‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 393 sur 450 · FRANÇOIS DB SiXBS, AONB DB fnSBHàOL · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DB SiXBS, AONB DB fnSBHàOL

U l«l rtooamiaiidt de b« pM laitier twmp •an Miur dus ramoor 4m tes parent.

Or sus, ma chère nièce, ma fille, voilà donc auprès de monsieur votre père, que vous regardez comme une image vivante du Père éternel : car c*est en cette qualité que nous devons honneur et service à ceux desquels il s'est servi pour nous pn^ duire.

Tenez bien votre ame en vos mains, afin qu'elle ne vous échappe ni à gauche ni à droite; je veux dire, ni qu'elle s'amollisse entre les affections des parcns, ni qu'elle s'attriste parmi leurs passions et les diversités des humeurs avec lesquelles il vous faut vfvre.

Vraiment je crois fort bien que vous fûtes vivement touchée en vous séparant de votre chère mère , car elle m'écrit que de son côté elle fut extrêmement pressée; mais un jour cette société durera éternellement, s'il plaît à rÉternel, et en attendant demeurons tous bien unis en son saint amour.

J'admire que monsieur N. se soit persuadé cette opinion, que Ton ne puisse pas communier sans ouïr la messe; car nonseulement elle est sans raison , mais elle est sans apparence de raison : puisque toutefois il faut que vous passiez par là, multipliez tant plus les communions spirituelles que nul ne vous peut refuser.

Dieu vous veut aussi sevrer, ma chère nièce, et vous faire m^nger des viandes solides, c'est-à-dire des viandes dores ;<

solides, il n*y en a point au ciel ni *re que la sainte communion : mais s, qui est plus dur à votre ame qui i son saint amour, requiert aussi rs plus forts.

is écris sans loisir, ma chère nièce, , et prie notre Soigneur qu*il soit i en votre cœur. Je suis en lui enit votre, etc.

LETTRE DCCLVI.

FRANÇOIft DE SALES , A MADAME DE CHA.NTAL.

jéplore le malheur d'une dame qui étolt dans l'hcrésie. L'onclion qui se troute s livres des saints Pères et dans les dises catholiques, contribue plus que les erses à ramener à l'Eglise nos frères

t décemlir* iSOii

u ! quel malheur ! Cette pauvrette donc perdre avec son mari! Les ons de S. Augustin, et le chapitre li montrai passant vers elle, deuflire pour la retenir, si elle n'est son précipice que par les considérafello allègue. Dieu, au jour de son igemenl, se justifiera contre elie, bien voir pourquoi elle Ta aban- Vh 1 un abîme en attire un autre, ai Dieu pour elle , et spécialement e S. Thomas, que je conjurerai par reuse infidélité, d'intercéder pour uvre ame si malheureusement in-

3S actions de grâces devons-nous à d Dieu, ma chère fille! Mais moi, par l^nt de moyens en un âge frêle pour me rendre à l'hérésie, et que e ne lui aie pas seulement voulu relu visage, sinon pour lui cracher Dz; et que mon foible et jeune escourant sur tous les livres plus •s, n'ait pas eu la moindre émotion alhcureux mal! ODieuI quand je ce bénéfice, je tremble d'horreur de ratitude.

accoi sons- nous en la perte de ces :ar Jésus-Christ, à qui elles étaient ;res, ne les laisseroit pas aller après tis, si sa plus grande gloire ne le it. S'il est vrai que nous les devons r et soupirer pour elles, comme

David sur sonAbsalon pendu et perdu

U n'y eut pas grand mal en ces dédains que vous témoignâtes parlant avec elle. Hélas ! ma fille, on ne se peut quelquefois contenir en des accidens si dignes d'être abhorrés.

Les épîtres de S. Jérôme lui seront encore bonnes : car voyez-vous, entre les témoignages qui sont épars çà et là es écrits des saints Pères en faveur de TÉglise (car enfin ils parlent tous comme nous) , l'esprit même de ces grands personnages respire partout contre l'hérésie.

L'autre jour, de grand matin , un homme grandement docte, et qui avoit été ministre longtemps, vint me voir, et me racontant comme Dieu Tavoit retiré de Thérésie : J'ai eu , ce me dit-il , pour catéchiste , le plus docte évèque du monde. Je m'attendois qu'il me nommât quelqu'un de ces grands renommés de cet âge : il me va nommer S. Augustin. Il s'appelle Corneille, et maintenant fait imprimer un beau et digne livre pour la foi . U n'est pas encore reçu à l'Église, et m'a donné espérance que ce sera moi qui le recevrai. Je n*ai jamais vu homme si docte de ceux qui sont hors de l'Église. Hélas 1 le bon homme s'en alla satisfait d'avec moi , disant que je Tavois caressé amoureusement, et que j'avois le vrai esprit de chrétien. Enfin il faut conclure que ces anciens Pères ont un esprit qui respire contre l'hérésie, es points même èsquels ils ne disputent pas contre elle.

Étant à Paris, et préchant en la chapelle de la reine le jour du jugement (ce n'est pas un sermon de dispute), il se trouva une demoiselle, nommée madame de Perdreauville , qui étoit venue par curiosité : elle demeura dans les filets, et sur ce sermon prit résolution de s'instruire , et dans trois semaines après amena toute sa famille à confesse vers moi, et fus leur parrain de tous en la confirmation. Voyez-vpus? ce sermon-là , qui ne fut point fait contre l'hérésie, respiroit néanmoins contre l'hérésie : car Dieu me donna lors cet esprit en faveur de ces âmes.

Depuis j'ai toujours dit que, qui prêche avec amour, prêche assez contre Thérétique , quoiqu'il ne dise un seul mot de dispute contre lui. Et c'est pour dire qu'en général tous les écrits des Pères sont propres à la coaversion des hôrMquei.

6gs

0 mon DiflQ I ma ehftre llUei qm Je toai souhaite des perfections I une pour toutes, cette unité, cette simplicité. VîTez en paix et joyeuse, ou au moins cxmtente de tout ce que Dieu Yeat et liera dans votre cosur.

Je suis en lui et par lui , tout votre frère. Votre» eto,

hETTBM ocavn.

s. FÈA^COis OB SAltS , ASCII ALTBSBB

siaiifissdifB ts imc mi àAVon.

L'évéqno de Gsoé? t M jwtifls d'an» «oeuatiM

ctliNBDieiife.

