LETTRE LL
niAlfÇOIS DE SALES, A MADAME RO^B BOURGEOIS , ABDESSE DU PUITS-D'ORBE.
Caoiolalions contre les souffrances corporelles. Atis louchanl les importunilps des lenlutions. Traité abré»:é oo eiposilion de la paix de l'Auie •Iderbuuiiliié.
Après la 18 trrll ICOV.
Ub très-chère sœur , voici le grand mol qui me rend si absolument vôtre: c'est Dieu
qui le veut, et je n*en doute nullement. H n'y a point de meilleur titre que celui-là en tout le monde. Vous aurez déjà su toutes les nouvelles de ma giiérison , laquelle est si entière , que j'ai prêché le carême tout entièrement. Mon mal aussi fut peu de chose , ce me semble ; mais les médecins qui croyoient que j'étais empoisonné , donnèrent tant de crainte à ceux qui m'aiment, qu'il leur éloit avis que je leur échappois des mains. Tout au sortir du lit je vous écrivis , et m'assure que vous avez la lettre. Depuis encore vous ai-je écrit, mais parmi la presse d'un monde d'affaires qui m'empêchèrent de vous beaucoup entretenir, comme j'eusse beaucoup désiré de faire, neme manquant jamais le sujet, pour l'extrême contentement que j'y prends.
Non-seulement votre laquais , mais monsieur notre bon et cher père m'a fi»it savoir combien de maux vous avez souiïorts , et de quelle sorte lui en est compiissionné. Notre Seigneur en soit béni ! voilà le chemin du cifti le plus assuré et le plus royal ; et, à ce que j'entends, vous êtes pour y demeurer quelque temps, puisque, à ce que m'écrit notre bon père , vous êtes encore es mains des médecins et chirurgiens. J'ai sans doute une extrême compassion à vos souffrances, et les recommande souvent à notre Seigneur , afin qu'il vous les rende utiles . et qu'au sortir d'iceilcs on puisse dire de vous , comme il fut dit du bon homme Job : En toutes choses il ne pécha onrques , mais il espéra en son Dteu J ). Courage, ma bonne sœur, ma bonne fille ; voyez votre époux , notre roi , comme il est couronné d'épines et tout déchiré sur la croix , en sorte que Von pourroit comp^ ter tous ses os (2).
Considérez que la couronne de l'épouse ne doit pas être plus douce que celle de l'époux ; et si on l'a tellement décharné , qu'on ait pu compter tous ses os , il est bien raisonnable qu'on en voie l'un des vôtres. Comme la rose est entre les épU nés (3) , ainsi ma hien-aimée est entre les filles (4). C'est le lieu naturel de celte
I (1) In omnibos hi« non peccaTlt Job lablls suis. Joi, o. I, V. 11.
(s) Foderiint manas raeas et pedcs meofl ; dlnomerarerunt omiiia otsa inen. P». xxi, t. 18.
(S) C'est une allusion que fait ie Saint an nom de rab* besM, qui 8*appoluIi Ro»r.
^ ((} Sicni liiium Uiior spin»s \ sic amlca net tuiar Dliaa»
• C*3T. G. lli V. f.
LETTRES
ileur , c*e9t le plus prof>re aussi de l'épouse, irceptez mille fois le jour cette croix , et la ba'iTàei de bon cœur, pour Tamour de celui qui vous l'envoie. C'est sans doute qu*il vous l'envoie |)ar amour , et comme un riche présent. Représentez- vous souventefois le Sauveur crucifié tout vis-à-vis de vous, et pensez qui souffre plus de l'un ou de l'autre, et vous trouverez votre mal beaucoup moindre. Mon Dieu ! que vous serez éternellement heureuse, si vous souffrez pour Dieu ce peu de maux qu'il TOUS envoie !
