FRANÇOIS OE SALES , A UN DE SES AMIS
Au sujet du mariage dont il est parlé dani h lettre suivante.
ATint le IS décembre I6it.
Monsieur, je me suis un peu dilaté avec VOUS pour me soulager ; non que je sois grandement touché ni de censures , ni de blâmes qu'on jette contre moi pource sujet: car je sais que devant Dieu je suis sans coulpe, mais je suis pourtant marri du soulèvement de tant de passions autour d'une affaire où j'en ai si peu. Ceux qui me connoissent savent bien que je ne veux rien ou presque rien , avec passion et violence , et quand je fais des fautes , c'est par ignorance. Je voudrois bien pourtant regagner la bonne grâce de ces messieurs, en faveur de mon niinistèro. Si je ne puis , je ne laisserai pas de marcher en icclui par Vin/amie et bonne réputation , comme séduc-
(0 Coi.ot«.«iii, I et 4.
tmÊT €t véritable (4). Je ne veux ni de vie ni de réputation , qu'autant que Dieu voudra que j'en aie, et je n'en aurai jamais que trop selon ce que je mérite.
LETTRE DCCCIV.
s. FRANÇOIS DB SALES , A M.'^DB MONTBLON.
(TIrét d« U yU da Salât, ptrCh.-Aaf. de Salit.)
Il M plaint des propos qu'il tenoit de lai aa sujet d'nn mariage, et il se Jastifie sar ce dont il Faecosoit.
ATtnt le 18 décembra iflt.
Permettez-moi , je vous supplie , monneur, de soulager mon ame en me plaignant à vous-même de vos plaintes, lesquelles , à la vérité , m'affligent et m'étonnent , ne croyant pas d'en avoir donné aucune occasion , puisque , hors le témoignage que j'ai rendu une seule fois des mériteset bonnes qualités du gentilhomme, et une autre fois de sa religion , je n'ai nullement coopéré à cette alliance, que peut-être par la recommandation que j'en ai faite à Dieu , si elle devoit être à sa gloire ; et tout ce qui se dit do plus n'est qu'exagération.
Il est vrai que les parties s'étant liées d*aflfections et de promesses pendant mon absence, je fus présent, soudain après mon retour, à la répartition des promesses qu'elles voulurent être renouvelées devant moi ; mais d'une présence si simple , que je ne fis qu'écouter avec plusieurs autres, sans dire mot. Pouvois-je refuser de tels offices à de telles personnes , non plus que celui que je fis envers vous, monsieur, qui, ce me semble , ne me fîtes pas savoir que vous eussiez une si puissante aversion pour ce mariage, que de là j'eusse pu inférer cet ardent mécontentement que vous SYez , ce me dit-on.
LETTRE DCCCV.
s. FRANÇOIS DE SALES, A M. L'ÉVÂQUE DE BELLBT.
LtStlnt console son ami sur la mort de son père. 11 M JasUfie de la censare qu'on a?oit faite de M coudai le au sujet d'un mariage.
Avant la 18 déceobr* 1619.
Monseigneur, j'ai su depuis peu de jours que la divine Providence a enfin retiré du
<1) II. GoB., VI, 4 at I.
monde monsieur votre père : sondain je suis allé à l'autel offrir le Fils étemel à son Père pour l'ame de ce défunt, et recommander la vôtre et celle de madame votre mère , et celle de toute la troupe des frères et sœurs au Saint-Esprit, douce source de toute véritable consolation ; car que peut-on faire de meilleur en telles occurrences?
Certes , j'ai participé à votre déplaisir : mais la part que j'enai prise n'aura en rien diminué de la totalité du vôtre. Oh ! si les afflictions devenoient moindres à mesure qu'elles sont répandues dans le cœur de plusieurs, que vous en auriez bon marché , ayant tant de personnes , et autour de vous, et bien loin de vous, qui vous honorent et aiment bien sincèrement, se communiqnant les uns aux autres vos sentimens pour les ressentir avec vous 1
Je n'ai rien à vous dire de plus sur ce sujet, sinon que t. iile ma vie j'honorerai la riche mémoire de ce bon seigneur trépassé, et serai invariablement très-humble serviteur de sa tant honorable postérité, et de madame sa veuve, qui a si heureusement coopéré au bonheur de sa vie, et à le faire vivre encore après sa mort, en la personne de tant de dignes enfans.
Car au reste, de vouloir dire des paroles de consolation, je suis trop loin, et ne puis être ouï qu'après d'autres, si que ce seroit une impertinence excessive. Et de plus, quand j'eusse été auprès de vous, que vous eussé-je pu dire, sinon : Bibe aquam de cislemâ ttiâ(4).
Quels parfums peuton donner aux habitans de l'Ârabie-Heureuse? On ne peut leur porter de suavité qui soit comparable à celle de leur pays : et peut-on leur dire autre chose, Sinon : sentez, odorez, recevez les exhalaisons de vos cinnamomes, de vos baumes, de vos myrtes. Ainsi voua eussé-je dit, à vous et à madame voire mère, à messieurs et mes demoiselles vos frères et sœurs, vous envoyant tous à vousmêmes pour vous consoler.