Mopsstgnenry ayant été averti par qtiel« qa'on de mes amis, que Ton m'avolt ealoninlé aufirès de votre altesse , de teins wrtalns manége»d'état avec les étrangers contre son service, J'en al été le plus étonné du monde , comme ne pouvant p9ê penser sur quel fondement on a pm bftiir une telle impostore. Car encore que ces jomv passés le devoir de ma charge u*ait nécessité d'aller à Get , et m'y arrêter quel^ que timps, si «st<»e qaenon plus là qu'aillevrs, jenemesoisméléi ttideflsire Aide dire que ce qui est de ma profession , en préchant , disputant, réconciliant les églises, et administrant les sacremens.

Et non-seulement je n'ai point fait de manèges contre le service de votre altesse (ce qui n'est jamais arrivé ni arrivera jamais , ni en effet ni en pensées ) , mais au contraire, autant que la discrétion et respect que j'ai à ma qualité me le permettent, j'aî soigneusement remarqué tout ce que jepouvois estimer être utile à son service, pour lui en donner avis, comme j'eusse fait par lettres , si à mon retour je n'eusse trouvé le commandement que votre altesse me donnoit de les dire de bouche à M. le marquis de Lans , auquel je les dis avec toute fidélité et naïveté; l'assurant que tous les bruits touchant le dessein des Fran^x>rs sur Genève n'étoient autre chose que des chimères que quelqu'un ayoit peut-ôtrc fabriquées pour rendre probables leurs prétendus services. Je lui dis plusieurs autres particularités, desquelles je m'as* sure qn*il aura eu bonne mémoire pour les leprésenter à votre altesse, laquelle je supplie trè»-humblement de croire que j'ai gravé trop aivaBl en mon cœur le devoir

que Je loi ai y pov Jamii ma véHMwiI faire auoone aorte da eliO09 qoi poiaMlMt soit peu noire ao serviea de lea cfiaim, «t que j'ai une trop grande oppoaitiaii m tracas des affaires d'Etat peur jamaiam'tt vouloir eottanettre : aaaai ne paeai^ pas qifan.homme da monde en parieaiîo moina de go4t, et y panaa nMins tfMlHliai que moi , qui ayant aasae é'nelnedMNSi faire, qui sont propres à nm profonrion, m dis jamais rien de oat aqele ^'étant pnh voqué, et n'y pense que par manièrs ds distraAlon ittvolentaira.

Ni moi, monselgieer^ si pas on de ami proches n'avons rien , ni en eflét ni en pié> tdùtiofi , h01% robéissance de votre altom; Je ne sais paa dono comment la ralnamn oae me repréeenter cvee dea -f^^***ff*i étfâttgéres ; palsqne même Je via, tisa merci y de telle aorte, que comme je ne mérite pas d'être en la bonne grâce de voCie aKeûé, n'ayant Hen qtd puUiae oorramih dre à cet hottfiedNià, aos^ noérîtai-je dé n'être nnllemenf en aa disgrâce, ptàmtOB je ne fais riefl et tt'aAE«tlonne lien qd» doive porter ft ce nmlhenr , que Je m crains aussi pohitme devmr jamaiaarriter, moyennant l'aide de notre Seigneur , qd en faveur de la véritable fidélité que j'ai à votre altesse , ne permettra point que les brouillons et les calomniateurs m'étent II gloire d'être invariablement son très-hoo et très obéissant serviteur et orateur.

LETTRE DCCLVm.

8. paAifçois na salss, a s. nassAfis, GouvsaifEoa de hontabgis.

11 lui fait part des événemens qui «Toient doué da Pombrage sur son compte au dac de Si- TOie, el qui «roiMl aaiemé l« lellr* préeédento.

Annecy, 4 décembre MOS.

ùlonseigneur ,

Ayant été près de deux mois entiers en Bourgogne , partie au duché pour assister aux noces de mon frère Groisy , qui doit tant être votre serviteur , partie au comté pour l'exécution d'un commandement que le pape avoit confié à monseigneur l'évèquode Bâlc et à moi conjointement, j'ai trouvé à mon retour la lettre que vous aviez pris la peine de m'écrire par le bon monsieur de SouMbar , qui passa A Chaift

DE S. FRAlfÇOIS hE SALES.

éry tandis que j'étoîs en mon voyage ; îWre comme toutes les antres , pleine de larques de ce grand et fort amour que 0U3 me portez , et duquel jo suis réciprouement amoureux de toute l'étendue de icwi cœur, et autant glorieux qu'iiommo a monde à qui vous les sussiez départir.

Si vos affaires retardent votre pèlerinage la sainte Magdelcine , il n'en sera que int plus délicieux une autre fois , quand 5US les aurez heureusement achevées, )nime je souhaite ; et tandis , je m'éclairraî aussi , de mon côté , d'une autre que lî trouvée à mon retour fort inopinément; tqoelle, afmquo je vous ledi?e, monsieur, qui je voudroisétre toujours ouvert, conste en un éclaircissement d'un ombrage ue quelque insolent a fait par Tîntcrpolion de la calomnie entre l'esprit de son liesse et moi , comme si j'avois certaine itelligencc sur ma misérable Genève, Mir y entrer etrégner par un autre moyen oe celui de sa grâce.

Le fondement du médisant a été dix ou onze jours entiers que je fus à Gex ce mois e septembre passé , et où allant , par une îrtaine imprudente hardiesse , je passai ml au travers de Genève , après avoir fait ire à la porte à celui qui marchoit inmiéiatement devant moi que j'étois monsieur évéque, et écrit en la bullette : FrançoU e Sales , évêque de ce diocèse ; car il se lat un peu étendre à dire les particularités es saillies de ma vaillance.

Sur tout cela donc on a fait cet argulenl : Qu'a-t-tl tant fait à Gex , et qui lui onne cette assurance de passer en cette ille tant ennemie du nom qu*il porte et e sa qualité , et en laquelle ses prédé- Bsseurs ne sont jamais entrés dès la réolte (4), sans sauf-conduit, sans se déuiser , sans désavouer sa qualité? Mais a vraie vérité , ils ont peu de connoismce de mon ame , s'ils me jugent si plein e considération et d'appréhension , que I ne paisse pas faire une petite témérité, e temps , mon innocence , mais surtout 1 providence de Dieu accommodera tout ;bi ; de quoi néanmoins j'ai écrit à son Itesse tout ce qui m'en scmbloit , ayant remfèrement su qu'elle s'otoit laissé por- \T à quelque sorte de défiance de moi , dci

II) U iMiMPflétr, fl d'y poêur*

manière que j'en demeure en tout bon repos.