Vous ne vous abuserez point en vous imaginant que je suis près de vous en ces tribulations : je le suis de cœur et d'affection , et pronovae souvent devant votre ép*mx vos souffrances et travaux (1 ) , et en sons une grande consolation. Mais, ma chère fille , ayez confiance , soyez ferme : Si vous croyez , vous verrez la gloire de Dieu (2). Que pensez-vous que soit le lit de la tribulîïtion? Ce n'est autre chose que l'école de Thumilité : nous y apprenons nos misères et foiblesses, et combien nous sommes vains , sensibles et infirmes. Hé "bien , ma très-chère fille , sur ce lit-là vtus avez dérouvert les imperfections de votre ame. Et pourquoi , je vous prie , plutôt là qi* 'ailleurs , sinon parce qu'ailleurs elles demeurent dedans l'ame, et là elles sortent dehors ? L'agitation de la mer émeut tellement les humeurs, que ceux qui entrent sur icelle pensant n'en avoir point, ayant un peu vojjué, connaissent bien qu'ils en sont pleins, par les convulsions et vomissemens que ce branle déréglé leur excite. C'est un des grands profits de l'affliction , que de nous faire voir le fond de notre néant, et de faire sortir au-dessus la crasse de nos mauvaises inclinations. Mais quoi! pour cela faut-il se troubler, ma chère fille? non sans doute : c'est lorsqu'il faut émonder et épurer davantage notre esprit, et se servir avec plus de force de la confession que jamais.
Celte inquiétude d'importance, et d'autres inquiétudes dont vous avez été assaillie , et qui ont laissé de la peine en l'esprit, ne m'étonnent point, puisqu'il n'y a rien
(\) Eiïondo la ron»p«cto «Jus ortUonem metni, «t trihiilationein roenai anie iptom prononUo. Pt. cxli.t. S.
Pronuntio, Jt prononce , c'«ai-à-dire , j'expose , je n- ^réceale.
(^ 61 cradiderli, TideMi flortem Del. Joan. e. xi , t. 40.
de pis. Ne vous troublez donc point , ma fille bien -aimée. Se faut-il laisser emporter au courant et à la tourmente? Laissez ea* rager l'ennemi à la porte; qu'il heurte, qu'il bucque , qu'il crie , qu'il hurle et fasse du pis qu'il pourra : nous sommes assurés qu'il ne sauroit entrer dans notre âme que par la porte de notre consentement. Tenons-la bien fermée , et voyons souvent si elle n'est pas bien close ; et de tout le resto ne nous en soucions point , car il n'y a rien à craindre.
Vous me demande! que je vous envoie quelque chose touchant la paix de l'âme et l'humilité : je le fcroîs volontiers , ma très chère fille , mais je ne sais si je le saurai faire en si peu de loisir. Comme j'ai à vous récrire , en voici trois ou quatre mots, ma fille bien-aimée. C'est par une inspiratioa divine que vous m'interrogez de la paix de l'ame (4) et de l'huniililé ensemblement; car c'est bien la vérité que l'une ne peiil être sans l'autre.
Rien ne nous trouble que ranK>ur-fMXH pre (2) et l'estime que nous faisons de noua<mômes. Si nous n'avons pas les tendretés ou aitendrissemens de cœur , les goûts ei sentimens en l'oraison, les suavités intérieures en la méditation , nous voilà en tristesse . si nous avons quelques dilBcultés à bien faire, si quelque difficulté s'oppose à nos justes desseins, nous voilà empressés à vaincre tout cela et nous en défaire, avec de l'inquiétude. Pourquoi tout cela? Parce que sans doute nous aimons nos consolations, nos aises, nos commodités Nous voudrions prier dans l'eau de naffe (3) , et être vertueux à manger du sucre ; et nous ne regardons point au doux Jésus , fut, prosterné en terre , sue sang et eau de détresse (4) pour l'extrême combat qu'il sent , en son inférieur , entre les affections de la partie inlerieure de son âme et les résolutions de la supérieure.
