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nous découvrons par après en la pratique.
Eh bien ! vous me dites qu'en queiio sauce que Dieu vous mette , ce vous est tout un. Or sus vous savez bien en quelle sauce il vous a mise , en quel état et condî'> tion; et dites-moi, vous est-il tout unV Vous n'ignorez pas non plus qu'il veut que vous payiez cette dette journalière de la- ' quelle vous m'écrivez , et néanmoins ce ne * vous est pas tout un. Mon Dieu ! que i'amour-propre se fourre subtilement parmi nos affections , pour dévotes qu'elles semblent et paroissent.
Voici le grand mot : Il faut regarder ce que Dieu veut, et, le reconnoissant, il faut s'essayer de le faire gaiement, ou au moins courageus'^ment ; et non-seulement cela , mais il faut aimer cette volonté de Dieu , et l'obligation qui s'en ensuit en nous, fût-ce de garder les pourceaux toute notre vie, et de faire les choses les plus abjectes du monde ; car en quelle sauce que Dieu nous mette, ce nous doit être tout un : c'est là le blanc de la perfection , auquel nous devons tous viser ; et qui plus en approche, c'est celui qui emporte le prix.
Mais courage, je vous supplie ; accoutumez petit à petit votre volonté à suivre celle deDieu, où qu'elle vous mène.Faites qu'elle se sente fort piquée quand votre conscience lui dira , Dieu le veut ; et petit à petit ces répugnances que vous sentez si fortes s*affoibliront, et bientôt après cesseront du tout.Mais particulièrement vous devez combattre pour empêcher les démonstrations extérieures de la répugnance intérieure que vous avez, ou au moins les rendre plus douces. Entre ceux qui sont ou courroucés ou mécontens , il y en a qui témoignent leurs déplaisirs seulement en disant : Mon Dieu , que sera ceci ? et les autres disent des paroles plus cuisantes , et qui ne témoignent pas seulement un simple mécontentement , mais une certaine fierté et dépit ; je veux dire qu'il faut petit à petit amender ces démonstrations , les faisant moindres tous les jours.
Quant au désir que vous avez de voir les vôtres fort avancées au service de Dieu et désir de la perfection chrétienne, je le loue infiniment ; et , comme vous souhaitez, j'ajouterai mes foibles prières aux supplications que vous en faites à Dieu. Mais, ma* dame, il faut que je confesse la vérité; je
LETTRES
craiiii perpétuellement en ces désirs qui ne sont pas de ressencc do notre salut et perfection , qu'il ne s'y mùlc quelque sujétion du raniour-pro))rc et de notre propre volonté : comme , ])ar exemple , que nous nous amusions tant ù ces désirs qui no nous sont pas nécessaires, que nous ne laissions pos assez de place en notre esprit pour les désirs qui nous sont plus requis et plus utiles, de notre propre humilité, résignation , douceur de cœur, et semblables ; ou bien que nous ayons Umt d'ardeur en ces désirs, qu'ils apportent de l'inquiétude et de Tempressement, et enfin que nous ne les soumettions pas si parfaitement au vouloir de Dieu qu'il seroit expédient.
Jo crains semblables choses en tels désirs : c'est pourquoi je vous supplie de bien prendre garde à vous pour no point tomber en ces inconvénients, comme aussi de poursuivre ce désir doucement et suavement , c'est-à-dire sans j^our cela importuner ceux auxquel-^ vous désirez do persuader cette perftHTtion , ni même découvrir votre désir; car, croyez-moi , que cela reculeroit l'affaire au lieu de l'avancer. Il faut donc, et par exemple et par paroles, semer parmi eux tout bellement des choses qui les puissent induire A votre dess(Mn; et, sans ftiire semblant de les vouloir instruire ou pr-rnor, jeter petit à petit des saintes inspirations et coi^itations dedans leur esprit. Eu celte sorte vous i^ap;nerez beaucoup plus qu'on aucune autre façon , surtout y aji^ul:mt la prière.
MTTRE DCLXX.
s. FnANÇ.;I6 DE SALES , A L'NC DAME MAniÉE.
(Jue la piêié soit solide- Il rant y Hre fidèle partoal et cil tout sans se dciueutir.
Madiime , je loue Dieu do tout mon cœur, de voir en votre letlre le '^nind couro'je que vous avez de vaincre le utrs les (!ifliciillôs pour être vraiment et sainîenieiit dé\ote en votre vocation. Faites-le, et attendez de Dieu de irrandes bénédictions ; p!us snns doulc (n une heure d'une telle dévotion bien et justement réglée, qu'en cent jours d'une dévotion bizarre, mélancolique et dépendante de votre propre cervelle. Tenez ferme en ce train , et ne vous laissez nullement ébranler en cette résolution.
