LETTRE DCLXXIV
liées, et qui sont plue utiles.
Or sus, vous me demandez un papier que jusqu'à présent je n'ai su trouver «t que M. n'a nullement. Voua désirez que s'il n'est pas entre nos mains, on envoie vivement pour en avoir un pareil de Roaw. Mais, malille, il me semble qu'à Troyn on a changé d'évéque; etsicela est , iibnl donc savoir son nom.
Et pfiii ne plu- faire de préface , jewns vais dire sans art et sans iléguisomeo» ce que mon ame désire <ie vous dire. Jusqu'à <]ijiU]il ^.T^i-fo ma très-chère fille, que viju^ prricndrei d'autres victoires sur le monde , et d'affection à ce que vous y poitvez voir, que a'Iles que noire Seigneur en 8rem|)orlées, et à Tesemple desquelles il vous exhorleen tant de façons? Comment fit-il , ce Seigneur de lout le monde ? Il est vrai, ma Tille, il étoitle Seigneur Intime I do tout le monde ; et plaida-t-il jamais
et sachez ' pour avoir seulement où récliner m (^/e (1) ? On lui fil mille torts : quel procès en eut-il jamais ? devant quel tribunal Sl-il jamais citer personne ? Jamais en vérité ; ains non pas môme il ne voulut citer les Irnilres qui Je crucifièrent devant le tribunal de la justice de Dieu (2) : au contraire nvûqiia Sur eux l'aulorilé de la misériirordr. j:i c'esL ce qu'il nous a tant inculqué (.■!). j4 qui te veut ôter en jugement ta tunique, donne-lui encore ton manteau.
s. FRANÇOIS OE SALES , A UNE DAUB
< dc> procéi,prelcilti <l aupErdicri
la 0681118 nullement superstitieux , et ne Ubne point œux qui plaident , pourvu que y soit en vérité, jugement et justice : mais 1 dis, j'exclame, j*écris, et , s'il étoit belio , j'écrirois avec mon propre sang , que iiiconque veut être parfait, et tout à fait ifant de Jésus-Cbrist crucifié , il doit praquer cette doctrine de notre Seigneur.
ue le monde frémisse , que la prudence ) la chair se tire les cheveux de dépit si lèvent, et que tous les sages du siècle ventent tant de divisions, prétextes , cxises qu'ils voudront ; mais cette parole )it être préférée à toute prudence: Quiie mt ôter ta tunique en jugement, donne' \i encore ton manteau.
Mais, ce me direz- vous, cela s'entend 1 certain cas. Il est vrai , ma très-chère le : mais , grâces à Dieu , nous sommes 1 ce cas-là , car nous aspirons à la perfecom , et voulons suivre au plus priés que His pourrons celui qui, d'une affection entablement apostolique , disoit : Ayant 9 quoi boire et manger y et de quoi nous Hir y soyons contens de cela (4 ) ; et crioit )rès les Ck)rinthiens : Certes y déjà totament et sans doute il y a faute et coulpe i vous , de quoi vous avez des procès isemble (i).ÛBis écoutez, ma fille, les senmenset les conseils de cet homme , qui ne voit plus en lui-même ^ mais Jésushriêt vivoit en lui. Pourquoi, ajoula-t-il, n^rquai n endurez-vous pas plutôt qu*on ms défraude (3) ? Notez , ma fille , qu'il irle non à une fille qui aspire d'un air partiilier , et après tant demouvemens, à la vie irfoite , mais à tous les Corinthiens. Noz qu'il veut qu'on souffre le tort, notez l'il leur dit qu'il y a de la coulpe pour iz de plaider contre ceux qui les trompent I défraudent. Mais quel péché? Péché , irce que par ce moyen ils scandalisoient s' mondains infidèles qui disoient : Voyez imme ces chrétiens sont chrétiens. Leur attre dit : ji qui te veut ôter ta tunique, mne-lui encore ton manteau (i) ; voyez >mme pour les biens temporels ils metni en hasard les éternels, et l'amour
[l)HabenlM «limeDU, et qaibiis tegamar, his contenu ■M. Tia. , e. ti, T. 8.