L'amour-propre est donc une des sources de nos inquiétudes : l'autre est l'estime que nous faisons de nous-mêmes (5). Que
(i) Traité abrégé de la pafx dt tàme . arant-propoe.
(t) Aru 1"^ t Cau$e$ du trouble tntérienr.
V* «rciion . première reew : Vomonr-prnprt.
(S) l"ea%i de naffe etl une eau de aentrar <|<ie qve^ qor»-UHB Hreuneol pour l'eau de fleurs d-oranf^e ou de fleurn derilron.
(4) Je»us raclus In a^onU proUxliui orabai, et far toe eel sidor eja» , sicut totla atnfulnts decorreoUs lo terrajB. Lvc. c. XXII, ▼. M et U.
(B) U« aectiOD , aeooiHto M«ee : L'Mfime de aot-mAMi
tetit dire que, s'il nous arrire quelque imperfection ou péché , nous sommes étonnés, troublés et impatients"? Sans doute, c*est que nous pensions être quelque chose de bon , résolu et solide ; et partant , quand nous voyons par cfiet qu'il n'en est rien , et que nous avons donné du nez en terre , nous sommes trompés , et par conséquent troublés , offensés et inquiélés. Que si nous savions bien qui nous sommes, au lieu d'être ébahis de nous voir à terre , neus nous étonnerions comment nous pouvons demeurer debout. Cest là l'autre source de notre inquiétude : nous ne voulons que des consolations , et nous nous étonnons de reconnoître et toucher au doigt notre misère , notre néant et notre imbécillité.
Faisons trois choses, ma très-chère fille, et nous aurons la paix (\) Ayons une attention bien pure de vouloir en toutes choses rhonneur de Dieu et sa gloire ; faisons le peu que nous pourrons pour cette fin là , selon Tavis de notre père spirituel ; et laissons à Dieu tout le soin du reste. Qui a Dieu pour objet de ses intentions, et qui fait ce qu'il peut , pourquoi se tourmentet-il? pourquoi se trouble-t-il? qu'a-tilà craindre? Non , non , Dieu n'est pas si terrible à ceux qu'il aime , il se contente do peu , car il sait bien que nous n'avons pas beaucoup.
El sachez , ma chère fille , que notre Seigneur est appelé prince de paix en l'Écriture, et que partant, partout où il est maître absolu , il tient tout en paix. Il est vrai néanmoins qu'avant que de mettre la paix en un lieu , il y fait la guerre (i) , séparant le cœur et l'ame do ses plus chères familières et ordinaires affections , comme sont Taniour démesuré de soi-même , la confiance de soi-même , la complaisance en soi-même , et semblables telles affections. Or , quand notre Seigneur nous sépare de ces passions si mignonnes et si chéries , il semble qu'il écorche le cœur tout vif , et Ton a des sentiments très-aigres ; on ne peut presque qu'on ne débatte de toute l'âme , parce que cette séparation est sensible.
Mais tout ce débattement d'esprit n'est pourtant pas sans paix , lorsqu'enfin accablés de cette détresse , nous ne laissons pas
(1) n* article : Jf oyetu J^aequérir la paix intérieure. ,!»■ ttelloft . premier Moyen : La pureté d'intention. Pi 11* etctlM , teoené aoiea t U wmèmt 4m§»-
DE S. FRANÇOIS DE SALES. -fl
pour cela de tenir notre volonté résighéo (4) en celle de notre Seigneur, et la tenons là clouée sur son divin bon plaisir; ni ne laissons nullement nos charges et l'exercice d'icelles , mais les exécutons courageusement. De quoi notre Seigneur nous donna l'exemple au jardin ; car tout accablé d'amertume intérieure et extérieure, tout son coeur se résigna doucement à son père et en sa divine volonté, disant : Main voire volonté soit faite et non la mienne [ti ! et ne laissa pour toutes ses angoisses de venir trois fois voir ses disciples et les admonester. C'est bien être prince de paix , que d'être en paix parmi la guerre , et vivre en douceur parmi les amertumes.
