‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 402 sur 450 · riAIfÇOtS DB SALES, A UNE RELIGIEUSE DB LA VISITATION · texte numérisé non relu

riAIfÇOtS DB SALES, A UNE RELIGIEUSE DB LA VISITATION

èar la in«ri du père de celle religleaie , •Ifvr Mlle de M. de Torens.

t9 mil 1617.

Ma très-chère fille, hier notre mère me fit voir votre dernière lettre et la nouvelle du trépas de monsieur votre père. Ne doutez point que je ne prie pour lui : car c*étoit le père de ma très-chère fille, qui m'est, je 'VOUS assure, infiniment chère , et aux déplaisirs et plaisirs de laquelle mon cœur Eartictpe très-affectionnément. Mais ici, ors le sentiment naturel, il y a ocoasion de sainte consolation, puisque ce bon gentilhomme s*en est allé en une bonne vieillesse, et, ce qui importe, en une bonne disposition spirituelle. Donc, ma très-chère fille, demeurez consolée.

Et nous rendez la pareille par vos prières

Curmon pauvre cher frère de Torens, luel étant allé en Piémont avec vn régiment de mille hommes, y fut enseveli

(I) taOT. sut 11.

(iDPt.titVi,M.

mardi passé, comme on vfenl de m'écrîre, et comme je m'atlpndois il y a trois jours, sachant la qualité do la maladie. Or, pensez, ma très-chère fille, où cette afiliclion me louche, et voyez ?i la mienne n'est pns surchari;é(» de celle de sa pauvre petite (madame de Torons) (4), et de notre mère (madnme de Chantai) (2), à qui il faut que ce matin j'aille ôtrr le peu d'esporancc qui leur étoit re^té après les premières nouvelles de cet accident, sur lesquelles nous avon:? mille et mille fois adoré le décret de la Provirlence divine, et avons jeté nos cœurs entre les mains de Dieu avec esprit de soumission, répétant: Oui, Seigneur; car ainsi il a été agréable devani vous (3) Et nous n*avoni aussi à dire autre chose en tout ce que Dieu fait, sinon Amen.

Ce pauvre tçarçon est mort le premier jour de son arrivée en ce pays-L^, d'une fièvre peslilontiolle, dans lesein de l'Eglise, muni ries sacremon? reçus avec de grands scnlimensde religion, sous la direction du bon père dom Juste (4). Hélas I qu'il est heureux, ce me semble! itiais il est pourtant impossible que je ne pleure sur lui. Vous ne sauriez croire combien il étoit accompli! combien il s'étoit rendu aimable à chacun ! combien il s'étoit signalé aux yeux du prince, en l'occasion de l'année passée I et sur cela le voilà emporté. Mais Dieu est bon, et fait toutes choses en sa bonté. A lui soit honneur, gloire et bénédiction.

Le pauvre chevalier Janus de Sales (autre frère du Saint) est encore là, qui aura été spectateur de ce triste trépas; et peut-être en sera-trll l'expectateur.

LETTRE DCCXC.

s. rSAlfÇOlS DE SALES, A M. DB CntVllOlf, soif ONCLE.

Réponse è une leUre de corutoléance sur la morl do M. de Torens , frère du Saint

80 mai leiT.

Monsieur mon oncle, hélas 1 il n'est que trop vrai que vous avez perdu un trèshumble neveu et fidèle serviteur, et moi mon très-cher frère que j'aimois incroyablement pour plusieurs bonnes raisons,

(1) Afée wutemenc dedlx-neuf «M.

(2) Mère de la Jeooe veuve.

(8) Mkrtu.. XII. 16.

(«) Rnroebite qui a été ^epnla évéqne de Geaèva , al daailèoM ittccaaaeur da Salai , dont U éltfit paraai.

mbs cellM dn Hag. Ctit qoMi tm Maga

d* gent qoi veineiit, de saTOir ce pauvre pifon mort avasilAt qu'arriTé w ca paya- U, et Bana avoir eu le loisir d'avoir tu le prime auquel il alloit tooauaa n vie et

Or, aprèa tODteales idéea que le déplaisir me donne , je conclus que Dieu l'ayant voulu , c'a éû le mieux. Que son nom aoit béni , et les décrets de ea voIonEé adorés éa sièclee des sièclee. Amen.

Certes , ie crois bien que monsieur de Gin , mon couun , monsieur le baron de Bouvilaret, et mon neveu du Tuas (t), ■nmt ressenti grandement cette perte , comme sachant que ce pauvre trépaîsé les diérîBsoit et hooornt très^parliculiërement, selon que la nature et {dusieursconsidérations l'y obligeoient ; mais s'il leur manqne , ce n'est pss par son élection ni par sa foute. Dieu, parsa bonté, les veuille protéger et conduire parmi les hasards oft cette guerre les p(»le.

Ha pauvre chère sœur ( madame de Torens) témoigne entre ses pleurs et regrets ta plus aimable, constante et relîgieuBe piété qu'il est possible de dire : en quoi elle nous contente eilrimement, pour le désir que noua avons qu'elle conserve l'enfant que nous croyons par bonne conjec- - tures avoir été laissé en ses Rancé par le défunt , comme pour quelque sorte d'allégement à ses frères.

Que vous dirai-je plus , monsieur mon cher onde ! Ce pauvre garçon décédé s'étoit destioé à la vie militaire, et pouvoit mourir de cent façons plus lamcntabics que celle de laquelle il est mort. Béni soit Dieu qui l'a ravi devant les duels , les mutineries, les désespoirs , e( en somme devant ce* innombrables occasions d'offenser Dieu que celte espèce de vocation donne en ce misérable ége.