Voilà mes nouvelles d'état ; q iiant à collés de ce pays, nous nous réjouissons grandement en l'espémnce de voir un bon fniit du voyage de M. de Jacob , et attendant que Monsieur vienne pour passer en France achever ce mariage que nous désirons tant et qu'on diffère tant. Notre M. de Char> moisy cependant est tout joyeux en sa maison des champs et témoigne d'aimer tant sa retraite , qu'il ne veut pas qu'on traite de l'en tirer : néanmoins si Monsieur vient, je ferai, si je puis, selon votre conseil ; je désireroisbien y pouvoir beaucoup, comme aussi de savoir, le temps étant venu, que Paris ait un chef, auquel mon cœur ait tant d'alliance et correspondance d'amitié comme il a avec vous.

J'envoie ces trois livres aucunement corrigés de tant de fautes que l'imprimeur y a laissées glisser ; je les offre à madame votre chère moitié, et un par son entremise à mademoiselle de Touteville , sinon que vous en voulussiez prendre la peine vousmême, et un autre à madame la marquise de Menclay. J'aurois honte de tout cola , si votre faveur ne devoit couvrir la nudité qui y est, comme encore c<» que j'ose vous adresser tant de lettres qui sont en ce paquet. Notre Seigneur vous conserve , monsieur, et vous oomble de toutbonbeur; c'est le continuel souhait de votre, etc.

LETTRE DCGLIX.

! s. FRANÇOIS DE SALES , A MADAME DE CX>lUfILL0N, SA SOBDB.

Ser U mort de leur mère.

Ma très-chère sœur, ma fille, oensolonsnous le plus que nous pourrons en ce trépas de notre bonne mère : car les grâces que Dieu a exercées en son endroit, pour la disposer à une si heureuse fin, sont des marques fort certaines que son ame est doucement reçue entre les bras de sa divine miséricorde. Si qu'elle est bienheureuse d'être déprise et démêlée des travaux de ce monde ; et nous ausj^i , chère sœur , serons bienheureux à notre tour , si , comme elle , nous vivons le reste de nos jours eu la crainte et amour de notre

Seigneur , dnsi que nous nom le sommes promis l*un à l'autre, Tautre jour à Annecy.

Sa divine majesté nous attire en cette sorte au désir du ciel, y retirant petit à pe* lit tout ce qui nous éloit plus cher ici-lûs. Soyez donc bien consolée, ma chère fille ; et si votre cœur ne peut s'empêcher d'avoir du ressentiment en cette séparation , Caites au moins qu'il soit tellement modéré par l'acquiescement que nous devons au bon plaisir de notre Sauveur, que sa bonté n*en soit point oflénsée, ni le firuît qu'il a mis en votre ventre, mai mené.

Encore faut-il que je vous dise ce mot pour votre contentement : c'est que cette pauvre bonne mère, avant que de partir d'Annecy , revit tout l'état de sa conscience , renouvela toutes les bonnes résolutions qu'elle avoit faites de servir Dieu, et vint si contente de moi, que rien plus ; car Dieu ne voulut pas qu'elle fût en état de mélanrolie , quand il la prendroit à soi. Or sus, Bia chère sœur, ma fille, aimcMnoi toujours bien ; car je suis plus vôtre que jamais : et plût à Dieu que vous puissiez venir faire la sainte semaine avec nous 1 je m'en sortirois fort consolé. Bonjour ma fiUe , je suis votre, etc.

LETTRE DCCLX.

s. FBANÇOIS DE SALES, A MADÀMB DE CHANTAL.

Bar I« mort de la comtesse de Sales, sa mère, et sur tes deruiers insuns.

11 min isia.

Mais, ô mon Dieu ! ma très-chère fille , ne faut-il pas en tout et partout adorer cette suprême Providence , de laquelle les conseils sont suints , bons , et très-aimables ? Et voilà qu'il lui a plu retirer de ce misérable monde notre très-bonne et très-chère mère, pour Tavoir, comme j'espère fort aisément , auprès de soi et en sa main droite. Confedsons , ma fille bien-aimée , confessons que Dieu est bon^ et que sa miséricorde est d Vétemiié (4) : toutes ses volontés sont justes , et tous ses décrets équitables (2; : son bon plaisir est toujours saint (3) , et ses ordonnances trèsaimables.

(1) Pi. cxxst,!.

(t; P$. cxTiii , iir <t)aoa.,iii,k

El pour moi, Je confesse, nalb, q« j*ai on grand ressentiment de cette s^i» tion , car c'est la oonfesak» que je Mi faire de ma foiblesse , après que j*aî Ul celle de la bonté divine. Meis néeniDii^ ma fille , ça été un ressentiment tmqaiUBi quoique vif; car J'ai dit ocmmie Devid zJ$ me tais , Seigneur ^€i i»'<wore poùd h bouche Y parée que e'*eei ucms fui festf fait (I). Sans doute , si ce n'eût été cak , j'eusse crié bdà , sous ce ooop, aseis il is m*est pas avis que j'osasse crier ni téMÎgner du mécontentement sous les oonpds cette main paternelle, qu'en vérité, peœ à sa lionté , j'ai appris d'aimer dés ma jeunesse.

Mais vous voodriei peni-èlie comme cette bonne fenune a fini ses jenSi En voici une petite histoire; car è'està vous à qui je parie, à vous, dis-je, à qn j'ai donné la place de cette mère en bm mémorial de la messe, sans vous dteresBi que vous aviez : car je n'ai su le fiiire, lait vous tenez ferme ce que vous tenez en boi cœur, et par ainsi vous y tenez en moi ame; et par ainsi vous y tenez la preniîèn et la dernière.

Cette mère donc vint ici cet hiver ; et m un mois qu'elle y demeura , elle fit la revue générale de son ame , et renouvela ses désirs de bien faire avec certes beaucoup d*afiection , et s'en alla la plus contente da monde d'avec moi , duquel , comme elle disoit, elle avoit tiré plus de consdatioa que jamais elle n'avoit fait. Elle continua en celte bonne joie jusqu*au jour des Cendres, qu*elle alla à la paroisse de Torens, où elle se confessa et communia avec trèsgrande dévotion , ouï trois messes et vêpres , et le jour , étant au lit , et ne pouvant dormir , se fît lire par sa fille de chambre trois chapitres de r/n/rodtfc/ion, pour s*entretenir en de bonnes pensées , et fit marquer la protestation pour la faire au matin suivant ; mais Dieu se contenta de sa bonne volonté , et en disposa d'autre sorte ; car le matin étant venu , cette bonne dame se leva , et en se peignant elle tomba soudainement d'un catarrhe comme toute morte.

