FaANÇ0IS DiB SALES, AUNE DAMÊ^CEUTTE
Avis Bir la manière de eerri^er la pnideoce bnmaioe. Les saints n'ont pu être eiempb des attaques, «il faut la faire servir à la prudence cbrétienne.
Je réponds à la demande que la bonne mère (1) de sainte Marie m'a faite de votre part, ma très-chère fille. Quand la pru-
(l)llaëaMSdaCteaiaL
LETTRES
dcnce humaine se mêle de nos desseins , il est malaisé de la faire taire , car elle est merveilleusement importune, et se fourre ardemment et hardiment en nos affaires malgré nous.
Que faut-il faire là-dessus afin que l'intention soit purifiée ? Regardons si notre dessein peut être légitime, juste et pieux; et s*il le peut être, proposons et délibérons de le faire , non plus pour obéir à la prudence humaine, mais pour en îcelui accomplir la volonté de Dieu.
Si nous avons une fille , par exemple , que la prudence humaine dicte devoir être colloquée en religion pour quelque raison de l'état de nos affaires , or sus , nous dirons ett nous-mêmes , je ne dis pas devant les hommes , mais devant Dieu : 0 Seigneur 1 je vous veux offrir cette fille, parce que, telle qu*elle est, elle est vôtre ; et bien que ma prudence humaine m'incite et incline à cela , si estK^ , Seigneur, que si je savois que ce ne fût pas aussi votre bon plaisir, malgré ma prudence inférieure , je ne le ferois nullement , rejetant en cette occasion ladite prudence que mon cœur sent , mais à laquelle il ne désire point consentir, et embrassant votre volonté que mon cœur n'aperçoit pas selon son sentiment , mais à laquelle il consent selon sa résolution.
0 ma très-chère fille 1 c'est à tout propos que l'esprit humain nous travaille de ses prétentions , et se vient importunément ingérer parmi nos affaires. Nous ne sommes pas plus saints que Tapôtre S. Paul , qui sentoit deux volontés au milieu de son ame : Tune qui vouloit selon le vieil homme et la prudence mondaine, et celle-ci se faisoit plus sentir; et l'autre qui vouloit selon l'esprit de Dieu , et celle-ci*étoit moins sensible, mais laquelle pourtant dominoit , et selon laquelle il vivoit : dont d'un côté il s'écrioit : O moi ^ misérable homme ! qui me délivrera du corps de cette mort (4)? et d'autre part il s'écrioit: Je vis,, non plus moi-même, mais Jésus- Christ vit en moi (2). Et à chaque pas presque il nous faut faire la résignation que notre Seigneur nous a enseignée : Non ma volonté^ mais la vôtre, ô Père éternel^
(l)Inrelix ego homol qnU me liberabit de corpore nor* lit bujus! Rom , u. vu, t. s4.
(2) M^iaaicx, j.im nuo rgo; viTit reroin me Ciiriilus. C4L ,u. u, T.M.
soit faite (4 } ; et cela fait , l aiasez dabto der prudence humaine tant qu*elle voudra; car l'œuvre ne sera plus la sienne , et vous lui pourrez dire comme les Samaritains dirent à la Samaritaine* après qu'ils earent ouï notre Seigneur : Ce n^est plus meshtU pour ta parole que nous croyons . mais parce que nous-mêmes nous Savons tu et entendu (2) Ce ne sera plus pour la prudence mondaine , bien que ce soit elle qui ait excité la volonté , que vous fera cette résolution , mais parce que vousavei connu que Dieu l'auroit agréable : ainsi par l'infusion de la volonté divine vous corrigerez la volonté humaine.
Demeurez en paix , ma très-chère fille , et servez bien Dieu en la peine et fâcherie de la grossesse et de l'enfantement que vous dresserez aussi selon son bon plaisir. El je prie sa souveraine bonté qu'elle vous oom- ; ble de bénédictions , vous suppliant de m'aimer toujours en lui et pour lui , qui m'a en toute vérité rendu votre , etc.
LETTRE DCLXXXI.