‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 392 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES , A MADAME hk PaisiDENTE BRULAaT · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES , A MADAME hk PaisiDENTE BRULAaT

Af if spiritiielf.

Mcetnlire IMI.

Madame ma très-chère sœur, vous m'avez infiniment consolé à m'écrire si souvent, comme vous avez fait : de mon côté, je n'ai jamais manqué de vous écrire par toutes les commodités qui s'en sont présentées. Je vous ai jusqu'à présent répondu de point en point à tout ce que vous m'avez demandé et je sais que vous avez maintenant des lettres en main, il me reste à vous dire que j'ai écrit à madame l'abbesse votre bonne sœur, que j'espère qu'elle en sera consolée.

Je sais que sa santé corporelle dépend en bonne partie de la consolation spirituelle. Il me semble qu'elle a un petit trop de crainte que je ne m'oflense , si elle communique son intérieur à quelque autre; et la vérité est que quiconque veut profiter, il ne faut pas l'aller épanchant çà et là indistinctement , ni changer à toute apparence de méthode et de façon de vivre : mais aussi doit-on vivre avec une honnête liberté, et quand il est requis, il ne faut faire nulle difficulté d'apprendre d*un chacun , et de se prévaloir des dons que Dieu met en plusieurs. Je ne désire rien tant que de voir en elle un cœur étendu, et sans aucune contrainte au service de Dieu : je le vous dis aussi , afin que vous me connoissiez fort , et que vous alliez à votre aise, tant qu'il se peut, en la voie de la sainte perfection.

J'ai écrit assez amplement à M. N., à qui j'avoisjeté beaucoup de mon amitié, étant par-delà. Je prie qu'il voie, le plus qu'il pourra , le monastère du Puy-d'Orbe : je m*assure qu*il lui sera utile , et Dieu sans doute l'a préparé pour cela , dont je loue sa divine majesté de tout mon cœur.

Pour vous , ma chère sœur, je vous ai déjà dit en une autre lettre que non-seulement j'approuvois le choix que vous aviez

LETTRES

faitdMcelui pour être votre confesseur, mais que je m'en consolois; et vous disois que vous pourrez apprendre de lui ce qui sera convenable touchant les aumônes, et autres charités que vous voulez et devez faire : vous ferez bien aussi de lui obéir en tout le reste de votre conduite intérieure et spirituelle, sans que pourtant je me veuille exempter de contribuer tout ce que Dieu me donnera de lumière et de force ; car il ne me seroit pas possible de défaire la sainte liaison que Dieu a mise entre nous.

« Affermissez tous les jours de plus en plus la résolution que vous avez prise avec tant d'affection de servir Dieu selon son bon plaisir, et d'être tout entièrement sienne , sans vous rien réserver pour vous ni pour le monde. Embrassez avec sincérité ses saintes volontés , quelles qu'elles soient , et ne pensez jamais avoir atteint à la pureté de cœur que vous lui devez donner, jusqu'à ce que votre volonté soit, non-seulement du tout , mais en tout , et même es choses plus répugnantes , librement et gaiement soumise à la sienne très-sainte ; regardant à ces fins , non le visage des choses que vous ferez , mais celui qui vous le commande , qui tire sa gloire et notre perfection des choses les plus imparfaites et chétives, quand il lui plaît.

Non , plus de cérémonies entre nous ; nos liens ne sont pas faits de ces cordes-là : ils sont invariables, incorruptibles et éternels, puisque nous nous aimerons au ciel pour lo même amour de Jésus-Christ, qui nous joint de cœur et d'ame ici-bas, et qui me rend votre, etc.

LETTRE DCai.

s. FRANÇOIS DB SALES, A MADAME DE CUANTAL.

Le Saint Ibî parie du dessein qu'on avoit à fa cour de France de l'atUrer dans ce royaume.

Fia de ie08.

On parle de m'agrandir, mais c'est à bon jeu bon argent , et du côté de delà. Cola m a mis en peine; car c'est avec lo titre do la plus Jurande gloire de Dieu et du bcrvice de rÉi^Iise. Or demeurez en paix, ma trèschère fille; car il ne se fera rien qm? ^elon le bon plaisir de sa divine majesté , et sous sa conduite. Je ne sais d'où c(îla peut arriver, que ce grand prince (Henri IV] conti-

nue si fort à me favoriser, sans que j'ûe jamais fait nulle chose pour cela. Pai fai réponse (car, comme je vous dis , c'est toif-de bon) que j'étois tout à Dieu , et que je 'm disois : 0 Seigneur, que voulez-vous qu je fasse (4)? Entre ci et deux mois , je scraf hors de cette peine , par une résolution absolue. Priez donc bien pour moi , ma chère fîlle , afin que mon cœur se tienne pur de toutes vrnités et prétentions mondiaioes. Pour moi , je proteste que je ne veux que Dieu pour mon partage, comme que ce soit.

