‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 383 sur 450 · IS DE SALES , A MADAME LA PRÉSI- DENTE BRULART · texte numérisé non relu

IS DE SALES , A MADAME LA PRÉSI- DENTE BRULART

mise 8008 la direclion da Saint, pen- ' il préchoii le carême à Dijon en 1604.

Après I« • octobre l€e«.

le, ce m'a été un extrême contenl'avoir eu et vu votre lettre : je bien que les miennes vous en pusler un réciproque, et particulièreir le remède des inquiétudes qui evées en votre esprit depuis notre m. Dieu me veuille inspirer, s ai dit une fois, et m'en ressout bien, quej'avois trouvé en votre n générale toutes les marques aie , bonne et solide confession, DQaiB je n*en avois reçu qui m'eût èrement contenté. C'est la vraie

vérité, madame ma chère sœur, «tcroyei qu'en telles occasions je parle fort pure-

Que si vous avez omis quelque chose à dire , considérez si c'a été à votre escient et volontairement; car en ce cas-là, vous devriez sans doute refaire la confession, si ce que vous auriez omis étoit péché mortel, ou que vous pensassiez à cette heurelâ que ce le fût : mais si ce n'est que péché véniel, ou que vous l'ayez omis par oubliance ou défaut de mémoire, ne doutez point, ma chère sœur; car, au péril de mon ame, vous n'êtes nullement obligée de refaire votre confession, ains suffira de dire à votre confesseur ordinaire le point que vous avez omis. De cela j'en réponds.

N'ayez pas crainte non plus de n'avoir pas apporté tant de diligence qu'il falloit à votre confession générale ; car je vous redis fort clairement et assurément, que si vous n'avez point fait d'omission volon • taire, vous ne devez nullement refaire la confession, laquelle pour vrai a été trèssuffisamment faite; et demeurez en paix de ce côté-là. Que si vous en conférez avec le père recteur, il vous en dira de même ; car c'est le sentiment de l'Église notre mère.

Toutes les règles du rosaire et du cordon n'obligent nullement ni à péché mortel, ni à véniel, ni directement, ni indirectement ; et ne les observant pas, vous ne pécherez non plus, que de laisser une autre sorte de bien à faire. Ne vous en mettez donc nullement en peine ; mais servez Dieu gaiement et en liberté d'esprit.

Vous me demandez le moyen que vous devez tenir pour acquérir la dévotion et paix de l'esprit. Ma chère scBur, vous ne me demandez pas peu ; mais je m'essayerai de vous en dire quelque chose, car je vous le dois. Mais remarquez bien ce que je vous dirai.

La vertu de dévotion n'est autre chose qu'une générale inclination et promptitude d'esprit à faire ce qu'il connoît être agréable à Dieu. C'est cette dilatation de cœur de laquelle David disoit : Tai couru en la voie dé vos commandemens quand voue avez étendu mon ectur (4). Ceux qui sont simplement gens de bien , cheminent en la voie de Dieu; mais les dévots courent, et quand ils sont bien dévots , ils voienl.

(i)F8.iit,f.ai.

LETTRES

Maintenant Je vous dirai quelques règles qu*il f^ut ob^enrer pour ôtre vraiment dévote.

II faut avant toutes choses observer les commandcmcns ;;<^néraux de Dieu et do TË^Iise y qui sont établis pour tout fidèle chrétien ; et sans cela il n*y peut avoir aucune dévotion au monde. Cela, chacun le sait.

Outre les commandemens généraux, il faut soigneusement observer les commandemens particuliers qu'un chacun a pour le regard de sa vocation ; et quiconque ne le sait, quand il feroit ressusciter les morts, il ne laisse pas d*étre en péché et damné s*il y meurt. Comme, par exemple, il est commandé aux évèqucs de visiter leurs brebis, les enseigner, redresser, consoler ; que je demeure toute la semaine en oraison, que je jeûne toute ma vie, si je ne fais cela, je me perds. Qu'une prsonne fasse miracle étant en état de mariage, et qu'elle ne rende pas le devoir de mariage (4) à sa partie, ou qu'elle ne se soucie point des enrans , elle est pire qu'infidèle (2) , dit S. Paul, et ainsi des autres.

Voilà donc deux sortes de commandemens qu'il faut soigneusement observer pour fondement de toute dévolion ; et néanmoins la vertu de dévolion no consiste pas à les observer, mais à les observer avec promptitude et volontiers. Or, |K)ur acquérir cette promptitude, il faut employer plusieurs considérations*

La première, c'est que Dieu le veut ainsi ; et est bien la raison que nous fussions sa volonté, car nous no sommes en ce monde que |)our cela. Hélas 1 tous les jours nous lui demandons que sa volonté soit faite; et quand ce vient à la faire , nous avons tant de peine 1 Nous nous offrons à Dieu si souvent, nous lui dirons à tous coups : Seigneur, je suis vôtre, voilà mon cœur, et quand il nous veut employer, nous sommes si lûclies! Comme pouvons-nous dire, que nous sommes siens, si nous ne voulons accommoder notre volonté à la sienne?

Ln seconde considération , c'est de penser à la nature dos commandemens de Dieu, qui ^ori doux , gracieux et suaves, non-seulement les généraux, mais encore

(1)1- Coa. VII. 3, 4 et 8 (iWTiH. T. 8.

les particuliers de la vocation. Et <ia*est<« donc qui vous les rend fâcheux? rien à h vérité sinon votre propre volonté, qui veut régner en vous à quelque prix que ce soit ; et les choses, que peut-être elle désireroit, si on ne les lui commandoit, lui étant commandées, elle les rejette.

De cent mille fruits délicieux, Eve choisit celui qu'on lui avoit défendu ; et sans doute que si on le lui eût permis, elle n'en eût pas mangé. C'est en un mot, qoe nous voulons servir Dieu, mais à notre volonté et non pas à la sienne.

Saiil avoit commandement de gdter et ruiner tout ce qu'il trouveroiten Âinalech: il ruina tout, hormis ce qui étoit précieux qu'il réserva, et en fit sacrifice; maisDiea déclara qu'il ne veut nul sacrifice coalre l'obéissance. Dieu me commanda de servir aux âmes, et je veux demeurer à la contemplation : la vie contemplative est bonne, mais non pas au préjudice de robéissaooe. Ce n'est pas à nous de choisir à notre volonté. Il faut vouloir ce que Dieu veut; et si ce Dieu veut que je le serve en une chose, je- ne dois pas vouloir le servir en une autre. Dieu veut que Saiil le serve en qualité de roi et de capitaine, et Saiil ventle servir en qualité do prêtre : il n'y a nulle (lidiculté (pie relle-ri est plus excellente <]ue cclle-lâ ; mais néanmoins Dieu ne m pjie pas de cela, il veut être obéi.

C'est grand cas! Dieu avoit donné de la manne aux enfansd'lsraol, une viande trèsdélicieuse; et les voilà qu'ils n'en veulent pas, mais recherchent en leurs désirs les aulx et les ojjnons d'É;j;yple. C'est notre chétive nature qui veut toujours que sa volonté soit faite, et non i)as celle de Dieu. Or, à njesure (jue nous aurons moins de propre volonté, celle de Dieu sera plus aisément observée.

11 faut considérer qu'il n'y a nulle vocation qui n'ait ses ennuis, ses amertumes et dégoûtemens; et qui plus est, si ce n'est ceux qui sont pleinement résignés en la volonté de Dieu , chacun voudroit volontiers changer sa condition à celle des autres; ceux qui sont évoques, voudroient ne l'être pas; ceux qui sont marii»s, voudroient ne l'être pas; v\ feu\ qui nelescuit pas, le vuudnienl être. Don vient cette générale inquiétude des esprits, sinon d'un certain déplaisir que nous avons à la contraiBle,

bn

iK4*ttfiemàlîgnilé d'esprit, qui naos fait penser qne chacun est mieux que nous?

