LETTRE LU
s. FBANÇOIS DB SALES, A M. DE CREPY (4), PRÉSinfiNT AU PABLEMEm' DE BOL'RGOGNB
(Tirée da monastère de la ville de Langres.)
Témoignage (TamiUé et de bienveillance.
Ualieok
Monsieur mon très-honoré père (l) , que
(1) Doorgeois de Crepy , père de madame l'ibbesse da Puits-d'Orbe . et «l'une autre lllle nommée Margnerila Bonrteois de Crepy d'Oriirny. qui avoit épouse M Nicolaa Orulard . premier président an parleoieat de Boorfegii»
(t) Eni«^'*''Jirtot.
LlltTAfiS
rous m'oblîgei à vaos rendre une vwîe et entière obéissance filiale, par la faveur qu'il vous plalt me faire , en m'écrivant si souvent et de votre santé , et de Tétat des affaires de madame Tabbesse , ma trèschère sœur ! Rien sans doute ne me peut donner plus de consolation , que de me voir vivre en votre souvenance et bonne grâce , et de vous être agréable au désir que j*ai de servir cette sceur en tous ses vertueux desseins , pour la poursuite des quels j'approuve bien qu'elle ne change pas le chemin que je lui ai proposé , qu'avec beaucoup de considération ; mais je ne voudrois pas aussi qu'elle laissât pour cela de se prévaloir des bons avis et conseils qu'elle peut recevoir d'ailleurs , et particulièrement du bon père de Saint- Bénigne, duquel vons m'écrivez , et moi à elle , pour lui en déclarer mon opinion telle que je vous dis. Mais comment me pourrois-je jamais lasser de souhaiter des grâces et des bénédictions abondantes à celte chère sœur et à toute sa maison , la voyant si désireuse de mon bien , que , pour seulement savoir de ma santé , elle m'a envoyé un exprès? Avec cette occasion je lui ai écrit le plus amplement que j'ai pu pour la consoler, sachant bien que le bon portement de son corps dépend beaucoup de celui de son ame , et celui de son ame des consola* tiens spirituelles. Je vis en perpétuelle appréhension de son mal , qu'il n'empire , et en recommande à Dieu les remèdes autant qu'il m'est possible. Ce n'est pas de mon école qu'elle a jeûné ce carême , contre l'opinion des médecins, à l'obéissance desquels je l'exhorte bien fort, sachant bien que Dieu seul veut être servi comme cela. Au demeurant, monsieur mon très-honoré père , j'ai une jeune sœur (4) que je désirerois mettre auprès de celte ainée et plus chère, en mon monastère, non pour être religieuse , si Dieu ne lui en donne l'inspiration , mais seulement pour avoir cet honneur d'être auprès d'elle , et d'apprendre la vertu en une si bonne compagnie : c'est là une de mes ambitions , mais de laquelle je soumets l'exécution à votre commandement , n'en voulant que ce qu'il vou^ plaira de m'en permettre. Ques'ilvousplaitmen donner la permission , ce sera , Dieu aidant , sans que la maison en reçoive au •
<i) Jeanoe de Salef.
cnne charge! ; madame l'abbesse senle m sera importunée de seulement supporter l'incommodité de voir auprès de soi une inutile et maussade fille cl servante. Vous voyez, monsieur mon lyèrc, avec quelle liberté je me pousse envers vous. Croyez , Je vous supplie , que c'est pour la totalo confiance que j'ai d'être en votre ame ce que je suis en la mienne ; c'est, monsieuf | mon père , votre , etc. '
Blonsieur mon père , permettez-moi de présenter ici mon très- humble service et obéissance à madame ma mère, que Je supplie de me continuer en l'honneur de sa maternelle bienveillance.