‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 418 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES, A UNE DAME · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES, A UNE DAME

Mépris des grandeurs de ce inonde; désirs de l'éternité. Saint François de Sales écriTÎI cette lettre A Lyon, neuf Jours avant sa niort(i).

Lyon, 19 décembre leis.

Mille remerctments à votre cœur bîenaimé, ma très-chère fille, pour les faveurs qu'il fait à mon ame, lui donnant de si douces preuves de son affection. Mon Dieu ! que bien heureux sont ceux qui, désengagés des cours et des compliments qui y régnent, vivent ))aisiblement dans la sainte solitude au pied du crucifix I Certes , je n'eus jamais bonne opinion de la vanité; mais je la trouve encore bien plus vaine parmi les faibles grandeurs de la cour.

Ma très-chère fille , plus je vais avant dans la voie de cette mortalité , plus je la trouve méprisable«et toujours plus aimable la sainte éternité à laquelle nous aspirons, et pour laquelle nous nous devons uniquement aimer. Vivons seulement pour cette vie, ma très-chère fille, qui seule mérite le nom de vie, en comparaison de laquelle la vie des grands de ce monde est une trèsmisérable mort. Je suis de tout mon cœur

(1) Le dac de Safole toaltnt Miner LoiiU Xlfl à son ^uaze à Atigooe, à It Qo de raooée i6iS . doDU ordre an falni éTêque de tenir le Joindre dans cette fille. Sa penlé étolt fort eltéree depnia qnelqae tenpe ; cependant U ae dispoMi à partir , aprea aToIr lénolf né à plualeart pertonnet qu'il ne croyoU paa retenir de ce toyafe, et arotrraUeoo testament, c 11 panitblen dais cette oeraaion . dit an des historiens da S^nt. combien il étolt aimé de son peuple. L'opinion de M mort procNatoe cauft pertouiuue cousiernalloo générale. 11 ne soriolt plus qu'il ne se tIi eotlronné d'une foule de people: tout le monde . aortoii des maisons, et léi oorrlers mêmes qniitolent leor trarail pour lui renir demander sa béuédiction. Le saint f réiat ne se conteotolt pas de la leur donner. Il f-art^telt presque a chaque pas : Il disolt à rnn quelque mot de conaulaiion , Il dunnoll à 1 autre quelque atis aor 1m patience . Il faisolt l'aumAne à tons ceux qui la lai demandoient.et il lesexhortolt tous à elmer et à serflr Dieu.de la manière qui conTenoll à chacun dans son état Les enfants mêmes sentoient Timpresslon de aa sainteté, et l'on eo a vu aourent entre lee bras de leora noorrices. témoigner Tlmpatlence qu'ils avoient qu'oo tes approchât de lui. La bonté du saint prélat ne lui per- ■lettoit pas de pauer outre; il s'arréioit pour on enfent comme il eût fait pour la personne du monde la plue rainon noble Il leur faisolt le altrne de la croix sur la poitrine , sor le fruni. sur ta bourbe et sur les yeux, et cft p'étoii presque Jamais sans eOet. On en a tu plusieurs guérir dan« le même moment du mal des dents de la colique , et des autres petits msux que cet are tendre e coo. tume (le resseoUr. Ses anméuiers et ceux qui Taccompagnoient s'impsticntoient souvent de le voir ainsi s'anéler uourdes enfauts : alori le saint éTêque leur dlioit que • Jésu»-Chrt&t en SToit usé ainsi . qu'il avoit beaucoup filmé les enfaiiis. et qu'il B6 podfoit y avoir de l'Indè* cence a l'imiter. »

Le Jour de soa dépari, le saint éféqua dit la «aat à

très-véritablement tout Tdtre, ma trè»chère fille, votre, etc.

LETTRE DCCCXXIX.

s. FBANÇOIS DB SALES, A UNB DAMS.

Maximes pour persévérer dans la pitié aa miliea des aOlicUoos.

AaofC7 f tt evrll ilti.

Plaise au Saint-Esprit de m*inspirer ce que j*al à vous écrire, madame, ets*il vous plaît, ma très-chère fille. Il n*est besoin, pour vivre constamment en dévotion, que d'établir de fortes et excellentes maximes en son esprit.