Mais c'est touiun ; quiconque n'est pleinement résigné, qu*il tourne deçà et deià, ■ i! n*aura jamais de repos. Ceux qui ont la fièvre ne trouvent nulle place bonne; ils n'ont pas demeuré un quart d'heure en un iii, qu'ils voudroient être en un autre ; ce n'est pas le lit qui en peut mais» c'est la fièvre qui les tourmente partout. Une personne qui n'a point la fièvre de la propre volonté se contente de tout, pourvu que Dieu soit servi. Elle ne se soucie pas en ipielle qualité Dieu l'emploie, pourvu qu'il ftuue sa volonté divine; ce lui est tout un.

Mais ce n'est pas tout : il faut non-seule- Bent vouloir faire la volonté de Dieu ; mais pour être dévot il la faut faire gaiement. 8i Je n'étois pas évèque , peu^ètre sachant 00 que je sais, je ne le voudrois pas être , mais l'étant, non-seulement je suis obligé de flaire ce que cette pénible vocation requiert, mais je dois le faire joyeusement, et dois me plaire en cela, et m'y agréer. Cost le dire de S. Paul : Chaeuh demure m êa ooeafioti devant Dieu (1).

Il ne faut pas porter la croix des autres, nais la sienne; et pour porter chacun la Oiotine , notre Seigneur veut que chacun renonce à soi-même, c'est-à-dire à sa propre volonté. Je voudrois bien ceci et cela, Je florols mieux ici et là : ce sont tentations. Notre Seigneur sait bien ce qu'il fait, iÉiflons ce qu'il veut, demeurons où il nous amis.

Mais, ma bonne fille, permettez-moi que Je vous parle selon mon cœur : car je vous aime tomme cela. Vous voudriez avoir quelque petite pratique pour vous contfnire.

Outre ce que j'ai dit qu'il falloit considérer, I* faites la méditation tous les jours, ou le matin avant dtner, ou bien une heure OQ deux avant le souper ; et ce, sur la vie et mort de notre Seigneur; et à cet effet, oervai-vous de Bellintani, capucin, ou de Bruno, jésuite. Votre méditation ne doit être que d'une grosse demi-heure, et non phis; au bout de laquelle ajoutez toujours mie considération de l'obéissance que noire Seigneur a exercée à l'endroit de Dieu son père : car vous trouverez que tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour complaire à la volonté

(l}L0Mk?ll,tlu

de son père ; et là-dessus évertuez- vous de vous acquérir un grand amour de la vo» lonté de Dieu.

So Avant que de faire, ou vous préparer à faire des choses de votre vocation qui vous fâchent, pensez que les saints ont bien fait gaiement d'autres choses plus grandes et fâcheuses : les uns ont souffert le martyre, les autres ont souffert le déshonneur du monde. S. François, et tant de religieux de notre âge, ont baisé et rebaisé mille fois des ladres et des ulcères ; les autres se sont confinés es déserts ; les autres sur les galères avec les soldats; et tout cela, pour faire chose agréable A Dieu. Et qu'est^se que nous faisons qui approche en diflBculté à cela?

3° Pensez souventefois que tout ce que nous faisons a sa vraie valeur de la conformité que nous avons avec la volonté de Dieu : si qu'en mangeant et buvant, si je le fais parce que c'est la volonté de Dieu que je le fasse, je suis plus agréable à Dieu, que si je souffirois la mort sans cette intention-là.

i» Je voudrois que souvent, parmi b journée, vous invoquassiez Dieu, afin qull vous donnât l'amour de votre vocation, et que vous dissiez comme S. Paul,quand il fut converti : Seigneur ^ que voulez-voui que Je fasee (4 )? Voulez-vous que je vous serve au vil ministère de votre maison? Ahl Je me réputerai encore trop heureuse; pourvu que je vous serve, je ne me soucie pas en quoi ce sera. Et venant au particulier de ce qui vous fâchera, dites : Voulez -vous que je fasse telle et telle chose? Hélas 1 Seigneur, encore n'en suis-je pas digne , Je le ferai très -volontiers; et c'est ainsi que vous vous humiliez fort. 0 mon Dieul quel trésor vous acquerrez 1 plus grand sans doute que vous ne sauriez estimer.

6* Je voudrois que vous considérassiez combien de saints et de saintes ont été en votre vocation et en état, et qu'ils s'y sont tous accommodés avec une grande douceur et résignation, tant au nouveau qu'à rancien Testament ; Sara, Rcbecca, sainte Anne, sainte Elisabeth, sainte Monique, sainte Pauie , et cent mille ; et que cela vous anime, vous recommandant à leurs prières.

Il faut aimer ce que Dieu aime ; or, il

LETTRES

aime notre vocation : aimons-la bien aussi, et ne nous amusons pas à penser sur celle des autres. Faisons notre besogne ; à chacun sa croix n'est pas trop : mêlez doucement l'office de Marthe à celui de Madeleine : faites diligemment le service de votre vocation, et souvent revenez à vousmême, et vous mettez en esprit aux pieds de notre Seigneur, et dites: Mon Seigneur, soit que je coure, soit que je m'arrête, je suis toute vôtre, et vous à moi : vous êtes mon premier époux ; et tout ce que je ferai, c'est pour vous, et ceci et cela.

Vous verrez l'exercice de l'oraison que j'envoie à madame du Puy-d'Orbe : tirezen une copie, et vous en prévalez; car je le désire.

Il me semble que faisant le matin une demi heure d'oraison mentale, vous devez vous contenter d'ouïr tous les jours une messe ; et parmi la journée lire une demiheure de quelque livre spirituel, comme de Grenade, ou de quelque autre bon auteur.

Le soir faire l'examen de conscience, et le long de la journée faire des oraisons jaculatoires. Lisez fort le Combat spirituel, Je vous le recommande. Les dimanches et les fêtes vous pourrez, outre la messe, ouïr vêpres (mais cela sans astriction) et le germon.

N'oubliez pas de vous confesser tous les huit jours, et quand vous aurez quelque grand ennui de conscience. Pour la communion, si ce n'est au gré de monsieur votre mari, n'excédez point pour le présont les limites de ce que nous en dîmesà S. Claude : demeurez forme, et communiez spirituellement; Dieu recevra en compte la préparation de votre cœur.

Souvenez-vous de ce que je vous ai si souvonldit; faites honneur à votre dévotion : rendez-la fort aimable à tous ceux qui vousconnoitront, mais surtout à votre famille • f.>itos qu'un chacun en dise du bien. Mon Dieu! que vous êtes heureuse d'avoir un mari si raisonnable et souple! Vous en dovoz bien louer Dieu.

Quand il vous surviendra quelque contradiction, résignez-vous fort en notre-Seigneur, et vous consolez, sachant que ses faveurs ne sont que pour les bons, ou pour ceux qui se mottonl on chemin de le devenir.

Au demeurant, sachez que mon esprit est

tout vôtre. Dieu sait si jamais Je Tooion* blie, ni toute votre famille en mes foibki prières : je vous ai trèsrintimement gravée en mon ame. Dieu soit votre cœur et votre vie.

LETTRE DCCXXXVI.

s. FRANÇOIS DB SALES, A M. LB PAÉSDIBir

FRimOT ,

Qai étoit iTancè en Irc. Le Saint rengage a m préparer i la mort.

ASalti. leToctoferamib

Monsieur , la charité est également lacile à donner et à recevoir les bonnes hnpressions du prochain : mais si à sa géoé* raie inclination on ajoute celle de quelque particulière amitié, ell^sc rend excessive en cette facilité. M. de Bourçes et madame Chantai , vos chers et dignes enfans, m'ont sans doute été trop favorables en la persuasion qu'ils vous ont faite de me vouloir du bien : car je vois bien , monsieur, pir la lettre qu'il vous a plu de m'écrire , qu'ils y ont employé des cx)uleurs , desquelles ma chétive ame ne fut jamais teinte. Et vous, monsieur, n'avez pas été moins aisé, ni comme je connois moins aise de leur donner une ample et libérale créanc-c. La ehor rite , dit l'apôtre , croit tout et se r^auit du bien (h).

En cela seul ils n'auront pas su passer la mesure à dire, ni vous , monsieur , à croire , que je leur ai voué toutes mesaffoclions , qui vous sont par ce moyen afr quises , puisqu'ils sont vôtres , avec tout ce qu'ils ont.

