FRANÇOIS DE SALES, A UNE DAME
GoDSoUtionf el avis i une pérsotibè qui avoit an
procéf.
If Mpiembrt 1610.
Ma très-chère fille, j'ai su la multitude de vos peines, et je les ai reconimanfiéos à nolro Seigneur, afin qu'il lui plùL de les bénir de la ^ac^éo bénédiction de laquelle il a béni colles de ses plu^clirrsi-crvittMirs, afin qu\'llrs soient employées h la sanclificaticn do son saint nom en votre ame.
Et fiiut que je confesse, qu'encore qu'à mon avis les aftlirtions qui regardent les personnes propres, et celles des |>érhés, Roionl plus allligeantes, néanmoins colles drs procès me donnent plus de compassion, p;iK'e qu'elles sont plusdan;;ereuscs pour l'artie. Coml)ien de gens avons-nous vus en
raison , oa plutôt la ecltiéé tana iniM:. Nous avons peine de croire que le itiiilttes procès soit envoyé de Dieu pour notre exercice , parce que nous voyons que «I ^nt les hommes qui font \eé podrsuilN:
et n*osant t>as nous remuer tonlre cette Providéhce toute boniie ; ttibte sage , nbitt I iloùs remuons contre le& (lersonneS qiii I nous aiiligent , et nous nbus en prêtions ! â elleis , non sans f^rand péril de perdre d ' charité, la seule perle de laquelle tioiisttm vons craindre en cette vie.
, Or Sus , ma très-chere fille , quand vt»^ ions-nous témoigner notre fidélité à notre Sauveur, sinon en ces occasions? Quand voulons-nous tenir en bride notre corar, liotre jugement et notre langue , sinon en ces psis si raboteux et procheâ des préci* pires? Pour Dieu , ma Irès-chùre fille ; M laissez pas passer une saison si favorable à votre avancement spirituel , sans biei recueillir les fruits de la {Kitience , dé l'humilité . de la douceur et de l'amour de l'alh jection Souvenez-vous que iiotire Sèigbeur ne dit un seul mot contre ceux qui le cod* damnèrent : il ne les jugea poiiit ; il fiit ju;;é et ctindamné à tort , et il demeura « paix , et mourut eu paix , et lie se reveoîîea qu'à prier pour eux. Et nous , ma trèschère fille, nous jugeons nos juges et nos parties: nous nous armons de plaintes et de reproches.
Croyez-moi , ma très chère fille , il faut être forte et constanlè en l'amour du prochain ; et je dis ceci de tout mon cœur sans avoir égard ni à vos parties , ni à ce qu'ils me sont , et m'es't «vis que rien ne me touche en ces ronconires , que la jalousie (le votre peiferlion. Mais ii faut que je ce.^se, et je no pensbis pas hiême eh tant
preinier-i imiU de la ret^nce de Mflrie de Mrtliiis. Elle caroi'S"" alors suivre les Iruie» du ifODioritemeiii uo Iloiiri IV . el'e rtoll nimëe <Jii peuple; iurbMue le prince de Ctindé revinl de Flnndre , atec l'espoir de lui enlitfor l.iuiuriie. elU' «irinrt les lu uict'ol» de Paris, qui Crièrent qii i'.s iie Touliiient recoiinuttre que le toi et la rein§. Sully éioll«"ticnreeii place,
(:>, M (le l-tMiuuilIri, (imi du Saint, Atolt né à Annecy, et a^i'ii ^l>' rii.-itiolne de fleawe Se« prends Inlent* pour lapri'>li<'*'ii*'i II' nrtnt Hitirercu l-rniii-e.uu Henri IV lui donna l'cxè'ho «iv M ■iiitM-llii«r. Ce p'éiai montra un grand ;-M<' p<iurl>' inAiiiilni de ta foi, et rcndll deifrnridg «cnFU'cta la relition caiiiulique i>n L'i.^uedur. il v$i uhtet leman'iuabie qu'il pronooça l'orAl«OD (uuebrf de fleuri i v •I celle de Luuia Xlll.
pos , et sa voix vôtre gloire ; et Je suis sans fin votre , etc.
LETTRE t)CCLXV
s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAMB.
