‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 390 sur 450 · LETT^S · texte numérisé non relu

LETT^S

rU (4), ai d'ètrc sortie de ce lieu fancux avaht qu'elle s'y f(\t souillée ! On ueille les fraises et les cerises avant les poires bergamotes et les ca pendus ; mais c'est parce que leur suison le requiert. Laissons que Dieu recueille ce qu'il a planté en son verger; il prend tout à saison.

Vous pouvez penser, ma chère fille, combien j'aimois cordialement cetto petite fdle 1 Je Tavois engendrée à son Sauveur, car je ravoi& baptisée de ma propre main , il y a environ quatorze ans.

Ce fut la première créature sur laquelle j'exerçai mon ordre de sacerdoce. 4'étûis son père spirituel , et me promcllois bien d'en faire un jour quelque choso de bon. Bt co qui me lu rondoit forl chère ( mais je dis la vérité ) , c'est qu cllo étoit vôtre. Mais néanmoins , ma chère (illo , au milieu de mon cœur de cbuir , qui a eu tant do rcsseniimon:» de cetto mort, j'aiverçoîs fort bi^nsibicment une certaine souèvcté , tranquillilé , et certain doux repos do mon psprit en la Providence divine , qui répand en mon ame un grand contentement en ses déplaisirs.

Or bien voilà mes mouvemcns représentés comme je puis. M;tis vous , ma chère fille , que voulez-vous din^ , quand vous uie dites que vous vous êtes bien trouvée en celle occasion telle que vous étic7. 1 Dites-moi , je vous prie : notre aiguille-marine n'a-t-elle pas toujours vie temUinle à sa belle étoile , à ."^on saint astro, à son Dieu? Votre coeur, qu'a-t-il fait? Avez-vous scandai isé coux qui vous ont vue sur co ^wint et en c^^l événemont.^ Or cela, ma fille , ditos-U'-moi r.lain^niîvit ; car, vous voyez, je n'ai piis trouvé bon que vous ayez otïert ni votnîvie , ni celle de quoiqu'un de vos ;>utros enfans, en échiU)Lio do colle de la défu[\te.

Non, UMi chère fillo, il no faut passoulemcnt. Uriiéer que Diiui nous IVappo; mais il faut acquiescer que» ce soit »ur ren»! roi t qu'il lui plaira. Il f;MU lai:>S(T le choix à Dieu, car il lui ap{>îu*licnt. David ollroit sa vie pour colle do son Abîalon (2) , mais

(1) R.itlii> est uo uialitla muljrot Inlrlîct liim cjus, aut LC Im l I) li ( >iH-:i'l .-jiiiiiiaiii illiii- . S' i> » ' T , c. iv, r. ]l.

('J. ('l'i';;!-;'».!!!-. ri.l(mn.'iMl-, -i-lil iinirlc l:lii .»'i: Ab-.-inn) »•!.«: li.t (•■III ii;Ii;'ii p i l;i' 'jirîN in '■!!! •.■r.il , ci HiMil. Lt iic !o.;i;«'l*.iiur >..'h".>. : I iU .'v.i Mi-.ilim' .'Ir.ilMP nii ! nit . i]ui- iiiilii Iriljiiot ut cfo luuiiflrpr» le Abbal^ufllI j mil lili iiil Ali)«tlun! U. Kei:.. c. xviii, t. 33.

c'est parce qu'il mouroit perdu ; p^ en ce cas-là qu'il faut conjurer Dieu : mais es pertes temporelles , 6 ma fille ! que Dieu touche et pince par où il voudra ,ct sur telle corde de notre luth qu'il chcisira , jamais il ne fera qu'une bonne haimonie. Seigneur Jésus ! sans réserve, sans si , sans mais , sans exception , sans limitation, votre volonté soit faite sur père, sur mcre, sur fille , en tout et partout. Âhlje ne dis pas qu'il ne faille souhaiter et prier pour leur conservation : mais de dire à Dieu, laissez ceci, et prçnez cela; ma chère fille, il ne le faut pas dire. Aussi ne ferons-nous. Non pas; non , ma fille.

moyennant la grâce de sa divine bonté.