La commodité de nos résolutions ne se peut bonnement perdre , mais de plus en plus faciliter, moyennant la grâce divine. 0 ma fille , quand serons-nous unis à notre Dieu , de l'union parfaite I Quand auronsnous des cœurs embrasés de son amour ! Courage , ma chère ûlle , nous sonunes destinés à cette heureuse lin : ne nous troublons point des stérilités , car les stérililé3 enfanteront enfin; ni des sécheresses, car la terre sèche se convertira en sources d'eaux vivantes (2).

L'autre jour en l'oraison , considérant le côté ouvert de notre Sei'j;neur, et vovant son cœur, il m'étoit avis que nos coeurs étoient tout alentour de lui , qui lui faisoient hommage, comme au souverain ri dos cœurs. Qu'à jamais soit-il notre ccuur ! Amon.

Et cotte petiUî Aimée (3) sera des trôsmieux aimées sœurs du monde ; car je s^Tai son frère : mais avec tout cela , ceci ne st ra que ni)tre alliance tixlérieuro, carcvlui à l'œil duquel le fond de mon cœur est ouvert , sait bien que le lion iiilcriour, duquel il joint mon esprit au vôlre , est totalenu-nt indépendant de tous ces accidons, qui ne peuvent ni ajouter ni diminuer à cette intime ot Irès-puro ii.n\ ction et uuion qutf Dieu a faite en nous.

LETTRE DCCLIL

s. FRANÇOIS DE SALES, A MADEMOISELLE DE TRAVES.

Le Sainl ren{;a(:e n iic pas se marier, cl à sappor- 1er (tourajieusciucnl ses peines doiue»ti(|ue», el la riiarge de sa fa mi Me.

1» AThl icod.

Mademoiselle, vous voulant honorer,

(J) A. t.. IX. 6.

(S) (^(P erai arida erit la ita^nirai . «l sUtoos ta r<^BM •quariini Ls.. x\xv.7.

(S) Marie Aimée de RaboUn de Chantai, gui deroit épouMr U iMToa lU Tonm , Mn da itML

DE S. FRANÇAIS t)E SALES.

cbérîf, et servir toute ma vie, je me suis eûqtiis de madame votre chère cousine , ma scfeur, de Tétat de votre cœur, duquel elle m'a dît chose qui m'a cionsolé. Que vous sef ez heureuse , ina chôre fille , si vous persévérer à mépriser les promesses que le monde vous voudra faire I Car, en vraie vérité , (Je n*est qu'ùD vrai trompeur. Ne regardotis jamais tout ce qu'il propose , que Dous ne considérions ce flu'il cèle II est vTdi , sans doute , c*est une grande assistance qiie celle d'un bon mari ; mais il en est peu , dt pour bon qu*on Tait , on reçoit plus de sujétion que d'assistance. Vous avez un grand ^in pour la famille qui est sur vos bras; mais il n'amoindriroit pas, quand vous entreprendriez la charge (Tunë autre peul^tre aussi grande. Demeurez ainsi , je vous prie , et croyez-moî , fhitesen une résolution aussi forte et si sensible, que nul n'en doute plus. L'exercice auquel voTisêtcs maintenant vous servira d'un petit martyre , si vous continuez à joindre les lravauii[ que vous y aurez à ceux du Sauveur, de Notre-Dame , et des Saints et Saintes , qui emmi la variété et multiplicité des importunités que leur soin leurdonnoit, ont conservé inviolablement l'amour et la vraie dévotion à la très-sainte unité de Dieu, en qui , par qui , et pour qui ils ont conduit leurs vies à une fm très-heureuse. Que puissiez-vous donc comme eux conserver ef consacrer à Dieu votre cœur, votre corps, voire amour, et toute votre vie I Je suis en toute sincérité, etc., votre , etc.

LETTRE DCCLin.

a. FEAKCmS DE SALES , A MADAME DE COBNnXON , SA SOEUR (4).

le Saint l'encourage à prendre patience dans les contradictions qu'elle avoil à soulTrir de la part de son beau-pére, et sur la mort de leur |eune

Miur.

15 mai 1608.

Mon Dieu , ma chère fîlle ma sœur, soyez joyeusement dévote. Que vous serez heureuse, si vous embrassez constamment ce dessein 1 La pauvre petite sœur (2) qui s'en c>l allée si chrétiennement et si soudainement, a bien réveillé mon esprit à l'amour

(1) Épouw 46 Helehlor de ComUlon , Mi^iiflor de Uérao*.

(2) bile rooarnt à Totte , Tane des terrej de la baronne de fSfeimUl , et adirée de b picibe baronne , qui prenolt flola de ion éducation.

Ole

de ce souverain bien , auquel toute notre courte vie doit être rapportée. Âimons-nou bien , chère sœur, et nous tenons bien en^ sembleinent à ce Sauveur de nos âmes, en qiii seul nous pouvons avoir nôtre bonheur. Je suis tout plein d*espérance que notre Seigneur sera de plus en plus fidèlement servi, obéi et honoré de vous, qui est le plus grand bien que je vous puisse sou* hàiter.