Mon pauvre frère , votre fils, qui dormoit encore , étant averti , accourt en chemise et la fait relever et promener , et ai-

(1) Fi. s»f ni , u.

der par des essences , eaux impériales et aoires choses qu'on juge propres en ces aecidens , eo sorte qu'elle se réveille , et Dommeace à parler, mais presque inintelli- {iblement, d'autant que le gosier et la langue étoient saisis.

Oo me vint appeler ici ; et j*y vais soulainementavec le médecin et Tapothicaire, {oi ÏB trouvent léthargique et paralytique le la moitié du cor^ts ; mais léthargique en elle sorle , que néanmoins elle étoit fort lisée à réveiller; et en ces momens de "éveil , elle témoignoil le jugement entier, loit par les paroles qu'elle s'eflbrçoit de lire y soit par le mouvement de sa main aine , c'est-à-dire , de laquelle l'usage lui itoit demeuré : car elle parloit fort à proies de Dieu et de son ame , et prenoit la Toîx elle-même à tâtons (d'autant que oodain elle devint aveugle ), et la baisoit. ■mais elle ne prenoit rien qu'elle n'eût ait le signe dessus , et reçut ainsi le saintmile.

A mon arrivée , tout aveugle et tout enlormie qu'elle étoit ; elle me caressa fort , )i dit : C'est mon fils et mon pire celuii; et me baisa, en m'accolant de son bras, li me baisa la main avant toute chose. Elle xmtinua en même état presque deux jours it demi , après lesquels on ne la put bonlement réveiller ; et le premier de mars , die rendit l'ame à notre Seigneur douceneot et paisiblement, et avec une contelaooe et beauté plus grandes que peut-être Ile n'avoit jamais eues, demeurant une les belles mortes que j*aie jamais vues.

Au demeurant, encore vous faut il dire [ne j'eus le courage de lui donner la derliëre bénédiction , lui fermer les yeux et I bouche, et lui donner le dernier baiser le paix à llnstant de son trépas ; après [ooi le cœur m'enQa fort, et pleurai sur eUe mère plus que je n'avois fait depuis [ve je suis d'Église ; mais ce fut sans amerorne spirituelle , grâce à Dieu. Voilà tout e qui se passa.

Au reste , je ne me puis taire du granlement bon naturel de votre fils (4), qui n'a si extrêmement obligé au soin et trarail qu'il a pris pour cette mère . mais je lis avec tant de cœur, que s'il eût été étran ^, je serois forcé de le tenir et jurer pour

(I) Lt taroB Sm ToNA», Mn 4n Saloi, fMdrt éê

mon frère. Je ne sais si je ne me trompe, mais je le trouve extrêmement bien changé en mieux , soit pour le monde , soit principalement pour i'ame.

Or sus, ma chère fille, si faut-il se résoudre sur cela , et louer toujours Dieu , quand il lui plairoit nous visiter encore plus fortement. Si donc vous le trouvez à propos , vous pourrez venir, pour être id le jour des Rameaux : je dis ici , car il n'y auroit point de proportion que vous fissiez les bons jours aux champs. Votre petite chambre vous attendra ; notre petite table et notre petit et simple traitement vous sera fait et offert de bon cœur ; je veux dire de mon cœur, qui est grandement vôtre.

Maintenant je vais courant sur les chefo de votre lettre. Notre pauvre petite Charlotte (4) est bien heureuse d'être sortie de la terre avant qu*elle l'eût bonnement touchée, llélasl il falloit néanmoins bien un peu pleurer ; car n'avons-nous pas un cœur humain et un naturel sensible? Pourquoi non pleurer un peu sur nos trépassés , puisque l'esprit de Dieu non-seulement le nous permet , mais nous y semond ? Je l'ai regrettée la pauvre petite fille , mais d'un regret moins sensible; d'autant que le grand sentiment de la séparation de ma mère ôta presque toute prise au sentiment de ce second déplaisir, duquel la nouvelle m*arriva tandis que nous avions encore le corps de ma mère en la maison. Dieu soit encore loué en cet endroit. Dieu nous donne , Dieu nous ôte ; son saint nom soit béni (2).

Hélas ! notre pauvre N. auroit un grand besoin d'être assistée de près ; car elle esC si bonne et si cordiale , que rien plus, mais si mélancolique , si douillette de courage , que rien plus. Vous voyez , je lui avois tant témoigné la nécessité de s'assujettir ellemême à la stabilité en son monastère; et néanmoins , contre le souhait des siens, elle médite tous les jours des sorties pour ceci et pour cela. Ce n'étoit pas sortir , d'aller avec vous à Bourbilly : non , ma fille , ce n*est pas sortir, quand on sort pour mieux s'arrêter et rentrer ; mais ses autres sorties sont hors de raison : aussi on les desseigne et les délibèrc-t-on sans moi. Dieu sait, ma fille , si j'aime tendrement

(1) PiUe 4« nudaac S» ChuML (I) Job., 1, H*

cette anM, etti Jeanto pMn do désir de 800 bien; et jamais je ne la veux ni puis abandonner ; je dis , quoi qu'elle fit : mais je n*06e pas la presser de loin ; car c'est on esprit qui ne peut être conduit qu'avec amour et confiance ; confiance , dispje, toujours nourrie de nouvelle et continuelle démonstration d*a0ection ; ce qui ne se peut faire de loin : mais bien quand vous fierez ici , nous y àvlserona.

Je regrette Taccident de madame da N., qui devoit arriver , ou i^us tôt, ou plus tard. Si elle a bien jeté son espérance en notre Seigneur, car il la retirera de ce mauvais passage, pour la faire marcher tant plus vitement vers lui.

J'écrirai au P. de N. qui souffre beaucoup : car nous ne sommes pgint désbonorabkds à l'f^lise, quand nous imitons notre Seigneur , qui a tant souSért d'ignominies pour notre salut.