iù vous vois , ce me semble , ma chère fille , avec votre cœur vigoureux , qui aime et qui veut puissamment. Je lui en sais bon gré : c-ar ces cœurs à demi-morts , à quoi sont-ils bons? mais il faut quonou> fassions un exercice particulier , toutes les semaines une fois , de vouloir et d'aimer la volonté de Dieu plus vigoureusement (je passe plus avant), phn tendrement , p)us amoureusement que nullr chose du monde ; c«t cola non-sculemcnt os occurroncos supportables , mais aux plus insupportables. Vous on trouverez jo no sai^ quoi dans le petit livre du Combat spiri- Uiel , que je vous ai si souvent recommando.

llèlas ! ma fille , à la vérité dire , cette loçon est haute; mais aussi Dieu, pjur qui nous l'apprenons , est If* Tr»^-Hauî. Vous avez , ma fille , quatre onfanfs ; vo«> avoz un beau -père , un si ch»»r frère , et puis enroie un père spirituel : tout cela vous est fort cher , et avec raison ; o«r Dieu le veut. Ho bien , si Dieu vous ravissoit tout cola, n'auriez-vous pas oncore nssoz d'avoir Dieu ! n'est-ce pas tout , à votre avis? quand nous n'aurions que Diou , no soroit-ce pas beaucoup?

Héias ! le fils de Dieu , mon cher Jésu?» n'en eut prosquo pas tant sur la croix, lorsqu'ayant lout quitté et laissé pour l'amour et o!)oissanro do son Père, il fut comme quiMé ot l:ii"i>o df> lui ; et, le torrent dt^s ]>assi(.»us ouiporlant sa barjjue à la dé?o!atioa, jjpoiii" s«*nl-il l'aiguillo, qui non-?ou- |.^!Ui Mî ri\u:.i(i'.-it, mais étoit inst'?panjblemf'nluînoa^onPoro.Oui.il<»toitnuavecson rère, mais la partie inférieure n'en savoitm

DE S. FlUlfÇOIS DE SALES,

SM

apercevoit du tout rien : essai que Jamais la divine bonté n'a fait ni fera en aucune autre ame, car elle ne le pou rroit supporter. Hé bien donc , ma fille , si Dieu nous ^toit tout , si ne s*6tera-t-il jamais à nous, pendant que nous ne le voudrons pas. Mais il y a de plus ; c'est que toutes nos pertes et nos séparations ne sont que pour ce petit moment. Oh ! vraiment , pour si peu que cela, il faut avoir patience.

Je m'épanche , ce me semble , un peu trop. Mais quoi? je suis mon cœur , qui ne pense jamais trop dire avec cette si chère fille. Je ,vous envoie un écusson pour vous af»réer ; et puisqu'il vous plaît de faire faire le service là où cette fille repose en son corps , je le trouve bon ; mais sans grandes pompes , sinon celles que justement la coutume chrétienne exige : car à quoi bon tout le reste ? Vous ferez par après tirer en liste tous ces frais et ceux de sa maladie, et me l'enverrez ; car je le veux ainsi : et cependant on priera Dieu en deçà pour cette ame , et lui ferons joliment ses petits honneurs. Nous n'enverrons point à son quarantal (4) : non , ma fille , il ne faut pas tant de mystère pour une fille qui n'a jamais tenu aucun rang en ce monde ; car ce seroit se faire moquer. Vous me connoissez ; j'aime la simplicité et en la mort et en la vie. Je serai bien aise 4© savoir le nom et le titre de l'église où elle est. Voilà tout pour ce sujet. Votre , etc.

LETTRE DCCXLVI.

s. FRANÇOIS DB 8ALB8 , A UNB DAWB.

Moyens de eonienrer l< paix intérieure.

8 arrll 180S.

Madame , j'ai reçu votre première ^ettre avec une particulière consolation , comme un bon commencement de la communication spirituelle que nous devons avoir ensemble, pour l'avancement du royaume de Dieu dans nos cœurs. Veuille ce même Dieu me bien inspirer ce qui sera plus propre pour votre conduite !

