‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 395 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES, A UNE DAME · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES, A UNE DAME

La matUtode des «flaires domestiques, auxqueUes

on est tenu par sa vocaUon, ne nuit pas à

Tanion avec Dieu.

Aprte U 8 avril 1611.

Ma très-chère sœur, écrivant à monsieur votre mari en recommandation d'un mien ami qui est chanoine à Lyon , je vous fais ce petit billet pour , tout simplement, vous saluer de tout mon cœur ; mais de la part encore de la chère et bonne sœur madame de Chantai , laquelle va bien mieux pour sa santé ; et pour le dire encore entre nous deux, pour la sainteté, à laquelle les tribulations et maladies sont fort propres pour donner l'avancement , à cause de tant de solides résignations qu'il faut faire es mains de notre Seigneur.

Vivez toute pour Dieu , ma chère Bile, et puisqu'il faut que vous vous exposiez à la conversation , rendez-vous-y utile au prochain par les moyens que souvent je vous

Cf4 LETTRES

ai écrits. Ne pensez pas que notre Seigneur î imporee peu quelle voie on tienne, bien fioit plus éioij^né de vous , landis que vous qu'en eilcs-nicmcs les unes soient plu&iiê-

sini blés que io9 autres à ceuK qui ont la liberté de choisir.

Mais quant à vous , ma chère fiîle , de

êtes |)armi le tracas auquel vcirc vocation vous |)orlc, qu'il ne stMcit, si vous étiez dans les délices do la viu triinquille. Non , ma trcs-chèro fille , ce nVst pas la tranquillité qi|i rapproche de nos cœurs , c*est la (idélilc do notre amour ; ce n'est pas le scnlirncnt que nous avons dp sa douceur, mais le ronspntcment que nous donnons a sa sainte volonté , laquelle il est plus désirable quVlle soit exécutée en nous, que si nous exépiilions notre volonté en lui. Bonjour , nia t|-ës-cluTO sœur , mii fille ; je prie ceUe SQqveraine bonté qu'elle nous fjsse la grâce de la bien chiTchcr par amour ; et je &pis en elle tout entièrement, madame, votre , etc.

LETTRE DCCLX\1U.

s. FRANÇOIS DB SALES , A UNE DAXB.

Le Saint lui donne des conseU» sur le mariage de la (il le, et la Telicile des vertus de son luari

qui éioil luagislral.

ApfAs la • afrti 1611,

Ce m*a été un extrême contentement d*flpprendre un pou plus amplement qqo de coutume , de vos nouvelles , ma trèscluTO <œiir, ma fille; bien que je n'aie p<is encore tant eu do loisir pour ptirler avec mndnmc do Chantai, que j'aie pu mVnquérir t p'iiticuliènmont, oomme jo drsirois, do toutes vos uflain^s, dos(]uoll(>s, je pcnso , que vous aurez couimuniqué avec elle, comme avec une parfaite amie : or pour lo moins, m*a-tH.'Ile dit que vous cheminoz fulèlomont en la crninto de notre Soi loueur, qui est le gnmd mot de ma consolation , puis(iuo mon arao désire tant de bien à la vôtre Irès-chore.

Au reste, p(jiir lépon.ire brièvcmont à la vôtre, N. fit trc.--bi(n d'entrer aux Carmélites ; car il y avoit appronce que Dieu en seroit^lorilié ; mais puis(iuVIIo en sert p::r ordre dos supérieurs, elle doit estimer que Dieu se contentant de son essai, veut qu'elle le serve ailleurs; si bien qu'elle fera mal si, np:os les promiers rossontimei.s de sa sortie , elle n'apaise son esprit, et no prend ferme résolulicn de vivre touto en Diou en quel(|ue autre condition ; car par ()lusieui's voies on va au ciel. Pourvu qu'on ait la crainte de Dieu pour guide , ii

quoi vous mettez-vous en peine pour ca regard ? Vous avez fait charité de procarcr une si sainte retraite à cette pauvre fille s'il ne plaît pas à Dieu qu'elle y pcrsévèrSi vous n*en pouvez mais. Il faut acqiiiescer à cette Providence souveraine , laquelle n'est pas obligée de suivre nos élections et persuadions, mais son infînio sagpaSf. SiK. est sage et humble , Dieu lui trouvera hi» une place, en laquelle elle pourra bien servir sa divine I^lajesté , ou par oonaolations, ou par tribulations.