Où il y a du profit spirituel , il ne faut pas craindre les oi^(d>re& : dUi, ma fille » notre bon Dieu nous aidera , et pour la bonne commère aussi , bien qu'il âiUa tâcher d'avoir tout ce qu'on pourra. Quand vous serez ici nous prendrons les résolutions convenables pour commencer notre dessein , et verrons ce que dirons nos filles de deçà. Notre Favre a fait merveille , et est muin tenant toute à Dieu«

Quant à ces préceptes do Toraison , que vous avez reçus de la bonne mèref>rieuro, je ne vous en dirai rien pour le présent : ^ulement je vous prie d'apprendre , le plus que vous pourrez, les fondcmens de tout cela , car , à parler clair avec vous , quoi- .que deux ou trois fois l'été passé m'étaot mis en la présence de Dieu sans préparation et sans dessein , je me trouvasse extrêmement bien auprès de sa majesté, avec une seule , très-simple et continuelle aflcction d'un amour presque imperceptible , mais très-doux , et si est-ce que je n^osai jamais démarcher du grand chemin, pour réduire celaà un ordinaire. Je ne sais; j'aime le train des saints devanciers et des simples.

Je ne dis pas que quand on a fait sa préparation , et qu'en l'oraison on est attiré à cette sorte d'oraison , il n'y faille alîcr : nj.iis prendre pour méthode de ne se point préparer , cela m'est un peu dur. Comme aussi de sortir tout à ftiit do devant Dieu

prière expresse, toat eéla ne feat émittlement lait ; mû que cala ioîl «m lèg)e, je oDoteae qoa j'ai impeadavéïiananea.

Néanmoins Je parle iimpliBBBtdami notre Seigneur, 6t à vDOi, à ^Jepn parler que ponaiieiit et omditeBnl t ja ne poise pas tant savoir qm Je ne ap très^aise, jediseaKtrtmemmit trèeiaîw,^ me démettre de mm aeatûnant »

celui de ceux qui en doivempoi»

raisons avoir plua que moi i Je ae.disfa seutoment de cette booM woèn^mmlfi dis d'une beaucoup moindia. Appiw donc bien tout son aentîmeatett cela, it tous ses foodemeDa; mais tom hefaMit pourtant et sana emprcweaieet; es soili qu'elle ne cnide paa que veve k veailliK examiner, J'hooiore oeUe m^pe^ de M mon cceur , et tout aon monMtére^ • idieu, ma cfaàre elle , jnaqQ'à ae leiiir bientôt, moyennant Jésus, qui viveatiègne à* jamais m nos esprits. Amen.

LfiTTREOœLXI.

s. FBAJNÇOIS UB SALB8, A DKB mm.

Ne pai donner eréasoe «vx préteget . Le ne peu tromper ceux qui ne eaebeat rie» à \mt confesseur.

rt nan iii&

Ma très-chère fille , voici comme je voas réponds. Il n'y eut nulle offense en tout ce qui se passa touchant les présages du péril de monsieur votre fils ; bien qu'il ne àiiUe pas attendrir son esprit à donner créance à ces préoccupations; mais aller doucement , remettant tout ce qui vous toudie entre les mains de la divine Providence: et mémo quand quelque yiefent présage nous arrive , tel qu'était celui duquel vous m'écrivez , il faut renoncer aux appréhessions qui nous en reviennent» tant qu'il nous est possible , de peur que notre ennemi nous trouvant faciles à croire tek prcssentimens , n'abuse de notre facilité.

Mais la vérité est que jamais il n'abesera de chose quelconque en votre endroit, tandis que , comme vous faites , vous tiefidrez votro cœur naïvement et bumbl^nesl ouvert à votre guide.

II faut bien toujours faire pour toutes occurrences, comme vous toutes pour le

prooèfl perdu , c'est-Mire il faut bien toumrs g'aooommoder à doucement tu{^[)orter ces rencontres.

Faites comme le père François vous a dit touchant le jeûne , et faites hardiment un peu bonne collation.

Pour Toraison, vous faites bien de vous laisser aller à la mentale , quand notre Seigneur vous y semond , lorsque vous dites les vocales.

Dites donc, ce reste de Carême, cinq i^aUr noêiêTj et cinq Ave^ les genoux pus , et les mains nues , par obéissance , 9t pour nous conformer o colui qui va nu aur la croix pour nous , c'est-à-dire duquel nous allons remémorer la mort.

Il est mieux do choisir quelque pauvre prêtre , et lui faire dire une messe le samedi , que donnor tous les jours un liard ; lûnsi vous soulagerez le prochain , et louerez la Vierge Mario par une excellente ac-

tÎMl.

Que s*il ne se trouve point de prêtre qui ait besoin do retto assistance , je pense que sainte Claire en pourra être aidée. 11 est vrai qu*en cas qu'il y eût d'autres pauvres en nécessité , il lo lour faudroit appliquer, parce qu'alors le soulagement du prochain est commando en ce que Ton peut bonnement.

Bonsoir , ma très-chère iille , demeurez toute en notre Seigneur. Jo suis en lui tout vôtre.

LETTRE DCCLXII.

9. VIUNCOia AB SALES , A U. DESHATES (1), ■ArrBB b'rotel du roi benri iv, ami du saint.

Condoléance sur la mort de Henri IV.

ABnMy.raïauio.

Ah ! monsieur mon ami , il est vrai , l'Europe ne pouvoit avoir aucune mort

(1) ■. Mshiyes, qal étoit depuis lonR-teaps tmi de nfat François de Sales , étolt atwst du nombre de ceux !■» Beuri IV tppeloU see «nnù. naos m Toyace que hmiiçois m à la cour de France eu 160S, i^our «oilicitcr TeaUer rétabllRsement de Texercice public de la relliriun ■thoMQM dam le pays die Gex. eu il avoit iié Oétrait . iomioe dam le Choblais. par la C(>u(ia«le oi lu longue posaMsIon des Bernois , Ilonri IV si'étant aperçu . dit un Hstorien du t«BV«, dePétroito liahion qui K'fQolt outre réfèqna de (iecoTe et Desbajes , deiuanda un jour à Mlttl-cl « lequel U alaolt le p\w de lui ou de réfé<iue

4m Ctnèva. • Desbayea fut embarriMé , et m répondit ica. La roi . qui prenuii plnisir à son enibarraii , lo preslolt, en lui disanr : « beahayos , il r.iat répondre, a Enfin Nifcijii B> poBfant plus recnlor, rcpoudlt eu ces ter- BM : « Slro, puisque Totre majesté m'urdunnc de W dire, » Je IbI avoue que J'ai pour «Mt^ toute la vénôfaiiaii et

plua lamentablequeceUedu grand Henril V.

