FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME
S'abandonner à la Providence dans toutes sea
peines. Le souverain remède aux injures est de
les dissimuler.
7 Janvier 161».
Ha sœur très-chère , et toujours de plus
en plus très-chère soBor, Je ^ieiis tout maintenant de recevoir les deux lettres que vous aviez confiées à monsieur de Trevemay ; et une autre , par laquelle vous me spécifiez la qualité de votre déplaisir , que je vois être grandement fâcheux pour la multitude des accidens qui semblent attachés aux sujets dont il voiis est arrivé. Ma très-chère sœur, ces brouillards ne sont pas si épais que le soleil ne les dissipe. Enfin Dieu, qui vous a conduite jusqu'à présent, vous tiendra de sa très-sainte main ; mais il faut que vous vous jetiez avec un total abandonnement de vousmême entre les bras de sa providenoee ; car c'est le temps désirable pour cela.
Se confier en Dieu emmi la douleur et la paix des prospérités, chacun presque le sait faire : mais de se remettre à lui en les orages et tempêtes , c'est le propre de ses enfans; je dis se remettre à lui avec un entier abandonnement. Si vous le faites, croyez moi, ma chère sœur, vous serez tout étonnée de la merveille, qu'un jour vous verrez évanouir devant vos yeux tous ces épouvantails qui maintenant vous troublent. Sa divine majesté attend cela de vous, puisqu'il vous a tirée ô soi, pour vous rendre extraordinairement sienne.
De cet honmie , sur lequel vous pensez devoir être jetée une partie de la faute, parlez -en peu et consciencieusement; c'est-à-dire ne vous étendez guère en vos plaintes, et n'en faites pas souvent, et quand vous en ferez , n'assurez rien qu'à mesure que vous en aurez la connoissance; ou conjecturez de la faute , parlant douteusement des choses douteuses , plus ou moins selon qu'elles le seront.
Je vous écris du tout sans loisir , en un jour le plus embarrassé que j'aie eu il y a long-temps. Je suppléerai de plus en plus, s'il plaît à Dieu, priant pour votre repos et consolation. Apaisez, tont que vous pourrez, doucement et sagement, les esprits do messieurs vos parens. Hélas ! en telles occasions la dissimulation guérit plus le mal en une heure , que les ressenti mens en uo an. Dieu doit faire le tout : c'est pourquoi il l'en faut supplier. Dieu soit à jamais au milieu de votre cœur, ma très-chère sœur. Je suis très-parfaitement votre , etc.
LETTRE DCCLXXVH.
fÇQIS DB SALES , A M. DE EOCHEPORT.
ontoltUons fur la mort de son aif.
Miuifl«rltllw
^eur , me sentant le sentiment que vez eu de monsieur votre fils, par le timont que j'en ai eu , je m'imagine été extrême ; car c'est la vérité que «souvenant du contentement que [preniez à me parler l'autre jour de fant, j'entrai en une grande corna, quand je me représentai combien regret seroit douloureux à la noule son décès ; mais je n'osai pourtant émoigner ma condoléance , ne sapas ni que la perte fût certaine , ni ) vous eût été annoncée, et maintemonsieur, je viens trop tard pour }uer de la consolation à votre cœur, aura , je m'assure , déjà beaucoup e soulagement, pour ne plus demeuregret qu'une si sensible affliction >it donné.
vous aurez bien su considérer que ce afant étoit à Dieu plus qu'à vous, qui i^iez qu*en prêt de cette souveraine ité. Que si sa providence a jugé qu'il smps de le retirer à soi, il faut croire ) l'a fait en faveur de son bien , aun père bien chérissant comme vous cquiescer doucement. Notre siècle pas si agréable, que ceux qui en )ent doivent être beaucoup lamentés.
, pour lui , a , ce me semble , beau- ;agné d'en sortir avant presque d'y Dnnement arrivé.
not de mort est épouvantable , ainsi nous le propose ; car on vous vient Ifotre cher père est mort, et votre fils rt : et ce n'est pas bien parler entre lutres chrétiens, car il faudroit dire : fils ou votre père s'est retiré en son t au vôtre ; et, parce qu'il le falloit, »assé par la mort , en laquelle il n'a irrèté. Je ne sais pas, certes, comme pouvons en bon jugement estimer patrie ce monde auquel nous ne » que pour si peu , en comparaison l auquel nous devons être éternelle- Nous nous en allons, et sommes issurés de la présence de nos chers
ici-bas : car ceux-là nous attendent, et nous allons vers eux ; ceux-ci nous laissent aller, et retarderont le plus qu1ls pourront après nous ; et s'ils vont comme nous, c'est contre leur gré.
Que si quelque reste de tristesse pousse encore votre esprit pour le départ de cette douce ame, jetez-vous le cœur devant notre Seigneur crucifié , et demandez-lui secours ; il vous le donnera , et vous inspirera la pensée et le ferme propos de vous bien préparer pour faire à votre tour , à rheure qu'il a marquée , cet épouvantable passage , en sorte que vous arriviez heureusement au lieu où nous devons espérer être déjà logé notre pauvre , ains bienheureux défunt. Monsieur, si je suis exaucé en mes continuels souhaits , vous serez comblé de toute sainte prospérité ; car c'est de tout mon cœur que je chéris et honore !« vôtre , et qu'en cette occasion et en tout autre, je me nomme et dédie, monsieur, votre, etc.
LETTRE DCaXXVni.