‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 355 sur 450 · FlUNÇOIS DE SALES; A UKB DAMB · texte numérisé non relu

FlUNÇOIS DE SALES; A UKB DAMB

UiM faac poinl 8'inquiéter de set chutes , «Toirde la compassion pour les misères du procbain. Pratique pour aider à se tranquilliser.

J'ai TU, ma très-chère fille, cette petite infirmité qui vous est arrivée ces jour» passés, sur ieç divers mouvemens de votre oœur, entre i*a£fection de renoncer à votre propre incUnalion, et l'inclination de suivre TOire goût particulier.

Hé bien, ma chère fille, vous verrez que la plus grand mai que vous avez fait, c'est de vous être troublée de votre imbécillité; car si vous ne vous fussiez point inquiétée après le premier choppement, mais quo tout bellement vous eussiez repris votre cœur en vos mains , vous ne fusâioz pas tombée au second.

Or, au bout de tout cela, il faut repren* dre courage et vous affermir de plus fort en DOS saintes résolutions, sjrtout en celle de ne nous point inquiéter, ou au moins de nous apaiser à la première vue et réflexioa que oous ferons, sur notre inquiétude.

Ce mot-là , je suis bien toute déchirée^ •lOf, ne fut pas bon au sujet sur lequel il fut dit : car, ma chère fille, il nous faut bien suivre la compassion au prochain, et> l'humilité pour nous-mêmes; ne pensant ' pas aisément que le prochain ait jamais trop d'aise, ni que nous en ayons trop peu.

Hélas! nous aurons toujours quelque chose à faire, toujours quelques ennemis à combattre. Ne vous étonnez point; mais quand ces mauvai&es inclinations vous rendront inquiétée, jetez Tœil intérieur sur le Sauveur cnicifié. Ah! Seigneur, vous êtes mon miel et mon sucre ; adoucissez ce cœur par la douceur du vôtre. Divertisscz-vous pour un peu, et allez vous préparer au combat; puis, représentez-vous-y Tautre fois, et sentant la seconde émotion, faites tout de même : Dieu vous assistera. Vive Jésus, an qui je suis tout vôtre, etc.

LBTTIlli DCLXXVI.

SU

s. FRANÇOIS DB SALES, A UNE DAMB.

Les dé8frs trop ardens doivent être modérés. Ce qu'il faut faire étant en doute si en quelqu<) occasion on â fail son devoir ou non. Sentiment du Stiot toacbant les ausiérilôs et U retraite.

J*ai reçu vos deux lettres, ma chère, et vois bien clairement que tout le mal quo vous avez eu n'a été qu'un vrai embarrassement d'esprit, provenu de deux désirs qui n ont pas été satisfaits en vous. L'un éloit le désir de servir à Dieu, en Toccasioa qui 80 présentoit; Tautre, le désir de connoltre si vous aviez fidèlement fait votre devoir, et en Tun et en l'autre : vous avec eu de lempresscment, qui vous a troublée et inquiétée, et puis embarrassée. Or sus, sans doute vous avez bien fait votre devoir : votre esprit, penchant toujours un peu à l'indignation , vous a fait trouver peu ce que vous avez fait; et le même esprit, désirant grandement de satisfaire à son obligation, et ne se pouvant certainement persuader de l'avoir fait, est tombé en tristesse et découragement ou dégoût.

Or sus, ma chère fille, il se faut donc bien réjouir en oubliant tout cela, ets'humiliant bien fort devant noire Seigneur, et vous nîssouvenant que votre sexe et votre vocation ne vous permettent d'empêcher le mal hors de chez vous, que par l'inspiration et proposition du bien, et des remontrances simples, humbles et charitables è l'endroit des défaillans, et par avertissemens aux supérieurs, quand cela se peut : ce que je dis pour une autre fois, a quoi j'ajoute pour un avis général :

Quo quand oous ne savons pas discenier si nous avons bien rendu notre devoir en quelque occurrence, et sommes en douta d'avoir offensé Dieu, il faut alors s'humilier, requérir Dieu qu'il nous excusa, et demander plus do lumière pour \me autro fois, et oublier tout à fait cequi s'est passé, et se remettre au train ordinaire : car une curieuse et empressée recherche pour savoir si nous avons bien fait, provient iodur bitablement de Tamour-propro qui nous fait désirer de savoir si nous somjyes braves là où l'amour pur de Dieu nous dit : Truand ou couard que j'ai été, humilie-toi, appuie-toi en la misédcorde do Diau; de-

LETTRES

mande toujours pardon , et sur une nouvelle protestation de fidélité, passe outre à la poursuite de ton avancement.