[t) Jan qnidem omoioù dellctam eat in Tobis, qvûd Jade kabetia Inter vos. I. Coa., c. iv, t. 7. ;S)Qoare non magis fraudein p.iiiuitni? 1. Coa., c. vi, t.
(4) El qui tnlt tecum Judicio lôiiiendere et luulcam IB toltcr#. dlaitle cl et palliuiu. IIattu , u. v. t. ;o.
tendre et fraternel qu'ils doivent avoir les uns pour les autres. Notez derechef, dit S. Augustin , la leçon de notre Seigneur : il ne dit pas , Qui te veut Oter une bague, donne-lui ton carcan , qui sont l'un et ; Vautre superflus; mais il parle de la tu- ♦ nique et du manteau , qui sont choses nécessaires. [
0 ma très-chère fille , voilà la sagesse de Dieu , voilà sii prudence, et qui consiste en la très-sainte et très-adorable simplicité., enfance, et, pour parler apostoliquementi en la très-sacrée folie de la croix.
Mais, ce rao dira la prudence humaine ^ à quoi nous voulez-vous réduire ? Quoi ! qu'on nous foule aux pieds, qu'on nous torde le nez, qu'on se joue de nous comme d'unOk marotte ? qu'on nous habille et déshabille sans que nous disions mol? Oui , il est vrai , je veux cela ; je ne le veux pas , moi , ains Jésus-Christ le veut en moi ; et l'apôtre de la croix et du crucifix s'écrie : Jusqu'à présent nous avons faim , nous avons soif, nous sommes nus, nous sommes bafoués ; et enfin nous sommes faits comme une pelure de pomme, la raclure du monde, ou une pelure de châtaigne ou une coque de noix (1). Les liabitiins do Babylone n'entendent point cette doctrine, mais les habitans du mont de Calvaire la pratiquent.
0 , me direz-vous , ma fille , mon père , vous êtes bien sévère tout à coup. Ce n'est pas tout à coup, certes ; car dès que j'eus la grâce de savoir un i>eu le fruit de la croix, ce sentiment entra dans mon ame , et n'en estjamais*sorti. Que si je n'ai pas vécu conformément à cela, ça été par foiblesse de cœur, et non par sentiment ; le clabaudcmcnt du monde m'a fait faire extérieurement le mal que je haïssois intérieurement ; et oserai dire cette parole , à ma confusion , à l'oreille du cœur de ma fille. Je ne fis jamais revanche ni presque mal qu'à contre cœur : je ne fais pas l'examen de conscience , mais selon que je vois en gros , je crois que je dis vrai ; et tant plus inexcusable suis-je au rosle.
Je le veux bien, ma fille, soyez prudente comme le serpent (2) qui se dépouille tout
(l)UAque in hanc horam et etarlotus et sitimos.et nndl
samas.et culjpl)i»caDdiraur... taiiquani puri;amt'i):a bujua
mniidi factl tumus, omniam pcrip>ema u.squeaJIiuc. I.
Cua., c. IV, T. It. 13.
fi) r.i'.nlo pruicuiea aient »erpcnlc«. HATiU., c. s; f it»
su
LETTRES
à fait, non de ses habits, mais de sa peau mCme, pour rajeunir; qui cache sa trte , dit S. Grégoire , c'est-â-dire pour nous la fidélité aux paroles évan^éliquos, et expose tout le reste à la merci de ses ennemis , pour sauver Vintégrité de celle-là.
Mais enfin que vcux-je dire? J'écris avec impétuosité cette lettre , que j'ai été forcé do faire à deux fois , et l'amour n'est pîis prudent et discret, il va de force et devant soi. Vous avez là tant de gens d'honneur, de sagesse, d'esprit, de conlialité,de piété ; ne leur sera-t-il pas aisé de réduire madame de G. et madame de L. à quelque parti dans lequel vous puissiez avoir une sainte suffisance? Sont-elles des tigres, pour ne se laisser pas sagement ramener à la raison? N'avez-vous pas là M. N., en la prudence duquel tout ce que vous êtes et tout ce que vous prétendez seroit très-bien assuré! N'avez-vous pas M. N., qui vous fera bien cette charité de vous assister en cette voie chrétienne et paisible? Et le bon père N. ne prendra-t-il pas plaisir à servir Dieu en votre affaire, qui regarde à peu près quasi le salut de votre ame, et du moins tout à fait votre avancement en la perfection? Et puis madame N. ne doit^ elle pas être crue, car elle est voirement, certes, jo ne dis pas très-bien bonne, mais elle est encore assez prudente pour vous bien conseiller en ceci.