Cependant les bonnes mèr^s Cansélita font bien d'observer exactement leurs constitutions , ot de rejeter les esprits qui oe sept pas propre^ popf leiir maniprede vivre.

Ma chère fille , ce P^^tit ébriinlement 4fi cœur que vous avez en cette occasion, voitf doit servir d'avertissement , que Tamoarpropre est grand et gros dans votre copur, et qu'il faut fiiire bon guet, de peur qu'il ne s on rer.de le maître. Ah ! Dieu par sa bonté ne lo veuille jamais permett.e, ain» f;:sso régner sans fin en nous , sur nouà. et ronlro nous, ot pour nous, son trc»saint amour céloste.

Touchant le mariage de cotte chère fille, que i'aimo fort bien, je no puis bunnomrut vous donner conseil, ne sachant dequcllo nature est ce chevalier qui la rccheivl>e. Car rc que monsieur votre marj dit est véritable, qu il pouvoit à Tavcnturfî chantier toutes SOS mauvaises humeurs que vùui remarquez; mais cola s'entend, :>'il Cs[iii bon naturel , et qi|c ce ne soit qqe la jeunesse . ou la niauvui>e compagnie qui lo giito. Mais si c'est un esprit do naturel mal qualifié, comme il no s'en voit que trop, certes c'est Icntpr Dieu , de b<)sarder uoe fille on ses maips, sous l'incertaine etdûU' tcuse présomption d'amendement , et surtout si la fille e;$t jeune, et qui ait besoin do conduite elle-piéme : auquel eus, œ pouvant rien contribi^qr s) ramondement du jeune homme, ains étant plutôt à cruin dre que l'un ne S4Tve de ^ujot de {Xîite? l'autre ; qu'y a-t-il on tout cela qu'un é\i dent danger 7 Or, monsieur votre mari eit

gWideiMiit gage , «t m*assure qu^il fera tQ}i(e bonne considération , à quoi vous le Sflrvirez : et moi , je prierai , selon votre iémr^ qu'il plaise a Dieu de bien adresser ctU« chère fille , qu'elle ylve et vieillisse «n sa crainte.

De mener au bal cette jenne fille fort floovent ou rarement, puisque c-est avec vous qu'elle ira , il importe peu. Votre prudence doit juger de cela é Toeil , et selon bs occurrences ; mais la voulant dédier au mariage, et elle ayant celle inclination, il n*y a pas de mal de Ty conduire, tant soutint que ce soit assez , et non pas trop (4). 8i je no me trompe , cette fille est vive , vlfoareose , et de naturel im peu ardent : or, maintenant que son entendement cornnence à se déployer, il faut y fourrer doucement et suavement les prémices etpre* mfëres semences de la vraie gloire et vertu, non pas en la tnnçantde paroles aigres, nais en ne cessant pas de Ta ver tir avec des paroles sa^es et amiables à tous propos , et les lui faisant redire , et lui procu- 1 vant de bonnes amitiés de filles bien nées et sages.

Madame de N. m'a dit , que pour votre eilérieur et la bienséance de votre maif^n, vous marchiez fort sagement ; et tant elle que mon frère de forei^^ m*opt dit une chose qui me remplit d*aise : c'est que monsieur votre mari acquérait fie plus en plu^ grande et bonne réputation d*ôtrp bon justicier, ferme, éqi|itabrè, laborieux au devoir de sa charge, et qui en tout vivoit et se compôrtoit en grand homme de bien et boq chrétien. 4e vous promets, ma chère fille , que j*ai tressailli de joie à ce récit , car voilà une grande et belle bénédiction. Entre autres clioses ils m-ont dit que toujours il commencoit sa journée par Tassistance à la sainte messe ; qu'es occa- Bîons il témoigne un zèle solide et digne de sa qualité pour la sainte religion catholique. Dieu soit toujours àsa dextre, afin qu'il ne change jamais que de mieux en