Il Ponrourave à soaiTrir de bon cœur lej; tribulaiiuns. L'aïuuur de Dieu s'ei.tretieni par In croii.
11 Mptembre 1610.
Modame , mais moi j'ai bien de la cob-
iblation de vous voir recevoir si doucement les efrsais que je fais au service de votre ehère ame^ laquelle voyant marquée de plusieurs grâces célestes , je ne puis que je ■*aime tendrement et puissamment : c'est pourquoi je lui souhaite de plus en plus beaucoup d'avancement au saint amour de Dieu, qui eftt ia bénédictiou des bénédictions.
Or vous savez, ma très-ch re fille, que lei feu que Moïse vit sur la montagne repi'ésentoit ce saint amour ; et que C(Miuue ces flammes se nourrissoient entre les épines , aussi Pexerçice de l'amour sacré se maintient bien plus heureusement |)armi tè»tribulation.s qu'emmi les contentcmcns. Vous avez donc bien occasion de connoitre Atie notre S(M;^eiir déslhe qitc vous pi oGfiez en to dllectiôn , t)uisqu'il voua oonne ttlië Mtittf presque toujours incertaine , et |)lu^ieu^ autità exercices.
Ifbn Dieu, ma très-clièi-e (tlle , ^iie c'est èhose dbiice de vbir holre Sei^'neur côUiroùni d*ëpihes sur lactoit , et de gloire au tibl \ car cela nous encourage à recevoir Im contradictions amourcu^bhient, sachant Biëh 'que, pat la couronne d*epines, nous àhrivérOnsd là bouronne do ^élicit6. TchczicKÈA toujours bi(^ri serrée et jointe à notre fieigfieliF, et Vous ne sauriez a\oir aucun tnal (|ùi hé se convertisse éh bien. Màdaniô, Votre, eto
LfettRfe DCCLXVt. a. rmANçdta db bales, a un GËïfrnttoHaB
Qàt aliolt fuivré U coar.
• déceabr» 1619.
H ôilàietli^ i èùRn dotic voua allez faire lôiië ; ttt prendt^ là haute mer du monde en la cour. Dieu vous veuille être propice, et que àa sdinte main soit toujours avec tous*
Je tie suis pas si peureux que pluf%ieurs autres 4 et n'estltne pas cette profcssion-là
de oéarage qui , n*ayant pas la force d*6ntreprendre rarx[uisition de là vraie et '^oiide louange , en veut , et se contente v^i avoir de la fausse et vide : au^si rambiùon est un excès de courage qui nous porto à pourchasser des gloires et honneurs , sans et contre la règle de la raison.
Ainsi la vanité fuit qu'on s'amuse à- ces folâtres galanteries, qui sont à loiiango devant les femmes etnutn^ a^prits minces, et qui sont à mépris devant les grands courages et esprits relevés : et l'ambition fait que l'on veut avoir les honneurs r.vaht que les avoir mérités ; c'est elle qui nous fait mettre en compte pour nous , et à trop haut prix , le bien de nos prédécesseurs, et voudrions volontiers tirer notre estime de la leur.
Ur. monsieur , contre tout cela, puisqu'il vous plait que je vous parle ain>i , continuez à nourrir votre esprit des viandes spirituelles et divines; car elles loremiront fort contre la vanité, et juste contre l'ambitioh.
Tenez bon à la fréquente communion ; et, croyez-moi, vous ne sauriez fiirc chose qui vous affermisse Umt en la vertu ; et pour bien vous assurer en cet exercice , rangezvous ^ous iescon-^eils de quelque bon confesseur, et le priez qu'il prenne autorité de vous demander compte en confession des retardemens que vous ferez en cet exercice, si par fortune vous en faisiez ; confessez-vous toujours humblement , et avec un vrai et exprès propos de vous amender.
N'oubliez jamais ( mais de cela je vous en conjure ) de demander à genoux le secoure de notre Seigneur , avant que de sortir de votre logis , et de demander le pardon de vos foutes avant que d'aller coucher.