Pormettez-moi , monsieur , que je laisse courir ma plume à la suite de mes pensées pour répondre à votre lettre. C'est bien la vérité que j'ai reconnu en M. de Bourges, une si naïve bonté et d'esprit et de cœur , que je me suis rehWhé à conférer avec lui des offices de notre commune vocation, avec tant de liberté , que revenant à moii je n'ai su qui avoit usé de plus de simplicité , ou lui à m'écouter , ou moi à lui parler.

Or , monsieur , les amitiés fondées sur Jésus-Christ ne laissont pas d'être respectueuses*, ixnir élro un peu fort simples et à la bonne foi. Nous nous sommes bieo coupé de la besogne l'un à l'autre; dos

(l)C0A.iiii,6«tv.

DE S. FRAXrOÎS DE SALES.

désirs de servir Dieu et son Église ( car jo confesse que j>n ai , et lui ne sauroit di:?flimuler qu'il n'en i^oit plein ) , se sont , ce me semble , aiguisés et animés par la rencontre.

Mais , monsieur , vous voulez que jo continue de mon côté cette conversation , et sur ce sujet , par lettres. Je vous assure que si je voulois , je ne m'en saurois empêcher , et de fait je lui envoie une lettre de quatre feuilles , et toute de cottu même étofiie. Non, monsieur, jo n'apporte plus nulle considération à ce que je suis moins que lui , ni à ce qu'il est plus que moi , en tant de façons , amor œqnat amantes (1)le lui parle fidèlement , et avec toute la confiance que mon amepeut avoir en celle quo j'estime des plus franches, rondes et vigoureuses en amitié.

Et quant à madame de Chantai , j'aime mieux ne rien dire du désir que j'ai de son bien éternel, que d'en dire trop peu.

Mais , monsieur le président des comptes , votre bon frère , ne vous a-t-il pas dit qu'il m'aimoit aussi bien fort? Je vous dirai bien au moins que je m'en tiens pour tout assuré.

H n'est pas jusques au petit Celse-Bénig;ne , et votre Aimée (2) qui ne me connoissent , et qui ne m'aient caressé en votre maison.

Voyez , monsieur , si jo suis vôtre , et par combien de liens ! J'abuse do votre bonté à vous déployer si grossièrement mes affections. Mais, monsieur, quiconque me provoque en la contention d'amitié, il faut qu'il soit bien ferme , car je ne l'épargne point.

Si faut- il que je vous obéisse encore en ce que vous me commandez de vous écrire les principaux points de votre devoir.

J'aime mieux obéir au péril de la discrétion , que d'étro discret au péril do l'obéissance. Ce m'est , à la vérité, une obéissance Un petit âpre, mais vous jugort^z bien qu'elle en vaut mieux. Vous excédez bien en humilité à me faire cotte demande; pourquoi ne me sera-t-il loisible d'excéder en simplicité à vous obéir?

Monsieur, je sais que vous avez fait une longue et très-honorable vie , et toujours Uèa^oonstante en la sainte Église catholi*

U) L'amoir ic*l« ceax qal t'.iiffleut.

{f) G^éloieBt le« enfaDs de mndame lio Chanl-il.

I que ; mai? au bout de là , ra été au monde ' et au maniement de ses afTaircs. Chose étrange , mais que Vexpérience et les auteurs témoignent! un cheval, pour brave et fort qu'il soit , cheminant sur les passées et allures du loup , s'engourdit et perd le pas. Il iCett pas possible que , vivant au monde , quoique nous ne le touchions que des pieds, nous ne soytms embrouillés de sa poussière (h).

Nos anciens pères , Abraham et les autres, présentoient ordinairement à leurs hôtes le lavement des pieds : je pense, monsieur , que la première chose qu'il faut faire, c'est de laver les affections de votre ame pour recevoir l'hospitalité de notre bon Dieu en son paradis.

Il me semble que c'est toujours beaucoup de reproche aux mortels , de mourir sans y avoir pensé : mais il est double à ceux que notre Seigneur a favorisés du bien de la vieillesse.

Ceux qui s'arment avant que l'alarme se donne, le font toujours mieux que les autres , qui sur l'elfroi courent qà et là au plastron , aux cuissarts , au casque.

Il faut tout à l'aise dire ses adieux au moiulo, et retirer petit à petit ses affections dos créatures.

Lis arbres que le vent arrache ne sont pas propres pour être transplantés , parce qirils laissent leurs racines en terre ; mais qui les veut porter en une autre terre , il faut que dextrement il désengage petit à petit toutes les racines l'une après l'autre ; et puisque de cette terre misérable nous devons être transplantés en celle des vivans , il faut retirer et désengager nos affections l'une après l'autre de ce monde : je ne dis pas qu'il faille rudement rompre toutes les alliances que nous y avons contractées ( il faudroit à l'aventure des efforts pour cela) ; mais il les faut découdre et dénouer.

Ceux qui partent à l'imprévu sont excusables de n'avoir pas pris congé de leurs amis, et de partir en mauvais équipage; mais non pas ceux qui ont su l'environ du temps de leur voyage : il se faut tenir prêt; ce n'est pas pour partir devant l'heure , mais pour l'attendre avec plus de tranquillité.

A cet effet , je crois , monsieur, que vous

(l)S.Léoa.

LETTRES

aurez une incroyable consolation de choisir do chaciuo jour une heure, pour penser devant Dieu et votre bon ange , à ce qui vous est nécessaire pour faire une bienheureuse retraite. Quel ordre à vosallaires, : s'il fiilloit que ce fût bientôt? Je sais que cc*s pensées ne vous seront pas nouvelles : mais il faut que la façon de les faire soit nouvelle en la présoncc de Dieu , avec une tranquille attention , et plus pour émouvoir raffective que pour éclairer TintellectivQ.

Saint Jérôme a plus d*unofois rapporté à la sapionce-des vieilles gens Thistoire d'Âbisag , Sunamite , dormant sur Testomac de David , non pour aucune volupté , maissoulemontpour TéchaulTor. La sagesse et considération do la philosophie accompagne souvent les jeunes gens : c'est plus pour récréer leur esprit , que pour créer en leurs affections aucun bon mouvement; mais outre les bras des anciens , elle n'y doit être que pour leur donner la vraie chaleur de dévotion.

J'ai vu et joui de votre belle bibliothèque : je vous présente pour votre leçon spirituelle sur ce propos , S. Ambroise, De loixo mortis , S. Bernard , De inieriori domo , et plusieurs Homélies éparses de S. (llirysostome.

Votre S. Bernard dit que Tame qui veut aller à Dieu , doit premièrement aller baiser les pieds du crucifix , purger ses affections , et se résoudre à bon escient do se retirer petit à petit du monde et de ses vanités , puis baiser les mains par la nouveauté des actions, qui suit le changement des afl'eelions , et enfin le baiser en la bouche , s'unissant par un amour ardent à cetl<^ suprême bonté. Cest le vrai progrès d'une honnête retraite.

On dit qu'Alexandre-le-Grand cinglant (.-•n huuto mer, découvrit lui seul, el prenncnment, l'Arabie heureuse à l'odeur fhvs bois aromatiques qui y sont : aussi lui seul y a voit sa prétention. Ceux qui prétendent au pays éternel , quoique cinglant en la haute mer des affaires de ce monde , ont un certain pressentiment du ciel , qui les nninie et encourage merveilleusement ; mais il faut se tenir en proue, et le n^z tourné de ce côté-là.

Nou-î nous devons à Dieu , à la patrie , aux porens , aux amis : à Dieu première-

ment , puifi à la patrie , mais prenûèremat à la céleste , secondement à la terrestre , après cela à nos proches: maiamiIiietKmi est si proche que vous-même , dit notre Sénèque chrétien : enfin aux amis; niais n'êtes- vous pas le premier des vôtres? il remarque que S. Paul dit à soaTimotbée: Attende tibi , et gregi; primo ItM, deisÀi gregi {\) , ûli-il

C'est bien assez , monsieur, si oe aW trop pour cette année , laquelle s'enfuit et s'écoule de devant nous , et dans ces deux mois prochains nous fera voir la vanité de sa durée , comme ont fait toutes les précédentes qui ne durent plus. Vous m'ivez commandé que toutes les années je vous écrive quelque chose de cette sorte : me voilà quitte pour celle-ci , en laquelle je vous supplie d'ôter le plus de vosafiectioDs de ce monde que vous pourrez ; et âmesure que vous les arracherez, de les tni» porter au ciel.

