FRANÇOIS DE SALES, A UNE DEMOISELLE
Qui (roovoit des obstacles à son désir d'être religieuse
Mademoiselle, vous devez vous résigner entièrement entre les mains de notre bon Dieu, lequel, quand vous aurez fait votre petit devoir à la sollicitation de ce dessein que vous avez , aura très-agréable tout ce que vous ferez, encore que ce sera beaucoup moins. Bref vous devez avoir courage à bien procurer que vous soyez religieuse, puisque Dieu vous en donne tant de désir : mais si après tous vos efforts vous ne pouvez pas réussir, vous ne sauriez davantage plaire à notre Seigneur , que de lui sacrifier votre volonté , et demeurer en tranquillité, humilité et dévotion, entièrement remise et soumise à son divin vouloir et bon plaisir, lequel vous reconnoltrez assez quand ayant fait votre possible, vous ne pourrez pas jouir de vos souhaits.
Car notre bon Dieu éprouve quelquefois notre courage et notre amour, en nous privant des cnoses qui nous semblent, et qui sont très-bonnes à l'ame; et s*il nous voit ardents à la poursuite, et néanmoins humbles, tranquilles et résignés au manquement et à la privation de la chose poursuivie, il .nous donne des bénédictions plus grandes en la privation, qu'il ne nous en donne en la possession de l'état désiré , car en tout, et partout. Dieu aime ceux qui de bon cœur et simplement , en toutes occasions, et en tous accidents peuvent lui dire :
VOTBB VOLOxNTB SOIT FAITE.
LETTRE DCCCXXXIV.
8. FBANÇOIS DE SALES, A UN GBNTILBOIIIII Qai Touloit se retirer du monde.
Monsieur, allez et bénissez notre Seigneur de la favorable inspiration qu'il vous a donnée pour vous retirer de ce grand et large train , que ceux de votre âge et de votre profession ont accoutumé de suivre, et par lequel ils arrivent ordinairement à mille sortes de vices et d'inconvénients, et de là bien souvent à la damnation éternelle. Au demeurant , pour rendre cette divine vocation fructueuse , et pour plus clairement apprendre Tétai que vousdevai
ïir*'
îjBraREs
choisir pour la plus grsnde satisr^ction rie celtn miséricorde iofiDie, qui voiii semand à son parfail amour, je vous cunseille de pruiiquer cea esercicea pour ces Iroîsmoia suivants.
PremifTemont que vousretroncliiei quelques salisfactioDs sensuelles, que vous pourriei autrement prendre sans oOenaer Dieu , et que pour cela vous vous leviez toujours à six heures du matin, soit que vousayeïbiendormi, ou maldormi, pourvu que vous ne soyez pas malade (car alors il faudroit condescendre au mal ), et pour faire quelque chose de plus les vendredis, vous vous leviez â cinq lieures. Ce point ici vous donnera plus de loisir de faire l'oraî- Boo et la lecture.
Item, que vous vous yccoutuiniez d dira tous les jours uprès ou devant l'oraison, quinze Palcr nosler et quinze ave Maria, les liras Étendus en guise de cruciGi.
Davanla^L', que vous renonciez aux plah airs du goût, mangcaut le» viandes q^e vous pourreu avoir â latile, lesquelles voiis seront les moins agréables, pourvu qu'elles ae soient poiat malsaines, et laiâsanl celles auxquelles votre goût aura plus d'inclina-
Ëncore voudrois-jo que quelquefois la Mmaine vous couchassiez velu.
Car ces petites et foibics uustdfilis vous ■erx'irontd double lin; l'une, pourimpétror plus aisénienl la lumière requise à votre esprit pour fairegon choix (car la dèpérilion du corps , en ceux qui ont les lor< ces et la santé entiâro, élève merveiileusemcDt l'esprit); l'autro , pour essayer et tâier l'àpreté , aSo de voir si vou.-^ la pourriez embrasser, et quelle répugnance tous y aurez ; car cet essai vous est requis pour l'épreuve de la foible inclination que vous avez ù la retraite du mcnde; et si vous 6m ndèie en la pratique du peu que ja vous proposa, on pourra juger quel voua seriez en beaucoup, qui s'exerce aux religions.