Mais moi, c'est la vérité que j*ai encore une douleur sur le sujet de notre trépas, qui me fâche toujours, quand j'y suis attentif ; c'est qu'après une forte résolution d'aller prendre congé de ce bon père à mon départ de Paris, l'ayant réservé pour le
(i) iSTM Vmm da yoIn «HarM. ^aar. ▼• lH
oèvAn^y Mninfl Mdl É 4ut}tf JtoviAi bMO^ ODup diidunear, et <]ïil étoit lé plus près ; ravi et éibporté deâ visités qai me furent fiiitos èe jolDr-là^ Je fus fèlîetnefit soflbqué d*e8]^t qlie je ne pensai point à cette obligation sur Tocdision ; et étant en diemifl, lorsque Je ne ponvois pas m*en acquitter, je tti'Oii aperçus, cooitne seulement pour efl être marri. Et quant à vous, moiiseigoeur, ce ne fut ndlleinenl faute d*ittention, mdis Mir la fscisse disuranoe que mon Mte do jChàrtrel me donna que tous étiez à Ëtam^ ]tes, 60 àfrfès Jtf me reconnus trompé, maii trbplàrd.
C^ j'esfîèré que ce bon sélgfltrtir m*d ttiéêmeai fdtrddnné, s'il faut ainsi dire ; puis- (fitb vdj^flnt celui ((ui voit Unit, il voit bien oMf cetio mienAè^fatite n'est point procédée ië hiftiiqûement d*hontieur, de respect, et d'aflMtiôâ. Et vous mti pardonnerez aiséméat eelle-ci, par votre douceur et bonté éàféH moi. Dieu m'a donné votre bienteit- Idbce^ DIé'u me la cOftservera, s'il lui plaît : ait dé hioi-métne Je n*ai su la mériter, ni Hi OGfnservtltion d*lcélle.
M :tfs ê (iropos de conserver les bienveil* liri(5es, àh lii'éMt que je suis presque privé de celle de monsieur de Montelon pour le sujet du ftiariuge de monsieur de N. Et encore fnut-il qiie je vous rende compte de ceci, puisque vous êtes celui qui me l'aviez procdrée; et en urf mot je puiâ dire avec Yérité, que hors les véritables témoignagnes que j*ai rendus une seule fois à madame de N. de la vertu et bonnes qualités de son mari , je n*ai rien coopéré à ce mariage , sinon qu*après avoir vu et su les fortes et véhémentes liaisons d'affections, avec des grandes promesses réciproques d*un futur mariage entre les deux parties, faites pendant que j'étois à Maubuisson, et de plus la demoiselle se promettre trèsassurément que mademoiselle de N. ap« prouverait tout ; je dis alors qu'encore que Je ne dcutcsse point de leur discrétion à la suite de leurs affections, néanmoins je leur conseillois de ne pas beaucoup tarder leur mariage ; conseil conforme aux décrets de l'Ëg ise, et que je donnai, ne regardant qu'au plus grand bien et à la plus grande assunmce de ces amos, et robàervanco des Cvmmundiments de Dieu.
11 y a encore ceci de considérable , que monsieur de Mooteioii, lorsqu'il me parla , ,
dèeeiii}fll^ ne ne témolgriÉfMÉlANilr une si grande aversion, Bi ini ai yâad li^ téfèt dians cette «flaire , que pour cela j'eusse pu croire qu'il en preiKiraHlafltdlH« dcur de mécontentement; de aorte que je ne puis encore soumettre fiion jugemem pour me tenir ceupable en cet endroit, quoique graftdëmeiit marri de voîf tant de pÊg sionséniieB à cette oocaaiOB^ fow rae»
sèment desquelles Je n*ai autre chose à dire, sinon: Éêdime m$ à eaiumnHê À»
minutn (4) à celui devant lequel je iirieaali fin, Monsèlgpiietl^, votre, etc.
LETTRE DGCCVI.
É. fiANçois DB sAtis, A tni hbsbI oitediOi}.
•■r 11 mertde ta fiHe urted'vB t^v^éê
iMmtm.
^ Monsieur mon onde, il me semble qii Je vois votre esprit doublement afiUgé pov i le trépas de mademoiselle ma cousine fit pour la façon d'icelui; car moi-même, é la vérité, ai eu ce double sentiment. Ihii pourtant, bien que la douleur ne pniM pas être sitôt tout é fait apaisée, àow é^ vous néanmoins radoucir le plus qu'il neoi sera possible par toutes sortes de booQM et vériiablcs considérations.
Or, qu'elle soit trépassée, c'est un accident si commun, si général, et si inévitable, que ce seroit ne connottre pas ce qoè vous êtes , et la fermeté de votre ctiosolation en cela. Et quant au reste, ce sont des précédentes dispositions au trépas, etaia les circonstances d'icelui qui sont en eilet considérables. Cette chère (ille étoit bonm et vertueuse, et, comme je m*assure, elle ban toit les saints sacrements, et par conséquent étoit toujours bien disposée, ai moins suffisamment pour se conserver ea la grâce de Dieu ; c'est pourquoi son Uépas n' pu être que bon, non plus que celai de saint Siméon Stylite, que la foudre et feu du ciel tua sur la colonne.
Il faut entrer dans cette admirable prt>videncc de Dieu , et s'accoiser en ses o^ donnanccs, avec une sainte oonfiaoœ qu'elle aura eu soin de cette bonne aine, qu'elle aura peut-être purifiée en ce fea, pour lui éviter celui du purgatoire.
(1) DéUrretHnol d«f calomalM dM àoBMi. Pi. omn tt4.
(t) U bAbw à Q9i U écrit le Itttit 4a te
En somme, il faut donner passage aux afDictions dedans nos cœurs; mais il ne leur faut pas permettre d'y séjourner.Dieu, totre bon ange et la sagesse que votre longue expérience vous a acquise, vous suggéreront mieux tout ceci que je ne saurois dire : mais je le dis pour vous témoigner qu'après avoir contribué par mes prières à voire consolation , je voudrois bien y dédier tout ce qui seroît en mon pouvoir; puisque ayant le bien et l'honneur de vous être si proche, j*ai encore le devoir avec une très-sincère volonté, monsieur mon oncle, d'être à jamais votre, etc.
LETTRE DCCCVn.