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LETTHBS
fille, si nous n'avons pas correspondu cidevant à l'amour de ce p;racicux Sauveur par une sainte et inséparable union de nos affections à sa sainte volonté, faisons main* tenant en sorte qu'au bout de cette année nous puissions être appelés enfans d'un an.
Je disois hier, ma chère fille (car je vous veux faire part de nos prédications) , que quand Dieu voulut prendre en sa sauvegarde les enfans des Israélites, a6n que fange exterminateur ne les tuât comme il feisoit ceux des Égyptiens, il ordonna que leurs portes fussent endtfftes et marquées du sang de l'agneau pascal, et qu'ainsi sa divine majesté marquoit du sang de sa circoncision la porte et l'entrée de cette année sur nous , afin qu'en icelle l'exterminateur de nos enfans n*eût aucun pouvoir sur eux. Or vous savez qui sont vos enfans : car je parle de ceux du cœur, nos bons propos, dob bons désirs, nos amours divins.
Je l'espère, ma chère fille, que nous serons inviolablement fidèles à ce Sauveur, et que ces années suivantes nous serons comme les années fertiles de Joseph, lequel, par le moyen du ména^ qu'il fit en icelles se rendit vice-roi d'Egypte; car nous ménagerons si bien nos ans, nos mois, nos semaines, nos jours, nos heures, nos momens , que le tout s'employant selon Tamour de Dieu, nous sera profitable à la vie étemelle pour régner avec les saints. Mais ce n'est pas donc, ma fille? dorénavant nous ne serons plus ces vieux nousmêmes que nous avons été ci-devant, nous serons des autres nous-mêmes qui , sans exception, sans réserve, sans condition, serons à jamais sacrifiés à Dieu et n son amour ; et, comme des petits phénix, nous serons renouvelés en ce feu de la dilection divine , pour laquelle, avec un irréconciliable divorce , nous avons pour jamais abandonné et rejeté le monde et toute sorte ie vanité.
Nos petites colères, nos petits chagrins, 2es petits frissonncmens de cœur, sont des restes de nos maladies , que le souverain médecin nous laisse afin que nous craignions la rechute, que nous nous humilions et demeurions en une sincère soumission. Nous irons néanmoins nous établissant de jour on jour, et ces petites altérations s'affoibliront, Dieu aidant. Ayez courage, ma
fille, car ce petit Jésus vous aimo bien, le suis en lui tout vôtre.
LETTRE DCCIX.
s. PBAlfÇOIS DB SALES, A MAlUm DE CHANTAL.
Soobaitf de bonne année, et eonsidénitiou sor ta minière de prononcer le nom de notre Sei» gneur Jétas-Cbriat
0 Jésus I remplissez notre oœor da baume sacré de votre nom divin, afin que la suavité de son odeur se dilate en tous nos sens, et se répande en toutes nos actions. Mais pour rendre ce cœur capable de recevoir une si douce liqueur, circoncisezle, et retranchez d'icelui tout ce qui peut être désagréable à vos saints yeux. O nom glorieux , que la bouche du père céleste a nommé éternellement, soyez a jamais la superscription de notre ama., afin que, comme vous êtes Sauveur, elle soit éternellement sauvée I 0 vierge sainte, qui, la première de toute la nature humaine, avez prononcé ce nom de salut, inspirez-nous la façon de le prononcer ainsi qu'il est convenable , afin que tout respire en nous le salut que votre ventre nous a porté.
Ma très-chère fille , il falloit écrire la première lettre de cette année à notre Seigneur et à Notre-Dame; et voici la seconde par laquelle, ô ma fille, je vous donne le bon an, et dédie notre cœur à la divine bonté. Que puissions-nous tellement vivre cette année, qu'elle nous serve de fondement pour Tannée étemelle! Du moins ce matin sur le réveil j'ai crié à vos oreilles : Vive Jésus! et. eusse bien voulu épandre cette huile sacrée sur toute la face de la terre.
Quand un baume est bien fermé dans une fiole , nul ne sait discerner quelle liqueur c'est, sinon celui qui Ty a mise ; mais quand on a ouvert la fiole , et qu'on en a répandu quelques gouttes, chacun dit:
C'est du baume. Ma chère fille, notre cher petit Jésus étoit tout plein du baume de salut; maison ne le connoissoit pas jusqu'à tant qu'avec ce couteau doucement cruel on a ouvert sa divine chair ; et lors on a connu qu'il est tout baume et huile répandue, et que c'est le baume de salut. C'est pourquoi saint. fosoph et Notre-Dame,
DE S. FRA?7Ç0l.S DE SALES.
puis tout le voisinage, oommenoent à crier : Jésus, qui signifie Sauveur.
Plaise à ce divin poupon de tremper DOS cœurs dans son sang, et les parfumer de son saint nom , a6n que les roses des bons désirs que nous avons conçus, soient toutes pourprées de sa teinture, et toutes odorantes de son onguent! Mon Dieu! ma flUe, que cette circoncision est à propos de DOS petits mais grands renoncemensl car c'est proprement une circoncision spirituelle. Votre très-afiectionné, etc.