‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 426 sur 450 · PttANÇOIS DE SALES , A UNE DAME · texte numérisé non relu

PttANÇOIS DE SALES , A UNE DAME

X41 distance des Ijeax ne peut mettre d'obstacle à Fanion des en Tans de Dieu. Conduite à tenir dans les sociétés où l'on médit.

Ne croyez jamais, ma très-chère fille , que la distance des licus puisse séparer les âmes que Dieu a unies par les liens de sa dilection. Les enfans du siècle sont tous séparés les uns des autres, parce qu'ils ont les cœurs en divers lieux ; mais les enfans de Dieu ayant leur cœur où est leur trésor, et n'ayant tous qu'un même trésor, qui est le même Dieu, ils sont par conséquent toujours joints et unis ensemble. Sur cela il faut soulager son esprit en la nécessité qui nous tient hors de cette ville , ce qui m'en fera aussi bientôt partir pour retourner en ma charge. Nous nous reverrons bien souvent auprès de notre saint crucifix, si nous observons bien les paroles que nous nous en sommes données : aussi bien est-ce là où les entrevues sont uniquement profitables.

Cepei^dant, ma très -chère fille, je commencerai à vous dire que vous devez fortifier par tous les moyens possibles votre esprit contre ces vaincs appréhensions, qui ont accoutumé de Tagiter et tourmenter ; et pour cela, réglez premièrement vos exercices en telle sorte, que la Ionp;ueur ne lasse point votre ame , et ne fâche point celles de ceux avec lesquels Dieu vous fait vivre.

Un demi-quart d'heure, et moins enoore, suffît pour la préparation du matin ; trois quarts d'heure ou une heure pour la messe; et parmi le jour, quelques élévations d'esprit en Dieu, qui n'occupent point de temps, ains se font en un seul moment ; et l'examen de conscience le soir avant le repos , laissant à part les bénédictions et actions de gra^s des tables qui sont ordinaires, et qui tiennent lieu de réunions de votre cœur avec Dieu.

En un mot, je voudrois que vous fussiez toute Philothée, et que vous ne fussiez rien plus que cela, c'est-à-dire que vous fussiez commejemarquo.au livre (\cV Introduction , qui est fait iiour vous et vos semblables.

Es conversations , ma Irès-ciière Glle , soyez en paix de tout ce qu ou y dit et qu'on y fait ; car s'il est bon , vous avez de

' quoi louer Dieu ; et sll est mauvais , vous avez de quoi servir Dieu en détournant votre cœur de cela , sans faire ni l'étonnée ni la fâcheuse , puisque vous n'en pouvez mais, et n'avez pas assez de crédit pour divertir les mauvaises paroles de ceux qui les veulent dire, et qui en diront encore de pires , si on fait semblant de Tes vouloir empêcher ; car ainsi faisant vous demeu* rerez tout innocente parmi les sifflemens des serpens, et comme une aimable fraise, vous ne contracterez aucun venin par le commerce des langues vénéneuses.

Je ne puis penser comme vous pouvez admettre ces démesurées tristesses dans votre cœur ; étant fille de Dieu, remise il y a long-temps dans le sein de sa miséri* corde, et consacrée t son amour, vous vous devez soulager vous-même, jnéprisant toutes ces suggestions tristes et mélancoliques que l'ennemi vous fait avec le seul dessein de vous lasser et tracasser.

Prenez bien garde à bien pratiquer l'humble douceur que vous devez au cher mari et à tout le monde ; ca)r c'est la vertu des vertus, que notre Seigneur nous a tant recommandée ; et s'il vous arrive d'y contrevenir, ne vous troublez point : ains avec toute confiance, remettez-vous sur pied pour marcher derechef en paix et douceur comme auparavant.

Je vous envoie une petite méthode de vous unir à notre Seigneur le matin et toute la journée. Voilà , ma chère fille , ce que pour le présent j'ai pensé vous devoir être dit pour votre consolation. Reste que je vous prie de ne point vous mettre à faire des cérémonies avec moi , qui n'ai ni le loisir ni la volonté d'en faire avec vous. Écrivez-moi, quand il vous plaira, en toute liberté ; car je recevrai toujours à contentement de savoir des nouvelles de votre ame , que la mienne chérit parfaitement, comme en vérité , ma très-chère fille , je suis votre , etc.

LETTRE DCCCLIV.

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