Et pardonnez-moi , je vous en coiijiire par votre propre humilité, si ma simplicité a été si extravagante en son obéissance , que do vous écrire avec tant de longueur et de liberté sur un simple commandement , et avec une entière reconnoissance que j'ai de votre extrême suffisance, qui me de voit ou retenir au silence , ou en une / exacte modération. Voilà des eaux, monsieur, si elles sortent d'une mâchoire d'âne, Samson ne laissera pas d en boire. Je prie Dieu qu'il comble vos années de ses béuédictions , et suis d'une affection totalement filiale, monsieur, etc.

LETTRE DCCXXXVII.

s. FRANÇOIS DE SALES, A MADAME LA BABOICfS DE CHANTAL.

Marques certaines par lesquelles on peut eoaiioUro sî le choix que l'on a fait d'un direcccur est l<^(;iliiiie. Heiiiède pour les tentations contre la foi. Hèt;les de conduite h l'usage d'une Tea>e chrétienne, tant h l'égard de ses dcvoin enven Dieu , que vis-à-vis de s« famille et de ton iot»' rieur domestique.

u octobre leoi

Madame ,

Plût à notre bon Dieu que j'eusse autant de moyen de me bien faire entendre par cet éci'it comme j'en ai de volonté ! Je m'as-

(1) Ayei »olD de vous et de votro troapttit ; ment de tou*. eiualtede Totre iroapeaiL

DS S. Fiunçora de saues.

sure que pour une partie de ee que vous dédirez savoir de moi, vous seriez consolée, et particulièrement pour les deux doutes que Tennemi vous suggère sur le choix que vous avez fait de moi pour être votre père spirituel. Mais je m'en vais vous dire ee que je pourrai , pour exprimer en peu de paroles œ que je pense vous être nécessaire sur ce sujet.

Pour le premier, le choix que vous avez fait a toutes les marques d'une bonne et légitime élection ; de cela n'en doutez plus, je vous supplie. Le grand mouvement d'esprit qui vous y a portée presque par force et avec consolation ; la considération que j*y ai apportée avant que d'y consentir; ce que ni vous ni moi ne nous en sommes pas fiés à nous-mêmes , mais y avons appliqué Je jugement de votre confesseur, bon, docte et prodent ; ce que nous avons donné le loisir aux premières agitations de votre conscience pour se refroidir» si elles eussent été mal fondées; ce que les prières non d'uD jour ni de deux , mais de plusieurs mois ont précédé, sont indubitablement des marques infaillibles que c'étoit la volonté de Diou.

Leemouvemens de l'esprit malin on de l'esprit humain , sont bien d'autre condition. Ils sont terribles et véhéments, mais tans constance. La première parole qu'ils jettent à Toreille do Tame qui en estagilée, c'est de n*ouïr point de conseil; ou, si elle en oit , que ce soient des conseils de gens de peu et sans expérience. Ils pressent, ils veulent qu'on trousse marché avant que de ravoir traité, et se contentent d'une courte prière , qui ne sert que de prétexte pour établir des choses les plus importantes.

IJ n'y a rien de pareil en notre fait. Ce Q*a été ni vous ni moi qui en avons formé le traité : c'a été un troisième , qui en cela n'a pu regarder qu'à Dieu seul. La diffît» culte que j*y apportai au commencement»

qui ne procédoit que de la considération que j'y devois appliquer, vous doit entiè» rement résoudre. Car croyez bien que ce n'étoit pas faute de très-grande inclination à votre service spirituel , je l'avois indicible ; mais parce qu'en chose de telle con* séquence je ne vouiois suivre ni votre désir, oi mon inclination , ains Dieu et la Providence. Ârrôtcz-vous là, je vous supplio , et ne disputez plus avec l'ennemi en ce sujet ,

dites-lui hardiment que c*esl Dieu qui Ta voulu, et qui l'a fait. Ce fut Dieu qui vous embarqua en la première direction , propre à votre bien en oe temps-là ; o*est D *u qui vous a portée à eelle-oi , laquelle , bfcn que l'instrument en soit indigne , il voua rendra fructueuse et utile.

Pour le second , ma très-chère sœur, sachez que, comme je viens de dire , dès le commencement que vous conférâtes avec moi de votre intérieur, Dieu me donna un grand amour de votre esprit. Quand vous vous déclarâtes à moi plus particulièrement, ce fut un lien admirable à mon ame, pour chérir de plus en plus la vôtre , qui me fit vous écrire que Dieu m'avoit donné à vous, ne croyant pas qu'il se pût plus rien ajouter à l'affection que je sentois en mon esprit , et surtout en priant Dieu pour vous.

Mais maintenant, ma chère fille , il est survenu une certaine qualité nouvelle , qui ne se peut nommer, ce me semble ; mais seulement son effet est une grande suavité intérieure que j'ai à vous souhaiter la perfcH^iion de Tamour de Dieu et les autres bénédictions spirituelles. Non, je n'ajoute pas un seul brin à la vérité , Je parie devant le Dieu de mon cœur et du vétre : chaque affection a sa particulière différence d'avec les autres ; celle que je vous ai a une certaine particularité qui me con90le inflnimont, et, pour dire tout , qui m'est extrê moment profitable. Tenez cela pour une très-véritable vérité, et n*en doutez plus. Je n'en vouiois pas tant dire , mais un mot tire l'autre , et puis je pense que vous le ménagerez bien.

Grand cas , ee me semble, ma fille I La sainte Église de Dieu , à l'imitation de son Époux , ne nous enseigne point de prier pour nous en particulier, mais toujourii pour nous et nos frères chrétiens : DonneznoiM, dit^lie, aecordez-nouêj et en semblables termes , qui en comprennent plusieurs. Il ne m'étoit jamais arrivé , sous cette forme de parler générale , de porter l mon esprit à aucune per80^ne particulière : *^ depuis que je suis sorti de Dijon , sous cette parole de nou$ , plusieurs particulières personnes qui se sont recommandées à moi me viennent en mémoire ; mais vous presque ordinairement la première; et quand ce n'est pas la première, qui estra-

LETTRES

remout , c'est la dernière pour m'y arrêter davantage. Se peut-il dire plus que cela? Mais., à rhonneur do Dieu , quo ceci ne se communique point à personne; car j'en dis un petit trop , quoiqu'avcc toute vérité et pureté.

En voilà bien assez pour répondre cinprès à toutes ces suggestions, ou au moins pour vous donner courage de vous moquer de leur auteur, et de lui cracher au nez. Je vous dirai le reslo un jour, ou en ce monde , ou en l'autre.

Pour le troisième , vous me demandez les remèdes au travail que vous donnent les tentations que le malin vous fait contre la foi et rÉglise; car c'est cela que j'entends. Je vous en dirai ce que Dieu me donnera.

U faut en cette tentation tenir la posture que l'on tient en celle de la chair, ne disputer ni peu ni prou ; mais faire comme faisoient les enfans d'Israël , des os do l'agneau pascal , qu'ils ne s'essayoient nullement de rompre, mais les jetoicnt au feu. Il ne faut nullement répondre , ni faire semblant d'entendre ce que l'ennemi dit. Qu'il clubaudo tant qu*il voudra à la porte, il ne fant pas seulement dire : Qui va là?

Il est vrai , ce me dire: vous ; mais il m'importune , et son bruit fait que ceux de dedans ne s'enlemient pas les uns los autres deviser. C'est tout un ; patience , il se faut prosterner devant Dieu , et demeurer là devant ses pieds : il entendra bion par cette humble contenance que vous êtes sienne , et que vous voulez son secours , encore que vous ne puissiez pas parler. Mais surtout tenoz-vous bien fermce dedans, et n'ouvrez nullement la porte, ni pour voir qui c'est , ni pour chasser cet importun ; enfin il se lassera do crier, et vous laissera en paix.

