‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 39 sur 450 · LETTRE LUI · texte numérisé non relu

LETTRE LUI

s. FRANÇOIS DE SALCS , A MADAME ROSE B0UBGE0I9 , ABBESSB DE L'aBB. OOTALE DU PUrrS-D'ORBB. •

En qaoi consiste la dévotion , et les moyens pour y parvenir; ^numération des devoirs d'uno abbesse.

AtibI le s mal fCM.

Vous avez , madame ma chère fille, deux qualités; car vous êtes religieuse, et vous êtes abbesse : il faut servir Dieu en l'une et l'autre, et à cela doivent être rapportés tous vos desseins, et exercices et aftcKîtions.

Ressouvenez- vous qu'il n'est rien de si heureux qu'une religieuse dévote , rien de si malheureux qu'une rehgieuse sans dévotion.

La dévotion n'est autre chose que la promptitude , ferveur, afTeclion et nïouvemenl que l'on a au service de Dieu ; et y a différence entre un homme de bien et un homme dévot: car celui-là est un homme de bien , qui regarde les commandemens de Dieu , encore que ce ne soit pas avec grande promptitude ni ferveur ; mais celuilà est dévot, qui non-seulement lesobserve, ains les observe volontiers, promptemcnt, et de grand courage.

La vraie religieuse doit être dévote, et procurer d'avoir uno grande promptitude et ferveur.

Pour ce faire, il faut premièrement prendre garde de n'avoir point la conscience chargée d'aucun péché ; car le péché est un pesant fardeau , que qui le porte ne peut acheminer contre mont. C'est pourquoi 11 se faut confesser souvent , et neja^

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iMislaiflMr dormir le péehé dans notre sein.

Secondement , il faut ôter tout ce qui peut entraver les pieds de notre ame , qui sont les afîections^ lesquelles il faut retirer el dépendre de tout objet non-99ulement mauvais , mais de celui qui n'est pas bien bon ; car un cheval entravé et piqué ne peut courir.

Outre cela, il faut demander cette promptitude à notre Seigneur; et partant, il faut l'exercer à la prière et méditation, ne laissant passer aucun jour sans la faire l'espace d'une petite heure.

Et touchant la prière , je vous avertis que premièrement vous ne devez jamais laisser l'ofiice ordinaire qui est commandé de r£glise, et plutôt il faut laisser toutes autres prières.

Secondement, il faut, après l'oflice, préférer la méditation à toutes autres prières ; car elle vous sera plus utile et plus agréable à Dieu.

Troisièmement, ayez l'usage des oraisons jaculatoires, qui sont des soupirs d'amour que l'on jette devant Dieu pour requérir son aide et son secours.

A quoi vous servira beaucoup de ^rder en votre imagination le point de la méditation que vous aurez le plus goûté , pour le remâcher le long de la journée , comme Ton fait les tablettes pour le corps? A cela même vous servira une croix, ou une image dévote pendue à votre cou ou à votre chapelet, la maniant et baisant souvent en l'honneur de celui qu'elle représente ; et, lorsque l'horloge sonne , de dire un petit mot de cœur ou de bouche, comme seroit Five Jéi^ut , ou bien , Foici V heure de $e réveiller , ou bien , , jlion heure s' approche ^ et semblables.

Quatrièmement , ne passer aucun jour , s'il est possible, sans lire quelque peu dans quelque livre spirituel , même avant la méditation , pour réveiller eu vous l'esprit spirituel.

Prenez par coutume de vous mettre en la présence de Dieu le soir avant votre repos , le remerciant do ce qu'il vous a conservée, en faisant l'examen de conscience , ainsi que les livres spirituels vous renseignent.

Le matin , faites-en de même , vous préparant à servir Dieu le long du jour, vous oflinnt à son amour', et lui ofiûrant le vôtre.

Je suis d'avis qw votre méditation se fasse le matin , et que le jour précédent vous lisiez le point que vous voudrez mé* ditcr , dans Grenade, Bellintany , ou quelqu'autre semblable.

Pour acquérir la sainte promptitude à bien pratiquer la vertu , ne laissez passer aucun jour sans en pratiquer quelque action particulière à cette intention; car l'exercice sert merveilleusement pour so rendre un chemin aisé à toutes sortes d'opérations.