Vous avez , ce me dltea-vout » un pea ri* lâché de vos exercices aux champs. Ek bien , il faut retendre l'arc , et recommencer avec tant plus de soin : mais une autre fois il ne faut pas qpe les champs tous ajh portent cette incommodité ; non , car Dieu y est aussi bien qu'en là ville.
Vous avez maintenant le petit écrit de la méditation , pratiquez-le en paix et repos. Pardonnez-moi, ma chère dame, si je trousse un peu plus court ma lettre que vous no désireriez ; car ce bonhomme Rose me tient tellement au collet pour le faire dépêcher, qu*il ne me donne pas le loisir de pouvoir écrire.
Je prie notre Seigneur qu'il vous donne une singulière assistance en son Saint-Esprit , afm que vous le serviez de cœar et d'esprit selon son bon plaisir. Priez-le poor moi , car j'en ai besoin , et jamais je ne TOUS oublie en mes foiblcs oraisons.
Si monsieur votre mari ne me tient pas pour son serviteur, il a bien tort ; car je îe suis três-assu rément , et de tout ce qui vous appartient. Dieu soit à jamais avec vous e( en votre cœur. Âmcn.
LETTRE DCLXXI.
s. FRANÇOIS nE SALES , A UN GENTILHOHIIE
; Trop parler est la plus mauvaise façon de mal parler : la seule modération corrige cei excès. Mépriser l'injure esl It remède k U
' oaloiniiie.
liïon?ieur, vous m*avez grandement obligé recevant en bonne part ma franchise, bi< n (pi'à vrai dire vous ne pouviez bonnement lui refuser ce gracieux accueil , puisqu'elle alloit vers vous avec le sauf-conduil de v'tro semonce , et sous la faveur d'une vr.ie amitié : au<-i n*avois-je garde de lui df r:ii r le vol autrement. Je ne veux nullem- nt répliquer sur la déclarnlion qu'il vous p!::il (!«• me faire de votre intention en l'édit'y n (lu petit livre; c;ir jo serois marri si j'avuis jamais eu un seul petit sou|içon au contraire : mais je dirai seulement co mot qui part de la condition de mon esprit.
Si quelqu'un a\ oit immodérément parié ou écrit de Tautorité , il auroit srand tort; car il n'y a pas de plus mauvaise faconde mal flire que de trop dire. Si on dit moins qu'il ne finit dire, il est aisé d'ajouter: mais itprès avoir trop dit, il est malaisé de »•
DR S. FRANÇOIS DE SiaCS.
par delà
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tnDCher jeton ne peut Jamais hire le retranchement sitât qu'on pui^îsc empêcher la nuisance de i'eicès.
Or voici le haut point de la vertu, de corriger l'immodâratioD modérément. 11 est presque impossible d'atteindre à ce signe de perfection; je dis, presque , à causa de ceiai qni dimy. OumhU qui oderantpaeem tram pacifiaa. Autremenije pense que je db l'eusse pas dit ; car leîi chasseurs poussent partout dans les buissons , et reiDument souvent plus gâiâs que la béte qu'ils ont cuidé gâter. La plupart de ces propos mal mesurés qu'on dilou qu'onécrit •ont plus heureusement repouués par io mépris que par l'opposition; mais n'en parlons donc plus. ACésar ce qui e^t àCé- ■ar, mais aussi à Dieu ce qui est à Dieu {%).
Je vous écria sans loisir, vous me sup- . porterez, s'il vous plaît, selon votre bonté, et aycint égard à mon affection qui est tout inclinée à vous honorer et chârir très-spécialement : et sur cela , jo prie notre Seigneur qu'il vous remplisse de la ^rax», paix et suavité de eon Saint-Esprit, et donna sa sacrée bénédiction à toute votre famille ; leiKiant au surplus pour ce porteur à TOUS dire comme notre Glle se porte bien.
Je suis v^tre, etc.
LETTRE DCLXXn.
S. ruiTcois na sales , a u.nb demoiskllb. !■• Sjlnl lui acril pour U délourncr d'un pncM
HMrqaa de gtnérolilé tt an remaja É la a-
Sur la première partie de la lettre que TOUS av<>z écrite fi madame N , ctquovous avez désiré m'étre communiquée, ma trëschërc fille, je vous dirai que si AI. N. ne vous faisoit point d'autres allégations que celles que vous marquez, et »'\\ avoilaffuire devant nous, nous iDroniliimncrions à vous épouser sous de grosses peines; car il n'y a pas raison que , pour des ronsîdérations qu'il a pu et dû taire avant aa promesse, il veuille maintenant rompre parole. Or je DO sais pas comme ces clioscs pa&sent
iBiCBurli, Ccwrl.a
souvent on ne sait pas les règles que nous avons en nos affaires ecclésiastiques.