Il en sera tantôt temps , me direz-vous. Je vous prie, ayez un livre intitulé : De la Tribulaliofiy composé par le {x^re Ribadeneira, en espagnol, et tnwluit en franç.ois , le père recteur (1) vous dira où il est imprimé; et le lis^z soigneusoment. (Courage donc , le temps en sera tantôt : pourvu qu'il n'entre point , il n'importe. C'est cependant un très-bon siizne que l'ennomi hatti* et tfmjwHe à la porte ; car c'est signe qu'il n'a pasco qu'il veut S'il l'avoit eu ,

(1) u it p. de VilUn.

il ne crieroit plus , il entreroit et ft'arrèCeroit. Notez cela , pour ne point entrer en scrupule.

Après ce remède, je vous en donne un autre. Les tentations de la foi vont droit à l'entendement, pour Tattirer à disputer, à rêver et songer là-dessus. Savez-vons ob que vous ferez pendant que l'ennemi s'imuse à vouloir escalader rinlellect? Sortez par la porte de la volonté , et loi ûiiles nue bonne charge. C'est-à-dire, comme la tentation de la foi se présente pour vous entretenir, Mais comment se peut faire œdt mais si ceci ? mais si cela ? faites qu'en lieo de disputer avec l'ennemi par le discooTB, votre partie affective s'élance de vive force sur lui , et même joignant à la voix intérieure l'extérieure , criant : Ah ! traître , ah 1 malheureux ; tu as laissé l'Église d« anges, et tu veux que je laisse celle dei saints 1 Déloyal, infidèle, perfide, ta présentas à la première femme la pomme de perdition , et tu veux que j'y morde ! Jrriérây Satan. Il eut écrit: TV» ne Imtfras point le Seigneur ton Dieu (4). Non, je no disputerai point , ni ne contesterai. Eve voulant disputer se perdit ; Eve le fit, et fut séduite. Vive Jésus , en qui je crois! Vive l'Église, à laquelle j'adhère ! et semblables paroles enflammées.

Il en faut dire aussi à Jésus-<!Ihist et an Saint-Esprit, telles qu'il vous suggérera; et même à l'Èpilise : 0 mère des enfans de Dieu I jamais je ne me séparerai de vous, je veux vivre et mourir en votre giron.

Je ne sais si je me fais bien entendre, le veux dire qu'il faut se revancher avec des afi'eclions, et non pas avec des raisons; avec des passions, et non pas avec des considérations. Il est vrai qu'en ces temps de tentation la pauvre volonté est toute sèche : mais tant mieux ; ses coups seront tant plus terribles à l'ennemi, lequel voyant qu'en lieu de retarder votre avancement, il vous donne sujet d'exercer mille affections vertueuses, et particulièrement de la protestation do la foi , vous laissera en fin finale.

En troisième lieu, il sera bon d'appliquer quelquefois cinquante ou soixante coups de discipline , ou trente , selon . que vous serez disix)sëe. C'est grand c^is comme cette

(1) Vdde. Salaiio. scripiuin cet enim ■ Non Duminam beum laum. M&tth. c. », r. 10 •! 7

tMUkil

)Ue 8*eftt trouvée bonne en une ame que 3nnois. C'est y sans doute , que le sentitt extérieur divertit le mal et affliction rieure , et provoque la miséricorde de i; joint que le malin voyant que Ton sa partisane et confédérée, la chair, il nt et s'enfuit. Mais de ce troisième rele, ilen faut user modérément, et selon rofit que vous en verrez réussir par l'eienoe de quelques jours.

u bout de tout cela , ces tentations ne i que des afflictions comme les autres ; But 8*accoiser sur le dire de la sainte ture : Bienheureux est qui souffre la olfon; car ayant été éprouvé yil recela couronne de gloire (4 ). Sachez que ira peu de personnes avoir été avancées » cette épreuve , il faut avoir patience. "8 Dieu , après les bourrasques, enverra ahne. Mais surtout servez-vous du prer et second remède. .

>or le quatrième point, je ne veux t changer les offres que vous fîtes la Qîere fois que vous vous vouâtes , ni la e qui vous fut donnée (2) , ni tout le

aant à vos prières quotidiennes, voici avis.

) matin, faites la méditation avec la laration , telle que je Tai marquée en it que j'envoie à cette intention : ajoue Pater noster, V Ave Maria, le Crele Fenicreator Spiritus, VAve maris 'a, VAngele Dei , et une courte oraison ' les deux saints Jean et les deux saints içois et d'Assise et de Paule , que vous verez dans le Bréviaire ; ou peut-être i^ez-vous déjà dans le livret que vous lez m'envoyer. Saluez tous les saints ï cette araison vocale :

rinte Marie et tous les saints, veuillez rcéder pour nous vers notre ScMgneur, que nous obtenions d'étro aidés et saupar celui qui vit et règne es siècles des les. Amen.

%ncta Maria, et omnes sancti, inierte pro nohis ad Doininum, ut nos eamuT ah eo adjnvari et salvari,

BMtu fflr qnl toffart teotatioDem ; qaonlam , protatoi fiMrit, acriplet coronam vit». Jac, q. i,

n iM reiiToya , dit madame «la Chantai , arec rette tnaDdatlon de ne penser qu'à demeurer dan« ma Uoi* paivcM«v J'a^ols aoQTenl des désirs d'être rets. Vit de madttmf de Chantai, par H. do Maupas

qui vivit et régnât insœeula sœeuloruin.

Afnen(i),

Ayant salué les saints qui sont au ciel, dites un Pater noster et VAve pour les fidèles trépassés, et un autre pour les fidèles vivans. Ainsi vous aurez visité toute rÊglise , dont l'une des parties est au ciel , l'autre en terre , l'autre sous terre , comme S. Paul et S. Jean témoignent. Cela vous tiendra une heure bien ronde.

Oyez tous les jours la messe , quand il se pourra, en la façon que j'ai décrite en récrit de la méditation.

£t8pit4 la messe, soit le long du jour, je désire que le chapelet se dise tous les jours y le plus affectueusement qu'il se peut.

Le long du jour, force oraisons jaculatoires, et particulièrement celles des Heures, quand elles sonnent; c'est une dévotion utile.

Le soir, avant souper, j'approuve une petite récollection , avec cinq Pater noster et Ave Maria j aux cinq plaies de notre Seigneur. Or la récollection se pourra faire avec une entrée de l'âme en l'une des cinq plaies de notre Seigneur pour cinq jours, le sixième dans les épines de sa couronna, et le septième dans son côté percé ; car il faut commencer la semaine par là, et la finir de même ; c'est-à-dire , les dimanches il faut revenir à ce cœur.

Le soir, environ une heure ou une heure et demie après souper, vous vous retirerez, et direz le Pater noster, VAve, le Credo; cela fait, le Con/îf^or jusqu'à med eulpd; puis Texamcn de conscience , après lequel vous achèverez le med eulpd, et direz les litanies de Notre-Dame de l'église de Lorette, ou bien, par ordre, les septlilanics de notre Seigneur, Notre-Dame , dos anges, et ainsi des autres , telles qu'elles sont en un livre fait exprès. Il est vrai qu'il est malaisé à les trouver; et partant^ ne les trouvant pas, celles de Notre-Dame suffiront; cela vous tiendra près d'une demi* heure. ^

Tous les jours une bonne demi-heure de lecture spirituelle, c'est bien. assez pour tous les jours. Les fêtes vous y- pourrez ajouter d'être à vêpres, et dire l'office de Notre-Dame. Mais si vous avez un grand goût aux prières que ci-devant vous avez

LETTRES

faites , ne changez pas , Je yous prie. Bt 8*il vous advient de laisser quelque chose que je vous ordonne , ne tous mettez point en scrupule ; car voici la règle générale de noire obéissance écrite en grosses lettres :

IL FAUT TOUT FAIRE PAR AMOUR, ET RIEN PAR FORGE. IL FAUT PLUS AIMER L'ORËISSANCE QUE CAAINDRE LA DÉSOBÉISSANCE.

Je vous laisse Te^prit de liberté , non pas celui qui fordôtTobéissance, oarc^est la liberté de la chair ; mais celui qui forcl6t la contrainte et le scrupule , ou empresse-

Si vous aimes bien fort l'obéissance et soumission , je veux que s'il vous vient occasion juste ou charitable de laisser vos exercices , ce soit une espèce d'obéissance, et que ce manquement soit suppléé par l'amour.