La multitude des ennuis que vous avez es affaires de votre maison (desquels mon bon frère me parla l'autre jour) vous serviront infiniment pour rendre votre amo vertueuse, si vous vous exercez à supporter le tout en esprit de douceur, de patience et de débonnaireté. Tenez toujours bien votre cœur bandé à cela, et considérez souvent que Dieu vous regarde de son œil d'amour parmi toutes ces petites incommodités et brouilleries, pour voir comme vous vous y comportez selon son gré : faites donc bien joliment à la pratique de son amour en ces occasions : et s'il vous arrive quelquefois de vous impatienter, no vous troublez point de cela, mais vous remettez soudainement en douceur. Bénissez ceux qui vous afiligent; et Dieu, ma chère fille, vous bénira. Je Ten supplie de tout mon cœur, comme pour ma sœur bien-aimée, et ma fille très-chère, à laquelle je suis tout dédié.

LETTRE ÙCCLIV.

s. FRANÇOIS Vm SALES, A UlfB DAMft.

Les emliarrai des alTaires sont deg occasions de pratiquer les vertus.

iSmal iioi.

Je me ressouviens que vous médites combien la multiplicité de vos affaires vous chargeoit; et je vous dis queo'étoit une bonne commodité pour acquérir les vraies et solides vertus. C'est un martyre continuel, que celui de la multiplicité des affaires ; car oommo les mouches font plus de peine et d'ennui à ceux qui voyagent ei été, que ne fait le voyage môme; ainsi la diversité et la multitude des affaires fait plus de peine que leur pesanteur même.

Vous avez besoin de la patience, et j'espère que Dieu vous la donnera, si vous k lui demandez soigneusement, et que vous vous efforciez de la pratiquer fidèlement;

Yons y préparant touB les matins par une application spéciale de quelque point de votre méditation, et vous opiniâtrant de TOUS mettre en patience le long de la journée tout autant de fois que vous vous en sentirez distraite. Ne perdez nulle occasion, pour petite qu'elle soit, d'exercer la douceur de cœur envers un chacun.

Ne V01» confiez pas de pouvoiç réussir en vos affaires par votre industrie, ains seulement par Fassistance de Dieu; et partout reposez-vous en son soin voyant qu'il fera ce qui sera mieux pour vous, pourvu que de votre côté vous usiez d'une douce diligence.' Je dis douce diligence, parce que les diligences violentes ^tent le cœur et les a£foires, et ne sont pas diligences, maisempressemens et troubles.

Mon Dieul madame , nous serons bientAt en l'éternité, et lors nous verrons combien toutes les afiaires de ce monde sont peu de chose, et combien il importoit peu qu'elles se fissent, ou ne se fissent pas. Maintenant néanmoins nous nous empressons comme si c'étoient des choses grandes. Quand nous étions petits enfans, avec quel empressement assemblions-nous des morceaux de tuiles, de bois, de la boue, pour faire des maisons et petits bâtimens I Et si quelqu'un nous les ruinoit, nous en étions bien marris et pleurions : maintenant nous connoissors bien que tout cela importoit fort peu. Un jour nous en serons de môme au ciel, que nous verrons que nos affections au monde n'éloient que de vraies enfances.

Je ne veux pas ôtcr le soin que nous devons avoir de ces petites Iricheries et bagatelles ; car Dieu nous les a commises en ce monde pour exercice : mais je voudrois bien ôter l'ardeur et la chaleur de ce soin. Faisons nos enfances, puisque nous sommes enfans ; mais aussi ne nous morfondons pas à les faire; et si quelqu'un ruine nos mi'isonnettes et petits desseins, ne nous en tourmentons pas beaucoup, car aussi quand viendra ce soir, auquel il fau dra se mettre à couvert , je veux dire la mort, toutes ces maisonnettes ne seront pas à propos : il faudra se retirer en la maison de notre père. Soi:j;nez fidèlement vos affaires, mais sachez que vous n'avez point do plus di<i;nes affaires que celle do votre salut, et rachrminement du salut de votre ame à la vraie dévotion.

UBTTRBS - -.pj

Âyei pstienoa kvoo tooSf ttrit fiUffr lement avec vouMnéme : Je veux dîRyfM vous ne vous troubliez point de voeim|»fections,et que vous ayez toujours oomp de vous en relever. Je suis bien aise m quoi vous recommencez tous les Jean : & n'y a point de meilleurs moyens pour Hm achever la vie spirituelle, que de toujoaiB recommencer, el ne penser jamab tfoir assez fait.

Recommandeff>moi à la noisérioorde de Dieu,laquelle je supplie dévoue faire abonder en son saint amour, ^me». Je suis votre, etc.

LETTBB DGCLY.

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