J'approuve que, si ce n*est quelquefois que Ton a besoin de repos , on ne dorme pas du tout son soûl : mais pour faire que cela ne nuise point, en lieu de dormir il faut un peu faire plus d'exercice , pour dissiper les humeurs que le manquement du sommeil a laissées indigestes; et en celte sorte vous pouvez retrancher une heure sur votre sommeil du côté du matin , et non pas le soir ; et je m'assure que vous vous en porterez mieux.

Pour le reste des austérités, ne vous en donnez point d'extraordinaire, car votre complexion et vocation requièrent que vous ne fassiez pas ; ni je n'approuve pas une grande retraite pour le préscnl ; car il est mieux , pour l'acquisition des vertus , de les exercer emmi les contradictions ; et ne faut point en cela se décourager , ains user de préparations fréquentes pour s'y bien comporter.

Dieu soit toujours notre unique amour et prétention , ma chère fille ; et je suis en lui tout votre , etc.

LETTRE DCLXXVIl.

s. FRANÇOIS DE SALES, A UNE DAME MARIÉE ET ENCEINTE.

Il faut profiter y chacun dans son état, des sujets de mortification qui y sont attachés. Ce qu'une femme grosse doit observer et retrancher des pratiques de piélé.

II faut, sur toutes choses, ma chère fille, procurer cette tranquillité , non point parce qu'elle est mère du contentement, mais parce qu'elle est fille de l'amour de Dieu et de la résignation de notre propre volonté. Les occasions de la pratiquer sont quotidiennes : car il ne nous manque pas do contradictions où que nous serons; et quand nul no nous en fait , nous nous en faisons à nous-mêmes. Mon Dieu 1 ma chère fille, que nous serions saintes et agréables à Dieu, si nous savions bien employer les sujets de nous mortifier , que notre vocation nous fournit; car ils sont plus grands sansdoute qu'entre les religieux : le mal est que nous ne les rendons pas utiles comme eux.

Contregyrdez - vous soigneusement en

cette grossesse ; ne vousmettez nuUemeDl en peine de vous contraindre à aucune sorte d'exercice , que tout bellement : à vous vous lassez à genoux , asseyez-vous; si vous n'avez pas d'attention pour prier une demi-heure, priez un quart d'heure ou demi-quart d'heure seulement.

Je vous prie de vous mettre' en la présence de Dieu , et de soufiûrir vos douleurs devant lui.

Ne vous retenez pas de plaindre : mais je voudrois que ce fût à lui , avec un esprit filial, comme feroit un tendre enfantai» mère ; car, pourvu que ce soit amoureusement , il n'y a point de danger de se plaindre, ni de demander la guprison , ni de changer de place , ni de se faire soulage. Faites seulement cela avec amour et résignation entre les bras de la bonne volonté de Dieu.

Ne vous mettez point en peine de ne faire pas bien les actes de vertu ; car, comme je vous ai dit, ils ne laissent pas d'être itéar bons, encore qu'ils soient faits langoureusement , pesamment , et quasi forcément

Vous ne sauriez donner à Dieu que ce que vous avez , et en cette saison d'alilic^ tien vous n'avez pas d'autres actions. Maintenant, ma rhère fille, votre bien -aimé vous est un bouquet de myrrhe (1 ) ; ne laissez pas de le bien serrer sur votre poitrine. Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui; toujours il sera dans mon cœur. Isaïe l'appelle homme de douleur ; il aime les douleurs et ceux qui les ont.

Ne vous tourmentez pas à beaucoup faire ; mais disposez-vous à souffrir ce que vous souflrircz avec amour. Dieu vous sera propice , madame , et vous fera la grâce de traiter de cette vie plus retirée , de laquelle vous me parlez , où languissant, ou vivant, ou mourant, nous serons à Dieu, et rien ; ne nous séparera de ce saint amour, I moyennant sa grâce. Jamais notre cœur j n'aura vie qu'en lui et pour lui ; il sera à jamais le Dieu de notre cœur; je ne cesserai point de l'en supplier, ni d'être entièrement en lui votre , etc.

(i)FnsciculUii myrrbsB dilecius mens milil; internbera mea commorabitar. Caat., c. i. t. 18

LETTRE DCLXXVIIL

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DEMOISELLE.