Il n'est pas possible que vous soyez si tôt maîtresse de votre ame , et que vous la teniez en votre m^in si absolument de pre-

(1) G'aM Mns dout« nn MrTico qni se faisolt foleoiiMto- BêDt qnarnaU) Joars après la mort d'une paraonne. Il y a tfe aemblable» praliqaei en diTen Uaoi, et il sa fait de caa aarticaa •otoonalf trois jours . hvU Jon* , trMle joan, VD an après la mort, etc.

mfer abord. Contentez-vous de gagner de temps en temps quelque petit avantage sur votre passion ennemie. Il faut supporter les autres; mais premièrement i> -e faut supporter soi-même , et avoir patience d'être imparfait.

Mon Dieu , ma obère fille , voudrionsnous bien entrer au repos Intérieur , sang passer par les contradictions et contestes ordinaires? Observez bien ces points que je vous ai dits.

Préparez donc dès le matin votre amé à la tranquillité : ayez un grand soin le long du jour de Fy rappeler souvent , et de la reprendre en votre main.

S'il vous arrive quelque acte de chagrin, ne vous en épouvantez point, ne vous en mettez nullement en peine : mais l'ayant reconnu, humillez-vous doucement devant Dieu , et tâchez de remettre votre esprit en posture de suavité ; dites à votre ame : Or sus , nous avons fait un faux pas, allons maintenant tout bellement , et prenons garde à nous. Et toutes fois etquantes que vous retomberez , faites-en de même.

Quand vous aurez le repos , employez-le vivement , faisant le plus d'actes de douceur que vous pourrez j es occasions les plus fréquentes que vous en ayez , pour petites qu'elles soient; car, comme dit notre Seigneur : ^i est fidèle es petites choses , on lui confiera les grandes (4).

Surtout, ma fille, ne perdez point courage , ayez patience , attendez , exercezvous fort à l'esprit de compassion : je ne doute point que Dieu ne vous tienne de sa main ; et bien qu'il vous laissera broncher, ce ne sera que pour vous faire connaître que s'il ne vous tenoit, vous tomberiez du tout, et afin que^vous lui serriez la main de plus fort. Adieu, madame ; à Dieu soyezvous entièrement , absolument, irrévocablement. Je suis en lui, votre, etc.

LETTRE DCCXLVn.

s. FBANÇOIS DE SALES , A MADAMB LA PRÉSIDENTE BRULABT.

Ne pat Touloîr tropoe que l'on Teiit, c'est It flooM de rinquiolude. Remède à ce mal. Le désir d« la coinmanion est une disposition è bien communier. Sur I« légèreté de Kesprit dans fo*

raison.

tBJalniMS.

Madame ma très-chère sœur, j'ai reça

(1) Lao. zTi., IOl

LETTRES

votre lettre du 46 mai. Que je serai marri ^i les bons projets de la réformation de ce monastère (4) s*évanouissent comme cela ! Si est-ce pou tant que si Tesp^rance que j*ai d'aller en Bourgogne n'est point vaine , je me résous d'aller jusque-là pour voir ce gue c'est. Je ne suis point un homme extrême , et me laisse volontiers emporter à mitiger , quand on ne peut faire absolument. Je n'écris point à madame l'abbesse, quoique je le désire, parce que je n en ai pas le loisir, et il faut que je lui écrive un peu à mon aise. C'est grand cas : je pense toujours que si je la vois à souhait avec toute sa troupe, si nous ne faisons pas tout ce qui est désirable, cous en ferons quelque chose ; car j'ai quelque conGanceen la confiance qu'elle a en moi, qui aussi la chéris d'un amour fort particulier en notre Seigneur.

Vous me parlez de votre impatience.

Est-ce bien une vraie impatience? ou sontce point seulement des répugnances naturelles? Mais puisque vous la nommez impatience, je la tiendrai pour telle ; et en attendant de vous en parler plus amplement de bouche, devant que l'automne se passe, je vous dirai, ma chère sœur, en esprit de liberté, qu'à ce que j'aie reconnu de vous par vos lellros, plus que par le peu de conversation que j 'ni eue avec vous, vous avez un cœur qui s'attache puissamment aux moyens de votre prétention.