(1) p PhU4)(4»t Bf9 rldlcul«f dlrfrlits^peplf «opi ordU Bilrement danfcreux : fis diisipent ) esprit de dévotion, llf affoibllto^nf les forcM de lu ToloDté , lU rerroldlweol lifflnlA rMrité et il} r^vçillep^pp l>m;i milJ.e (orie* df ■tOTiifM dltHXltfoB* : c'e»l pourquoi l'on ne d'iii Jamais N !• pennelire dans la nécesnité même, qu'avec de irfBdfi prdcapiion». Itttroftuciio^ à la rie dévotf. fToyes le diâplirv entirr de ce mémip livre du Saint : dcê hattet aut*'^ àittriiuemtnu permii. maiêdangt^

mienz. Vous êtes donc bien heureuse , ma chère fille , d'avoir chez vous les bénédictions temporelles et spirituelles.

Le voyage de Lorette est un grand voyage pour les femmes : je vous con.-seiile de le faire souvent en esprit , joignant par intention vos prières à cette grande multitude de personnes dévoles qui y vont honorer la mère de Diep , comme au lieu 01^ premièrement l'honneur incomparable de celte ipaternlté lui arriva. Mais puisque vous n avez p^s de vœu qui vous oblige d'y aller en présence corporeile, je ne vous conseille point de 1 -entreprendre; oui bien d'être de plus en plus zélée à la dévotion de cette sainte dame de laquelle Tinterccs sion estai forte et favorable aux âmes, que pour moi je lestime le plus grand appui que nous puissions avqir envers Dicp pour notre avancement en la vraie piété, et puis parier de cola, pour en savoir plusieurs particularités remarquables. Qu'à jamais le nom de cellesainte vierge soilbénjet exalté. Amen.

Pour vos aumônes, ma chère fille, faitesles toujours un peu bjen largement, et à bonne mesure , néanmoins avec 1^ discrétion qu^autrcfois je vous ai ditou écrit : car si ce (|ue vous jetez dans le sein de la larra vous est rendu avec usure par sa fertilité, sachez que ce que vous jetez dans le sein da Dieu voussera infiniment pi us fructueux, ou d'une façon, ou d-une autre; 0'esi-à-diro Dieu vous en récompensera en qq monda, ou en vous donnant plus de ripjicsM^ , ou plus de santé , ou plus de contentement. Votre, etc.

s. FRANÇOIS DE SALES, A UN DE SKS ONCLES.

ConsolaUoDS sur la mort de sa fpiiirnc. A SainUlallea , it octobre 1611.

Monsieur mon onde, quel dép4»i'^ir viepii je de recevoir on la triste ijpijycljç du fri}pas (Je p)fi{ipme ;t?.9 tonte, et qui mjiimfut si tendrement etchèromont, à laquelle j'avois si justement voué tîint d'afibcttoni J*irois moi-môme -vous témoigner ce ressentiment , si je croyois par ce moyen de pouvoir alléger le vôtre; ou que cet engagement, duquel je suis pnrmi les assigna- Irons de ma visite, me le permît ; mais au moins, voilà mon frère qui va recevoir vos commandemens pour lui et poupoMl^ ^J

LETTRES

vous assurer que , comme j'ai honoré de lout mon cœur la viede cette chère défunte, aiis.'-i chéri rai-je à jamais son honorable mémoire, autunt qu'nucun de ses ptirons etservilcurs qu'elle ait laissés en ce monde.