Les maltdies spirituelles sont suivies de ressen^ timens miles à ceux qui les ont. L'idée d'une perfection imaginaire et impossible en celte vie, Cause de grands troubles dans l'ame, et les désirs en sont suspects. La patience est la vertu la plus nécessaire à la perfection. Dieu se contente de la préparation de notre cœur : ce que c'est. Elle n'atteint jamais à ce que l'on doit A Dieu. On peut tirer avantage de ses imperfeciions. Exhortation à la simplicité et au parfait abandon à la Providence.

Mademoiselle, je reçus par mon frère une de vos lettres , qui me fait louer Dieu, de quoi il a donné quelque lumière à voire esprit * que s'il n'est pas encore du tout désengagé , il ne s'en faut pas étonner. Les fièvres spirituelles, aussi bien que les corporelles, sont ordinairement suivies de plusieurs ressen timens qui sont utiles à celui qui guérit , pour plusieurs raisons ; mais particulièrement, parce qu'ils consument les restes des humeurs peccantes qui avoient causé la maladie , afin qu'il n'en demeure pas un brin ; et parce que cela fious remet en mémoire le mal passé, pour faire craindre de la rechute à laquelle nous nous porterions par trop de licence et de liberté, si les ressentimens , comme menaces , ne nous retenoient en bride , pour nous faire prendre garde à nous , jusqu'à ce que notre santé soit bien confirmée.

Mais, ma bonne fille, puisque ^ous voilà à OKiitié échappée de ces terribles passages par où vous avez été conduite , il me semble que vous devez maintenant prendre un peu de repos , et vous arrêter à considérer la vanité de Tesprit humain , comme il est sujet à s'embrouiller et embarrasser en soi-même.

Car je suis assuré que vous remarquerez aisément que les travaux intérieurs que vous avez soufferts ont été causés par une multitude de considérations et de désirs produits par un grand empressement pour atteindre à quelque perfection imaginaire : je veux dire , que votre imagination vous avoit formé une idée de perfection absolue, à laquelle votre volonté se vouloit porter ; mais épouvantée de cette grande difficulté, ou plutôt impoi^ibilité , elle demeuroit grosse au mal de l'enfant, sans pouvoir enfanter. A cette occasion elle multiplioit ieg désirs inutiles , qui , comme des bour-

dons et frelons , dévoroient le miel de la ruche , et les vrais et bons désirs demeurofentaffamésde toutes consolations. Maintenant donc prenez un petit haleine , respirez quelque peu; et par la considération des dangers échappés, divertissez ceux qui pourroient advenir ci-après. Tenez pour suspects tous ces désirs qui , selon le commun sentiment des gens de bien , ne peuvent pas être suivis de leurs effets : tels sont les désirs de certaine perfection chrétienne qui peut être imaginée , mais non pas pratiquée, et de laquelle plusieurs font des leçons , mais nul n'en fait les actions.

Sachez que la vertu de patience est celle qui nous assure le plus de la perfection ; et s'il la faut avoir avec les autres , il faut aussi l'avoir avec soi-même. Ceux qui aspirent au pur amour de Dieu , n'ont pas tant de besoin de patience avec les autres comme avec eux-mêmes. Il faut souffrir notre imperfection pour avoir la perfection ; je dis souffrir avec patience , et non pas aimer ou caresser : l'humilité se nourrit en cette souffrance.

Il faut confesser la vérité , nous sommes des pauvres gens qui ne pouvons guère bien faire : mais Dieu , qui est infiniment bon , se contente de nos petites besognes , et a agréable la préparation de notre cœur.

Et qu'est-ce à* dire, la préparation de notre cœur? Selon la sainte parole , Dieu est plus grand que notre cœur, notre cœur est plus grand que tout le monde , quand notre cœur à part soi , en sa méditation , prépare le service qu'il doit rendre à Dieu ; c'est-à-dire quand il fait ses desseins de servir Dieu , de l'honorer , de servir le prochain , de faire la mortification des sens extérieurs et intérieurs, et semblables bons propos ; en ce temps-là il fait des merveilles, il fait des préparations , et dispose ses actions à un degré si éminent de perfection admirable. Toute cette préparation néanmoins n'est nullement proportionnée à la grandeur de Dieu , qui est infiniment plus grand que notre cœur ; mais aussi cette préparation est ordinairement plus grande que le monde, que nos forces, que nos actions extérieures.