De ceci je désire que vous tiriez ces résolutions (3). La première , c'est que bien souvent nous estimons avoir perdu la paix, parce que nous sommes en amertume ; et néanmoms nous no l'avons pas perdue pourtant : ce que nous connoissons, si pour l'amertume nous ne laissons |)as do renoncer à nous-mêmes et vouloir dépendre du bon plaisir de Dieu , et nous ne laissons pas pour cela d'exécuter la charge en laquelle nous sommes.
La seconde (i) , c'est qu'il est force que nous souffrions do l'ennui intérieur, quand Dieu arrache la dernière peau du vieil homme pour le renouveler en Vkomme nouveau, qui est créé selon Dieu(t}); et partant , nous ne devons nullement nous troubler de cela, ni estimer que nous soyons en la disgrâce de notre Seigneur.
La troisième (6), c'est que toutes les pensées qui nous rendent de l'inquiétude dt agitation d'esprit ne sont nullement de Dieu , qui est prince de paix : ce sont donc des tentations de l'ennemi , et parlant , il faut les rejeter et n'en tenir compte.
(7) Il faut en tout et partout vivre paisiblement. Nous arrive-t-il de la peine , ou intérieure ou extérieure, il la faut recevoir paisiblement. Nous arrive- t-il de la joie, il
(1) m* ftcMea , trotalèse moyea t ha réêignalion û la voloniéde Dieu
(t) Non mea volantes, sed ta« flat. Lno , o. xxn , T. 41
(t) IW artrrle : Cona^eneet à tirer de tout ce ^i a été dit ci-de$$u$.
I'« sertioD . pramière conféqornce.
(4) II* section . seconde conséquence.
(8) Induite noTam boinioeni , qui serondùn Deom ereatos est In Jostiilà et sanciitate veritatis. S»«ac o. IV, V. 14.
(6) III* section. Croftiènâ conséqoeMa.
Cr) IV* irUde > Àvie importante.
LETTRES
la faut recevoir paisiblement , sans pour cela tressaillir. Faut-il fuir le mal , il faut que ce soit paisiblement , sans nous troubler ; car autrement en fuyant nous pourrions tomber , et donner loisir à Tennemi de nous tuer. Faut-il faire du bien, il le faut faire paisiblement ; autrement nous ferions beaucoup de fautes en nous empressant : jusque même à la pénitence, il la faut faire paisiblement. Foici^ disoit ce pénitent (4), que ma trésamére amertume est en paix.
Lisez, ma bonne fille, les chapitres 45, 46 et 17 du Combat spirituel^ et les ajoutez à ce que j*ai dit; et pour lo présent cela suffira. Si j'avois ici mes papiers, je vous enverrois un traité que je fis à Paris pour ce sujet , en faveur d*une Oile spirituelle , et religieuse d'un digne monastère , qui en avoit be>oin et pour soi et pour les autres. Si je lo trouve , à la j^emiere fois je vous renverrai.
Quant à Thumilité (2), je n'en veux guère dire ; ainsi seulement que votre chère sœur de N. vous communique ce que je lui en ai écrit. Lisez bien ce que la mère Thérèse en a dit au Chemin de perfection (3). L'humilité fait que nous ne nous troublons pas de nos imperfections , nous ressouve nant dé colles d'autrui : car [)Oiirquoi serions-nous plus parfaits que les autres? et, tout de mémo, que nous ne nous troublons point de celles d'autrui, nous ressouvenant des nôtres : car pourquoi trouverons-nous étrange que les autres aient des imperfections, puisque nous en avons bien'' L'humilité rend notre cœur doux à Tendroit des parfaits et des imparfaits; à l'endroit de ceux-là par révérence, à Tendroit de ceuxci par compassion. L'humilité nous fait recevoir les peines doucement, sacnant que nous les méritons ; et les biens avec révérence , sachant que nous ne les méritons pas. Et, quant à Textérieur, j'approuyerois que tous les jours vous fissiez quelque acte dMiumilité; ou de paroles ou d'effet : j'entends de paroles qui sortent du cœur ; de paroles , comme vous humiliant à une inférieure; d'effet, comme faisant quelque moindre oflice ou service , ou de la maison ou des particulières.