Mais qui n'admireroit avec vous Tincon-

• tenta la tendresse dont Je sulrtcepable i neto qoCansI 9 J'aime bleu réf«qse de Geaère. » Cette répnnae ne déplut pas au roi : au contraire , étant tourbe de la (énéro« sité de Desbayes : « Je ne trouve pas à redire à Toe lentl- » menta. lui ditrll. mAU Je tous prie tuus de» qne Je » fasse le tiers à votre amitié. » Il lui dit en même temps qn*ll avult rbargéle due d*Epemen de solliciter Fran^eis de rester eu France , de lui promettre le premier évèobé vacant, et eu attendant une pension de 4.000 llrres. « AIK^ , ajouta le roi . prévenei . s'il se peut . le deo

• d'Eperooq,etapprenes vous-même à l'évéque de Genève

• ce que j*al dessein de faire pour lui. »

François refusa ces oITres, en disant qne ■ Dieu l*avelt a appelé, malfré lui , è l'évécbé de Génère , et qne poer 9 répondre à sa vocation , il se croyoit obligé de le (tarder » teole sa vie ; qne d'ailleurs il devolt eela a sa patrie

• qui l'a voit neurrl et élevé Jusi^u'alors. » Le roi voulut du moins qu*il accept&l une pension de 3,000 livres pour suppléer au faible revenu de réfècbéde Genève. François crut alara qu'il y aureil quelque cImiso de trop affecté à refuser les bienfaits d'nn si trrand roi. Il répondit donc à BcKbayes : • QuMI le prlolt de remercier pour lui sa ma- » Jesté , et de lui dire qne sea présents lui faisoieut trop » d'honneur pour les refuser ; mais que comme il n'avoit » paît alors besoin d'argent, et qu'il ne savelt pas le » (Tarder, il la cuppliolt de trouver bon que cet argent » d«>meur&l entre les mains dn trésorier de Tépargne . et n qu'il le deraanderoit quand 11 en aerolt besoin. • Le roi vit bien que c'étolt na refus, mais 11 le trouva si noble et si ingénieux , qu'il dit à ce sujet « qu'il n'avoit Jamais » donné de pension dont II eût été mieux remercié que » de celle qu'il avoit offerte à l'évéque de Genève. •

Ileuri IV le coiuulta souvent sur les affaires de consrlrure, et même des plus délicates, qai regardolent sa propre conduite ; François lui répondit avec une sainte liberio el Henri IV l'estima davantage. << Monsieur de

• Gendre est véritablement un iiomme de Dieu, disolt-ll » on Jonr; car 11 rapporte tout à Dieu : il ne sait point » la manière de flatter, et avee cette grande slacérUé » d'esprit qu'il montre partout, il est très-modeste ; il ne » se méprend Jamais, mats rend bonnenràqui il ledoit. » Un seigneur qui étolt grandeaaent familier avec sa majesté . continue Fblstorien elté pins haut , ayant ouï cet louanges . prit la liberté de lui demander « à qnello raisoo » Il rendolt tant de témoignages d'amitié à cet évè-iee » savobfen f • Le roi lui répondit : • Paroe qn'il possède

• toutes les vérins an souverain degré de lenr perfection, » et n'a pas un vice : Je n'en eonnois pas déplus capable » ni de plu» propre pour remettre l'état eecléslastlqne » dans sa premi<^re splendeur : il est doux, facile , huml>le » decceur. et Jouit d'aee trés-grende tranquillité d'esprit; » il est très-dévot et religieux sans sompnle , et si vons » voolex que Je vont le dise eaeore une fols, tont à » fait capable et propre à chamer les hérésies et eon- » Teantée. »

Cette estime dn roi ezeim l'envie deqnelqQes pereennes. On avolt vu l'évêqve de Genève Jeter un profond soupir en entrant dans l'églbe où étolt enterré le maréchal de BIron, décapité depuis peu ponr avoir conspiré avee le duo de Savoie; et là-dessus on alla dire au roi • que ee » prêtre aevoislen traitolt auprès de-sa majesté d'affalrea

• tout autres que celles qu'il faisoit semblant, et qu'l » étolt participant de tontes les entreprises et desseins » du maréchal de Diron, et partant qu'il fallnit s'en » prendre garde. » C'est la vérité (nous continuons à nous servir dos expressions de l'auteur original) , que le roi n'ajouta pas une ferme croyance a cette calomnie ; malt il ne laissa pas que d'entrer en quelque sorte de soupçon. On célébrolt alors l'octave de la fêle du Saint-Sacrement. et François prOchoit tous les Jours a Fégli^e Saint-Benoit. Comme il éloit »ur lo poiut do monter eu choire, ua gentilhomme de »esamls loi porta c<-ttc nouvelle, loulofols il ne lâU<*a pas de monter, et prêcha a\<N> autant d'assuninro que s'il n'avoit rien su de tont cela. Kiant descendu de chaire , lo même gentilhomme l'inierrogea avee éionnement : « El comment, monsieur, ne tous » étonnex-vous pas plus qneeeln* O» t<hw a cl

LETTRES

stance, la vanité et la perfidie des grandeurs de ce monde ? Ce prince ayant été si grand en son ex trac lion , si grand en la valeur guerrière , si grand en victoires, si grand en triomphes , si grand en bonheur, si grand en paix , si grand en réputation , ai grand en toutes sortes de grandeurs, hé! qui n'eût dit, à proprement parler, que la grandeur étoit inséparablement liée et collée à sa vie ; et que lui ayant juré une inviolable fidélité , elle éclateroit en un feu d'applaudissemens à tout le monde, par son dernier moment qui la termineroit en une glorieuse mort ? Non certes , monsieur , il sembloit bien qu'une si grande vie ne devoit finir que sur les dépouilles du Levant, après une finale ruine de Thérésie et du turcisme. Ces quinze ou dixhuit ans que sa forte complexion et santé , et que tous les vœux de la France et de plusieurs gens de bien hors de la France , lui promettoient encore de vie vigoureuse, eussent été suffisans pour cela : et voilà qu'une si grande suite de grandeur aboutit en une mort qui n'a rien de grand que d'avoir été grandement funeste , lamentable, misérable et déplorable ; et celui qu<>

• crime de lète>n)aji>9té , et root n'en fahes pas tfm- » blant? » il lui répondit- « Je m'éluaiieroit «i J'etols » coupable: mais pu ne que Je suis iiinocenl. J'ai cuii- » fin lice au Seigneur, el tant s'en faut que J'aie peur, que » luui (Je ce pas Je uiVn vais au roi, espéraut que Dieu » aura soin de ma répu(al>un . si elle sert laul suit peu a

• sa Rluire. » Disant aiusi , il s'en alla luut droit au Louvre . et aborda le roi avec un rUaçe ircs- serein ; mais M roAje»lé le prévint lorsqu'il n^oit déjà sa harangue »ur les lèvres . et lui dit ces paroles . <> Non , non , monsieur.