Priez instamment notre Seigneur qu'il vous illumine, et lui dites soiivenl lu pjrole de sainl Paul , c Seigneur , que voulez-voDa que je fasse? » Domine, guidmê tis faeere [if! et celle de David: Don m* fac€revolwitat*miyMm,<i»iaDmutM»ë
et ru (1); surtout; si parmi I» nuit vous vous éveillez, employez bien ce temps-là à p,-it. 1er seul â notre Seigneur sur voire choix; protestez souvent à sa majesté que vous liii résignez, et laissez en ses mains la di^ fiition do tous les moments de votre vie, « qu'il lui plaise de les employer à son gré,
Ne fuites point de faute de faire l'oraison le mutin otie soir; quand vous pourrez, une petite retraite avant souper pour élancer votre cœur en notre Seigneur.
F;jites les passe-temps qui seront phi vigoureux , ccmme de monter à chevtl.
sauter et autres tels ; et non pas les mot lets , comme do jouer aux caries et darstr, Uais si de ceux-là vous files louché de fu* qiie glaire , hélas ! direz-vous , que me sert tout ceci à l'éiernîtél . Communiez tous les dimanches , et tiw jours avec prières , pour impétrer la lumière requise-, et ces jours-là d« fêle, voia pourrez bien visiter par manière d'exercice les lieux saints des capucins, saint Bernard , les chartreux, Ôieu vous venUfe donner sa paix , sa grâce , sa lumière et st très-sai nteconsolation.
Si vous sentez l'inspira tïoD prendre forts ducftlédo la religion, et que votre cœur en soit pressé , conférez avec votre confesseur ; et en cas que vous preniez résolution , allez disposant le grand-père à ceh, afin que moins qu'il sera possible , l'ennai et le déplaisir de votre retraite ne tombent sur la religion, et vous seul en soyercharrf.
■ 0 que Dieu est bon à son braei I Qu'il "est l>on à ceux qui sont droits d»
■ cœur (?) ! »
Comidéraliom propret à une pertonnt qui aune inspiralion de quitter U monde.
Considérez premièrement , que DOtrt Seigneur ayant pu obliger ses ci'éaiur«s i toutes sortes de services et obéi&^DOH envers lui , il ne l'a pas néanmoins voulu faire, ains s'est conlenlé de nouitobli^ à l'observation de ses œmuiandomens. De m^imére que s'il eût pluurdouuer quâtwUk jeûnassions toute noire vie , que ^"^m fi^ sions lousvied'ermiles, de chartreux, (k capucins, encorsneeeroit-caneaau t^
DE S. FKAI^ÇOIS m SALES.
pect du grand devoir que nous lui avons ; et néanmoins , il s*est contenté que nous gardassions simplement ses commandemens.
Considérez secondement, qu'encore qu*il ne nous ait point obligés à plus grand service qu'à celui que nous lui rendons en ^rdant ses commandemens , si est-ce qu'il lousa invités, et conseillés, à faire une irîe Irés-parfaite, et observer l'entier reloncement des vanités et convoitises du nondo.
Considérez troisièmement, que, soit que jous embrassions les conseils do notre Seigneur, nous rangeante unevie plus étroite, 50Ît que nous demeurions en la vie commune , et en l'observance seule des comnandcmens , nous aurons en tout de la difîculté ; car si nous nous retirons du monde, lûus aurons de la peine de tenir perpétuellement bridés et sujets nos appétits, •énoncer à nous-mêmes, résigner notre jropre volonté', et vivre en une très-absoue sujétion sous les lois do l'obéissance , îhastelé et pauvreté. Si nous demeurons lu chemin commun , nous aurons une peine 3or|)étuelle à combattre le monde qui nous environnera, à résister aux fréquentes >ccasions de pécher qui nous arrivent , et k tenir notre barque sauve parmi tant do ^mpétes.