Je désire que vous ayez une traduction fhinçoise de toutes les prières que vous direz , non pas que je veuille que vous les disiez en françois , ains en latin , car elles vous rendront plus de dévotion ; mais c'est que je veux que vous en ayez aucunement le sens, même les litanies du nom de Jésus, de Notre-Dame et des autres. Mais faites tnut c«ci sans empressement , et avec esprit de douceur et d'amour.

Vos méditations seront sur la vie et la

mort de notre Seigneur J'approuve que

vous employiez les Exercices de Tolède, les méditations de S. Bonavcnture, et celles de Capiglia; car c'est enfin toujours la vie de notre Seigneur que ses Evangiles. Mais il faut réduire le tout A la manière que je vous envoie dans cet écrit.

Les méditations des quatre fins de l'homme vous seront utiles , à la charge que vous les finissiez toujours par un acte de confiance en Dieu; ne vous représentant jiimais ni la mort, ni l'enfer d'un côté: que la croix ne soit de l'autre, pour, après vous êlre excitée à la crainte par l'un , recourir à Tautip par confiance. L'heure de la méditation ne soit que de trois quarts au plus.

J'aime les cantiques spirituels, mais chantés avec affection.

Pour l'ûnesse , j'iipprouve le jeûne du vendredi, et le souper sobre du samedi. J'approuve qu'on la mata le long de la se-

maine , non tant aa retranchemeat des viandes (la sobriété étant gardée) comme au retranchement du choix d'teelles. J'approuve que néanmoins on la flatte ^oel* quefois, en lui donnant à manger de l'avoine, que S. François lui doonoit pour b faire aller plus vite. C'est la diactpliiie qd a une merveilleuse force, en fÂquani la chair, de réveiller l'esprit^ aeulemeat deux fois la semaine.

Voua ne devez pas relâcher de la fréquence de la communion, sinon qoavobre confesseur vous le comnmnde. Tai cette consolation particulière, les fèCes, de savoir que nous communions ensemble.

Pour le cinquième point, c'est la vérité que je chéris, d'une très-particalière di* lection , et notre Gelse-Bénigne, et tout le reste de vos enfans. Puisque Dieu voasa donné ce ccsurde les désirer totalement» service de Dieu ,« il les faut nourrir à os dessein , leur inspirant souèvement des pensées conformes à cela. Ayez les Coafessions de S. Augustin, et lisez aoigneasement dès le huitième livre ; vous y verra sainte Monique, veuve, avec le soin de fioo Augustin, et plosieurs choses qui vousooDsoleront.

Quant à Celse-Bénigne , il faut que ce soit avec des motifs généreux , et qu'on lui plante dans sa petite amedes prétentions au service de Dieu toutes nobles et vaillantes, et lui ravaler fort les appréhensions de In gKire purement mondaine ; mais cela petit à potit. A mesure qu'il croîtra, nous penserons aux particularités requises, Dieu aidant.

Ce[)Gndant prenez garde , non-seulement [)our lui, mais pour ses sœurs, qu'iU ne dorment que seuls, le plus qu'il 66 pourra, ou avec des personnes ésqaelles vous puissiez avoir autant de juste coofiance comme en vous-même. Il n'est pas croyable combien cet avis est utile ; l'expcritnce me le rend recommandable tous loà jours.

Si Françoise veut, de son gré, être religieu>e, bon : autrement je n'approuve pas qu'on prévienne sa volonté par des r^lution>, mais seulement , comme celles de toutts les autres, par des inspirations souèvcs. *

Il nous faut, le plus qu'il est possible, agir dans les esprits, ooBune les anges fenS

DE S. FltAnçOIS DE SALES.

nouvcmens gracieux otsnns vio-

pentla ni j'approuve bien que voua : Dourrir en ta religion du Puil^niaquellej'esipère que la dévotion rir bienlôt à l>on escient; et je

vous coopériez à cette intention.

Utes 6lez-Ieur la vanité de l'ame :

tresque avec le sexe, que vous avez les Épitrcs do S. lé- Trançoia : voyez celle qu'il écrit lia , et les autres, pour la nouirilllos, elles vous récréeront. Il faut ;3 user de mwlération. J'ai tout I j'ai dit des inspirations souèvcâ.

que voua devez deux mille écus :

le voua pourrez, hâtez- en le paio-

gardez surtout de retenir rien de

, tant qu'il vous sera possible.

quelques petites aumdncs , mais ide humilité. J'aime la Visitation les, des vieux et des femmes prinnt, et des jeunes, quand elles le

fort. J'aimo la Visitation dcapau- ;ialemcntdesfemmes,avecgrande et débonnaire té.

e sixième point, j'approuve que agiczvotre séjourauprès de M. vo- ;l de M. votre beau-père , et quo 13 exerciez à procurer !e bien do I à la façon des anges, comme j'ai I séjour de Dijon est un petit plus

n'importe : c'est aussi votre prcoir. Tâchez de vous rendre tous plus agréable et humble k l'un et es pèrcj, et procurez leur salut

de douceur. Sans doute que l'hi-

Bora plus propre h Dijon.

à M. voire père ; et parce qu'il X)mraandé do lui écrire quelque ur le salut de son ame , je l'ai fait iucoup de simplicité, peut-être

ÎÎ8 gtt en deux points : l'un , qu'il 9 générale revue de toute sa vie re une pénitence générale, c'est e sans laquelle nul homme d'hondoit pas mourir ; l'autre , qu'il petit à petit de Ee déprendre des s du monde , et lui en dis les

propose c<^Ia, à mon avis, assez ntet doucemonl ; et avec ce terme, t non pas du tout rompre les liens fl qu'on a aux atTaires du monde,

mais les découdre et dénouer. Il vous montrera la lettre , je n'en doute point. Aldczlo à l'entendre et à la pratiquer.

Vous lui devez une grande charité à l'acheminer à une fin heureuse, et nul respect no vous doitompècber de vous y employer avec une humble ardeur, car c'est le premier prochain que Dieu vous oblige d'aimer; et la première partie que vous devez aimer en lui, c'est son ame, et en son ame la conscience, et en la conscience b pureté , et en la pureté l'appréhension du salut éternel.

J'en dis de mémo au beau-père.

Peut-^lrcqueM. votre père, nemeconnoî'snnl pas, trou veramalibertAmauviiise; maisfiiiles-moifonnoltreà !ui,et jem'as- Bure qu'il m'aimera pour cette liberté plus que pour autre chose.

J'écris è H. de Bour^ une lettre de cinqreiiilles((), où je lui marque, la façon de prêcher, et avec cela je m'épanche à lui dire mon avis de plusieurs parties de la vie d'un archevêque. Or , pour celui-là, je ne doute point qu'il ne l'ait agréable. EnRn. quo voulez-vous plus? père, frère, onrlc, cnfuns, tout cela m'est inlîniment à cœur.

Pour le septième point, de l'esprit do liberté , je vous dirai ce que c'est.

[(2) Tout homme de bien est libre des actions de péché mortel , et n'y attache nullement son affection. Voilà une liberté nécessaire à salut. Ju ne parle pas de cellu- )à : la liberté de laquelle je parle , c'est la liberté des eufansbicn-aimés. Et qu'est-ce? c'est un désengagement du cœur chrétien de toutes choses, pour suivre la volonté do Dieu reconnue. Vous entendrez aisément ce que je veux dire, si Dieu me donne la grâce de tous proposer les marques, signes, effets, occasions du cette liberté.

Nous demandons à Dieu, avant toutes choses, que son nom soit sanctifié (3), quo son royaume advienne, sa volonté foit faite en la terre comme au ciel.

Tout cela n'est autre c^oso, sinon l'esprit de liberté ; car pourvu que le nom de Dieu soit sanctifié, que sa majesté régno

{IJLMIn*". iti>dr*frtiiilr>l,iRh«TéqH<laBiHiiiw,

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LETTRES

en vous, que sa volonté soit faite , l'esprit ne se soucie d'autre chose.

Première marque : le cœur qui a cette liberté n'est point attaché aux consolations, mais reçoit les afflictions avec toute la douceur que la chair peut le permettre. Je ne dis pas qu'il n'aime et qu'il ne désire les consolations. Mais je dis qu'il n'engage pas son cœur en icelles.