Au demeurant, monsieur mon oncle, cette si fâcheuse séparation est d'autant moins dure qu'elle durera peu; et que nonseulement nous espérons, mais nous aspirons à cet heureux repos, auquel cette belle amc est, ou sera bientôt logée; prenons, je vous supplie, en gré cette petite uttento qu'il nous faut faire ici-bas; et au lieu de multiplier nos soupirs et nos larmes sur elle, faisons-les pour elle devant notre Seigneur, a6n qu'il lui plaise hâter sa réception entre les bras de cette divine bonté, si déjà il ne lui a fait cette grâce.

Certes , pour moi , j'ai beaucoup de consolation en la connoissance que j'avois de l'intérieur de cette benne tante, laquelle plusieurs fois, avec extrême conGance, me l'avoit communiqué en la sacrée confeâsiun ; car j'en tire une assurance que cette divine providence, qui lui avoit donné un cœur si pieux et chrétien , laura comblée de bénédiction en ce départ qu*elle a fait d'entre nous.

Bénissons et louons Dieu, monsieur mon très-cher oncle : adorons la disposition de ses ordonnances , et reconnoissons la conduite et instabilité de cette vie, et attendons en paix la future. Je m'en vais à l'église , où , par le saint sacrifice , je commencerai les recommandations de cette chère précieuse ame, et celle que je dois à jamais continuer pour vous , et tout ce qu'elle aimoil le plus. Je suis votre, etc.

LETTRE DCCLXX.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME.

Sur la folie des gens du monde, qui, pour des adaires d'honneur, courent le risque de perdre U bealilude éiernelle.

ÀDoecy . 18 mai 1611.

Ma très-chère fille, votre dernière lettre m'a donné mille consolations, et à madame N. à qui je l'ai communiquée, n'y ayant tien vu qui ne pût être montré à une ame de cette qualite-là, et qui vous chérit si saintement. Or je vous écris sans loisir, pour une dépêche qu'il me faut faire pour Bourgogne.

Mais, mon Dieul ma très-chère fille, que dirons-nous de ces hommes qni appréhendent tant l'honneur de ce misérable monde , et si peu la béatitude de Tautret Je vous avoue que j'ai eu des étranges afflictions de cœur , me représentant combien près de la damnation étemelle ce cher cousin s*étoit mis , et que votre cher mari l'y eût conduit. Hélas 1 quelle sorte d'amitié de s'entreporter les uns les autres du côté de l'enfer l U faut prier Dieu qu'il leur fasse voie sa sainte lumière , et avdr grande compassion d'eux.

Je les vois certes avec un CGBur plein de pitié, tant je désire qu'ils sachent que Dieu mérite d'être préféré ; et n'ont pas néanmoins le courage de le préférer, quand il en est temps , crainte des paroles des malavisés.

Cependant, afin que votre mari ne croupisse pas en son péché , et en l'excômmanication, voilà un billet que je lui envoie pour se confesser et faire absoudre. Je •prie Dieu qu'il lui envoie la contrition requise pour cela. Or sus, demeurez en paix; jetez votre cœur et vos souhaits entre les bras de la Providence céleste, et que la bénédiction divine soit à jamais entre vous. Amen.

LETTRE DCCLXXI.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME.

Le Saint l'exhorte à continuer d'éire patiente dans

ses maux.

tO Jalllet Hll.

Madame, sachez que j'ai un particulier coiilcnlement quand je reçois de vos lettres, de voir que parmi beaucoup d'empéchcniens et de ronlradiclions , vous conservez la volonté de servir notre Seigneur; car c'est la vérilé , que si vous êtes bien fidèle entre ces traverses , vous en aurez d'aut^int plus de consolations , que les difficultés que vous avez auront élé grandes. Je pense en vous , quand moins vous le penM'z ; et vous vois avec un cœur de compassion , sachant bien combien vous avez de rencontres en ce tracas parmi lequel vous vivez , qui vous peuvent divertir de la sainte attention que vous désirez avoir à Dieu. Pour cela , je ne veux point cesser de recommander à sa divine bonté votre nécessité ; mais je ne veux pas aussi laisser

de vous conjurer de le rendre utile à votre avancement spirituel.