Au demeurant, ma très-chère fille, le désir que j'ai eu de vous dissuader do la poursuite de ce mauvais procès, n'avoit point son origine de la défiance de votre bon droit , mais de l'aversion et mauvaise opinion que j'ai pour tous les procès et toutes les contentions. Certes , il faut que l'issue d'un procès soit merveilleusement heureuse, pour réparer les frais, [es amertumes, les empresacmens, la dissipation du cœur, l'odt'ur des reprorhes et la multitude des incommodités^iue les poursuites ont accoutumé d'apporter. Surtout j'estime fùcheiix et inutiles, ains dommageables, les procès qui se (ont pour les paroles insoientoâetmanqucmens de promesses, quand il n'y a point d'intérêt réel ; parce que les proL'ës , en iicu de suffoquer les mépris, ils les publient, dilatent, et font continuer; et en heu de réduire à l'observation des promesses , ils portent à l'autre extrémité.
Voyez-vous, ma chère fille, J'estime qu'en vraie vérité le mépris du mépris est le témoignage de générosité que l'on rend par les dédains de la foiblesse et inconstance de ceux qui rompent la foi qu'ils nous ont donnée : c'est le meilleur remède de tous. La plupart des injures sont plus heureusement rejotées par le mépris qu'on en fait que par aucun autre moyen; le bldme en est plus pour l'injurieux que pour l'injurié. Avec tout cela mBintenonlco ■'Ont messcntimcns généraux, lesqucispeut- être no sont pas propres pour l'élat particulier auquel vos affaires se trouvent ; et suivant un bon conseil pria sur la considération dos particulières circonstances qui se présentent , vous ne pouyez pas faillir.
Jo prierai donc notre Seigneur qu'il vous donne une bonne et sainte issue de cette affaire, afinque vous abordiei au port d'une solide et constante tranquillité de cœur, qui ne sepciitobt<>nir qu'en Dieu, au saint amour duquel je souhaite que de plus en plus vousfasEiez^rogrés. Dieu vous bénisse de ses grnndesbénédictions, ma chère fille; c'c!;t-à-diro. Dieu vous rende très-parfail» ment toute sienne.
Je suis en lui votre trèa-affectianné'i etc.
Je salue de tout mon OBur monsieur votre père, quo Je chéri» avec un amour
et roneiir très-particulier, et madame volrschÎTO Fœur.
LETTRE DCLXXIH.
f. nityçOlA DE SALES, A UNE DElfOISELLB. Conicili pour éiîtcr no piocét.
Que je suis marri , ma tr6s-ch6re fille , de quoi je n'iii point roru vos premières hUTci : mais notre fhérc madame N m'Hyanlcommuniquél'élat de vos affaires.
Je vous dis de tout mon (rceur c'est-à-dire de lout ce cœur qui cliérit uniquement le vôtre, que vous ne vous opiniâtrieï point qui ne paroissent qu'es occurrcDcea n
l'tipril de ebUUDB, H de Vtmamt-fnft» IM , Il rtpMqac.
Je ne VOUS dis point l'ainoar -plm qv paternel, certes, que mon cœur apov VOUS , ma trèa-chère fille , car jepmwqn Dieu m^me , qui l'« créé , vous te dira ; * s'il ne vous le fait entendre , il n'eatpaa mon pouvoir de le faire. Mjis p'.>urquol VOUS diâ-je cela? Parce, ma tr軫Un fille, que je ne vous iii t.a^ écrit ai bohtmI que vous eussiez pyul-èlre désiré , ei qttt quelquefois on fait jugement des affccùons plus par les feuilles de papier que par J» fruits des véritables sentlmcns intérieora
i pinider; vous y ■consommerez votre temps ÎQutilement , et votre cœur encore, qui est le pis.
On VOUS a rompu la fui donnée : celui qui l'a rompue en a le plus grand mal. Voulez-vous pour cela vous ocdtjier d'une si fâcheuse ocmipution comme tsl c«llo d'un mauvais pr«*aî Vous ne serez que trèsmal vengée si, aprfrs avoir reçu <-■: tort, vous perdez votre tranquillité, votre temps, et le train de votre intiTieur.
Vous ne sauriez témoiiîner plus de courone que de mi^prlsor les mépris. Bienheureux sont ceux que "on laisse en liberté au pri^<losmoîn infortuii ExclamPïromme S. Fnmçuis, quand son père hr rejetii : Ilél dii-il, je dirai donc avte ptui de confiance 1 noire Père qui i'et au ciel, puiequeje n'rn ai plut en terre. Et vous : lié ! je dirai donc, tan pin;:: corjliilemKH'iit : Mon
éjH>UK
Oon-^ervei votre ranquilli bon '^s'ià la providence divine, nui vous ramènoauportduque vous vous éloigniez. I Gomme vous pensiez faire , en lieu de navi;nition, vOuS eussiez peut-être fait un grand naufrage. Recevez cet avis d'une ame qui vous chér.t trés-puiement ctsinft-remcnt ; et je prie Dieu qu'il voii^ comt-.e de bénédictions en hâte. Je salue notre clière sœur.