‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 400 sur 450 · PBAMÇOIS DE SALES, A UNE DE 8B8 PARENTES · texte numérisé non relu

PBAMÇOIS DE SALES, A UNE DE 8B8 PARENTES

Conseils sur sa conduite envers son beaa-père et sa belle-mère.

10 Boveinbre 1116.

Encore ne vous écris-je pas à loisir, ma très-chère fille , bien que je réponde tard à votre lettre.

Or sus, vous voilà donc dans le ménage , et il n*y a remède : il faut que vous soyez ce que vous êtes, mère de famille, puisque vous avez un mari et des enfans; et il faut Tètre de bon cœur etavec Tamour de Dieu, ains pourTamour de Dieu, ainsi que je le dis assez clairement à Philothée sans s'inquiéter ni empresser que le moins qu'il sera possible.

Mais je vois bien, chère fille, qu'il est un peu malaisé d'avoir soin du ménage en une maison où il y a mère et père : car je n'ai jamais vu que les pères, et surtout les mères, laissent le gouvernement entier aux filles , encore que quelquefois il seroit expédient. Pour moi , je vous conseille de faire le plus doucement et sagement que vous pourrez ce qui est recommandé, sans jamais rompre la paix avec ce père et cette mère : car il vaut mieux que les affaires n'aillent pas si bien , et que ceux à qui on a tant de devoirs soient contens.

Et puis , si je ne me trompe> votre humeur n'est pas faite pour la conteste. La paix vaut mieux qu'une chevance. Ce que vous verrez pouvoir être fait avec amour, il le faut procurer : ce qui ne se peut faire que par débat, doit être laissé, quand on a afiairc avec des personnes de si grand respect. Je ne doute point qu'il no se passe des aversions et répugnances en votre esprit; mais, ma très-chère fille, ce sont autant d'occasions d'exercer la vraie vertu de douceur ; car il faut faire bien , et sain-

tement, et amoureusemenl oe qneiooi devons à un chacun, quoique ce soit à contre-cœur et sans goût.

Voilà, ma très-chère fille, ce que je vous puis dire pour le présent , ajoutant seulement que je vous conjure de croire fermement que je vous chéris d'une dilectioD parfaite et vraiment paternelle, [misqii'il a plu à Dieu de vous donner envers moi mie confiance si entière et filiale ; mais continuez donc bien, ma Irës-chèie fiOe, à m'aimer cordialement.

Faites bien la sainte oraison : jetez son* vent votre cœur entre les mains de Dieo, reposez votre ame en sa bonté , et mettes votre soin sous sa protection , soit pour le voyage du cher mari , soit pour le restede vos affaires ; faites bien ce que vous poiu«> rez, et le reste laissez-le à Dieu, qui le fen ou tôt ou tard , selon la disposition de » divine providence.

Je voudrois bien savoir qui sont ces curés desquels on murmure contre moi et mon frère ; car tant qu'il nous sera possible , nous tâcherons de remédier aux désordres , s'ils se trouvent, le suis oependaet bien aise que le vôtre soit honnête homme et sage.

En somme, soyez à jamais toute à Dieo, ma très-chère fille , et je suis tout en loi,

LETTRE DCCLXXXVn.

s. FRANÇOIS DE SALBS , A UNE DAMB.

Remèdes conU« la U'op grande crainte de la mort.

T arrU iflT.

Madame , à cette première commodité que j'ai de vous écrire, je tiens ma pro» messe , et vous présente quelques moyens par lesquels vous pourrez adoucir la crainte de la mort , qui vous donne de si grands efirois en vos maladies et enfantemens : en quoi , bien qu'il n'y ait aucun péché, si est-ce qu'il y a dommage pour votre cœur, lequel troublé de cette passion ne peut pas si bien se joindre par amour avec son Dieu , comme il le feroit s'il n'étoit pas si fort tourmenté.

Premièrement donc , je vous assure que si vous persévérez à Texercice de dévotion, comme je vois que vou> fuites, vous vous trouverez petit à petit grandement allégée

de ee toummit » d'autant que votre ame se tenant ainsi exempte de mauvaises aflectlons, et s'unissant de plus en plus à Dieu, elle se trouvera moins attachée à cette vie mortelle , et aux vaines complaisances que Ton y prend.

