‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 405 sur 450 · FRANÇOIS DB SALES , A UNE DAME · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DB SALES , A UNE DAME

Le Saint lui promet deui de ses portraits qu'élit lui avoil demandât. Il lui donne des coiisvilf •ur l'oraison , ei Teihorta à s'acquitter ttdôle' ment de aea deTein doiueatiquea.

wjttin iflin

Par cette si assurée commodité, je vous dirai, ma très-chèro fille, que notre mère ( la mère de Chnnlnl ) dit la vérité. Je suis extrêmement acc^iblé , non tant d^oiïaires comme d'emprchemens dont je ne me puis déprendre. Néanmoins je ne voudrois certes pas, ma très-chère fille , que pour cela vous laissassiez de m'écrire quand il vous plaira : car la réception de vos lettres me délasse et me récrée beaucoup. Seulement fautril que vous me soyez un peu bonne en m'excusant, quand je serai un peu tardif à répondre ; puisque je vous puis assurer qua

LETTRES

ce ne sera jamais que par nécessité que je différerai , mon esprit prenant bien plaisir à visiter lé vôtre.

Je ne vous saurois rien refuser , ma trèschère fille ; et partant , les deux portraits que vous désirez se feront. Que n*ai-je déciré de conserver Timagede notre Père céleste en mon ame , avec l'intégrité de sa ressemblance ! Ma très-chère fille , vous m''aiderez bien à demander la grâce qu'elle aoit réparée en moi.

Votre sorte d'oraison est très-bonne, ains beaucoup meilleure que si vous y faisiez des considérations et discours ; puisque les considérations et les discours ne servent que pour exciter les affections : de sorte que s'il platt à Dieu de nous donner les affections sans discours ni considérations, ce nous est une grande grâce. Le secret des secrets en Toraison , c'est de suivre les attraits en simplicité de cœur. Prenez la peine de lire , ou de vous faire lire , si vos yeux ne peuvent fournir à cela , le septième livre du Traité de Vamour de Dieu , et vous y trouverez tout ce qui vous sera nécessaire de connoître de l'oraison.

Je me ressouviens fort bien qu'un jour en la confession vous me dites comme vous faisiez , et je vous dis que cela alloit fort bien ; et qu'encore qu'il fallût porter un point, si toutefois Dieu vous liroità quelques affections, soudain que vous seriez en sa présence , il ne falloit point s'attacher au point, ains suivre Taffection ; et quand elle sera plus simple et plus tranquille , elle sera meilleure; car elle attache plus fortement l'esprit à son objet.

Mais , ma très-chère ûllo , étant une fois résolue de cela , ne vous amusez point , au temps de l'oraison , à vouloir savoir ce que vous faites , et comme vous priez : car la meilleure prière ou oraison , c'est celle qui nous tient si bien employés en Dieu , que nous ne pensons pas en nous-mêmes ni en ce que nous faisons. En somme, il faut aller là simplement , à la bonne foi et sans art , pour être auprès de Dieu , pour l'aimer , pour s'unir à lui. Le vrai amour n'a guère de méthode.

Demeurez en paix , ma très-chère fille , marchez fidèlement au chemin auquel Dieu vous a mise : ayez bien soin de contenter saintement celui qu'il vous a associé ; et comme une petite mouche à miel , en fai-

sant soigneusement le miel de la sacrée dévotion , faites encore bien la dre de vos affaires domestiques : car si Tun est doux au goût de notre Seigneur , qui étant en ce monde , mangea le beurre et le ffiifW(l); Tautre aussi est à son honneur , puisqu'il sert à faire les cierges allumés de T^fication du prochain.

Dieu , qui vous a prise par la main , voos conduise , ma très-chère fille , que je chéris tendrement, et plus que patemellemeot votre ame et votre cœur , que Dieu veuille de plysen plus rendre sien. Amen, y'm Jésus.

LETTRE DCCXCVII.

Page 1