La première que je souhaite au vôtre c'est celle de saint Paul (1). Tout revient au bien de ceux qui aiment Dieu. Et à la vérité , puisque Dieu peut et sait tirer le bien du mal, pour qui fera-t-il cela, sinon pour ceux qui, sans réserve, se sont donnés à lui? Oui, même les péchés dont Dieu , par sa bonté , nous défende , sont réduits par la divine Providence au t)ien de ceux qui sont à lui. Jamais David n'eût été si comblé d'humilité, s'il n*eût péché; ni Madeleine si amoureuse de son Sauveur, s'il ne lui eût remis tant de péchés; et jamais il ne les lui eût remis, si elle ne les eût commis.

régllse des relifleoses de Salate-Marie d*Annecy , et le«r donna sa dernière bénédiction en leur disant : « Si Dieu » oe veut pas que nous nous révoltons en ee monde, maa » chères flllea. ce sera dans le paradis. » Il s'embarqua sar le Riiôoe le 9 novembre, et descendit ainsi a Avignoa, oà II reçut le plue favorable accueil de Louis Xltl . qui a voit beriié de l'affection d'Henri IV pour œ seiiit préîel. Il revint peu de Jours après A Lyon arec les deux cours de France et de Savoie. Les fatiiruet de ce voyace. les prédications , les entretiens continuels qu'il accordoii eai personnes qui venolent leconsolter de toutes parts, acbe- Térentde détruire sa santé. Le Jour de la fêta de aaint Jean l'évangéliste, il dit la meue quoique tres-sonlTrant. et à quatre beures eprés midi , Il fut frappé d*ane apoplexie dont II mottrnt le lendemain ts décembre, eprès avoir aouffert aveo une patience edmlrable les epplicatioos tea pins doulooreoses du fer et du feu qo'on employolt alora dans ce genre da oialadie . et avoir montré les pliis asblimea sentimeala de l'amoar divin qui l'avolt anJoié pendant sa vie.

i Le ccDur de S. François de Salea fat remis à Téfllsa tfaa relUleuses de la Vblutloa de Lyon, et Lovia XIII le Si renfermer dans an marnlRque reliquaire t le corps fat porté a l'éRlise de la Visitation d'Annecy . eonformémcal aux dernières volontés du saint évéque. L'opinion oalverselle de sa sainteté, les miracles par lesquels le clal la manifesU , le Orent béatiOer ea icei , al canoolser «a i6«ê.

Sainte Jeanne-Françoise de Chanta] sarvécnt it ast 4 8. François de Sales ; elle fonda qoalre-vinf t-aept coavail de son ordre .tant en France qu'en Italie et eu Savoie, et travailla avec le plus grand lèle à procurer au public toaa les écrits du Saint : ou lai doit particulièrement le locuell de ses Lettren et ses eii(r«(i«RS. Ella a été béailSéo aa 1751, et canonisée oa i7t7.

(1) Bon., TIU, St.

tsmiEs

Voyez, ma ehèrt flllcf, oe graad artisaii , de miséricorde ; il convertit dob mitères eo grâces, et fait la tbériaque salutaire à nos âmes, de l^vip^<ie nesîoiqaîtés. Ditesmoi donc, je vous prie, que ne fera-t41 pas de BOB afflictiona, de nos travaux, des persécutions qu'on nous fait? Si dçm il arrive jamais que quelque déplaisir vous touclie de quelc^ue côté que ce soit , assures votre iâme,' que si elle aime bien Dieu, tout se convertira en bien. Et'quoique vous ne voyiez pas les ressorts par lesqueb oe bien vous doit arriver, demeurez tant plus assurée quil arrivera. Si Dieu vous jette la boue (I) de l'ignominie sur les yeux, c'est pour vous donner la belle vue, et vous rendre un spectacle d'honneur. Si Dieu vous fiiit prendre une cbute, comme à saint Paul qu'il jet» en terre, c'est pour vous relever è gloire.

