‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 406 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME

FélîciiaUon pour le réublttsement de U s«Dléit son père. Exhortation de s'abandonner A It Providence.

16 Janvier t«f.

II me semble , ma très-chère fille , que votre cœur est tellement assuré de l'invariable affection que j'ai pour lui , qu'il ne sauroit meshui plus en douter : ce queDieo fait est bien fait. Que si j'ai tardé à vous écrire , attribuez-le , je vous prie , à ce tracas insupportable, parmi lequel il faut faire plus qu'on ne peut et qu'on ne veut; et ne faire pas ce que l'on veut encore que l'on ne peut.

J'ai bien appréhendé ci-devant que la maladie de monsieur votre père ne vous tînt en peine ; mais maintenant que, grâces à Dieu , il reprend forces et santé , je suis bien fort soulagé de ce côté-là.

0 Dieu , ma Irès-chèro fille , que c'est une leçon digne d'être bien entendue , que cette vie ne nous est donnée que pour acquérir Téternelle ! Faute de cette connoissancc , nous établissons nos affections eu ce qui est de ce monde dans lequel nous passons ; et quand il le fiiut quitter, nous sommes tout étonnés et effrayés.

Croyez-moi , ma très-chère fille , pour vivre content au pèlerinage , il faut tenir présente h nos yeux l'espérance de Tamvée en notre patrie , où éternellement nous arrêterons ; et cependant croire fermement , car il est vrai , que Dieu , qui nous appelle à soi , regarde comme nous y allons , et ne permettra jamais que rien nous avienne que pour notre plus grand bien : ii

(1) It., TII. tl.

■ah qui nous sommes, et nous tendra sa main paternelle es mauvais pas , afin que rien ne nous arrête.

Mais pour bien juger de cette grâce , il faut avoir une entière confiance en lui.

Ne prévenez point les accidens de cette vie par appréhension, ains prévenez-les par une parfaite espérance, qu'à mesure qulls arriveront, Dieu , à qui vous êtes , vous délivrera : il vous a gardée jusqu'à présent; tenez- vous seulement bien à la main de sa providence , et il vous assistera en toutes occasions ; et où vous ne pourrez marcher, il vous portera. Que devez-vous craindre , ma très-chère fille , étant à Dieu, qui nous a si fortement assurés qu*à ceux fui V aiment tout revient à bonheur (4) ? Ne pensez point à ce qui vous arrivera demain ; car le même Père étemel qui a soin aujourd'hui de vous , en aura soin demain et toujours : ou il ne vous donnera pas de mal , ou , s'il vous en donne , il vous donnera un courage invincible pour le supporter.

Demeurez en paix , ma très-chère fille , 6te2de votre imagination ce qui peut vous troubler , et ditessouventànotre Seigneur : O Dieu ! vous êtes mon JHeu, et Je me confierai en vous , vous m'assisterez , et serez mon refuge, et je ne craindrai rien (2) ; car non-seulement vous êtes avec moi , mais vous êtes en moi , et moi en vous. Que peut craindre l'enfant dans les bras d'un tel père ? Soyez bien un enfant , ma très-chère fille : comme vous savez, les enfans ne pensent pas a tant d*affaires : ils ont qui y pensent pour eux : ils sont seulement trop forts, s'ils demeurent avec leur père. Faites donc bien , ma très-chère fille y et vous serez en paix.

LETTRE DCCXCVIU.

a. riANÇOIS DB SALBS, A UNE DAMB.

BshoruUon à It confiance en la dWine ProviàmktBf el à la consumée dans les iracas domes-

tiqaM.

Ptrto , H arril if il.

Madame , ce me sera toujours une fort particulière consolation quand j'aurai le bonheur de recevoir de vos lettres : car en vérité je vous chéris et honore parfaite-

(j) lom..Ttu, ts.

(•)Ps.fttti, t;san^ t%

ment , puisqu'il a plu à notre Soldeur de me faire voir votre cœur , et au milieu d'icelui le sacré désir d'aimer invariablement cette divine bonté , en comparaison de laquelle , comme il n'y a rien de bon , aussi n'yVt-il rien d'aimable.

Mais croyez bien , ma très-chère fille, car je ne puis empêcher mon cœur de pousser ce mot cordial , croyez , je vous supplie , que si mes souhaits sont exaucés , vous ferez un continuel progrès en cett(> sainte dilection : car je n'oublierai januiis d'en supplier Dieu , et de lui offrir plu*^ sieurs sacrifices à cette intention. Mais i. faut dire quelque chose sur votre lettre.

Vous voyez comme la Providence céleste est douce envers vous , et qu'elle ne diOére son secours que pour provoquer votre confiance. L'enfant ne périra jamais , qui demeurera entre les bras d'un père qui est tout-puissant. Si notre Dieu ne nous donne pas toujours ce que nous lui demandons , c'est pour nous retenir auprès de lui , et nous donner sujet de le presser et contraindre par une amoureuse violence , ainsi qu'il fit voir en Emmaiis , avec ces deux pèlerins , avec lesquels il n'arrêta que sur la fin de la journée , et bien tard , quand ils le forcèrent. En somme , il est gracieux et débonnaire ; car soudain que nous nous humilions sous sa volonté , il s'accommode à la nôtre.

Tâchez donc , ma très-chère fille, à fortifier de plus en plus votre confiance en cette sainte Providence , et l'adorez fréquemment en vos retraites spirituelles, et par ces regards intérieurs dont nous parlons en la pratique (4).

Je loue Dieu que vous soyez plus constante, nonobstant vos perpétuels tracas domestiques , parmi lesquels il faut faire valoir votre dilection, comme le courage es batailles.

Madame de Chantai est ici avec sa petite troupe. Le vingt-huitième avril, elles commenceront à chanter les offices en public, ayant trouvé beaucoup plus de faveur en l'ame de monsieur le cardinal , que les premières apparences ne promettoient.

Je ne manquerai pas d'imprimer un sin-

(1) C*0slappar«miDanlqaalqna pratiqua da plélé foa la Mint évèqua tfoli doaaéaà part à la daaa à fBé U éariflk

LBTTUS

gulier amour pour votre parsonne en celte congrégation , spécialement au cœur de madiime de Clunitid ; vous cissiiranl que je désire grundomt*nl que vuus soyez toute comblée de cette pure charité, qui vous rende à jamais agréable ù Dieu, et à tdtjtes les créiiturcs qui le servent. Ain»i soit-il. Et je suis sans un, votre, etc. .

LETTRE DCCXCIX.

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