Nous n*avons point de récompense sans victoire , ni point de victoire sans guerre. Prenez donc bien courage, et convertissez votre peine qui est sans remède en matière de venu. Voyez souvent notre Seigneur

et révérence vous Técoutiez, ainsi qu'il est marqué dans Vlntroductiony en disant votre chapelet. Le soir avant souper, ou environ, vous pourriez aisément faire un peu de prières ferventes , vous jetant devant noire Seigneur autant comme on diroit un Pater; car il n'y a point d'occasion qui

qui vous regarde , pauvre petite créature i vous tienne si sujette, que vous ne puissiez

que vous êtes , et vous voit emmi vos travaux et vos distractions. Il vous envoie du secours , et bénit vos afEliclions. Vous devez à cette considération pfendre patiemment et doucement les ennuis qui vous arrivent, pour Tamour de celui qui ne permet cet exercice vous arriver que pour voire bien.

Élevez donc souvent votre cœur à Dieu : requérez son aide ; et faites votre principal fondement de consolation au bonheur que vous avez d*ètre sienne. Tous les objets de déplaisir vous seront peu de chose, quand vous saurez d'avoir un tel ami , un si grand support , un si excellent refuge. Dieu soit toujours au milieu de votre oœur, madame ma très-chère fille , et je suis de tout le mien votre , etc.

LETTRE bcaxxn.

8. FRANÇOIS D9 SALBS , A UNB DAXB Qui éloit surchargée d'âffairei.

n leptMnbr* lllt.

Madame ma très-chère fille, vous saurez par cette si digne porteuse , parmi quelle multitude de tracas je vous écris, qui me servira d*excuse , si je ne vous parle pas si amplement comme je désirerois. Vous devez mesurer la longueur de vos prières à la quantité de vos affaires ; et pui$qu*il a plu à notre Seigneur de vous mettre en une sorte de vie , en laquelle vous avez perpétuellement des distractions, il faut que vous vous accoutumiez à faire vos oraisons courtes ; mais qu'aussi vous les vous rendiez si ordinaires, que jamais vous ne les laissiez sans grande nécessité. Je voudrois que le matin au lever vous pliassiez le genou devant Dieu pour l'adorer , faire le signe de la croix , et lui demander sa bénédiction pour toute la journée ; ce qui se peut faire au temps que Ton diroit un ou deux Pater noster. Si vous Ava la messe , il suffira qu'avec attention

dérober ce petit bout de loisir. Le sofr avant qu'aller coucher , vous pourrez , faisant autre chose , en quel lieu que ce soit, faire la revue de ce que vous aurez fait parmi la journée de gros en gros , et allant au lit , vous jeter brièvement à genoux , demander pardon à Dieu des fautes que vous aurez commises , et le prier de veiller sur vous, et vous donner sa bénédiction , ce que vous pourrez faire courtement, comme pour un Ave , Maria.

Mais surtout je désire qu*à tout propos parmi la journée, vous retiriez votre cœur en Dieu« lui disant quelques paroles de fidélité et d'amour.

Quant aux afflictions de votre cœur, ma chère fille, vous discernerez aisément celles auxquelles il y a du remède , et celles èsquelles il n'y en a point. Où il y a du remède, il faut tâcher de l'apporter doucement et paisiblement : celles où il n'y en a point, il faut que vous le supportiez comme une mortification que notre Seigneur vous envoie pour vous exercer et rendre toute sienne.

Prenez gardjB de ne vous relâcher guère aux plaintes , ains contraignez votre cœur de souffrir tranquillement. Que s'il vous arrive quelque sorte de saillied'impaticnce, soudain que vous vous en apercevrez , re mettez votre cœur en la paix et douceur. Croyez-moi , ma chère fille , Dieu aime les âmes qui sont agitées des flots et tempêtes du monde , pourvu qu*elles reçoivent de sa mnin le travail, et, comme vaillantes guerrières, s'essaient de garder la fidélité emmi les assauts et combats.