Surtout gardez-vous des mauvais livret , et pour rien du mon Je ne laissez point emporter votre esprit après certdns écrits que les cervelles foiblcs admirent, à cause de certaines vaines suhtilitcs qu'ils j hument , comme cet infâme Rabelais , etcer
des plus dangereuses pour les âmes bien i tains autres de notre âge , qui font profcs-
nées; et pour les courages mâles ; car il a'y a que deux principaux écueils en ce fgoninte: la vanité, qui ruine les esprits mous, fain6atis, féminins et lluets; et TambitioDi qui (lertl les cœurs audacieux et présomptueux.
Et coaijue ia vanité est un manquement
sion de révoquer tout en doute, de mépriser tout , et se moquer de toutes les maximes de l'antiquité. Au contraire, ayez des livres de solide doctrine , et surtout des chrétiens et spirituels pour vous y récréer de temps en temps.
Je vous recommande la douce et sincère
LETTRES
courtoisie , qui n'ofTense personne , et oblige tout le monde ; qui cherche plus l'amour que l'honneur ; qui ne raille jamais aux dépens de personne, ni piquemment:
qui ne recule personne , et aussi n*est jamais reculée , et si elle l'est , ce n'est que rarement ; en échange de quoi elle est trëssouvenl honorablement avancée.
Prenez garde , je vous supplie, à ne vous point embarrasser parmi les amourettes , et à ne point permettre à vos affections de prévenir votre jugement et raison, au choix des sujets aimables : car quand une fois Taffection a pris sa course , elle traine le jugement comme un esclave é des choix ibrt imperlinens, et dignes du repentir qui les suit par après bientôt.
Je voudrois que d'abord , en devis, en maintien, et en conversation ,\ous fissiez profession ouverte et expresse de vouloir vivre vert ueuroment, judicieusement, constamment, et chrétiennement.
Je dis vertueusement, aGn qu*aucun ne pn'tende vous engager aux débauches ;
Judicieusement, aGn que vous ne fassiez pas des signes extrêmes , en Tcxtérieur , de votre intention, mais tels seulement que, selon votre condition, ils ne puissent être censurés des sages ;
Coii^tuniuienl, parce que si vous ne témoignez pas avec persévérance une volonté égale et inviolable , vous exposerez vos résolutions aux desseins et attaques de plu^ieu^s miscTables amcs , qui attaquent les autres pour les réduire à leur train;
Je dis enGn chrétiennement , pour ce que plusieuis font profession de vouloir être vertueux à la philosophique , qui néanmoins ne sont, ni le [)euventétre en façon quelconque, et ne sont autre chose que cerUiins fantômes de vertu , couvrant à ceux qui ne les hantent i)as leurs mauvaise vie et humeurs par des cérémonieuses contenances et paroles.
Mîiid nous , qui savons bien que nous ne saurions avoir un seul brin de vertu que par la grâce de notre Seigneur, nous de-» vous employer la piété et la sainte dévotion ^K»ur vivre vertueusement ; autrement ne us n'«nir( ns des vertus qu'en imagination et en ombre.
Or , il ini()orlc^ inGniment de se faire couuoitrc de *Jonne heure tel qu'on veut
être toujours, et an cela , 0 110 taitpai marchander.
Il vous importera auseî infiniment de faire quelques amis Je même intention, avec lesquels vous puissiez vous entreporter et fortifier. Car c'est chose toute vraie que le commerce de ceux qni ont l'ame bien dressée nous sert infiniment à dresser ou à bien tenir dressée la ndtre.
Je pense que vous trouverez hien an jésuites , ou aux capucins , ou aux féuîllans, ou même hors des monastères , quelque esprit courtois , qui se réjouira , si quelquefois vous Tallez voir , pour vous récréer, et prendre haleine spirituelle.
Mais il faut que vous me permettiei de vous dire quelque chose en particulier.
Voyez- vous , monsieur? je crains que vous ne retourniez au jeu , et je le craini, parce que ce vous sera un très-grand mal: cela en peu de jours dissiperoit votre cœur, et feroit flétrir toutes les fleurs de vos bou désirs : c'est un exercice de fainéant; et ceux qui se veulent donner du bruit et de l'accueil , jouant avec les grands , disant que c'est le plus court moyen de se faire connoître, témoignent qu'ils n'ont pointde bonne marque de mérite, puisqu'ils ont recours à ces moyens , propres à ceux qui , ayant do l'argent, le veulent hasarder : et ne leur est pas grande louange d'être connus pour joueurs ; mais s'il leur arrive de grandes pertes , chacun les connolt pour fous. Je laisse à part les suites des colères, désespoirs et forceneries, desquelles pas un joueur n'a aucune exemption.