• vous n'avez pas besoin de vous Justifler; car Je n'ai » Jamais mal pense de vous; mal» Je ne saurois empô- » cher qu'on ne me rapporte beaucoup de choses de ceux

• qui sont auprès de moi. « l.e serviteur de Dieu le remercia tresbuniblemeut et lui dit: « Sire, Je ne suis

• pas si fort Intelligent aux alTdlres d'éUit que Je me mâle

• de les tralier: et si Je m'y inirodulsois, ou que Je vou-

• lusse j entendre quelque chose, ce ne seroit pas par

• une si grande niéchanceié que Je voudrois fAlre uion » apprenlis>age. » Il ajouia quelques auires paroles, par Je»quelle» <-e roi . qui n'avoit pA» son semblable en prudence, connut fort bien l'ingénuiic et rraiuLise de cet eapni; et tant s'eu ^nu( qu'il le renvoyai mal content, qu'au contraire il s'offrit a lui par une bonté tout a fait admirable, oïdes lors ue pouvoit cesser de la louer a toat propas.

S. François de Sales quitta Paris après 7 aroirdereeuré neuf mois , et avoir oiiirun des lettres du roi au gnuverneur et au pa.-lenient de Bourgogne, d'où dépendoit le pay» de (>ei. De» la même nnnce , un arrêt de ce parlement donna au cler;:é de ce p.iy« une entière main-levee de*: revenu;* ecclcinustiiiues qui étoient détenus par le» mmistrei» prute»iants

En l»0'<, Henri IV lit encore proposer à saint Friinçois de S^ile^. par Desli<i)e». d'ut «eplcr un des premiers siec*''' de Fiance : umi* le S.iint per.sisiia a ne vuuluirpas quitter »« [tune ei le diocèse auquel il avoit éié premièrement appelé, {l oyez a ce sujet la leiir» adressea a ■laUame de Ctiaulal, paia i\tè.)

Ton eût jugé presque immortel, poisqQt n'avoit pu mourir parmi tant de hasards, desquels il avoit si longuement fend^ la presse pour arriver à l'heureuse paix de laquelle il avoit été jouissant ces dix aînées dernières , le voilà mort d'un conterop* tible coup de petit couteau , et par lambin d'un jeune homme inconnu, au milieu d'une rue 1 En fans des hommes, jusqn^é quand serez-vous si pesant de cœur!

Pourquoi chérissez-vous la vanité, et pourquoi pourchasse! - vous le mensonge (4) I Tout ce que le monde nous fait voir de grand , ce n'est que fantôme , illosion et mensonge. Qui eût dit, je voos supplie , monsieur mon cher ami , qu'on fleuve d'une vie royale grossi de l'afiluence de tant de rivières d'honneurs, de victoires , de triomphes , et sur les eaux duquel tant de gens étoient embarqués , eût dû périr et s'évanouir de la sorte , laissant sur la grève et à sec tant de navigeans? N'eût-on pas plutôt jugé , qu'il devoit aller fondre dans la mort comme dans une mer et en un océan , par plus de triomphes qoe le Nil n'a d'embouchures? Et néanmoins les en fans des hommes ont été trompés et déçus de leurs balances , et leurs présajj^t's ont été vains.

Mon Dieu ! monsieur , que ne sommesnous sages par tant d'expériences? Que ne méprisons-nous ce monde , lequel en tout est si frêle et si imbécile? Que ne nous tenons-nous aux piods de ce roi immortel, qui a triomphé de la mort par sa mort, et duqut^l la mort est plus aimable que la vie de tous les rois de la terre? Vous êtes bien heureux, monsieur, de faire ces considérations ; mais vous serez très-heureux si, à la suite d'icelles, vous entrez es résolutions conveniibles, exhalant le reste de vos vieux jours comme un encens, parle feu de l'amour unique du roi de réternité. L'affection que j'ai à votre chère et belle ame , me fait dire cela sans nécessité.

Au demeurant, le plus grand bonheur de ce grand roi défunt fut celui par lequel se rendant enfant de l'Église , il se rendit [Mtre de la France : se rendant brebis du unind pu&teur, il se rendit pasteur de tant «je peuples ; et convertissant son cœur à Dieu, il convertit celui de tous les bons catholiqucà à soi. C'est ce seul bonheur qui me

(i) Pa. If, I.

hiit espérer que la douce et miséricordieuse providence du Père céleste aura insensiblement mis dans ce cœur royal , en De dernier article de sa vie, la contrition Bécessaire pour une heureuse mort. Ainsi priai-je cette souveraine bonté, qu*clle loil pitoyable à celui qui le fut à tant de ^jSDs ; qu'elle pardonne à celui qui pardonna à tant d*enncmis , et qu'elle reçoive Bette ame réconciliée à sa gloire , qui en reçut tant en sa grâce après leur réconciliation (4).

(1) Taiidlt qu'un poêtt qui t chanté Reirl IV. et qui, !■■• presqut tous m« ooTraret, « pt>ur but print-ipal de itlumolerla relirioo attribue a *e» d«»ffaie« de répruuTer M prince comme mort $anê confeuion, il e^t coo»olant IHHir UD caibulique. ei kurtoni pour nu cntholique rnn- ^ola.deTuir un rraad Mlnte>pérer la miséricorde dltium poar ce frraud et boa roi. Le mime «oDiimenl fera trouver Ici . avec plai»ir. ce que rappurie le célélire llel«rten, le père d'Oriéant. sur les seotiments reli- Iteai 4n Henri IV, parUculièreweut ëaus les derniers Mrs de sa vte.