Si je puis, je dirai quelque chose sur ce sujet à cette sœur tout aimable, afin qu'elle le vous redise ; et je m'en vais pour l'accommodement d'une querelle chaude, qu'il faut empêcher. Je suis y mais d'un cœur fort entier, etc. |

l^TTIipiS

tETTQP PCCI,?XI|I-

s. FBAXÇOIS DR SALES , A UNE DAMI.

Sar |4 lUQFt de f on fili en bas âge.

Je VOUS nssiire, ma Irès-clière fille, que votre affliction m'a louché vivement , ne doiilanl poin|, qu'elle ne vous ail élé fort rude . d'auUmt que votre esprit , comme celui du reste des hommes , ne voyant pas la fin et rintenlion pour laquelle les choses arrivent, ne les reçoit pas en la façon qu*cliessont, mais en la façon qu'il les sent.

Voilà , ma chère fille , qu^' votre fils est en assurance ; il possède le salut éternel 1 le voilà échappé et garanti du hasard de se perdre, auquel nous voyons tant de personnes. Diles-moi , je vous supplie , ne pou voit-il pas devenir avec TAge fort débauché? Ne pouviez-vous pas recevoir beaucoup de déplaisir de lui à Tavenir, comme tant d'autres mères en reçoivent des leurs? Car, ma chère fille, on en reçoit souvent de ceux desquels* on en attepd le moins; et voilà que Dieu Ta retiré de toys ces périls , et lui a fait recueillir le triomphe sans bataille , et moissonner les fruiu de la gloire sans labour.

^ votre avis, ma chère fille, et vos voeux et vos dévotions ne sont-ils pas bien récompensés? vous les faisiez pour lui , mais afin qu*il demeurât ici avec vous en celte v§llée de misère. Notre Seigneur, qui entend mieux ce qui est bon pour nous que nous-mêmes , a exaucé vo? prières en faveur de l'enfant pour lequel vous les faisiez , mais aux dépens dos contenlemens temporels que vous en prétendiez.

En vérité, j'approuve bien la confession que vous faites , que c'est pour vos péchés que cet enfant s*en est allé, (Mirce qu'elle procède d'humilité; mais je ne croi» pas pouitant qu'elle soit fondée en la vérité. Non, ma chère fille, ce n'est pas pour vous châtier, c'est pour favoriser cet enfant, que Dieu Ta sauvé de bonne heure. Vous avez de la douleur de cotte mort , mais l'enfant en a un grand profil : vous en avez reçu du déplaisir temporel, et l'enfant en a un phiisir éternel. A la fin de nosjours, lorsque nos yeux seront dossi liés, nous verront? que cette vie est si peu de chose, qu'il ne falloit pas regretter ceux qui la perdoient

I bientôt: I(| plus oourtf fsRi la meilleure, pounu qu'eue nous conduise à réternelle. Or sus , voilà donc voire petit enfant au ciel avec les anges et les saints Innoccns. Il vou$ sait ^rô du soin que vous avez en de lui , ce peu de temps qu'il a été en votre charge , et surtout des dévotjons faites pour jui ; ep contre-échange , il prie Dieu pour vous , et répand mille souhaits sur vpire vie , afin qu elle soit de plus en plus conforme à la volonté céleste, et par icclle vous puissiez gagner celle dont il jouit Demeurez en paix , ma très-chère filfe , et tenez bien \otre cœur au ciel , où vous ayez ce bravo petit saint. Pei^vérez à ! vouloir toujours plus fidèlement aimer la . bonté souveraine du Sauveur ; et je le prie qu'il soit à jamais^ votre consolation.' h suis ^3 fin votre , etc.

LBTTBE pcaxXlV.

s. n^NÇOIS pE SALES , A UNE JEUNS DAMI. Le Sftloi U félipilf for sop mariage.

It nurt ISlt.

Dieu soit béni et glorifié de ce changement de condition , que voi)s avez fait pour son nom , ma très-chère fille ; cl je dis loujoui:8 ma tres-chèro fille^ car ce chancemont no change rien en cette afToclion vrjiment paternelle que je vous ai dédiée.