Un esprit qui d'un côté considère la grandeur de l>ieu , son immense bonté et dignité»

LKTTOES

ne se peut soûler de-lui faire de grandes et merveilleuses préiiaralions. U lui prépare une chair mortifiée sans rébellion, une attention à la prière sans distraction , une douceur de conversation sans amertume, une humilité sans aucun élancement de vanité.

Tout cela est fort bon, voilà de bonnes prépiirations. Encore en faudroit-il davantage pour servir Dieu selon notre devoir ; mais au bout de là , il faut chercher qui le fasse ; car quand ce vient à la pratique , nous demeurons court , et voyons que ces perfections ne peuvent être si grandes en nous , ni si absolues. On peut morlifier la chair, mais non pas si parfaitement qu'il n'y ait quel(]ue rébellion : notre attention sera souvent interrompue de distractions , et ainsi des autres. Et faut-il pour cela 8*inquiéter, troubler, empresser, oilliger? Non pas , certes.

Faut-il appliquer un mode de désirs l)Our s*exciter à parvenir à ce signe de perfection ? Non : à la vérité , on peut bien faire de simples souhaits qui témoignent notro reconnaissance. Je puis bien dire : Hé ! que ne suis-je aussi fervent que les séraphins, pour mieux servir et louer mon Dieu ! mais je ne dois pas m'amu^ier à faire des désirs , comme si en ce monde je dcvois atteindre à cette exquise perfeclion, disant : Je le désire ; je m'en vais cssayor ; et si je ne puis y atteindre, je me fâcherai.

Je ne veux pas dire qu'il ne faille se mettre en chemin de ce côté-là ; mais il ne faut pas désirer d'y arriver en un jour , c'est-à-dire en un jour de celte mortalité : car ce désir nous tourmenteroit, et pour néant. Il faut, pour bien cheminer, nous appliquer à bien faire le chemin que nous avons plus près de nous , et la première journée , et non pas s'amuser à désirer de faire la dernière , pendant qu'il faut faire et vider la première.

Je vous dirai ce mot, mais retenez-le bien : nous nous amusons quelquefois tant à être bons anges , que nous en laissons d'être bons hommes et bonnes femmes.

Notre imperfection nous doit acconqwgner jusiju'yu HTCueil , nous ne pouvons aller sans toucher terre. Il ne faut pas s'y coucher ni ^aulre^, mais aussi ne faut-il pas penser voier : car nous sommes de petits poussins qui n'avons pas encore nos ailes.

Nous mourons petit à petit ; il faut aMssi faire mourir nos imperfections avec nous de jour en jour : chères imperfections qui nous font reconnottre notre misère , noos exercent en l'humilité, mépris de noasmémes , en la patience et diligence , et nonobstant lesquelles Dieu considère la préparation de notre cœur, qui est parfaite.

Je ne sais si je vous écris à propos , mais il m'est venu au cœur de vous dire ceci, estimant qu'une partie de votre mat pnssé vous est arrivée de ce que vous avez fait de grandes préparations ; et voyant que les eiïets étoient très-petits , et les forces insuffisantes pour pratiquer ces désirs, ces desseins et ces idées, vous avŒ eu de certains crève-cœurs, des impatiences, inquiétudes et troubles ; puis ont suivi des défiances , allanguissemens , abaissemeiis ot défaillances de cœur : or si cela est, soyn bien sage par ci-après.

Allons terre à terre , puisque la haute mer nous fait tourner la tète et nous donne des convulsions. Tenons-nous aux pieds de notre Seigneur, avec la sainte Madeleine, de laquelle nous célébrons la fête: pratiquons certaines petites vertuspropres pour notre petitesse. A petit mercier, petit panier. Ce sont les vertus qui s'exercent plus en descendant qu'en montant, et par tant elles sont sortables en nos jambes; la patience, le support des prochains, le service , l'humilité , la douceur de courage, l'affabilité, la tolérance de notre imperfection , et ainsi ces petites vertus. Je ne dis pas qu'il. ne faille monter par l'oraison, mais pas à pas.