Seconde marque : il n'engage nullement son affection aux exercices spirituels ; de fcçon que si , par maladie ou autre accident, il en est empêché, il n'en conçoit nul regret. Je ne dis pas aussi qu'il ne les aime, mais je dis qu'il ne s'y attache pas.

Il ne perd guère sa joie , parce que nulle privation ne rend triste celui qui n'avoit son cœur attaché nulle part. Je ne dis pas qu'il ne la perde, mais c'est pour peu.

Leseffetsde c^tte liberté sont unegrande suavité d'esprit , une grande douceur et condesa^ndance à tout ce qui n'est pas péché, ou danger de péché ; c'est cette humeur doucement pliable aux actions de toute vertu et charité.

Exemple : une ame qui s'est attachée à l'exercice de la méditation, interrompez-la, vous la verrez sortir avec du chagrin, empressée otélonnée. Une ame (jui a la vraie libellé sortira avec un visage égal (i) et un rœiir gracieux à Tcndroit de l'importun qui l'aura incommodée. Car ce lui est tout un , ou de servir Dieu en méditant, ou de le servir en supportant le prochain : l'un et l'autre est la volonté de Dieu ; mais le support du prochain est nécessaire en ce temps-là.

Lci occasions de celte liberté sont toutes les choses qui arrivent contre notre inclination ; car quiconque n'est pas engagé en SOS inclinations ne s'impatiente pas quand elles sont diverties.

Celte liberté a deux vices contraires , i'instabilité et la contrainte, ou la dissolulion cl la S; rviludo.

L'instabilité des[Hit, ou dissolution, est un certîiin cxcèa d»» liberté, |;îir lequel on \eut chnnger (roM-iiice, d'état de vie, f;ans raison, ni coiint;.-spnce (jiiorosoiila volunlé de l)iv.'U. A hi moindre occasion on chiinL;o d'exeii ices , de dcs-eiu, de règle ; pour toute pclile occurrence, on laisse sa

(i; Gal| Mlon UB autre exemplaire.

règle et sa louable coutume; et par là le cœur se dissipe et se perd, et est comme un verger ouvert de tous côtés, duquel les fruits ne sont pes pour les maîtres, niais pour tous passans.

La contrainte , ou servitude, est un certain manquement de liberté, par lequel Tesprit est accablé ou d'ennui ou de colère, quand il ne peut faire ce qu*il a desseigné, encore qu'il puisse faire quelque chose de meilleur.

Exemple : je dt^sseigne de faire la militât ion tous les jours au matin ; si j*ai l'esprit d'instabilité ou dissolution, à la moindre occasion du monde je différerai au soir, pour un chien qui ne m'aura laissé dormir, ))Our une lettre qu'il faudra écrire , bien que rien ne presse. Au contraire , si j'ai Tesprit de contrainte ou servitude , je ne laisserai pas ma méditation , ores qa*an malade ait grand besoin de mon assistance à cette heure-là, oresquej'aie une dépêche de grande importance , et qui ne puisse être biendiflerée ; et ainsi des autres sujets.

Il me reste à vous dire deux ou trois exemples de celte liberté, qui vous feront mieux connaître ce que je ne saispasdire. Mais premièrement il faut que je vous dise qu'il faut observer deux règles pour ne point chopper en cet endroit.

C'est qu'une personne ne doit jamais passer ses exercices et les communes règles des vertus, sinon qu'il voie la volonté de Dieu de l'autre côté. Or la volonté de Dieu se manifeste en deux façons , par la nécessité et i>ar la charité. Je veux prêcher ce carême en un petit lieu de mon diocèse; si cependant je (leviens malade ou que je me rompe la jambe, je n'ai que faire de regretter et m'inquiéter de ne point prêcher; car c'est chose certaine que la volonté de Di(>u est que je le serve en souffrant, et non pas en prêchant. Que si je ne suis pas malade, mais qu'il se présente une occasioa d'aller en un autre lieu, où si je ne vais, ils se feront huguenots , voilà la volonté fie Dieu assez déclarée pour faire doucement contourner mon dessein.

La seconde règle est que, lorsqu'il faut user de liberté par charité, il faut qaeoo soit sans scandale et sans injustice. Par exemple , je sais que je serois plu> utile quelque part bien loin de uiondioccse ije ne dois pas user de liberté en cela ; car je

scandaliserois etferois injustice, parce que je suis obligé ici.

Ainsi c*est une fausse liberléaux femmes mariées de 8*éloigner de leurs maris sans légitime raison, sous prétexte de dévotion et de charité : de manière que cette liberté ne préjudicie jamais aux vocations; au contraire, elle fait qu'un chacun se plaît en la sienne, puisque chacun doit savoir que c'est la volonté de Diou qu'on y demeure.

Maintenant je veux que vous considériez le cardinal Borromée (4), qu'on va canoniser dans peu de jours. C'était l'esprit le plus exact, roide et austère qu'il est possible d'imaginer : il ne buvoit que de Teau, et ne mangeoit que du pain ; si exact que, depuis qu'il fut archevêque , en vingt-quatre ans il n'entra que deux fois en la maison de ses frères étant malades , et deux fois dans son jardin : et néanmoins cet esprit si rigoureux mangeant souvent avec les Suisses ses voisins , pour les gagner à mieux faire, il ne faisoit nulle difficulté de faire des carroux ou brindes(2) avec eux à chaque repas, outre ce qu'il avait bu outre sa soif. Voilà un trait de sainte liberté en l'homme le plus rigoureux de cet âge. Un esprit dissolu eût fait trop ; un esprit contraint eût pensé pécher mortellement ; un esprit de liberté eût fait cela par charité.

Spiridion (3), un ancien évéque , ayant reçu un pèlerin presque mort de faim en temps de carême , et en un lieu où il n'y avoit autre chose que de la chair salée , il fit cuire cette chair et la présenta au pèlerin. Le pèlerin n'en vouloit pas manger, nonobstant sa nécessité. Spiridion n'en avoit nulle nécessité, qui en mangea le premier par charité, afm d'ôter, par son exemple, le scrupule du pèlerin Voilà une charitable liberté d'un saint homme.

Le père Ignace de Loyola (4), qu'on va canoniser le mercredi saint , mangea de la chair, sur la simple ordonnance du médecin , qui le jugeoit expédient pour un petit

(1) s. Ckàt\w Borromée. arcbeTèqae de Mllao.

(1) Carroux «t brindeê sont des mots allemands. Faire •anoas . c'est se dUertir en buvant et vidant son rorre; fSilreoBe brinde, c'est porter une sanié à quelqu'un, ce ^1 est fort en usage en Snisse et eu Allemagne.

(S) Spiridion, éTCquf^ de Trémltbonto en l'Ile do Cbfpre. Uluitre par te» miracles, se trouva au ronclle fénéral de Niiée . et «oiiroitdit un philosoiilio (n-s-cap- Hesi par i«S4rnle expngfiivii de la toi cUrciicuiic. (Sozoméme, Sncrate.)

(I) S. Ignaro , fondatear de la compagnie de Jésuj.

mal4|u*!l avoit. Un esprit de contrainte se fût fait prier trois jours.

Mail je vous veux présenter un soleil aui>rôs de tout cela, un vrai esprit franc et libre de tout engagement, et qui ne tient qu'à la volonté de liieu. J'ai pensé souvent quelle était la plus grande mortification do tous les saints , de la vie desquels j'ai eu connjoissanc^ ; et après plusieurs considérations, j'ai trouvé celle-ci. S. Jean-Baptiste alla au désert à l'âge de cinq ans, et sa voit qufer notre Sauveur, et le sien, étoit né tout proche de lui, c'est-à-dire, une journée, ou deux, ou trois, comme cela. Dieu sait si le cœur de S. Jean, touché de l'amour de son Sauveur dès le ventre de sa mère , eût désiré de jouir de sa sainte présence. Il passe néanmoins vingt-cinq ans là au désert, sans Tenir une seule fois pour voir notre Sauveur, et surtout s'arrête à catéchiser , sans venir à notre Seigneur , et attend qu'il vienne à lui : après cela, l'ayant baptisé, il ne le suit pas, mais demeure à faire son office. 0 dieu 1 quelle mortification d'esprfl 1 Etre si près de son Sauveur, et ne le voir point! l'avoir si proche , et n'en jouir point ! Et qu'est-ce que cela , sinon avoir son esprit désengagé de tout, et de Dieu même, pour faire la volonté de Diou et le servir ? Laisser Dieu pour Dieu , et n'aimer pas Dieu pour l'aimer^tant mieux et plus purement ! Cet exemple étoufib esprit de sa grandeur.