Considérez quatrièmement, qu'en l'une H en l'autre vie, servant bien notre Soldeur, nous aurons mille consolations hors ju monde. Le seul contentement d'avoir toul quitté pour Dieu, vaut mieux que mille [Dondes ; la douceur d'être conduit par l'ot}éi8sance, d'être conservé par les lois , et i'ètre comme à couvert des plus grandes Binbûcbes , sont de grandes suavités ; laissant à part la paix et tranquillité qu'on y trouve, le plaisir d'être occupé nuit et jour à l'oraison et choses divines et mille telles délices. Et quant à la vie commune , la liberté , la variété du service qu'on peut rendre à notre Seigneur, Taisance de n'avoir à observer que les commandemens de Dieu , et cent autres telles considérations, la rendent fort délectable.
Sur tout cela , hélas 1 direz-vous à Dieu, Seigneur , en quelle condition vous servirai-je? Ah, mon amel où que ton Dieu t'appelle , tu lui seras Gdèle. Mais de quel o6té t'e6t-il avis que tu ferois mieux? Exa-
minez un peu votre esprit , pour savoir s'il sent point aucune inclination plutôt d'un cété que d'autre; et l'ayant découvert, ne faites encore point de résolutions, ains attendez jusqu'à ce qu'on vous le dise.
Autres considérations.
Imaginez-vous de voir S. Joseph avec la sainte Vierge sur le point de son accouche* ment, arriver en Bethléem, et chercher partout à loger , sans trouver aucun qui les veuille recevoir. 0 Dieu 1 quel mépris et rejet le monde fait des gens célestes et saints , et comme ces deux saintes âmes embrassent volontiers cette abjection 1 Ils ne s'élèvent point, ils ne font point de ret montrances de leur qualité, mais tout simplement reçoivent ces refus et âpretés avec une douceur non pareille. Ha 1 misérable que je suis, le moindre oubli que l'on fait de l'honneur pointilleux qui m'est dû, ou que je m'imagine m'être dû, me trouble, m'inquiète, excite mon arrogance et ma fierté ; partout je me pousse à vive force ^a premiers rangs. Hélas 1 quand aurairjo cette vertu , le mépris de moi-même et des vanités I
Considérez comme S. Joseph et Notre- Dame entrent dans l'entrée et porche qui scrvoit parfois d'établerie aux étrangers , pour y faire le glorieux enfantement du Sauveur. Où sont les superbes édifices que l'ambition du monde élève pour l'habitation des vils et détestables pécheurs? Ah 1 quel mépris des grandeurs du monde nous a enseigné ce divin Sauyeur l Que bienheureux sont ceux qui savent aimer la sainte simplicité et modération 1 Misérable que je suis 1 il me faut des palais ; encore n'est-ce pas assez : et voilà mon Sauveur sous un toit tout percé et sur du foin , pauvrement et piteusement logé 1
Considérez ce divin petit enfanron né, nu , frileux dans une crèche , enveloppé de bandelettes. Héhisl que tout est pauvre 1 que tout est vil et abject en cet accouchement 1 Que nous sommes douillets, et sujets à nos commodités , amoureux de sonsualitéi 1 II faut gramicment exciter cq nous le mépris du monde , et le désir de souffrir pour notre Seigneur les abjections, mésaises , pauvretés et manquemens.
Si vous êtes quelquefois un peu difficile à traiter en vos inûrmités temporellwy
petit à petit cela se passera. L'esprit bamain fait tant de tours et retours , sans que nous y pensions , qu*il ne se peut qu'il ne fasse des mines ; celui pourtant qui en ftiit le moins est le meilleur.
LETTRE DCCCXXXV.