Vous ne prétendez, je le sais bien, que l'amour de notre Dieu : pour y parvenir , il faut employer des moyens, des exercices, des pratiques. Or je dis que vous vous attachez puissamment aux moyens que vous goûtez, et voudriez tout réduire là : c'est pourquoi vous avez de l'inquiétude quand on vous empêche ou qu'on vous distrait.

Le remède seroit de prendre la peine de bien persuader et bien détromper votre esprit en ce benliment : c'est que Dieu veut que vous le serviez ainsi comme vous éles, et par les exc«rcices convenables à cetétiU, et par les actions qui en dépendent ; et , ensuite de cette persuasion , il faut que vous vous rendiez tendrement amoureuse de votre état et des exercices d'icehii, pour l'amour de celui qui le veut ainsi. Miiis voyi'z-vous, ma ^noresœur, il ne l'iuit pjs peiisiT à ceci simplement en passant; il (i; Du raiu-<i'0rbe.

faut mettre cetteoogitatlon bieD avânvdm votre cœur, et, perdes récoUecUons e attentions particulières , vous rendre cHte vérité savoureuse et bien venue dans vote esprit ; et croyez-moi, tout ce qui est ool> traire à cet avis n'est autre chose qu'amour-propre.

Quant à la sainte communion , fap> prouve que vous continuiez à la désirer fort fréquente, pourvu que ce soit avec II soumission que vous devez avoir à votre confesseur, qui voit l'état présent de voire ame. et est si digne personnage.

Cette variété, en laquelle votre esprit le voit, en l'or, ison et hors de l'oraison, taih tôt fort, tantôt foible, tantôt regardant le monde avec plaisir, tantôt avec dégoût, œ n'est autre chose qu'un sujet que Dieu vous laisse de vivre bien humblement et doucement : car vous voyez par ce moyen quelle vous êtes de vous-même , et quelle avec Dieu ; de sorte que vous ne devez nullement vous en décourager pour cela.

II n'est jà besoin que madame votre chère sœur l'abbesse m'envoie un homme pour me faire savoir de ses nouvelles , ni pour savoir comme elle me pourra voir ; car si je fais mon voyage , comme j'espère, je vous avertirai assez devant mon départ pour cela.

Je vous recommande à notre Seigneur continuellement, et ai votre dilection fort avant dans mon cœur. Je ferai mémoire de vous en mes sacrifices.

Je présente mes recommandations à la mère prieure des carmélites ; j'honore généralement tout cet ordre, et la remercie de la charité dont elle use à mon endroit, de prier pour moi qui suis des plus nécessiteux de la sainte Edise.

Qu'à jamais le saint amour de Dieu vive et règne dans nos esprits. Amen. Voire très-affectionné et tout dédié frère et serviteur.

LETTRE DCCXLVIII.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNB DAMB.

Conseils pendant une maladie.

ftteplembreiMi.

Je m'avise, ma chère fille, que vous êtes malade d'une maladie plus fà( hcuse que dan;;er('use ; et je sais que telles maladies sont propres à gâter l'obéissance que Ton

Ht aux médecins ; c'est pourquoi je vous îox dire que vous n'épargniez nullement le repos, ni les médecins, ni les viandes, les récréations qui vous sont ordonnées : «8 ferez une sorte d*obéissance etde résilation en cela , qui vous rendra extrème- ?nt agréable à notre Seigneur; car i6n voilà une quantité de croix etmortiatioDS que vous n'avez pas choisies ni fiilues. Dieu vous les a données de sa înte main, recevez-les, baisez-les , aiez-les. Mon Dieu, elles sont toutes parmées de la dignité du lieu d*où elles Bnnent.

Bonjour, ma chère fille, je vous chéris ec empressement : que si j'avois le loi- ', j*en dirois davantage ; car j'afTcclionne Qniment que vous soyez fidèle en ces pces et fâcheuses occurrences, et que tant i peu qu'au prou vous disiez toujours : ve Jésus 1

LETTRE DCCXLIX.

vent, à parler à lui et de lui, à vous réunir souvent à lui au très-saint sacrement, Qu'à jamais puisse-t-il éClre notre propre cœur I Mademoiselle , je suis en lui »

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