Ne manquez jamais, pour ce commencement, de communier tous les premiers dimanches du mois , outre les bonnes fêtes, et le soir de devant confessez-vous , et ex« citez en vous une sainte révérence et joie spirituelle , de devoir être si heureuse que de recevoir votre doux Sauveur , et fuites alors une nouvelle résolution do le servir fervemmcnt, laquelle, l'ayant reçue, il faut conûrmer , non par vœu , mais par un bon et ferme propos.

Le jour de votre communion, tenez- vous le plus dévote que vous pourrez , soupirant à celui qui sera en vous et à vous , et lo regardez perpéluellementdc l'œil intérieur, gisant ou assis dans votre propre cœur comme dans son trône ; et lui faites venir l'un après l'autre vos sens et vos puissance^ pour ouïr ses commandemens , et lui promettre fidélité : ceci se doit faire après la communion , par une petite méditation de demi-heure.

Gardez- vous de vous rendre méîancoHque et importune à ceux qui sont auprès de vous , de peur qu'il n'attribuent cela à la dévotion, et qu'ils ne la méprisent; ait contraire , rendez-leur , le plus que vous pourrez, de consolation et de contentement, afin que cela leur fasse honorer et estimer ta dévotion, et la leur fasse désirer.

Procurez en vous l'esprit de douceur , joie et humilité , qui sont les plus propres à la dévotion , comme aussi la tranquillité, sans vous empresser ni pour ceci ni pouf cela ; mais allez votre chemin de dévotion avec une entière confiance en la miséricorde de Dieu , qui vous conduira par la main jusqu'au pays céleste ; et partant, gardez -vous des chagrins et disputes.

Touchant votre qualité d'abbesse, c'està-dire de mère d'un monastère , elle vous oblige à procurer le bien de tootes vos

LETTHSS

ligienses pour la perfection de leurs âmes , et par conâéquent à réformer leurs mœurs et toute la maison.

4* Le moyen de ce faire , en ce commencement, doit être doux, gracieux et joyeux, sans commencer par la répréhension des choses qui ont été supportées jusqu'à présent ; ains vous devez vous-même , sans leur dire mot, montrer tout le contraire en votre vie et conversation , vous occupant devant elles à de saints exercices , comme serait, faisant quelquefois des prières en réglise, ou bien môme la méditation , disant le chapelet , faisant lire quelque livre spirituel pendant que vous travaillerez de Taiguille ; et les caressant plus doucement et modestement que jamais, faisant une spéciale amitié avec celles qui se rangeront à la dévotion : ne laissez pourtant de bien caresser les autres , pour les attirer et gagner en même chemin.

2* Tenez- vous courte avec les conversations mondaines, et ne permettez pas, que le moins que vous pourrez , qu elles soient en votre chambre particulière , pour petit à petit procurer que le dortoir des dames en soit entièrement exempt; ce qui serait bien requis , et votre exemple est un grand moyen.

3» A la table , procurez que Ton lise quelque beau livre spirituel , comme de Grenade , De la vanité du monde , Gerson , Bellintany. et tels autres; et*meltez en coutume que ce soit tous les jours.

4® En l'office , il faut que votre contenance dévote donne loi à toutes les religieuses de modestie et révérence ; ce que vous ferez aisément , si vous vous mettez en la présence de Dieu au commencement de chaque office. J*estime que d'introduire le bréviaire du concile de Trente sera une chose utile et proBtable.

5<* Ne faites point trop Taustère pour le "ommencement ; mais soyez gracieuse à tout le monde, hormis aux personnes bien mondaines, avec lesquelles il faut être •ourte et retirée.

6° Il sera bon que vous employiez quelqu'une de vos religieuses pour vous aider en la conduite des choses temporelles , aBn que vous ayez tant plus de commodités pour vous adonner au spirituel et aux offices de charité.

7* Enfin ne vous empresses point poor ce commencement ; mais faites tout ce que vous ferez si gaiement et avec tant de doa« ceur, que toutes filles aient occasion de vouloir embrasser la dévotion petit à petit; et lorsque vous les y verrez embarquées , il faudra traiter plus entièrement du rétablissement de la perfection de la règle, qui sera le plus grand service que vous puissiez faire à notre Sauveur; mais tout cela doit procéder non tant de votre autorité comme de votre exemple et douce conduite.