Ne vous fâchez pas de demeurer au lit
(1) Eec« In pace tmarltndo met •Dtrlulot. If aTi , «. XXXVIII, ▼. 17.
(î) V article ; Dei effetê de rkumilité. (S) C'MI nn IlTra qaa taluu Thérèi* « composé.
sans méditation ; car endurer les vargee do notre Seigneur n*est pas un moindre bien que méditer. Non , sans doute, car il est mieux d'être sur la croix avec notre Seigneur que de la regarder seulement. Ifais je sais bien que là, dessus le lit, vous jetez mille fois le jour votre cœur es mains de Dieu, et c'est assez. Obéissez bien aux médecins ; et quand ils vous défendront quelque exercice , ou de jeûne , ou d'oraison mentale, vocale, ou mèmed'ofTice, honnis la jaculatoire , je vous prie , tant que je puis et par le respect et par l'amour que vous me voulez porter , d'être fort obéis- ; santo ; car Dieu l'a ainsi ordonné. Quand vous serez guérie et bien fortifiée, reprenez tout bellement votre chemin, et vous verrez que nous irons bien loin , Dieu aidant ; car nous irons où le monde ne peut atteindre, hors ses limites et confins.
Ma chère fille , vous m'écrivez ,que vous êtes partout la cadette; mais vous vous trompez, les fruits que j'espère de vous étant plus grands que de nulle autre.
Croyez, je vous supplie, que je n'ai rien plus à cœur que votre avancement devant Dieu ; et , si mon sang y étoit utile , vous verriez bien en quel rang je vous tiens Je laisse à part l'extrême confiance que vous avez en moi , qui m'oblige avec un extrême zèle à votre bien. Vous voudriez, ce me dites- vous , m'envoyer votre cœur. Croyez que je le verrois de bon œil; car je l'aimo tendrement , et me semble qu'il est bon , puisqu'il est voué à notre Seigneur. Mais vous savez le rendez-vous de nos cœurs : là ils se peuvent voir les uns les autres malgré la distance des lieux.
Parlez à ce bon père , dont je vous ai parlé , de votre intérieur : il aura assez*de conformité avec moi , et moi avec lui , pour ne point distraire votre esprit à la diversité des chemins , laquelle aussi lui seroit fort nuisible. Bref , recevez-le comme un autre moi-même. Mais avec cela je vous prie de faire en sorte que cet autre bon père, qui a désiré de vous aider , ne puisse pas reconnoitre que vous ne le goûtez pas , parc^ qu'à l'avenir il sera utile pour être employé à l'œuvre que vous et moi désirons , pour obtenir quelque chose du &aint-i)ère.
Mais que ce mot ici ne vous échauîTo point , car il faut surtout aller bellement et pied à pied : l'édifice en sera plus ferme;
el 00 feot nullement donner aucune alarme de rien qui se passe , afin que les bénédictions du ciel viennent en notre terre comme la rosée sur Therbe, que Ton voit descendre avant que de s'en apercevoir; et ainsi fautril conduire imperceptiblement tout ^otre dessein jusqu'au comble de sa perfection. Et courage , ma chère et bien aimée fille, Dieu nous en fera ta grâce. Quant ik cet autre bon père , j'approuve que vous l*oy iez et l'écoutiez, et qu'encore vous vous prévaliez de ses conseils en les exécutant; mais non en ce qu'ils se trouveront contraires aux projets que nous avons faits de suivre en tout et partout l'esprit de suavité et de douceur, et de penser plus à l'intérieur des âmes qu'à l'extérieur. Mais en tout vous devez participer avec moi, puisque je suis votre chétif père.