J'ai oublié à dire que non-seulement la volonté de Dieu se connaît par la nécessité et charité, mais par l'obédience; de façon que celui qui reçoit un commandement doit «roire que c'est la volonté de Dieu. N'est-ce pas trop? mais mon esprit court plus vite que je ne veux , porté de l'ardeur de vous servir (4).

Pour le huitième point, ressouvenezvous di jour du bienheureux roi S.Louis(2), jour auquel vous ôtàtes derechef , ou de nouveau la couronne de votre royaumo à votre propre esprit , pour la mettro aux pieds du roi Jésus : jour auquel vous renouwlûtes votre jeunesse , comme l'aigle,

vous plongeant dans la mer de pénitence; jour fourrier du jour étemel pour votre

(1) Ici flnilee qni cstécrità l'abbesae du Polts-d'Orbo.

(S) Ce fat le Jour de S«int-Luuis , dans un vorave que flt madame de Chauisl à S.iini-Claude, qu'elle commença de se soumettre a la direct ion du saint évë«|ue de Genèfo qu'elle fit une conf«.<«aloa g énérale et na vœu <!• cbMilé 1 perp6liKlI« et d'obeiwaDce entre §•• mains.

LETTRES

ame. Ressouvenez-vous que 8ur les grandes résolutions que vous déclarâtes de vouloir être toute à Dieu, de corps, do cœur et d'esprit, je dis Amen de la part do TÉglise notre mcro ; et à môme temps, la Sle Vierge avec tous les saints et bienlieu* reuxGrcnt retentir au ciel leur grand^m^m et Alléluia. Ressouvenez-vous de faire état que tout le passé n'est rien , et que tous les jours il vous faut dire avec David : Tout maintenant je commence à bien aimer mon Dieu (4). Faites beaucoup pour Dieu, et ne faites rien sans amour. Appliquez tout à cet amour; mangez et buvez pour cela.

Ayez dévotion à saint Louis, et admirez en lui cette grande constance. Il fut roi à douze ans, eut neuf cnfans , fit perpétuellement la guerre, ou contre les rebelles ou contre les ennemis de la foi ; vécut passé quarante ans roi ; et au bout de là, après sa mort , son confesseur, saint homme , jura que Tayant confessé toute sa vie, il ne Tavoit trouvé être tombé en péché mortel. Il fit deux voyages outre mer : en tous deux il fit perte de son armée, et au dernier il mourut do peste, après avoir longuement visité, secouru, servi , pansé et guéri les pestiférés de son armée, et meurt gai, constant, avec un verset de David (2) dans la bouche. Je vous donne ce saint pour votre spécial patron pour toute cette année : vous Taurez devant les yeux avec les autres susnommés. L'année qui vient , s'il plaît à Dieu, je vous en donnerai un autre, après que vous aurez bien profité en récole do celui-ci.

Pour le neuvième point, croyez de moi deux choses : Tune que Dieu veut que vous vous serviez do moi, et n'en doutez point; Tautre qu Cn ce qui sera pour votre salut, Dieu m'assistera delà lumière qui me sera nécessaire pour vous servir ; et quant à la volonté , il me Ta déjà donnée si grande, quelle ne peut Tétre davantage. J'ai reçu le billet de vos vœux, que je garde et regarde soigneusement, comme un juste instrument de notre alliance toute fondée en Dieu , et laquelle durera à Téternité,

(1} Dixlt: Rvnccœpl. Ps. lxxti, ▼. il, 11.

(t) lotroibo lu domain tnam . adorabo td templnm Miictuni tuum , tl conlilebor nnniiiii tno.

J'entrerai dan» votre mai$on , S«lf oeiir; /# vous adorerai, mon Dieu, dan» votre êatnt temple, et je 99mffmtrmt votre nom. Pt. ? , ? . t.

moyennant la miaérieorde de cehii qui ai

est l'auteur.

Monseigneur Tévèque de Salooet (4), l'un de mes plus intimes amis et des (iloi grands serviteurs de Dieu et de l*ÉgliiB qui fût au monde, est décédé depuis pea, avec un regret incroyable de mm peuple, qui n'avoit joui de ses travaux qu'un a et demi : car nous avions été faits évéqoes .ensemble, et tout d'un jour. Je tous d» mande trois chapelets pour son repas, as* sure que je suis que s'il m'eût sortées, il m'eût procuré une charité pareille vm tous ceux où il eût eu du crédit.

Vous m'écrivez en un endroit de votre lettre, en façon qu'il semble que vous teniez pour résolu que nous nous reverrons un jour. Dieu le veuille , ma trèsHMre sœur 1 mais pour mon regard . je ne vofe rien devant mes yeux qui me puisse faire espérer d'avoir la liberté d'aller de deU: je vous en dis la raison en confiance, étaot à Saint-Claude.

Je suis ici lié pieds et mains; et pour vous , ma bonne scrar , nnoomniodité du voyage passé ne vous étonne-t-elle pomt? Mais nous verrons , entre ci et Pâques, ee que Dieu voudra de nous : sa sainte folonté soit toujours la nôtre.

Je vous prie do bénir Dieu avec moi des effets du voyage de Saint-Claude : je ne vous les puis dire, mais ils sont grands; et à votre premier loisir , écrivez-moi l'histoire (2) de votre porte de Saint-Claude, et croyez (jue ce n'est point par curiosité que je vous la demande.

Si je me veux croire , je ne finirai point cette lettre, écrite sans autre soin que de

(1) Cet éTéfiM tfe Stiacet Mt le père ioTénal Andii aiipnravaDl prêtre de l'Oratoire . avec leqnel s. FreafoM aviMi lié uoe amitié étroite dans le «uya^e qa*ii fit t R'>ine pour les afDiirea do Chablals. Il en p.irie «Matrat dAii» »e« lettrée coniBe d'ne prélat émise»! en »rieocc fl en «vriu, xélé, cbanlable, qui tItoII ifec «on peupM comme un père âiee tei enfanta , el qnl ea éloU «loroliercment aimé. La conformité de (éale el de ■sert les nuit ensemble, et cette union dam mtaBl \wt leor Tie.

(S) Celle liiftotre eit alnai rapportée dan* It Vie di madame de Chantai :

« Le matin, notre pieuae Tenve étant an Ut u pce

• assoupie, elle se vit dans un cbarint arec une traept k de K<^ns qai allolent en >oxfl(o; el lui Ncmliloit que la » iltrii t ii.->.<»iiii devant une é|rll<c '>u t*!!** tû}i<il quaa- » liU' de personne» qui luuuieutn>eu a^ec Joie et^r^oda ■ moUcktie. Jr Tunlus . dit-clle, m'éiancer pour mallff > Joindre a i elle l^énsle (ruupe. et miivr |)ar la (laoïia m purie de IfRli^e; maU Je fus repon^sve, el eaicnJli

• dl»lin«M<*ni<>n: une voix qui me dit ; Il fuut passer uetie s et aler plu» loin ; tu n'entreras Jamais an sacré rcfos

• dea enianisde Dieu que par la port» de SaldtrCludti

DE 8. FRXlfÇOIS DE SALES.

yoas répondre. Je la veux pourtant finir, TOUS demandant une grande assistance de vos prières , et que j'en suis nécessiteux. Je ne prie jamais sans vous avoir pour une partie du sujet de mes suppiica* tkms; je ne salue jamais losanges que je ne salue le vôtre : rendez-moi la pareille, eiCelse-Benigne aussi, pour lequel je prie toujours , et pour toute votre compagnie. Croyez bien que je ne les oublie point, ni feu M. leur père (4) » votre mari , en la sainte messe. Dieu soit en votre cœur, votre esfMit et votre ame, ma très-chère sœur; et je suis, en ses entrailles, votre, etc.

LBTTRE DCCXXXVm.

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