pur amour

divin qu'ils le porteroDt l*im à raatre désormais, vaut mieux que cent mille BTres d& l'amour par lequel ils a voient oommeiicé leurs affections.

U y a une bonne histoire à ce propos es Confessions de S. Juffustin[^), de deux gentilshommes qui avoient épousé deux demoiselles , qui , après avoir renoncé aux prétentionsdes noces, se firent, àrimîtatia les uns des autres , tous quatre religieux.

Et ainsi , sans faire semblant de craindre par trop leurs entrevues , il faut petit à petit les conduire de la voie de l'amonr en celle d'une sainte et pure dilection; Si cette fille a l'esprit conditionné , comme l'on m'a dit de votre part , je m'assure que bieatM elle se trouvera toute transfomaée, et qu'elle admirera la douceur avec laquelle notre Seigneur l'attire en son lit nuptial , parmi tant de fleurs et de fruits odorans tout àlait célestes.

Quant à ce que le monde dira de cette vocation , il n'y faut faire nulle sorte de réflexion; car ce n'est pas aussi pour luiqu'oo l'accepte. Je fais réponse à cette ame seloo mon sentiment ; vous la ménagerez comme vous verrez le mieux à faire.

Quanta mademoiselle N. , je dis de même qu'il la faut laisser venir , bien que le choix du lieu témoigne quelque imperfection de tendreté ou de motif mêlée parmi sa vocation ; comme réciproquement il y en peut avoir en Taversion que notre sœur S. deN. a par aventure de la voir venir de deçà : mais gardez-vous bien de lui dire cette mauvaise pensée qui me vient à l'esprit; car , au reste , c'est une bien brave soeur , que j'aime parfaitement, parce que, comme je m'assure , elle ne vit pas selon ses sentimens , ses aversions et inclinations , qui lui font désirer l'éclat et la gloire de son monastère , ains plutôt selon l'esprit de la croix do notre Seigneur, qui lui fait perpétuellement renoncer aux saillies de lamou r-propre.

J'avois oublié de vous dire que les visions et révélations de celte fille ne doivent pas être trouvées étranges, parce que la facilité et tendreté de l'imagination des lilb les rend beaucoup plus susceptibles de ces illusions que les hommes : c'est |H}nrquoi leur sexe est plus adonné à la créance des songes , à la crainte des péchés , et à ia

«guf.vni,cta».t.

rrédulîté des saperstîtions. H leur est sourent avis qu'eues voient ce qu'elles ne roient pas , qu'elles oient ce qu'elles n'oient MS , et qu'elles sentent ce qu'elles ne sen- «Dt point.

Plaisante histoire d'une de mes parenaes , de laquelle le mari étant mort en Piénont , s'étant imaginée qu'il l'avoit laissée ptme, elle demeura en cette imaginaire l^rossesse quatorze mois , avec des imagilaîres douleurs et des imaginaires sentinraa des mouvemensde l'enfant , et à la in écria tout un jour et toute une nuit «nni des tranchées imaginaires d'un ima- ^maire enfantement; et qui l'eût crue à xm serment, elle eût été mère sans faire locun enfant.

n faut donc traiter cet esprit-là avec le iiépris de ces imaginations , mais un mé- XÎ8 doux et sérieux , et non point moqueur li dédaigneux. Il se peut bien faire que le nalin esprit ait quelque part en ces illuâons; mais je crois plutôt qu'il laisse agir 'imagination sans y coopérer par de simdes suggestions. La similitude apportée war l'explication du mystère de la sainte IVinité est bien jolie , mais elle n'est pas lors de la capacité d'un esprit qui se cornet en ses propres imaginations.

LETTRE DXai.

(TM« dt la tto dn Satnt , par !• pèrt m. Imb dt St-Frtnçoif.)

kffit d« Saint sar Phamilité do coar et sur les raYisiemens,etc.

Noos ne devons pas désirer des choses extraordinaires, comme, par exemple, c[ue Dieu nous fasse comme à sainte Catherine le Sienne , nous arrachant le cœur , et en no lieu qu'il nous donne le sien précieux ; mais nous devons souhaiter que nos paurres cœurs ne vivent plus désormais que xrus Tobéissance du cœur de ce Sauveur ; ie sera bien assez pour imiter en ce fait iiinCe Catherine : en cette sorte nous seitms doux , humbles et charitables. Et puis- ]!ie le ocBur de notre Seigneur n'a point de <M plus affectionnée que la douceur, l'huailité et charité , il faut bien tenir ferme en I0U8 ces chères vertus , la douceur envers a prochain et la très-aimable humilité enrers Dieu ; la vraie sainteté gtt en la dileciaQdeDîea,etnon pasàfairedesniaiseries

d'imaginations , de ravissemens , qui nourrissent Tamour-propre , dissipent l'obéissance et l'humilité : vouloir faire les extatiques , c'est un abus. Mais venons à l'exercice de la vraie et véritable douceur et soumission , au renoncement de soi-même , à la souplesse de cœur, à l'amour de l'abjection, à la condescendance aux intentions d'autnii ; c'est cela qui est la vraie et plus aimable extase des serviteurs de Dieu.

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