Non , ma chère fille , je n'ai jamais cru qu'il fût à propos que les religieuses eussent aucune chose en particulier, tant qu'il sera possible ; mais je peux avoir dit que , tant que les supérieures le permettent, les particulières peuvent user de cette libertélà avec préparation d'esprit de tout quitter et mettre en commun quand les supérieures Tordonneront. C'est pourquoi il est expédient d'ôter peu à peu les particularités, et de rendre les nécessités et les commodités communes et égales entre les sœurs , et ainsi faire manquer les farines d'Egypte avec la manne tombée daps votre désert. Ma mère , qui vous offre tout son service , et celui de tous les siens , continue au désir qu'elle avoit d'avoir l'honneur de voir ma sœur auprès de vous. C'est une de ses grandes passions et des miennes : Dieu veuille que ce soit avec autant de votre eonsentement.
U n'étoit déjà besoin de me faire des excuses de la lettre ouverte ; car mon propre cœur voudroit être ouvert devant vos yeux , si ses imperfections et imbécillités ne vous donnoient trop d'ennui. Vivez, je vous supplie, avec moi, en toute assurance; et croyez que je ne désire rien tant que do vous voir avec un esprit tout plein de charité , laquelle est toute franche et saintement libre. Et pourquoi dis-je ceci? parce qu'il me semble que vous avez quelque appréhension de mWenser. Je ne suis nullement tendre et douillet en cet endroit, et particulièrement avec les âmes , l'amitié
desquelles est enracinée sur le mont de Calvaire avec la croix de notre Seigneur. J'écris à celle de vos GUes que vous désirez , le plus proprement que j'ai :ru poui son mal. Oh 1 que notre S. Bernard dit di * vinemcnt bien que l'ofTice de la charge des âmes ne regarde pas les âmes fortes I car celles-là vont à leur propre pied ; mais il regarde les âmes foibles et languissantes, lesquelles il faut porter et supporter sur
les épaules de la charité , laquelle est toute puissante. La pauvrette est de la seconde sorte , languissante sous lès mélancolies et embrassemens de diversité de foiblesse, qui semblent accabler sa vertu. Il faut l'aider tant qu'on pourra , et laisser le reste à Dieu. Je ne finirois jamais de vous écrire , si je suivois mon inclination pleine d'affection. Mais c'est assez : la messe m'appelle, où je vais présenter notre Seigneur à son Père pour vous, ma très-chère fille, et pour toute votre maison, pour obtenir de sa divine bonté son Saint-Esprit, qui adresse toutes vos actions et affections à sa gloire et pour votre salut. Je le supplie qu'il vous préserve de vaines tristesses et inquiétudes, et qu*il se repose en votre cœur , afm que votre cœur se repose en lui. Amen.
tfola. S. François d« Sales ayant . en 1603 . ao mohi d'août, obtenu nue entière maln-leTée des retcnn» qiM les ministres prote»tants do bailliage de Cex (iroieiit svr les bènéflccs ecclésiastiques , et ayant encore cnieté à leur secte deux gentilshommes considérables et un* grande quantité d'autres personnes , fis en euragcrent tellement , (*it Auguste de Sales . par. S96 . que pour tômoiicner leur bonne volonté . ils trouvèrent le moyea de lui faire avaler du poison- Cela le lit tomber dan» oim Qèvre très-vlolenle , dont on ne douta pas qu'il ue dûl mourir ; mais les médecins ayant reconnu la cause de la maladie . lui donnèrent do contre-poison , et renUIreal leur forenr Inutile. En peu de temps même il reprit see forres. et fut en état d'aller à pied . dès le mois de septembre, d'Annecy à Thooon , à Notre-Dame-de-Compteslon . pour rendre grâce à Dieu . non-seulement de et Ifoérlson , mais encore plus de la conversion dM peuplng <ta ChtbUia, de Ténier, de Gaillard et de Gez.