Vous verrez bien que si vous avez une parfaite résignation de votre ame en Iji providence et volonté de notre Seigneur , vous marcherez en cette vocation , vous v aurez bien de la consolation , et deviendrez fort sainte à la fin. Cétoit ce qu'il falioit à votre esprit , puisque vous avez rencontré ce gentilhomme si plcjn de bonne inclination. Vous avez tort de faire scrupule de rompre le jeûne , puisque l'avis du médecin le porte.

Conduisez- vous en la communion au gré do votre confesseur ; car il lui faut* donner culte satisfaction , pt voqs ne perdrez rico pour cela ; car ce que vous n'aurez p«iâ ; pour la réception du sacrement , vqus la '■ rencontrerez en la soumission et oboiàsance. De règle pour votie vie , je ne voui I en donnerai que relie qui es^ dans le livre ij) : mais si Djeu dispose que je vou^

(1) L*IalrodacUoa à la Via dévola.

DE S. FKAJIÇÇIg Jf^ SALES

puisse voir ^ et s*il y a quelq[ue sorte de difficulté ^ je vous répondrai.

: Il n'est nul besoin nue vous m'écrîvîrz voire confession : que si vous avez quelque point particulier duquel vous désuirz conférer avec mon cœur, qui est tout vôtre , voij$ le pourrez.

|Fk>yez bien douce ; ne vivez point selon Tos humeurs et selon vos inclination», rpafs selon la raison et la dévotion. Aimez votre man tendren)ent , çomipe vous ayapt été donné de la propre main de notrp Sejgneur.

Soyez bien humble envers tous : vpus devez savoir un grand soin de ranger votre esprit q la p^x et tranquillité , et d*éloufr fer ces nfauvaises inclinations que vous avpz ^ par une alteplion à la pratique ({e$ vertus contraires , en vous résolvant d'être plus diligente, attentive et active à la pratique des vertus ; »H marquez ces quatre parojcs que ie vais vous cire : vo^re mu\ vient de quoi vous craignez plus les vices que vous n*ainu}z les vertus.

Si vous pouviez provoquer un peu profondément votre ame à l'amour de la pratique de la douceur et de la vraie hupiililé. ma chère fille , vous seriez brave ; mais i{ faut y penser ^gvçnt. Faites la prépprf)tion du malin , et en somme prc ne^ ({ nfjx fait cefle besogne , que Dieu vou.7 puier^ de mille consolations ; et pour cela n*pubiiez de souvent élever votre cœur en Dieu, et vos pensées en Téternité. Lisez, au ppni de Dieu , tous les jours un peu , je vous en prie ; faites cela pour moi , qui tous les \ jours vous recommande à Dieu , et je prie son infinie bonté qu*à jamais elle vous bénisse. Votre , etc.

LETTRE DCCLXJfV.

0. YfUnçOIS DC SALES , A LIT HOMME DU MOICDE d'un BAMp rOBT DISTIXGUÉ.

\»\nl loi exposa c<B «m'est la vi^ ëlernellp, ^t l'if faut pratiquer l'ataour de Dieu pojir y

Le Sa qu

àuwtj . 1^ 10*1 If la.

Monsieur , parmi les lassitudes et autres rtsseotimens que la maladie m'a laissés , j*Hi dressé le mémorial qu'il vous avoit plu désirer de moi , et ai voulu y ajouter un abrégé, afin qu'il vous fût plus commode

grand vous deiyieurant comme en réserve, pour y avoir recours en vos difflciiltés , ci en tirer réclnirci somentdocequi se trouvcroit ob cur en TuLt gc. Le tout est à la benne foi , sans art ni couleur : car ces matjêrçs n*en veulent poipt, ]^ sin)plipité leur servant do beauté , comme à Dieu q^j en est Tauteur. Vou§ y trouverez , monsieur , des marques de ma maladie : car s| j*cusse fait ce petit ouvrage en pleine sâpté , j'eusse sans dputç employé un ^j^ p|us exact de le rendre moin^ indigne dQ voire réception. Je n*ai ^u non plus Péçrire moi-même ; mais ceux qui Tonf écrit n'ont point ç)e connois^ance de Tusagp ^uqiip) j^ l'ai dédié. "