' La seconde maxime, c'est quil est votre 'Mre : car autrement il ne vous commandetoit pas de dire : Notre Père qui êtes au riel. Et qu'avez-vous à craindre , qui êtes •WleHi'un tel père, sans la providence duquel pas un seul cheveu de votre tète ne tombera jamais (SQ? C'est une merveille qu'étant fils d'un tel père nous ayons ou puissions avoir autre souci que de le bien aimer et servir. Ayez le soin qu'il veut que vous ayez en votre personne et en votre famille, et non plus ; car ainsi vous verrez qu'il aura soin de vous. Pense en mg!, ditil à sainte Catherine de Sienne, de laquelle nous célébrons aujourd'hui la fête , et je penserai en toi. OPère étemel 1 dit le sage, votre providence gouverne tout (3).

La troisième maxime que vous devez avoir, c'est celle que notre Seigneur enseigna à ses apôtres. Qu'est-ce qui vous a manqué? Voyez-vous, ma chère fille, notre Seigneur avoit envoyé ses apôtres çà et là sans argent, sans bâton, sans souliers, tansbesace, revétusd'une seule soutane, et il leurditpar après : Quand je vous ai ainsi envoyés, quelque chose vous a-t-elle manqué? Et ils lui dirent : Non (i). Or sus donc, am fille, quand vous avez eu des afflictions, même du temps que vous n'aviez pas tant de confiance en Dieu, étes-vous périe

(1) ioAif., ix«6 et 11.

(I) LOC. XXI, 18. Matti.» X, ti.

f8)S»K, XIV, s*

(4) L*'c., XXII, W.

dans l'afllictiDBf Voua bm ittiiec: 11m.II pourquoi donc n'aqrezi-voiis paa conip de réiuair de toutes les Mtm advenâléil Dieu ne vous a pas abaodoniiée juM^ présent, comme voua abandwinemUFa dès à présent, que plot qa'aupvmBl veoi voulez être sienne?

N'appréhendei point le nud à veoir ds ce monde, car penl-étre sa ;«0ii8 mivent-il jamais; et en tout événeneot, 8*Hve« arrive, Dlea vous fortiller«. fl ooBHMdi à saint Pierre de marcher 8«r leB ean; al saint Pierre voyant le vent et Vcngi ait appréhènaiOD, et l'appréheasion le tt «ik fcmcer, et 11 demanda secoure à son mÊtb% qui lui dit : Homme de pea de M, piMM^ quoi as-tu douté (4)?Et loi tendut la mab, il l'assura. Si Dieu voostiil muther wm les flots de l'adversité, ne doutes point» m fille, n'appréhendez point, Diea eat wmt vous : ayez bon courage» al vous aanadi* livrée.

La quatrième maxime, ePeal oelle de Ktemité. Peu importe que Je eoia parmleei momens passagers, pourvu qu'étemels»

ment je sois en la gloire de ason Dieu. Mi fille, nousalkmaàrétefiiité.nousyavoBB presque déjà Tun des pieds; pourvu qu'ele nous soit heureuse, qu'importe-t-il queott instans transitoires nous soient fAdieox? Est-il possible que nous sachions que nos tribulations de trois ou quatrevjours opèrent tant d'étemelles consolations (IQ, et que nous ne veuillions pas lea supputer? Enfin , ma très-chère fille ,

Ce q«i D*ett peur retemlté.

Me peni être qae Yanité.

La cinquième maxime , celle de rapôtie.

Jà n'advienne que je me glorifie, sinon ea la croix de mon Jésus (3). Plantez en votre cœur Jésus-Christ crucifié , et toutes lei croix de ce monde vous sembleront des roses. Ceux qui sont piqués des épines de la couronne de notre Seigneur qui est notre chef, ne sentent guère les autres piqûres.

Vous trouverez tout ce que je vous ai dit es troisième , quatrième ou cinquième et dernier livre de V Amour de Dieu, Yons trouverez beaucoup de choses à ce propos en la grande Guide des Péeheun de Grenade. Il faut que je finisse; car on me

(!) ■ATTB.,UT,lt, le.Mttlt.

(1) II. Cos., IT. 17.

{t) QkL., TI, 14.

[x-esse. Êcrivez-moi oonfidemment, et me marquez ce que vous jugerez que je puisse XHir votre ccBur, et le mieo le contribuera rès-aflectionnément ; car je suis en toute rérité , madame , votre , etc.

LETTRE DGCCXXX.

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