FIAMÇOIS DE SALES, A UNE DAME
Afit tor la commanion et la perfection cbrélieDoe.
ATMtl6MJalaiM«.
Je réponds à vos deux lettres, ma trèschère fille, vous conjurant avant toutes choses de ne plus appeler importunité pour moi la réception de vos lettres , laquelle en vraie vérité m'est toujours extrêmement agréable. Je vois bien en la première votre cœur toujours plein de bons et vertueux désirs , car il est de naturel fort bon. Mais, ce me dite#vous , vous ne vous corrigez pas assez puissamment de vos imperfections.
Vous savez que je vous ai souvent dit que vous devriez être afiectionnée égale* ment à la pratique de la fidélité envers Dieu , et à celle de l'humilité : de la fidélité, pour renouveler vos résolutions de servir ladivine bonté aussi souventque vous les romprez , et vous tenant sur vos gardes pour ne point les rompre : de l'humilité , quand il vous arrivera de les violer, pour reconnaître votre chétiveté et abjection.
Mais certes, il faut tout de bon avoir soin de votre cœur, pour le purifier et fortifier
[ui sont là-hauty que de ceux qui sont selon la multitude et grandeur des inspi*'
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rations que vous en aTcii. ki je ne trouve f nommé p^re diin iel fifi, ni point de plui pas mauvais que vous soyez un peu privée (le la trcs-Siiintc communion, puisque c'est Tavis de voire confesseur, pour voir si le
désir de retourner à la fréquentation d*icclle ne vous fera point un peu prendre plus garde à votre amendcmciit. Et toujours ferez-vous bien de vous humilier fort aux avis de votre confesseur, qui voit l*état présent de votre ame , lequel quoique je m*imugine as^ez , sur ce que vous m*en dites par vos lettres , si c£^t-ce qu'il no me peut pas être connu si particulièrement, comme à celui à qui vous en rendez compte.
0^j*entcndSy qu'encore que vous éloignerez un peu VOS communions ^ vous ne laisserez pas pour cela de bien suivre la fréquence des confessions; carde celles-ci il n*y peut avoir àucuhe raison do les éloigner ; au contraire, elles vous seront utiles pour assujettir votre esprit, qui de soimême n'aime pas la sujétion , et pOur Tliumilier, et lui faire mieux discerner ses fautes.
Je vais à Lyon, pour contenter monseignciif rarchevéque (1) de ce I!cd-lâ qui vouloit venir vers moi en toute façon , si je no me fusse réîUJlU d'ëller auprès de lui, puisque c'étoit b en la raison que je le prévinsse en cet endroit. Ce sera un voyage de quinze jours ou environ, après lequel j'en veux faire un autre en Cliablais , pour être de retour de tous deux en septembre : mais je repasserai par ici , et serai toujours bien aise de vous écrire , si je puis.
Relevez bien votre esprit en Dieu : lisez le plus souvent que vous pourrez , mais peu à la fois, et a\ecdévolion. Aimez toujours mon ame, qui chérit trè.^- parfaitement la vôlre. Resaluez monsieur votre mari de ma part , et l'assurez que je suis son serviteur.
LETTRE DCCLXXIX.
s. FBAN^'OIS DK SALES, A US SEIGNEUÎl DE LA COUR.
Le ^ibl le réjouit rie re que ce seigneur contenre la piele au luilii^u de la cour.
Annecy , It teptètnbn llli.
Je n'ai point de plus grande gloire eh ce
monde, monsieur mon
il) L«CArdiual d« Marquemant.
iils, que d'étro
douce eonsolation que d» veîr la ecnplaisance que vous en avez ; mais je ne veux plus rien dire sur ce sujet, qui aussi m'c>t indicible : il me sufQt que Dieu m*a fait cette grâce, laquelle m*est toi^ les jours plus délicieuse, quand on me dit de toutes parts que vous vivez en Dieu, quoique cmmi ce monde.
0 Jésus, mon Dieu 1 quel bonheur dV voir un Gis qui sache par merveille si bieo chanter les chansons de Sion cmmi la terre de Babytonel I^es Israélites s*en excusèrent jadis, parce que non-seulement ils étoiest entre les Babyloniens, ainsi encore capliis et esclaves des Babyloniens (4) ; mais qui n'est point en Tesclavage de la cour, il peut cmmi la cour adorer le Soigneufi et le servir saintement.