Je vous recommande la sainte simph'cité: ivL'ardcz devant vous , et ne regardez pas à ces dangers que vous voyez de loin, ainsi que vous m'avez écrit : il vous semble que ce soient des armées , ce ne sont que des saules ébranchés ; et cependant que vous regardez là , vous pourriez faire quelque mauvais pas. Ayons un ferme et général propos de vouloir servir Dieu de tout notre cœur et toute notre vie ; au bout de là n'ayons soin du lendemain (<), pensons seulement à bien faire aujourd'hui; et quand le jour de demain sera arrivé , il s'appellera aussi aujourd'hui, et lors ncns y penserons. Il faut encore en cet endroit avoir une grande confiance et résignation

(1) Nolile toUleUl «m» in ei«*tfnan. VAtTa., o. v. v.M.

en la providence de Dieu ; il faut faire provision de manhe pour chaque jour, et non |diis, et ne doutons point, Dieu en pleuvera demain d'autre , et passé demain , et tous les jours de notre pèlerinage.

J'approuve infiniment Tavis du père N., qae vous ayez un directeur entre les bras duquel vous puissiez doucement disposer TOtre esprit. Ce sera votre bonheur si vous n'avez nul autre que le doux Jésus, lequel, comme il ne veut pas que l'on méprise la conduite de ses serviteurs quand on la veut avoir, aussi quand elle nous défaut, il supplée pour tout : mais ce n'est qu'à cette extrémité à laquelle, si vous êtes réduite, vous Texpérimenterez.

Ce que je vous écrivis n'étoit pas pour vous garder de communiquer avec moi par lettres , et de conférer de votre ame qui m*est tendrement chère et bien-aimée, mais pour éteindre lardeur de la confiance que vous aviez en moi , qui , pour mon insuffisance et pour votre éloignement, ne puis vous être que fort peu utile, bien que très-affectionné et très-dédié en Jésus- Christ. Écrivez-moi donc en confiance , et ne doutez nullement que je réponde fidèlement.

J'ai mis au (bnd de la lettre ce que vous désiriez, afin qu'elle soit pour vous seulement. Priez fort pour moi, je vous supplie. U n'est pas croyable combien je suis pressé et oppressé sous cette grande et difficile charge ; vous me devez celte charité par les lois de notre alliance, et puisque je la contre-change par la continuelle souvenance que je porte de vous à l'autel, et en mes foibles prières. Béni soit notre Seigneur. Je le supplie qu*il soit votre cœur, votre ame, votre vie, et je suis votre serviteur, etc.

LETTRE DCLXXIX.

s. FRANÇOIS UB SALES , A UNE DEMOISELLE.

ImporUmce da bon emploi du tompg, par rapport i réierniié. U faut vivre content dans l'étal o& meu noas a rais ^ sans en ambitionner on plui parfait et an plus relevé.

Celte vie est courte , ma très-chère fille, mais elle est pourtant de grande valeur, puisque par icello nous pouvons acquérir l'éternelle. Bienheureux sont ceux qui la Baveni employer à cela ; mais vous , ma

très-chère fille, vous avez un grand sujet de louer Dîeu, qui, avec une providence fort spéciale, ne vous apassculementdonné la volonté de rapporter vos jours mortels à celui do rimmortalité, mais vous a marqué le lieu, les moyens et la façon avec laquelle vous devez appliquer le reste de ces momens périssables à la conquête de la trèssainte éternité.

N'en doutez jamais , ma très-chère fille, la vraie lumière du ciel vous a fait voir votre chemin, elle vous conduira par icelui fort heureusement. 11 y a sans doute des chemins plus excellons, mais non pas pour vous ; et rexcellence du chemin ne rend pas excellons les voyageurs , ains leur vitesse et agilité. Tout ce qui vous voudra détourner de cette voie, tenez-le pour tentation d'autant plus dangereuse que peutêtre elle sera spécieuse. Rien n'est si agréable que la persévérance à la divine majesté ; et les plus petites vertus, comme l'hospitalité, rendent plus parfaits ceux qui persévèrent jusqu'à la fin , que les plus grandes qu'on exerce par change et variété.

Demeurez donc en repos , et dites : Oh I (Combien de voies pour le ciel 1 Bénis soient ceux qui marchent par icellcs ; mais puisque celle-ci est la mienne, je marcherai en icelle avec paix , sincérité , simplicité et humilité. Oui , sans doute , ma très-chère fille , l'unité de cœur est le plus excellent moyen de la pierfection. Aimez tout, louei tout, mais ne suivez, mais n'aspirez que selon la vocation de cette providence céleste , et n'ayez qu'un cœur qui sera pour cela. Dieu le comble de son saint aoKNir. ce cœur que le mien chérit et chérira éter» nellement. Amen.

Ma très<Mre fille , votre très-affecUo»' aé, eto.

LETTRE DCLXXX.

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