Et pour tout , je ne puis dire au tre chose, sinon : Oui,monPire,jeleveux,puiêgM e'ul votre volonté. J'acquiesce et dis jimen , non-seulement sur les paroles , mais aus?i sur les œuvres de Dieu , le supplJantqu'il vous conserve, demeurantpour jamais, monsieur, voire, etc.

UmiDCCSCL

Madame , ma très-diira eoostM , mm n'avions pas encore achevé m» plairtM pour la p^ que noua aviou foita aaMmont, que voici la seconde artnAa (I), Itquelle, je vous assure, nous eat inflàimM eensibte ; cette chère ame ajmtlelhBaat vécu parmi nous , qu'elle nons avoit rtDdas tous parMtement siens, mail mtn pin piFticulièrement, qu'elle regardoil avec oi amour et honneur Slial ; et puis le coBlncoup reçu par sa digne mère doime mcroît à notre déplaisir.

Mais pourtant, A l'imitation de celle dé-

DE 5. FRAIfÇOIS DE SALES.

, noDS embrassons , aimons , et ado- B volonté de Dieu, avec toute raumis- !e notre cœur , car c'étoienl presque ornières paroles : vous assurant que s je D'ai vn un trépas si saint quece- I cette Glle(1], quoiqu'elle n'eûtque heures pour le faire. Je vous rcmeripendsnt humblement , et monsieur mtrort , mon cousin , de l'honneur de souvenance, et suis à jamais, madame maina, votre, etc.

LBTTRB DCCXai.

MtÇOlB m SALES. A LA HàU FITU,

La ail PKtMkiat ri

19 vous imaginerez bien de quelle nous avons été touchés ces jours pasoa trés-chëre fille. Ce n'élail pas ià ne de Torens que vous avci vue, ue celle-là fût fort aimable : c'éloit ladamo de Torens , toute dédiée à toute relevée au dessein de ne vivre lieu , toute pleine de clarté es choses elles , et de la connoiasaaee de Dieu soi-même, et telle que l'on pouvoit r que dans quelque temps elle seroit tre notre mére(lamërede Chantai).

3 vous dirai riendeaaQn très-sainte.

»u qui la virent, il y en eut qui le livant vinrent me demander congé roquer, et d'autrea qui vinrent reer leurs propos , émus du spectacle e mort toute pleine de douleur ei- , et douleur toute parsemée de vive Seigneur Jésus , tirez-moi à vous.

ion et mort de mon Sauveur, je vous se, je vous aime, je vous adore , les mon espérance. Vive Jésus et que j'aime plus que ma vie. Et cela ce si suavementque merveille. Or a très-chère fille, il m'a fait grand I voua dire ces quatre mots, qui font intillon de la piété de cette mort. ;morte sœur et fille de la Visitation, infiniment votre, etc.

LEITRE DCCXai!.

S. nUNCOIS DE SALES, A UKB

J'ai vraiment été malade, ma très-chère Glle, et bien malade, mais sans péril.

Qu'eussiez-vousfaitde plus, sachant le mal que j'avois? Car, comme je vois, vous priei toujours notre Seigneur pour moi, qui réciproquement ne manque jamais à vous faire part des chétives oraisons et de la très^ainte messe que je célèbre. Je vais encore un peu traînant, et ne suis pas si parfaitement remis, que je ne porte les marques du mal parâé : je le suis toutefois assez pour faire mes exercices ordinaires.

Tenez ferme, ma chère fille, entreprenez d'être parfaitement le plus que vous pourrez, servante de Dieu, selon les avis au Livre; car ce sera bien suffisamment pour attirer plus de perlcciion encore que je n'en ai pas su enseigner. Ayez soin de la douceur. Je ne vous dis pas que voua aimiezceque vous devez aimer, car je sais que vous le faites : mais je vous dis que vous soyez égale, patiente et douce. Réprimez les saillies de votre naturel un peu trop vif et ardent.

Je ne sais quel mécontentement vous pouvez avoir de vos confessions : car vous les faites très-bien. Or sus , demeurez en paii devant notre Seigneur, qui vousaime, il y a long-temps , vous donnant sa trèssainte crainte et le désir de son amour. Que si vous n'avez pas bien correspondu jusqu'à présent, il y a bon remède : car il faut bien correspondre dorénavant. Vos misères et iolirmilés ne vous doivent pas étonner : Dieu en a bien vu d'autres, etaa miséricorde ne rejette pas les misérables, ains s'exerce à leur faire du bien , faisant le sujet de sa gloire sur leur abjection.

Je voudrais avoir un bon marteau pour émousser la pointe de votre esprit, qui est trop subtil es pensées à votre avancement. Je vous ai dit si souvent qu'il faut aller A la boone foi en la dévotion, et comme l'on dit, à la grosse mode (I). Si tous faites bien, louez Dieu : si vous faites mal, humiliez-vous. Je sais bien que faire mal d« guet-apens, vous ne le voulez pas lies au-

lETTRES

1res mnnx ne scn-ent qu'A nous linmilior.

NV rrai:^noz ('onc plus, et nesoyrzplu.^ à j)icolcr sur volro clièro consrioncc: car vous savez bien qu uprès vus dilii^cnccd il ne vous reste plus rion à f:\\T(* iiuprcs de notro Soisiurur, qu'à réclamer son amour qui ne dcsiro île vous que le vôtre.

Faites ainsi, ma Irôs-chèro tille, et cultivez soigneusement ladouctMir et l'humilité intérieure. Je faisincessainmcnl mille souhaits de bénédiction sur vous; et sui1x)ut que vous soyez huuible, douce et toute sucrée; et que vous fassiez profil de vos peines , les acceptant amoureusement pour ruuiourdc celui qui, pour Tamour devons, en a tant soufTert. Je .suis, ma .très-chère GUe. enlui, etc.

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