Que de pudicilés, que d'ai;lifices, que de paroles séculières, et peut-être que de mensonges, que de petites injustices et douces et bien couvertes, etiniporceptibles calomnies, emploie-t-on en ce tracas de procès et de procédures ! direz-vous ix)int que vous voulez vous marier, pour scandaliser tout un monde par un mensonge évident, si vous n'avez un précepteur continuel qui vous souille à l'oreille la pureté de la sincérité ?Ne direz-vous point que vous voulez vivre au monde, et être entretenue selon votre naissance? que vous avez besoin de ceci et de cela? et que sera-ce de toute cette fourmilière de pensées et imaginations que ces poursuites produiront en votre esprit? Laissez, laissez aux mondains leur monde : qu'avez-vous besoin de ce qui est requis pour y passer? Deux mille écus, et moins encore, suffiront très-abondamment pour une tille qui aime notre Seigneur crucifié. Cent et cinquante écus
do pension, ou deux cents, sotit desrich» ses pour une fille qui croit en Tarlicle de la pauvreté évangélîque.
Mais si je n'étois pas religieuse deddture, ains seulement associée à quelque monastère, je n'aurois pas de quoi me faire appeler madame , sinon par une ou deux servantes. Et comment? Avez-vous vu ja mais que Notre-Dame en eût tant? Qud vous importe-t-il que Ton sache que vous êtes de bonne maison selon le monde, pourvu que vous soyez de la maison de Dieu? Oh! mais je voudrois fonder quelque maison de piété, ou du moins faire de grandes assistances à une maison; car, étimt infirme de corps, cela me feroit plus gaiement supporter. Da, il est vrai, ma très-chère fille, je le savois bien que votre piété faisoit planche à ramour-propre,tant elle est piteusement humaine. Certes, en somme, nous n'aimons pas les croix, si elles ne sont d'or, em perlées et émaillées.Ceât une riche, quoique très-dévote et admirablement spirituelle abjection , que d*être regardée dans une congrégation comme fondatrice, ou du moins grande bienfaitrice. Lucifer se fût contenté de demeurer au ciel à cette condition-là. Mais de vivre d'aumône comme notre Seigneur, de prendre la charité d'autrui en nos maladies, nous qui d'extraction et de courage sommes ceci et cela, cela certes est bien fâcheux et difficile. Il estvrai, il estdiffîcile à l'homme, mais non pas au fils de Dieu, qui le fera en vous.
Mais n'est-ce pas une bonne chose d'avoir le sien pour l'employer à son gré au service de Dieu? Le mot à son gré fait les éclaircissements de notre différend. Mais je dis, à votre gré, mon père ; car je suis toujours votre iille. Dieu l'ayant ainsi voulu. Or sus, mon gré donc est que vou» vous contentiez de ce que M. N. et madame de N. aviseront, et que le reste vous le iaisr siez pour Ta'mour de Dieu et l'édification du prochain, et la paix des âmes de mesdames vos sœurs, et que vous ie consa criez ainsi à la dilection du prochain et à la gloire de l'esprit chrétien. 0 mon Dieu! que de bénédictions, que de grâces, que de ridiessos spirituelles pour votre anio, ma Irès-chèro fille! si vous fiiites ainsi, vous abonderez et surabonderez : Dieu bénira votre peu , et il vous contentera :
non, non , W n^cst pas diiFicile à Dieu de ftiire autant avec cinq pains d'orge, comme Sabmon avec tant de cuisinière et de pourvoyeurs. Demeurez en paix. Je suis trèstovariableiâent votre vrai serviteur et père.
LETTRE DaXXV.