« Benri avoit des momeais de dévotion admirables. tjn prolestants ulsoient quelquefois que , si le roi n'y pmnoil ganie . le P. Cotoo le reodruit bifot. Le respect %wê rbomme de Dieu lui avoil inspiré pour la reiliiuo •I Un cboaes saintes , les fauoit parler ainsi. Ils eu anroteoi bten dit davaniafe . s'ils «u*seut eié témoins des •naUBenis d bumllité et de péaitence que ce «rand roi BpportoU an sacrement. Il fonuoll en larmes au» pieds ém 8410 coBfesaeur . et cette grande ame. qui ne savult polDi felBdre , parolssoit si toocbee de Dieu . qu elle ne laUault aucan lieu de douter de la sincérité de sa peolta»r«. Il Ht d'abord une confession générale de toute •■ Tle avecane exactiiode extrême, et il expérimenta dana cette action, par la ccnsolstiun qo'il en rcçnt, ce q|«« tant d'autres ont avoué depuis lui , qu'il n'y a rleu ém plMS injuste que d'appeler la confession , comme ont fait Lnibcret Calvin , le supplice et la torture des âmes Il paaaoit quelquefois des Jours entiers dans les exer- Clcet «Je piété . ne traitant et ne parlant que de D eu et ém cboees du salut. An reste . en quelque temps que ce m, on le trouva toujours prêt a coopérer aux bonnes SBfi^squon lai proposoit, surtout pour ce qui recar^ doitio blende rEgilae («J; car depuis qu'il y fut rentré. Ja»ala la corruption de son caur ne passa Jusqu'à son Oif nt. Il étoit souvent foible , mais toujours lidele; et couire coqni arrive d'ordinNire, on ne s'«perçot jamais QM aoa paa»ions eussent affotbii sa religioo. m Jamais Henri a'avolt fait paraître de si grands seoli- ■•oia de piété, et un plus graud dé»lr de se sauver, que ladoralara année de sa vie. Dans les fêtes même et dans laa lioox de réjomssauves. il pensoit aux vérités du mIui. Claut 1 Saint-Denis au couronnement de la reine, qnl fat tait la Teille de sa mort . il Ut monter le P. Colon dana aae tnbnne vitrée, qa'il s'étoitfait faire pour voir ^ cérémonie sans être vn. Là , considérant le graud ^^^^^ QHt «ccupoit le cbœur de l'église sur des ampbi- Ill44ifag qii loucbolent aux ToAie* , Il tira le père à ■aartier, et lui faisant remarquer celte multitude de ma onla séa les nus anr iea autrea* Vou$ ne êav0M mas Ini dit-Il, à quoi je penêoiê tout à rheure en mant Cette graude oêumblée ?je penêoiê au jugemSnt 4êtnter, et au compte que nouê y devonê nmdre a Dieu, • (Vie dn F. Coton par le P. d'Orléans ,

C) Loa ralsalOQS de l'Amérique sepientHonale sont does I V^arl IV. Les François avoienl des eublissements an •aoada depuis Françoi* l'* ; msit on ne k'ëuiii occupé

Cd#>e avantages du t-ummerce ; Henri IV voulmeutoyer ■Iseionuaires en ce NuuTeau-Muntie pour j cumerlir ei il cbargea les Jeynlir!* de ci>tio fumtioa

tsanoTafca.

Ul

Pour moi, je le confesse, les faveurs de ce grand roi en mon endroit me sembloient infinies, mettant en considération ce que j'étois lorsqu'en Tannée 4602 il me fît des semonces de m'arrôter en son royaume, qui étoient capables d'y retenir, non un pauvre prêtre tel que j'étois, mais un bien grand prélat. Or Dieu disposoit autrement ; et j'ai été extrêmement consolé que ce royal courage m'ayant une fois départi sa bienveillance, ait si longuement et gracieu sèment persévéré à m'en gratifier, comme mille témoignages qu'il en a faits en diverses occasions m'en assurent ; et bien que je n'aie jamais reçu de sa bonté que la douceur d'être en ses bonnes grâces, si m'estimai-je extrêmement redevable à con tinuer mos Coibles prières pour son ame, et pour le bonheur de sa postérité. Je ne fmirois pas aisément de parler d'un prince de tant de mémoire ; mais me voici pressé de donner ma lettre. Dieu soit votre tout

Monsieur, je suis en lui votre, etc.

LETTRE DCCLXIII.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UN DE SES AMIS

a MONTriLLIBB.

Condoléance far la mort de Henri lY

to août ma.

Ce papier vous portera simplement des paroles qui sortent du fond de mon cœur, sur la dernière lettre que j'ai reçue de votre part, il y a près de six semaines.

Certes , le trépas de ce grand roi m'a touché de compassion en cent façons, et par cent motifs; car vraiment il a été pitoyable. Mais votre considération a tenu Tun des premiers rangs à m'assaillir de déplaisir; car, mon Dieu, cet excellent esprit de prince a voit seulement commencé à vous connottre, et voilà qu'il est ravi à votre fortune, afin qu'elle ne vive plus si heureuse : mais faites, mon cher monsieur, que je chéris à l'égal de mon cœur, faitei toujours vivre courageusement vos vertus, qui aussi bien sont immortelles; et je me promets ce contentement de voir qu'un peu d'interruption , que la p-erte de ce grand roi fait à votre bonheur, ne servira que de reprise d'haleine à votre fortune. Car enfin c'est Dieu qui manie les rênes du cours de notre vie, et nous n'avons point d'autre

«té

LÊttM*

foMiine qiie ia providence, laquelle aéra toujofirs spécialement sur vous quabd vo-" tre {liiiour sem spécial en son endrdlt. Jd la siipplit* do tout mon cœur qtiVIle soit Fpôciale à \û France et à son pblit h)l, etâ Ba grahde roine(l).

Je vous avois écrit slir ce éûjct bientôt après le coup ; mais â ce qiië je vois, mes lollrosnc vous sorti [Kiini vohiio:» en main. Oh bien, \'ox\^ avez iû monsieur de Montpellier (2), cl m'assure que volfe mutuelle prudence îiUKi ap^yorté tant de Soulagement a vos cspriis, qui se péiit recevoir. Pour moi, monsieur, je voua conjure de croira que vous n'avez p s de cœur au monde qui soit plus absolurtient en la pensée du bien qu'il a d'être si pai-faitemeht aimé de vous. Dieu vous bénisse et pio:ipêre dé plus en plus en ses i^races et consolations , et suis IrrévocUbLment Voire , etc.

LETTRE DCCLXIV.

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