Continuez donc en la vie dévote , selon que vous avez commencé , et allez toujours de bien en mieux au chemin dans lequel vous êtes ; et vous verrez que dans quelque temps ces erreurs s*affoibliront, et ne vous inquiéteront plus si fort.

So Exercez-vous souvent es pensées de la g;rande douceur et miséricorde avec laquelle Dieu notre Sauveur reçoit les âmes en leur trépas , quand elles se sont confiées en lui pendant leur vie , et qu'elles se sont essayées de le servir et aimer chacune en M vocation. O que vous éles ban^ Sei' fpMWTj à ceux qui ont le ctBur droit !

3<* Relevez souvent votre cœur par une sainte confiance, mêlée d'une profonde humilité envers notre Rédempteur ; comme disant : Je suie misérable , Seigneur, et vous reeewrez fna misère dans le sein de votre miséricorde , et vous me tirerez de voire main paternelle à la jouissance de voire héritage. Je suis chétive , et vile et Qi(feete ; mais vous m'aimerez en ce jour y parce quej'aiespéréen vous, et ai désiré d'être vôtre.

4« Excitez en vous , le plus que vous pourrez , l'amour du paradis et de la vie Sieste , et faites plusieurs considérations sur ce siqet, lesquelles vous trouverez suffisamment marquées au livre de Vlntroduetion à la vie dévote , en la méditation de la gloire du del, et au choix du paradis j car à mesure que vous estimerez et aimerez la félicité étemelle, vous aurez moins d'appréhension de quitter la vie mortelle et périssable.

B* Ne lisez point les livres , ou les endroits des livres èsquels il est parlé de la mort, du jugement et de Tenfer : car, grâces à Dieu , vous avez bien résolu de vivre chrétiennement, et n'avez pas besoin d'y être poussée par les motifs de la frayeur et de l'éiMUvantement.

6* Faites souvent des actes d'amour envers Notre-Dame , les Saints et Anges célestes : apprivoisez-vous avec eux , leur adressant souvent des paroles de louange et de dilection ; car ayant beaucoup d'accès

avec les citoyens de la divine Jérnsnlcni céleste , il vous fâchera moins de quitter ceux de la terrestre, ou basse cité du monde.

T» Adorez souvent , Ioupk et bénissez la très-sainte mort de notre Soigneur crucifié| et mettez toute votre confiance en son mérite, par lequel votre mort sera rendue heureuse, et dites souvent : O divine mort de mon doux Jésus , vous bénirez la mienne, et elle sera bénite :je vous bénis et vous me bénirez^ O mort plus aimable que la vie! Ainsi S. Charles , en la maladie de laquelle il mourut , fit mettre à sa vue l'image de la sépulture de notre Seigneur, et celle de l'oraison qu'il fit au mont des Olives, pour se consoler en cet article, sur la mort et passion de son Rédempteur.

8*» Faites quelquefois réflexion sur ce que vous êtes fille de l'Église catholique, et vous réjouissez de cela : car les enfans do cette mère qui désirent de vivre selon ses lois , meurent toujours bienheureux ; et , comme dit la bienheureuse mère Thérèse, c'est une grande consolation à Theure de la mort d'être fille de la sainte Église.

9® Finissez toutes vos oraisons en colfiance, comme disant : Seigneur ^ vous êtes mon espérance; en vous fai jeté ma fiance (4). Dieu, qui espéra jamais en vous lequel a été confondu (2)? J'espère en vous^ 6 Seigneur, et je ne serai point confondu éternellement (3). En vos oraisons jaculatoires parmi la journée , et en la réception du très-saint Sacrement , usez toujours de paroles d'amour et d'espérance envers notre Seigneur ; comme : f^ous êtes monpére^ ô Seigneur ! 6 Dieu îvous V époux de mon ame, vous êtes le roi de mon amour et le bien-aimé de mon ame. O doux Jésus!

vous êtes mon cher maitre, mon secours^ fnon refuge.

40^" Considérez souvent les personnes que vous aimez le plus, et desquelles il vous fâcheroit d'être séparée , comme des personnes avec lesquelles vous serez éternellement au ciel : par exemple , votre mari , votre petit Jean , monsieur votre père : à ce petit garçon qui sera , Dieu aidant, un jour bienheureux en cette vie étemelle, en laquelle il jouira de ma félicité et s'en ré-

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