Je vous souhaite encore un cœur vigoureux , pour ne point flatter votre corps eo délicate>ses, au manger, au dormir, et telles autres mollesses ; car enGn un ccBor généreux a toujours un peu de mépris des mignardises et délices corporelles.
Néanmoins notre Seigneur dit (4), que cetix qui s* habillent mollement ëont éi maisons des Rois : c'est pourquoi je vous en parle ; et notre Seigneur ne veut pas dire qu'il faille que tous ceux qui sont es cours s'habillent mollement, mais ii dit seulement, que coutumièrement, ceux qi| s'habillent mollement se trouvent là. Or, je ne parle |)as de l'extérieur de Thabit, mais de l'intérieur ; car pour l'extértcuri
(1) Hatth., u, i.
t trop mieux la bienséance , il ne ent pas d'en parler, donc dire , que je voudroîs que us gourmnndassiez votre corps à entir quelques âpretés et duremépris des délicatesses, et le ent fréquent des choses agréa' «ns ; car encore faut-il quelquela raison fasse Texercice de sa é, et de Tautorité qu'elle a de \ appétits sensuels.
su 1 je suis trop long, et si je ne e j'écris , car cVst sans loisir , et i reprises : vous connoissez mon trouverez tout bon ; encore fautt que je vous dise ceci.
3Z-V0US que vous fussiez courtiint Louis; il aimoit , ce roi saint (4) est maintenant saint par in- , qu'on fût brave, courageux, , de bonne humeur , courtois , ic , poli ; et néanmoins il aimoit l'on fût bon chrétien.
>us eussiez été auprès de lui, vous vu rire amiablement aux occarler hardiment quand il en est ^oir soin que tout fût en lustre lui , comme un autre Salomon , itenir*la dij^nité royale ; et un iprès servir les pauvres aux hôpi- Bnfin marier la vertu civile aveè mne , et la majesté avec l'humi-
Q un mot ce qu'il faut entreprenl'ètre pas moins brave pour être ni moins chrétien pour être brave; lire cela il faut être crès-bon chréit-à-dire fort dévot, pieux , et s'il spirituel; car, comme dit saint ïomme spirituel digceme tout{2), en quel temps , en quel rang, par éthode il faut mettre en œuvre ertu.
souvent cette bonne pensée que minons en ce monde entre le pal'enfer, que le dernier pas sera nous mettra au logis éternel , et ne savons lequel sera le dernier, Dur bien faire le dernier, il faut ' de bien faire tous les autres, te et interminable éternité 1 bien-
riMM à qai 1« Salol écriTOll •Uoll à laooOT Il , alors âgé tf« Mif tu.
heureux qui vous considère : oui ; cnr qu'est-ce que jeu de petits enfans, ce q'io nous faisons en ce monde, pour je ne stîis combien de jours? Rion du tout, si ce n'étoit que c'est le passage à Péternité.
Pour cela donc il nous faut avoir soin du temps que nou^ avons à demeurer çà-bas, et de toutes nos occupations, afin que nous les employions à la conquête du bien permanent.
Aimez-moi toujours comrtie chose vôtre , car je le suis en notre Segneur , vous souhaitant tout bonheur pour ce monie , et surtout pour l'autre : Dieu vous bénisse , et vous tienne de sa sainte main.
Et, pourOnir par où j'ai commencé, vous allez prendre la haute mer du monde , no changez pas pour cela de patron , ni de voiles , ni d'ancre , ni de vent ; ayez toujours Jésus pour patron , sa croix pour ar" bre, sur lequel vous étendrez vos résolutions en guise de voile ; votre ancre soit une profonde confiance en lui , et allez à la bonne heure ; veuille à jamais le vent pro pice des inspirations célestes enfler de plus en plus les voiles de votre vaisseau , et vous faire heureusement surgir au port de la sainte éternité , que de si bon cœur vous souhaite sans cesse , monsieur , votre, etc^
LETTRE DCaXVn.