8"* Dieu vous appelle à toutes ces saintes besognes; écoutez-le et obéissez. N'estimez jamais d'avoir trop de peine ni de patience à la poursuite d'un si grand bien. Que vous serez heureuse, si à la fm de vos jours vous pouvez dire comme notre Seigneur : Tai consommé et parfait i enivre que vous m'avez mis en main (4) !

Désircz-lo , procurez-le , pensez à cela , priez pour cela ; et Dieu , qui vous a donné la volonté pour le désirer, vous donnera des forces pour le bien faire.

Méditation pour h commencement de chaque mois, avant la communion ^%).

Mettez-vous en la présence de Dieu, priez- le qu'il vous inspire. Imaginez- vous que vous êtes une pauvre servante de notro Seigneur , et qu'il vous a mise en ce monde comme en sa maison.

4* Demandez-lui avec humilité pourquoi il vous y a mise ; et considérez que ce n'est pas pour aucun besoin qu'il eût de vous, mais afin d'exercer en vous sa libéralilé et bonté : car c'est pour vous donner son paradis ; et afin que vous le puissiez avoir, il vous a donné l'entendement pour leconnoître , la mémoire pour vous ressouvenir de lui , la volonté et le cœur pour Taimex et votre prochain, l'imagination pour vous le représenter et ses bénéfices , tous vos sens pour le servir , les oreilles pour oufr ses louanges , la langue pour lo louer , les yeux pour contempler ses merveilles , ot ainsi des autres.

2* Considérez qu'étônt créée à cette intention, toutes actions contraires à cela doivent être extrêmement évitées, et celles qui ne

(f) Opns consammaTl qnod dodlstl mlLI al faclini. ioAn. c. XVII , T. 4.

(S; La prâ»enie médllaiion n'est polat dans lo poUI livre dédi* a madaiM dt MainWiom.

servent de rien à cela doivent être mépri-

3* Considérez quel malheur c'est au monde , de voir que les hommes pour la plupart ne pensent point à cela ; mais leur est d*avls qu'ils sont en ce monde pour bâtir des maisons , agencer des jardins , avoir des vignes , amasser de l'or , et semblables choses transitoires.

i* Faites une représentation de votre misère , qui a été si grande quelque temps, que vous avez été de ce nombre-là. Hélas ! ce direz-vous , que pensois-je quand je ne pcnsois pas à vous, ô Seigneur? De quoi me ressouvenois-je quand je vous avois oublié? Ou*9imois-je quand je ne vous aimois pas? N'étois-je pas misérable de servir la vanité au lieu de la vérité? Hélas 1 le monde, lequel n'est fait que pour me servir, dominoit et maitrisoit sur mes affections. Je vous renonce, pensées vaines, souvenances inutiles , amitiés infidèles, serîiccâ perdus et misérables.

Résolvez -vous, et faites un ferme propos deci-aprèsvaquer fidèlement à ce que Dieu désire de vous, lui disant: Vous serez ciiprùs mon unique lumière pour mon entendement; vous serez l'objet de ma souvenance , qui ne s'occupera plus qu'à se représenter la grandeur de votre bonté si doucement exercée en mon endroit; vous serez les seules délices de mon cœur , et Tunique bien-aimé de mon ame.

jipplieatian particulière.

Ah 1 Seigneur , j'ai de telles et telles pensées , je m'en abstiendrai ci-après : j'ai trop de inémoire des picques et injures , je la perdrai dorénavant : j'ai mon cœur encore j attaché à telle et telle chose , qui est inutile ' ou préjudiciable à votre service et à la per- ' Icction de l'amour que je vous dois ; je le retirerai et désengagerai entièrement , ' moyennant votre grâce , afin que je puisse lout donner a u vôtre. j

Pri^ Dipu^fervemment qu'il vous en fasse ta grâce, et pratiquez en quelque chose ce qui 9e pourra touchant ce point. !

R-pétrz souvent la parole de S. Bsrnard; et, à son imitation, excitant voire cœur, dites souvent : Rose, qu'ei«-tu venue faire en ce monde? que fais-tu? fais-tu ce que ton maître t*a donné en charge, et pourquoi il t'a nise en ce monde et te conserve? [

Nul ne sera couronné de roses qu'il ne le soit premièrement des épines de notre Seigneur.

C'est celui qui désire votre perfection en Dieu , es entrailles duquel il est votre , etc.

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