Non certes, mon très-cher Gis, quoiqw vous changiez de lieu, d*affaires et de eoiver^ations, vous ne changerez jamais, comme j'espère, de cœur, ni votre canr d*amour, ni votre amour d*objet ; puisque vous ne sauriez choisir ni un plus di$^ amour pour votre cœur, ni un plus di^ne objet de votre amour que celui qui doit rendre élernellcment bienheureux. Ainsi la variété des visages de la cour et du monde ne donnera point de changement au vôlre, duquel les yeux regiirderoot toujours le cieL auquel vous aspirez, et la bouche réclamera toujours le souverain bien que vous y espérez.
Mais pensez, je vous supplie, mon cher fils, si ce ne m'eût pas été une aise incomparable de pouvoir aller moi môme auprès de vous en l'occasion de ces États (2), [lour vous parler avec cette nouvelle confiance que ces noms do père et de fils m'eusseiit donnée. Dit-u néanmoins ne le voulant pas, pui^qu*il permet que je sois attaché ici, ni vous ni moi non plus ne le devons pas vouloir. Vous serez donc là mon Josué,qui combattrez pour laciHise de Dieu en présence; et moi Je serai ici connue uh Moïse, qui tiendrai mes mains au ciel, implorant sur vous la miséricorde divine, aûu que vous
(1) PS. cxixti.
(i) AuxÉiAttde Bourforne.oùle SalDt«Toitdesaffïiref puur lc.« iiiierOlA des (^i;li*e> du pajs de 6ët qui flj.eai do diucrie de (.cn^ve r.ei ami dil Saint éirtii . od prntt. le haroii de Lux. roinnianUaiil pour Henri IV en b' ur giifcne . qui h'urrupdilA Tairo outrer en l.i t^iiKi^^<kiuli<.'M étliiea du pëjê de Gai Ici biabs CMliitaïU^aai tfMt s'éioleDÏ emparés le» prolesunia. CC.
•armontitt Mi dMteUték ^iM Votra bonM intention rencontrera. .
De vous supplier meshui de Di*aimer, je ne le veux plus faire, puisque je puis plus coiirteineht et exprtosénlenl vous le dire : soyez doncmoh vrai Rlsdë totitVuthe cœur, motisieur, (Niisque je suis de tout le mien, DDo-Miileiiient, etc.
LETTRE DGCLXXX.
Bs flÀliçOIS J>B SALES , À UN SÈlivNEijB
b'E LA coca.
Svrleoiéiliettjel.
Ifonsieur, il ne se peut dire de quelle ardeur mon ame souhaite la perfection de Tamour de Dieu à la vôtre ; les meilleurs moyens pour vous exprimer celle passion sont ceux dont vous me graliRcz, pourvu que Ton entende une mer\'eiile que j*appelleix>is miracle^ si je n'en étois l'ouvrier après Dieu et voire commandement; car ordinainimcnt Tamour paternel est puis- •ant, parce qu*il descend comme un Qcuve qui prend sa source do la pente ; inais en notre sujet, si le mien qui sort de ma petitesse, en remontant à votre grandeur, prend vigueur à la montée , et accroît sa titeaee en s'élevant, c'est parce que si les autres se contentent de ressembler à Teau, celui-ci est comparable au feu.
Certes, monsieur, j'écris sans réflexion, et je vois que j*abuse de votre bienveillance à lui dire ainsi mes saillies.
Dieu vous tienne dje sa sainte main, et établisse de plus en plus ce généreux et céleste dessein qu'il vous a donné de lui consacrer toute votre vie. lî est juste et équitablequeccuxqui vivent ne vivent pas pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort pour eux (4). Ude grande ame, monsieur, pousse toutes ses meilleures pensées^ aiïections et prétentions jusque dans l'inGni de l*étcrnité; et puisqu'elle est éternelle, elle ftslime trop bus ce qui n'est pas éterneli îrop petit ce qui n'est pas infini ; et suroa-' géant à toutes ces menues délices, ou plutôt à ces vils amusemens, que cette chétive vie nous peut représenter, elle tient les yeux fichés dans Timmensité des biens et des ans éternels.