Béni soit pieu éternellement de \^ bonl^ qu*ii exerce envers votre apie , monsieur , l'inspirant si puissamment à la résolution de consacrer le reste de votre vie mortelle au service de réternelie : vie éternelle, qui n*est autre chose que la divinité même , en tant Qu'elle vivifiera nos esprits de sa gloire et fôlicité : vie seule vraie vie , et pour laquelle seule nous devons vivre en ce monde, puisque toute vie qui n*aboutit pas à la vitale éternité est plutôt une mort qu'une Vie.

Maïs , monsieur, si Dieu vous a si aipiablrment inspiré d*aspirer à l'éternité ds gloire, il vous a quant et quant obligé à recueillir humblement, et pratiquer soigneusement son inspiration, sous peine d'être privé de celte grâce et gloire : privation , laqqclle , à Tguïr nommer seulement, remplit iêcœur d'effroi, pour peu qu'il ait de courage.

C'est pourquoi , en la simplicité de mon anie, je vous conjure, monsieur, d'être fort attentif pour bien conserver ce que vous^vcz, afin que vous ne perdiez point votre couronne. Vousétesindubitublcinent appolé à une dévotion mâle , courqgeuse , vaillante; invariable , pour servir de miroir à plusieurs en faveur de la vérité do l'amour céleste , digne réparation des fautes ptissées , si jamais vous l'aviez été de la vanité des amours terrestres.

Voyez, je vpus spppije, fsonsieur, comnip je laisse aller mon esprit en Ijl^erté autour du vôtre ; comme ce nom de père dopt il yous a p|u n^'bonorer , fi^'empùrte. C'est qu'il est entré dans mon cfBur , et

en vos confessions de le porter et voir ; le I mes affections se sont rangées aux lois de

umus

Tamour, qu^l signifie le plus grand, le plus vif, et le plus fort de tous les amours. Ensuite duquel il faut que je vous supplie derechef, monsieur, de pratiquer diligemment les exercices que je marque es chapitres X, XI, XII et XIII de la seconde partie de V Introduction , pour le matin et le soir, pour la retraite spirituelle , et pour les aspirations en Dieu. La bonté de votre esprit, le courage noble que Dieu vous a donné , vous serviront grandement à cette pratique-là, laquelle vous sera d*autant plus aisée , qu*il n'est besoin d*y employer quedesmomens dérobés* ains retirés justement en diverses occasions çà et lé sur les autres affaires. La dixième partie d*une heure , voire e/icore moins , suffira pour le matin , et autant pour le soir.

Oh 1 si vous pouviez doucement décevoir votre chère ame , monsieur, et en lieu que vous avez entrepris de communier tous les mois un an durant, mais un an de douze mois, quand vous auriez achevé le douzième, vous y ajoutassiez le treizième, puis le quatorzième , puis le quinzième , et que vous allassiez ainsi poursuivant de mois en mois : quel bonheur à votre cœur, qui , à mesure qu'il recevroit plus souvent son Sauveur, se convertiroit aussi plus parfaitement en lui ! Et cela, monsieur, se pourroit bravement faire sans bruit, sans intérêts des affaires , et sans que le monde eût rien à dire. L'expérience m'a fait toucher, en vingl-cinq ans qu'il y a que je sors les âmes, la toute-puissante vertu de ce divin Sacrement, pour fortiûer les cœurs au bien , les exempter du mal, les consoler, et en un mot les diviniser en ce monde , pourvu qu'il soit hanté avec la foi , la pureté, et la dévotion convenables.

Mais c'est assez dit , monsieur : l'inf-dence céleste , votre bon ange , et votre générosité suppléeront à ce que mon insuffisance ne permet pas de vous proposer.

Ainsi priai-je notre Seigneur qu'il vous fasse de plus en plus abonder en ses faveurs , et suis sans fin , etc.

LETTRE DCCLXXVl.

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